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Souvenir d’un premier roman avec Gilles Paris.

13 Juin

Le premier roman publié est source de fantasme: l’appel de l’éditeur, le travail de relecture quand on sait qu’à la fin cela débouchera sur un ouvrage, qu’un jour on tiendra dans ses mains un livre avec nos mots dedans… Ca doit être incroyable alors j’ai voulu sondé un peu plus les auteurs sur ce moment qui peut être le bouleversement d’une vie. 

De retour avec Gilles Paris qui nous parle donc des émotions du premier roman.

6. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

Mon premier roman vient d’une nouvelle que j’ai écrite entre l’âge de douze et seize ans. Ces nouvelles je les ai montrées à l’éditeur Jean-Marc Roberts qui m’a demandé d’écrire un roman à partir de l’une d’entre elles. Je me suis lancé un week-end et j’ai rendu 30 pages un lundi matin. Jean-Marc Roberts m’a beaucoup encouragé à poursuivre. Le roman est paru en 1991 en Point-Virgule sous le titre Papa et Maman sont morts. Il vient d’être réédité cette année en Point Seuil.

7. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Je n’ai eu qu’un seul refus, après la parution de mon premier roman, Les amis de Paul. J’ai essayé d’écrire comme un adulte, visiblement ce n’était pas encore l’heure !

8. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ?

Je n’ai jamais eu ce sentiment. Non pas que j’avais une confiance absolue en moi, loin de là, mais je vivais cette période d’écriture comme un moment plutôt euphorique. J’avais hâte d’être au vendredi et de poursuivre mon travail d’écriture.

9. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

C’est un moment rare, c’est vrai. J’étais très ému. Mais à chaque publication je ressens la même émotion… Un instant magique.

10. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Ce premier roman est très court. Ce pourrait être une longue nouvelle. Il est plus poétique que les deux romans qui vont suivre et ne s’appuie sur aucun fond social contrairement aux deux autres. Je ne l’ai jamais relu depuis sa parution… Probablement parce que j’aurais envie de l’écrire autrement, vingt ans après !

11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

De travailler bien sûr ! D’accepter la critique, de sacrifier des belles phrases qui sortent du contexte, de prendre de la distance avec son écriture pour mieux la juger. D’être soi-même. De ne pas chercher à imiter un style ou un genre. Plutôt de trouver les siens. Etre confiant, tout en doutant de soi. Rester humble tout en croyant en sa belle étoile.

Merci infiniment Gilles et longue vie aux kangourous!!!!!!!

Rendez vous la semaine prochaine pour une nouvelle interview!! Un indice: Kelly (c’est tiré par les cheveux!)

Et si on parlait écriture avec Gilles Paris?

12 Juin

Tadam!

Je vous annonçais la semaine dernière qu’une nouvelle rubrique allait voir le jour, nous y voilà!

J’ai demandé à plusieurs auteurs reconnus de nous parler de leur travail d’écriture et de se remémorer les souvenirs du premier roman. Comble du bonheur, ils ont répondu présents! Vous les retrouverez donc le mardi pour vous parler du processus d’écriture et le mercredi pour discuter avec vous de leur premier roman, et oui j’ai été gourmande dans mes questions et les auteurs généreux dans leurs réponses donc deux interviews au lieu d’une, c’est encore mieux!

Je suis très heureuse d’ouvrir cette rubrique en compagnie de Gilles Paris. Je vous avais parlé de son dernier roman: Au pays des kangourous. Roman attachant et d’une bienveillance rare.

Merci Gilles pour votre gentillesse et votre disponibilité!!

1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

J’ai commencé à écrire tôt, j’avais 10 ans. Un journal intime pour des évènements que je souhaitais garder pour moi. L’écriture romanesque, elle, se travaille au fil des ans. C’est à la fois cérébral et nourri du quotidien. Je n’ai jamais eu l’angoisse de la page blanche, au contraire. Peut-être aussi le fait de publier tous les dix ans… Quant au talent, c’est à l’éditeur, ou aux lecteurs d’en juger…

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

Je n’ai jamais écrit tous les jours. J’aime laisser reposer un texte, le relire, le travailler. En période réelle d’écriture je peux être plus de quinze heures derrière mon ordinateur.

3. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Je ne crois pas qu’on puisse être « satisfait ». En tout cas pas en ce qui me concerne. J’essaye de rendre un texte sur lequel j’ai tout donné. Ensuite j’ai besoin du regard de l’éditeur pour retravailler la copie ensemble.

4. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

Je réfléchi longtemps à l’histoire et à mes personnages sans écrire. Là encore tout est cérébral. Puis je prends des notes sur des recherches ou de la documentation que je rassemble en me déplaçant (La maison d’accueil Les Pressoirs du Roy, les éducateurs, juge, et psychologue pour Autobiographie d’une Courgette, la clinique Sainte-Anne pour Au pays des kangourous). Quand je suis prêt, je pars à l’étranger, seul, et j’écris du matin au soir. J’ai besoin d’être au bord de mer, de cigarettes (Fortuna Light), d’eau (je bois beaucoup), de chocolat noir, et de musique ! J’écris la plupart du temps en musique. J’essaye de choisir le bon morceau pour la meilleure émotion, comme si la musique donnait du rythme à mon écriture. Pour mon premier roman, exceptionnellement, je suis resté à Paris. J’écrivais du vendredi soir au dimanche soir sans m’arrêter… Cela m’a pris un an d’écriture. Très peu de lecteurs ensuite, car je souhaite garder la primeur du texte à l’éditeur. Trop d’avis me déstabiliseraient…

5. Etre écrivain, c’est…

Pour moi, être écrivain, c’est être passeur d’émotion. Raconter une histoire en espérant qu’elle va toucher ceux et celles qui la liront. Avec le secret espoir qu’ils ne l’oublieront pas une fois le livre refermé.

Je dois vous faire une confidence, il y a peu je me disais que dans mon métier, je voulais être une « passeuse d’émotion », je ne sais pas comment cette expression est arrivée à moi mais je trouvais qu’elle correspondait parfaitement à mon ressenti, alors quand j’ai lu cette phrase de Gilles, mon coeur a battu très fort…

Merci Gilles!! Et à demain!!

Crédit photo: Jean Philippe Baltel