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Et si on parlait écriture avec Gilles Paris?

12 Juin

Tadam!

Je vous annonçais la semaine dernière qu’une nouvelle rubrique allait voir le jour, nous y voilà!

J’ai demandé à plusieurs auteurs reconnus de nous parler de leur travail d’écriture et de se remémorer les souvenirs du premier roman. Comble du bonheur, ils ont répondu présents! Vous les retrouverez donc le mardi pour vous parler du processus d’écriture et le mercredi pour discuter avec vous de leur premier roman, et oui j’ai été gourmande dans mes questions et les auteurs généreux dans leurs réponses donc deux interviews au lieu d’une, c’est encore mieux!

Je suis très heureuse d’ouvrir cette rubrique en compagnie de Gilles Paris. Je vous avais parlé de son dernier roman: Au pays des kangourous. Roman attachant et d’une bienveillance rare.

Merci Gilles pour votre gentillesse et votre disponibilité!!

1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

J’ai commencé à écrire tôt, j’avais 10 ans. Un journal intime pour des évènements que je souhaitais garder pour moi. L’écriture romanesque, elle, se travaille au fil des ans. C’est à la fois cérébral et nourri du quotidien. Je n’ai jamais eu l’angoisse de la page blanche, au contraire. Peut-être aussi le fait de publier tous les dix ans… Quant au talent, c’est à l’éditeur, ou aux lecteurs d’en juger…

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

Je n’ai jamais écrit tous les jours. J’aime laisser reposer un texte, le relire, le travailler. En période réelle d’écriture je peux être plus de quinze heures derrière mon ordinateur.

3. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Je ne crois pas qu’on puisse être « satisfait ». En tout cas pas en ce qui me concerne. J’essaye de rendre un texte sur lequel j’ai tout donné. Ensuite j’ai besoin du regard de l’éditeur pour retravailler la copie ensemble.

4. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

Je réfléchi longtemps à l’histoire et à mes personnages sans écrire. Là encore tout est cérébral. Puis je prends des notes sur des recherches ou de la documentation que je rassemble en me déplaçant (La maison d’accueil Les Pressoirs du Roy, les éducateurs, juge, et psychologue pour Autobiographie d’une Courgette, la clinique Sainte-Anne pour Au pays des kangourous). Quand je suis prêt, je pars à l’étranger, seul, et j’écris du matin au soir. J’ai besoin d’être au bord de mer, de cigarettes (Fortuna Light), d’eau (je bois beaucoup), de chocolat noir, et de musique ! J’écris la plupart du temps en musique. J’essaye de choisir le bon morceau pour la meilleure émotion, comme si la musique donnait du rythme à mon écriture. Pour mon premier roman, exceptionnellement, je suis resté à Paris. J’écrivais du vendredi soir au dimanche soir sans m’arrêter… Cela m’a pris un an d’écriture. Très peu de lecteurs ensuite, car je souhaite garder la primeur du texte à l’éditeur. Trop d’avis me déstabiliseraient…

5. Etre écrivain, c’est…

Pour moi, être écrivain, c’est être passeur d’émotion. Raconter une histoire en espérant qu’elle va toucher ceux et celles qui la liront. Avec le secret espoir qu’ils ne l’oublieront pas une fois le livre refermé.

Je dois vous faire une confidence, il y a peu je me disais que dans mon métier, je voulais être une « passeuse d’émotion », je ne sais pas comment cette expression est arrivée à moi mais je trouvais qu’elle correspondait parfaitement à mon ressenti, alors quand j’ai lu cette phrase de Gilles, mon coeur a battu très fort…

Merci Gilles!! Et à demain!!

Crédit photo: Jean Philippe Baltel

Les écrivains sont des gens presque normaux… (teasing)

5 Juin

Les mythes auxquels on croit sont ceux que l’on se construit, ceux auxquels on accepte d’adhérer.

Quand ils sont installés en vous et que leur croyance est profonde, ils vous poursuivent longtemps et les déconstruire est chose compliquée.

Mon mythe à moi… Les écrivains !

(Johnny Depp et Brad Pitt peuvent aller se rhabiller, ils ne m’intéressent pas.)

Manuscrit de Marcel Proust. Source

Petite, on m’a très tôt inculqué (Merci Maman !) le goût des livres. On m’a appris à considérer les livres comme des beaux objets dont il fallait prendre soin. Alors, il fallait forcément être incroyable pour les écrire ces petits trésors et pour concocter ces jolies promesses.

Une petite explication s’impose :

Considérer les écrivains comme des idoles, c’est croire qu’ils sont hors normes donc complètement inaccessibles et surtout qu’ils vivent sur une autre planète.

C’est  ne pas oser le regarder quand on passe devant eux dans un salon, encore moins aller les voir, sauf pour une dédicace en tendant le livre les mains moites, n’arrivant qu’à sortir un tout petit Charlotte quand ils vous demandent votre prénom.

Mystifier les écrivains, c’est imaginer qu’ils ont une vie incroyable et se prendre à rêver de vivre leur vie.

C’est surtout ce sentir toute petite, minuscule, à côté d’eux.

Manuscrit de Candide de Voltaire. Source.

Et puis j’ai grandi…

Mais ça n’a rien changé, j’ai toujours l’impression d’être une petite fille devant ces auteurs.

Et puis, un jour, j’ai compris que les auteurs étaient des êtres humains, qu’oser leur dire que l’on a beaucoup aimé leur livre leur fait plaisir, que certains sont touchés et qu’ils font des promesses qu’ils tiennent… Ils s’intéressent à vous, petite fille aux yeux émerveillés.

Et ça, c’est un bouleversement.

Vous allez sans doute trouver tout cela ridicule, mais prenez vos idoles à vous et imaginez que vous discutez avec et même que parfois vous échangez des mails… Le bonheur non ?

Et puis moi, une fois qu’on m’entrouvre la porte, je rentre. Je rentre et j’y crois.

Je me suis dit que peut –être on pouvait discuter, que peut-être mon petit blog pouvait en intéresser certains qui accepteraient de venir faire un petit tour dessus.

J’ai cherché, j’ai envoyé des mails (parfois sans y croire, ne sachant même pas si cela arriverait à la bonne personne) et là mes yeux se sont écarquillés… Des réponses, des envies de partage…

Tout cela pour vous dire, que les écrivains sont des gens presque (je vous ai dit que déconstruire les mythes était une chose difficile… et puis finalement je ne suis pas certaine de vouloir arrêter d’y croire) normaux mais surtout ce sont des êtres humains, pour certains d’une générosité et d’une gentillesse incroyables.

Alors, tous les mardi, je laisserai ma place pour qu’ils viennent vous parler de leur façon d’écrire, du souvenir du premier roman publié et de leur vision de leur travail…

Rendez-vous mardi prochain avec une interview tout en douceur pour commencer.

Un indice pour deviner l’auteur de la semaine prochaine (toutes les semaines, vous aurez un indice sur l’auteur ou sur ses ouvrages pour connaître l’auteur suivant) : Australie.

Etre écrivain, c’est avoir le monde entre les mains, c’est créer quelque chose qui n’existait pas l’instant d’avant, c’est poser sa pierre à l’édifice d’un monde en construction, c’est être libre et pouvoir changer le monde avec ses mots! Et rien que pour cela, je continuerai à penser que les écrivains ne sont pas des gens ordinaires!!