Lettre à Thibault.

13 Mai

Que le temps passe vite entre deux articles sur ce blog. Le temps file pour tous pareil et pourtant, je n’arrive plus à le saisir vraiment, à trouver ce souffle d’écrire et de partager, comme s’il fallait courir et ne pas s’arrêter. Il y a de cela dans les blogs, prendre le temps de poser les choses, de les dire et de les donner à qui voudra les lire. Il me manque ce temps. Et parfois, on parvient à le trouver. Pour l’essentiel. Moi la pudique, j’ai besoin de poser ces lettres ici, ne pas les laisser dans un cahier que je pourrais être tenté de jeter ou de dissimuler. Comme des petits cailloux, je les sème pour être certaine de ne pas me perdre.

Mon Thibault,

Il est des lettres que l’on écrit à soi même, l’autre n’étant qu’un filtre que l’on utilise afin de tenir éloignée la vérité trop nue. Je t’écris depuis ta naissance, en secret ou en pensées. Tu as eu un an, un an de premières fois, des jolies et des incroyables, des douloureuses et des que l’on oubliera. Je ne suis pas nostalgique de cette année, pour ta sœur déjà j’étais heureuse de cette première bougée soufflée, les regrets viendront je plus tard quand j’aurai compris que le doux était à son paroxysme et que la veille était finalement si douce.  Il y a un an et demi lorsque fièrement la dame qui s’assurait de ton évolution dans mes entrailles m’a annoncée : c’est un garçon ! J’ai pleuré. De joie, a-t-elle pensé. De peur pourtant. Chaque destinataire de l’annonce s’extasiait, le choix du roi, ton Papa avait la tête haute de ce petit boy qui allait marcher sur ses pas. Moi, j’avais peur, décontenancée de porter un garçon, transie par la peur de ne pas réussir à t’accompagner, de ne pas savoir. Tu as décidé que tu allais m’apprendre que la douceur est la même, que la nuque dans laquelle je me réfugie a la même chaleur. Freud disait que l’on devenait mère en enfantant un garçon, je trouvais cela ridicule alors pourquoi étais je tant troublée ? L’amour et l’éducation se diffusent de la même façon quelque soit le genre qui le reçoit. Tu étais le second pourtant, ta sœur avait éprouvé mes réflexes de Maman, avait précisément fait de moi une Mère. Dès ta naissance, tu es arrivé sur la pointe des pieds me démontrant qu’enfanter pouvait être magique, là où le souvenir n’était que douloureux. Depuis un an, tu fais tomber chaque barrière que je m’étais érigée, tu balances tes sourires en gage de tendresse, réclame des baisers et des câlins. J’ai douté avant de te rencontrer, est il imaginable d’aimer démesurément plusieurs fois ? D’être prête à écraser tous ceux qui roderaient autour de toi, moi la pacifiste?

Aujourd’hui, j’en ai la certitude, mon amour, mon petit homme, que l’on aime autant.

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Crédit photo: Sabine Faulmeyer

 

Liras-tu cette lettre un jour ? Fortuitement peut être, je ne suis pas certaine de parvenir à te la donner. Mes doutes te pinceront le cœur, il ne le faudrait pas. Les doutes, tu les rencontreras, ta sensibilité te poussera à les affronter, mais ils ne seront là que pour te révéler l’essentiel. Et te concernant, aie la certitude que tu es aimé, et que tu l’es sans borne possible.

Je ne sais pas pourquoi on fait des enfants : pour ne pas être seul ? Pour avoir la certitude d’être aimé, même mal, même de loin parfois ? Pour exister un peu plus ? Pour ne pas être oublié tout de suite ?  Il est étrange de donner la vie, de passer son énergie et son temps à tout donner et dans le même souffle se dire que je t affligerai l’un des déchirements les plus douloureux de l’existence le jour où la terre me recouvrira. Mettre un enfant au monde, c’est se confronter à sa propre fin, tout en ayant l’impression de se remplir et d’être invincible tant que rien ne t’arrive.

Tes éclats de rire envoient tout valser, les questions et le gris. Tu es l’instant présent : t’entendre t’esclaffer avec ta sœur, Adèle ton premier mot. Celle que tu cherches à chaque instant. Je ne suis pas capable de me sentir fière de beaucoup de choses mais t’avoir offert (vous avoir offert) la présence d’un autre m’enchante. Je ne peux préjuger de vos rapports, pour le moment ils sont admiratifs et complices, drôles et innocents. Elle, l’exclusive, a toujours su te laisser ta place, te protège et te répète à longueur de temps qu’elle t’adore tant. Je te souhaite de trouver en elle ta meilleure amie. Je n’ai pas la recette, je ne sais pas comment préserver le beau et les êtres chers mais tu y parviendras, la profondeur de ton regard en est le gage.

Tes yeux liront ils ces lignes ? Que doit-on dire à ses enfants ? Quel portrait dresser de la mère que l’on est ? Ne pas taire les errances ou au contraire ne pas risquer un orteil hors du piédestal sur lequel tes yeux d’enfant me hissent ?

Se sent on moins aimé à connaître l’épuisement des premiers mois ou les doutes sur sa capacité à être la mère idéale ? Je ne le crois pas. N’est on pas plus fort de savoir qu’en dépit de tout, on est aimé, pas une seconde de regret de la vie d’avant, elle n’a même plus de contenance cette vie sans vous. Savoir que de manière inconditionnelle on est aimé. Alors, sache le mon Thibault.

Serai je une de ces mères qui appelant leur progéniture usent d’un « mon fils » qui recouvre tout et ne laisse de place à personne ? 

Sache le, Thibault. Même les jours de tempête, de cernes noires, de pourquoi, de mon corps s’accroupissant derrière la porte refermée, les larmes ne pouvant plus être contenues. Elles ne sont pas amères ces larmes. Elles sont celles que les mères portent toute leur vie et qu’il faut laisser s’échapper parfois.

Mais jamais, non jamais, elles ne sont contre toi.

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Illustration Ilya Green

 

Chaque jour, je redécouvre tes sourires et tes envies, ton caractère qui s’affirme et ton émerveillement avec un bonheur intact. On dira mille choses sur la maternité. La seule chose que je peux affirmer c’est que sans toi, sans Elle, je ne serais pas moi, vous avez comblé des failles et si parfois la solitude m’attire, elle ne fait pas le poids. Il me faut entendre vos voix au loin, tes mains sont trop douces pour que je veuille les lâcher.

Tu as eu un an mon Thibault. Je te souhaite un chemin doux, je tâcherai d’éloigner les pièges et les trous. Et si tu tombes, retourne toi, je ne suis pas loin. Quoi qu’il arrive.

Au moment où je finis cette lettre, je t’entends. Et je comprends précisément pourquoi on fait des enfants, pour ce regard qui se lève vers moi, ces yeux qui s’illuminent quand la mère entre dans la pièce, ces bras qui s’ouvrent sur moi. Etre l’unique. La seule à savoir border les chagrins d’enfants pour qu’ils ne vous bouffent pas et bercer les nuits troublées. Et si le premier pas est égoïste, enfanter pour avoir la certitude d’être quelqu’un. Le second est tout autre, la seconde où tu as posé ton premier regard sur moi, j’ai su que tu étais l’unique. Comme Elle est l’unique.

Mon Thibault. On va danser la vie, l’affronter à coups de câlins et te construire mille souvenirs. Et chaque jour, je vais tenter de remplir la boîte à confiance, celle que l’on porte en soi et qui se doit d’être toujours remplie au risque d’avancer en cahotant.

Allez, viens, on y va ! On va croire aux licornes, mon Thibault !

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Ni tout à fait une autre, Caroline Vié.

3 Avr

« Je me dis qu’il pourrait être temps que je sois heureuse. J’ai égaré le mode d’emploi. »

Il y a eu Brioche, sa fulgurance, son uppercut.

Il y a eu le magistral Dépendence Day qui encore des années après continue à me revenir en mémoire.

Il y a Ni tout à fait une autre.

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Troisième roman de Caroline Vié qui conforte son talent et qui donne à voir la libération de l’auteur, et peut être de la femme. Comme l’impression que sans enlever l’essentiel, Caroline Vié se resserre sur le noyau, sur ce qui fait une vie avec toujours cette étincelle bien à elle.

L’amour, la mort, des mets délicieux, des odeurs, le soleil, les autres et soi. Ce que l’on fait de sa vie, dans son dévouement aux autres ou dans la quête de ce qui tous les matins doit faire vibrer.

Soi et l’humain avec un cœur décuplé, servi par une écriture qui sait venir cueillir le lecteur.

Jamais Caroline Vié ne masque les drames et l’infortune, la perte et les absents, elle vit avec, danse parfois. Comme si le cœur n’avait pas de protection, l’esprit pas de filtres, comme si vivre était tout affronter sans demi-mesure, le bon et le dur,

Peut-être qu’elle est là la recette pour une vie heureuse : ce mélange de rock et de résilience, de profondeur et de goût des autres. Et cette lumière, comme un phare à ne jamais perdre de vue.

Il y a ce quelque chose d’indéfinissable dans l’écriture de Caroline Vié, comme un éclat particulier qui me percute à chaque fois dans ce qu’il dit de sa vision de la vie, de son humanité et de sa quête, dans ce qu’elle vient me chercher alors même que l’histoire est à des kilomètres de ma vie ; parce qu’un final, quel qu’en soit le décor, les acteurs et le réalisateur, on a tous les mêmes questionnements et ces doutes chevillés au corps, et parce que dès lors que l’humain est au centre de tout, les rêves et les aspirations se ressemblent, à en devenir des miroirs. Devenir soi.

Se prendre la vie en pleine face et sourire quand même, avec dans le regard une tendresse débordante et une force déterminée.

« La vie est faite de renoncements infimes, si minuscules qu’on ne les remarque que quand on en fait la somme. »

 

Et mon luth constellé, Ariane Schréder

23 Fév

En 2013, j’écrivais à propos du premier roman d’Ariane Schréder, La silencieuse  » Cela fait un moment que j’ai refermé ce livre, mais il est toujours là, près de moi. J’ai suspendu plusieurs fois la lecture pour avoir le plaisir de replonger dedans, chose que je fais très rarement. Expliquer mon rapport à ce roman est donc particulier. »

Je pourrais reprendre le même point de départ pour son deuxième roman que j’attendais avec impatience, Et mon luth constellé. Depuis 2013, la silencieuse ne m’a jamais quittée, ce portrait de femme, cette ode à la vie quand même, à la vie surtout se rappelle à moi les jours de doutes.

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Dans son nouveau roman, Ariane Schréder  reproduit la même magie.

Elle crée une bulle, y fait une entaille, pile à la place du cœur, vous aspire et referme le tout, derrière vous, en silence et sans violence. Une fois que vous êtes installée en sécurité, elles vous embarque, parvient à mettre le temps à distance, le monde peut s’écrouler, vous savez qu’il existe un endroit à l’abri.

Iris et son mystère en robe, l’amour de la littérature, Louise et l’enfance au bout des chaussures, Georges et sa librairie antre, Josette et son café, Jeanne, Luce, Pierre. Autant d’habitants de ce village montagneux, que l’on habite le temps de la lecture. Autant de vies, toutes bousculées par Iris et ses lectures publiques, les rassemblant tous dans le café à la nuit tombée.

Il y a des murmures dans ce roman, de ces habitudes de faire en silence. Il y a de la fantaisie mélancolique. Il y a ces instants qui font grandir, cette quête de l’enfant, des souvenirs et des secrets. Ce roman a la force de ces chansons parfois tristes qui réconfortent les jours de gris, comme une cantate dont la mélodie toujours vous trotte dans la tête.

La plume d’Ariane Schréder possède ce subtil équilibre du beau et du grave, comme si elle avançait, son lecteur avec, sur un fil tendu, oscillant parfois entre la crainte de tomber et la certitude que cette main tendue, jamais ne vous lâchera.

Merci Ariane Schréder, vous faites du bien à ma vie.

Si on parlait écriture avec Caroline Laurent ?

19 Jan

Ce roman, Et soudain la liberté, est plus qu’un livre pour moi. C’est une rencontre, un hymne, une naissance. Une autorisation aussi à devenir. Il est lumineux, porteur avec la liberté en étendard. Une émotion vive encore plusieurs mois après la lecture, et les relectures, un frisson dès que la couverture glisse sous mes yeux. Il aurait du rejoindre l’étagère des fondamentaux, il n’a pas quitté ma table de nuit, en lisant des passages parfois, comme un doudou dont on a besoin pour s’endormir.

Merci, Madame Pisier, d’avoir été le souffle de Caroline Laurent et de l’avoir guidée vers nous, à travers une écriture troublante et une sensibilité magnifique. Merci pour votre vie, nous tâcherons d’en être à la hauteur, Caroline Laurent l’est déjà.

 

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Ecrire, à quoi ça sert ?

J’imagine que l’on pourrait répondre « à rien, donc à tout »… Pour moi, écrire c’est fixer la vie dans son mouvement. La chose pourrait sembler contradictoire (comment fixer un mouvement ?) mais c’est la magie même de l’écriture. Ceux que nous aimons et qui sont morts, ceux qui ne sont pas encore nés et que nous aimerons, ceux qui seront pour toujours des êtres de fiction, des chimères, des inventions, mais qui existent en nous, tous ceux-là, grâce à l’écriture, vivront d’une vie inattaquable et libre. Ecrire, c’est toujours un peu défier le Temps…

Le meilleur compagnon de l’auteur ?

La nuit. La nuit qui nous offre le silence, mais un silence habité, plein comme un œuf, vivant. J’ai besoin de solitude pour écrire – « solitude », le terme n’est pas très juste, il faudrait un mot pour dire ce moment choisi où on se retire du quotidien sans se retirer du monde pour autant. « Retraite » est connoté religieusement… « Solitude » comporte une forme de tristesse, de mélancolie. Au beau milieu de la nuit, on peut être à la fois exactement soi et un autre. Oui, la nuit nous rend à un état étrangement contemplatif et sauvage, qui est l’état même, peut-être, que l’on cherche en écrivant.

Son pire ennemi ?

La complaisance.

Une manie d’écriture ?

Je suis une grande frileuse. Chaque fois que je me trouve devant l’écran ou la page blanche, j’ai besoin de sentir la chaleur, quitte à m’enrouler dans des plaids et des pulls informes !

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De quoi l’écriture doit-elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. » )

Du gouffre de l’absence de sens. Une vie, c’est toujours le même petit tas de questions : pourquoi suis-je sur terre ? à quoi bon exister ? qu’ai-je fait de mon temps ? ai-je réussi, aimé, construit quelque chose ? le monde aurait-il été le même sans moi ?

Ecrire permet de faire du vide une matière inépuisable.

Comment construit-on un roman ? Son point de départ : Un plan, un message à faire passer, une obsession ?

« Et soudain, la liberté » est un livre si atypique… Dans mon cas, il est né d’un coup de foudre amical et d’une promesse, lancée comme un défi à la mort.

Combien de textes proposés avant ce premier roman publié ?

L’éditrice ne peut répondre à cette question !

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Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

J’ai eu le sentiment d’une brûlure. Lorsque l’on m’a apporté le livre « physique » pour la première fois, je ne voulais ni le toucher ni l’ouvrir. J’ai d’ailleurs mis plusieurs semaines avant de pouvoir le manipuler. C’est très étrange, un peu caricatural, j’en ai bien conscience. Mais c’était plus fort que moi. J’avais peur. Je craignais les sortilèges que le livre renfermait.

Définissez-vous par :

  • une œuvre d’art : « La petite danseuse » de Degas.
  • un mot : élan.
  • une première fois : Un déjeuner d’adultes chez des amis de la famille, alors que je devais avoir 6 ou 7 ans. Je savais déjà lire, mais je n’avais jamais rien lu de « sérieux ». Pendant que mes parents bavardaient au salon avec leurs hôtes, j’avais obtenu l’autorisation de jouer dans le bureau-bibliothèque. Sur les rayons du bas s’alignaient des livres à la tranche rose… J’ai sorti un livre (en cachette) : Les Malheurs de Sophie, de la Comtesse de Ségur… Quand mes parents sont venus me récupérer, j’avais terminé le livre. Je me souviens encore de l’état dans lequel j’étais : excitation, joie, sentiment de transgression… J’ai lu ensuite tous les romans de la fameuse Sophie Rostopchine avec délices – quand j’y repense aujourd’hui, je me « gourmande » moi-même (comme diraient les héros de la Comtesse), tant la vision du monde présentée y est « réactionnaire » !

Citez trois ouvrages fondateurs

Difficile… Il y en a plus de trois, mais enfin, je tente.

  • Madame Bovary, Flaubert
  • Voyage au bout de la nuit, Céline
  • Une saison en enfer, Rimbaud

Le dernier roman qui vous a étonné

Souvenirs de la marée basse, Chantal Thomas.

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Lettre à Adèle sur Une longue impatience de Gaëlle Josse

16 Jan

Mon Adèle,

Un jour, si tu en as envie, tu liras ces lettres, que d’autres yeux auront vu avant toi, tu t’étonneras, t’agaceras ou rougiras. Je ne sais pas bien pourquoi certaines émotions ne peuvent que passer par toi, pour les tenir à distance en leur donnant ta douceur et ton innocence. Habituellement, je balance les mots sur une page sous une forme de chroniques pour ce roman-là, je n’ai pas réussi, il te fallait.

Comme tous les soirs, tu redoutais ce moment de bascule, devoir cesser tes histoires inventées, coucher sur son lit en plastique ton dernier playmobil, poser tes précieux près de ton lit, et ton lapin au creux de ton oreiller. Vient alors le temps des histoires partagées, du moment où l’on doit choisir ce que l’on sera quand on sera grand : bullier, colorieur de zèbres, chatouilleur de gens tristes ou bouillote vivante, avec l’éternel « et toi Maman tu veux être quoi quand tu seras grande ?  » , du partage de cet instant où blottit dans mes bras nous suivons les aventures de Jacko Mollo, de Zohra ou de la gardienne de nuit , avec tes incursions pour reconnaître une lettre, un mot. Ils sont précieux ces instants, toujours trop courts au moment de choisir notre étoile pour la nuit, rituel de fin de lecture. Tu tentes, je reste ferme, après trois, quatre, cinq ou six histoires, c’est plus facile.

Inexorablement, tu t’allonges, serres fort ton doudou, te glisses sous ta couette et me murmures : « tu me veilles hein Maman ». Je résiste parfois, tu finis par un « je ne peux pas sans toi, ce n’est pas possible » alors je cède. Je t’embrasse, tu crois que je pars, je te chuchote les mots magiques qui aident à grandir, éteins la lampe. Ton corps ne se détend qu’au moment où le mien rejoint le canapé juste à côté de toi, à l’extrémité du canapé près de la veilleuse qui illumine la nuit. Je replie mes jambes sous moi, pose une couverture dessus et attrape le livre en cours de lecture.

Ce soir-là, j’avais cessé toute lecture en cours pour me saisir du nouveau roman de Gaëlle Josse, un rendez-vous incontournable.

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Dès la deuxième page, l’émotion était palpable, l’as-tu senti, ce frisson qui me parcourait au moment de lire ces mots :

« C’est le temps des mots secrets, ceux qui permettent de dénouer la journée, de la reposer dans ses plis avant de la laisser s’enfuir, se dissoudre, c’est le temps d’apprivoiser la nuit, c’est le temps des mots sans lesquels le sommeil ne viendrait pas. Je plonge le visage dans la tiédeur des cous, des oreilles, des bras qui veulent me retenir, des doigts légers, un peu collants, qui caressent mes joues, je sombre dans la douceur des cheveux lavés, du linge frais. Chut maintenant ; il faut dormir. Une fois franchie leur porte, j’entre dans ma nuit, à la rencontre de le part de ma vie qui vient de brûler. »

Il est difficile de poser des mots après ceux-là, tant tout est dit avec une délicatesse rare. Au-delà de la beauté absolue de cette musique, le parallèle était troublant ; ainsi quelque part, quelqu’un a compris et a réussi à le mettre en couleur. Quelqu’un de magique, je crois. Pour moi, comme une évidence, comme une part de celle que je deviens. Elle fût la première à qui j’osais aller parler de son roman, les mains tremblantes, la gorge sèche et les larmes aux yeux. A chaque relecture de Nos vies désaccordées, l’effet est identique, d’une émotion tellement vive qu’elle doit s’exprimer dans des larmes, pas celles qui s’accompagnent d’une douleur mais celles qui libèrent et apaisent, que l’on ne prend pas nécessairement le temps de sécher.

Avec Cette longue impatience, la magie à nouveau, de mots choisis comme un miracle, comme un orfèvre choisit le meilleur et le révèle par son talent. A plusieurs reprises, il a fallu que je cesse ma lecture m’extasiant de cette perfection dans le ressenti et la manière de le figurer. Lire l’universel est une chose, le lire si bien, si beau avec autant de grâce est chose rare. Tu verras, Adèle, tu les rencontreras sur le chemin, tu te constitueras ta bibliothèque d’essentiels, alors à ce moment-là je te glisserai ce roman entre les mains, pour que tu comprennes l’attachement et les tripes d’une mère, c’est de cela qu’il s’agit, tu sentiras le cœur d’une mère battre au sein de ta main à sa lecture, tu saisiras comment le beau peut adoucir les êtres et les maintenir éveillé.

Tu sauras que lire permet de se comprendre et d’être consolée toujours de ne pas être seule, se savoir comprise est une chance folle. Cette Longue impatience est une œuvre d’art bouleversante et magnifique. Je ne vais pas ajouter de superlatifs, user de ce que l’auteur exècre et traque pour tenter d’expliquer l’incontournable.

Je ne peux te dire qu’une chose, c’est que ce roman, tu le trouveras en haut, sur l’étagère des livres qui font vivre, tu as déjà caressé la couverture la trouvant douce, tu as ouvert au hasard et tu as senti les pages. Tu m’as demandée de lire les lettres de la couverture et tu as souri. Tu as compris, je crois, le pouvoir magique et la force du sublime.

Je vais terminer cette lettre, et je vais en commencer une pour ton frère, mais celle-là restera entre lui et moi, certaines sont trop intimes pour d’autre yeux, parce qu’Anne et Louis poussent nécessairement toute mère vers son fils, parce que certaines émotions doivent prendre forme pour ne pas oublier et pour qu’il sache, quand il sera grand. Continuer à vivre avec un personnage et agir dans sa propre vie, c’est sans doute la définition d’un grand roman.

N’oublie pas mon Adèle que les livres sauvent et qu’ils font grandir. En fermant ce roman, j’ai compris et j’ai appris. J’ai vécu et j’ai pleuré. Et rappelle-toi que certaines rencontres sont des cadeaux précieux qu’il faut chérir et garder là, au creux de ton oreiller pour que la nuit soit moins noire.

 « Car toujours les mères courent, courent et s’inquiètent, de tout, d’un front chaud, d’un toussotement, d’une pâleur, d’une chute, d’un sommeil agité, d’une fatigue, d’un pleur, d’une plainte, d’un chagrin. Elle s’inquiètent dans leur cœur pendant qu’elles accomplissent tout ce que le quotidien réclame, exige, et ne cède jamais. Elles se hâtent et se démultiplient, présentes à tout, à tous, tandis qu’une voix intérieure qu’elles tentent de tenir à distance, de museler, leur souffle que jamais elles ne cesseront de se tourmenter pour l’enfant un jour sorti de leur flanc. »

Lettre à la petite fille que j’étais sur les 68 premières fois.

22 Déc

J’aurais pu faire un résumé factuel, un billet rempli de merci sans saveur, comme ces merci que l’on répète à longueur de journées en oubliant le vrai sens. J’aurais pu faire une nouvelle lettre à Adèle. Depuis vendredi, je cherche comment vous raconter la soirée de clôture des 68 premières fois, je n’ai trouvé qu’une lettre à la petite fille que j’étais, vénérant les auteurs, n’imaginant pas les approcher un jour. Je n’ai vu qu’elle parce que ce 15 décembre, c’était elle qui était là, les yeux émerveillés de ce qui lui arrivait. Je ne me souviens pas de mes rêves d’enfants, de ce que je voulais faire et devenir ; une chose est sûre c’est que jamais la petite fille n’a rêvé à cela, et que finalement, les rêves d’adultes, c’est beau aussi.

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 Ma petite Charlotte,

Je ne trouve plus les surnoms dont on t’affublait, peut-être n’y en avait-il pas.

Il est étrange d’écrire à l’enfant que l’on a été, une supercherie pour ne pas avoir à dire les choses de manière frontale ou un détournement pour atteindre son but.

Je n’ai trouvé que cette forme là pour parler de cette année des 68 premières fois. Je ne parlerai pas du reste de ma vie, ce serait trop long et tellement fou, avec l’arrivée de ce petit garçon. Tu n’imagines pas, enfant, ce que c’est de devenir mère, tu le dessines, l’imagines, te prends à rêver à la vie des grands sans en comprendre le sens et le goût. Tu joues parfois à la poupée, au papa et à la maman, te contentant des choses du quotidien, délaissant aussi rapidement ce poupon que tu chérissais la minute précédente, sans imaginer une seconde la féérie de ces instants et l’abysse des doutes. Tu apprendras chaque jour, te demandant quasi quotidiennement comment tu as fait pour en arriver là, pour pouvoir dire : mes enfants, les regarder vivre en dehors de toi avec toujours cet étonnement.

On en parlera plus tard si tu veux. Je voulais te raconter autre chose, cette aventure qui a pris naissance spontanément, sans que je ne le décide ni ne l’imagine. J’aimerais avoir une belle légende à raconter quand on me demande : mais pourquoi et comment ? Je ne peux que répondre : c’est grâce aux autres.

Tu vas grandir, ma petite Charlotte, te prendre des murs, croire que tu peux changer le monde à 18 ans ou au moins le gouverner, tu découvriras un monde des affaires qui t’effraiera. Il faudra que tu en passes par-là, il est trop tard pour faire demi-tour. Essaie de ne pas trop t’abimer, oublie ce ventre qui te torture, il y a du merveilleux juste derrière.

Un jour, tu découvriras le regard que certains peuvent poser sur toi, et crois-moi, il n’y a que cela qui fait grandir, le regard de l’autre quand il est empli de bienveillance et de respect. Les regards de ceux que tu admires et qui se pose sur toi, pas sur ton voisin ou celui juste derrière, sur toi sont une force, essaie de ne pas douter même d’eux, ne cherche pas à comprendre, à t’en défaire; cesse de dire qu’ils ne peuvent pas t’être destinés. Reçois les comme un cadeau et savoure.

Je me souviens de toi, regardant les livres comme des reliques, les piles dans la maison, les histoires avant de s’endormir. Ils sont là en permanence. Tu les vois en haut de ces étagères, inaccessible. Tu n’oses pas prendre de chaises, fais attention tu risques de tomber, alors tu les regardes, et tu commences à leur vouer un culte, pas celui du dimanche matin avec bougies et paroles trop fortes, un culte discret et intime. Tu te dis que les gens qui écrivent sont des êtres magiques et inatteignables. Tu les chéris. Tu n’oses pas, même toi, petite, les approcher dans les salons, déjà une pudeur et une réserve .

Tu n’imagines pas encore qu’un soir de décembre tu te retrouveras avec une trentaine d’entre eux, juste à côté de toi, qu’il te faudra leur poser des questions, toi qui n’oses toujours pas aller les voir en salon, le face à face impossible. Tu n’imagines pas mais tu le feras sans flancher, en y pensant jour et nuit pendant plusieurs semaines, mais sans flancher. Tu seras incapable de te juger mais les retours des gens autour te diront que tu as eu raison d’y croire et que tu as réussi.

Pour la première fois peut être, tu oseras te dire que tu es fière de toi, non pas pour ce que tu as accompli mais fière de mériter ce regard qu’il pose sur toi ; Ne t’abuse pas, tu n’es pas la seule destinataire, peu importe, prends les, nourris en toi, garde les et tu te rendras compte qu’ils te feront grandir.

Je ne devrais pas t’en parler, ma toute petite à préserver, pourtant cette aventure t’emmènera aussi derrière des murs très hauts, éloigne des oreilles d’enfants, tu découvriras bien assez tôt le sombre ou les mauvais choix. Tu auras la chance d’accompagner ces êtres d’exception (cette année, ils étaient 4, Maelle, Gilles, Marie et Anaïs) derrière les murs d’une prison, et ces instants-là, je ne peux pas te les raconter. Même en essayant, je ne tomberais pas juste, les mots ont une autre résonnance là-bas. Tu sais simplement que ces instants marqueront ta vie dans leur intensité, l’émotion sans filtre et dans ta capacité à croire que la littérature sauve le monde.

Et si elle n’a pas cette capacité, alors au moins, elle te sauvera toi, de l’ignorance et du sombre, de l’inutile et de l’ennui. Elle te fera croire aux licornes et aux fées, au beau et à la magie des histoires.

Si la quête d’une vie est de trouver sa place, je peux t’assurer, ma toute petite, que ce soir-là et dans ces instants uniques, tu ne voudras être nulle part ailleurs. Tu laisseras de côté tes doutes et ton perfectionnisme, tu oublieras les questions qui tordent les tripes en pleine nuit, qui font arrimer des larmes à tes yeux verts, tu oublieras et tu vivras.

Conserve toujours cette magie et cette fébrilité, cette fragilité face aux autres, c’est un atout, sers toi en. Tous les sacrifices ou les doutes valent la peine quand tu vis cela.

Au final, tu chercheras autre chose, mais il n’y a que Merci qui illustrera ton propos. Tu voudras le prononcer à chacun d’entre eux, parce que ce soir là et durant toute cette année, ils ont fait vivre la petite fille aux yeux émerveillés et qui continuera à rêver plus fort.

Je t’embrasse ma toute petite, et n’oublie pas de mettre ton soulier au pied du sapin, je t’assure que le Père Noel existe!

Merci Jean-Baptiste, Catherine, Cécile, Vanessa, Sébastien, Marie, Timothée, Jacky, Emmanuelle, Thomas, Claire, Clarisse, Emmanuelle, Stéphanie, Caroline, Pascale, Emmanuelle, Maryam, Marion, Cyril, Sarah, Anne-Sophie, Ludovic, Christiania, Anne-Sophie, Charlotte, Sandra, Virginie, Soluto, Marine, Céline, Maelle, Giles, Anaïs, Pascal, Erwan, Sonia, Sophie, Jennifer, Sophie, Gaëlle, Loulou ; et les autres.

Et merci à ceux et celles qui font que cette aventure existe, mes comparses-amies des 68 et les lecteurs.

 

 

 

 

 

S’il ne fallait en garder qu’un…

21 Déc

Plusieurs semaines que je cherche la porte d’entrée pour parler de ce roman. Pour une fois, j’ai relu ma chronique, la trouvant fade et sans saveur, je l’ai tournée dans tous les sens. Parfois il faut juste admettre qu’on ne peut pas être à la hauteur. Cependant, il me paraissait indispensable que ce roman figure dans mon petit espace. Loin des classements de fin d’année, des découvertes multiples et merveilleuses que j’ai faites avec notamment des premiers romans qui ont rejoint l’étagère des indispensables, il était évident que la dernière chronique de 2017 devait se faire sur ce roman. Car s’il ne fallait en garder un (mais pourquoi donc?), alors ce serait ce roman au titre magnifique, Et soudain la liberté de Caroline Laurent.

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Les rencontres marquantes sont rares, se comptent sur les fameux doigts d’une main, de deux si l’on est chanceux.

On se souvient du lieu et de l’heure, de l’ambiance et de la lumière.

Pour cette rencontre, on était au milieu d’un après-midi encore chaud, ma fille jouant sur le tapis de sa chambre, levant parfois la tête vers moi, assise sur son canapé, comme pour s’assurer que je n’étais pas trop loin. A la main ma liseuse, sur ma poitrine, endormi mon fils. Sans connaître l’auteur ou le thème, comme pour tous les premiers romans, ouvrir le fichier et lire.

Lire quelques pages et sentir le cœur qui s’emballe, le monde qui s’embrume. La voix d’Adèle s’éloigne, le souffle chaud de Thibault se fait discret, n’être plus là que pour ces mots lus et ressentis. Lever la tête et se rendre compte que le monde continue à tourner, tout de même, qu’il ne s’est pas figé. Et dans le même temps, se dire que l’on vient de rencontrer quelqu’un, un de ces êtres de papier qui rendent la vie plus riche.

Devoir arrêter la lecture, les enfants ont leur propre temps. Envoyer un message aux amies des 68 premières fois, leur disant : un de plus dans la sélection, alors même que cinquante pages, seulement, ont étaient dévorées et qu’elles n’avaient pas encore posé leurs yeux dessus.

Continuer la lecture et leur dire encore, aux amies, que ce livre émeut aux larmes, que la pépite est là.

Le jour de sa sortie, passer en librairie, se le faire offrir par sa maman (qui a lu le roman sait la portée symbolique). En relire de longs extraits.

Parce que le hasard n’existe pas, recevoir un message de sa libraire préférée : je suis en train de lire un roman, une merveille. La même merveille.

Un autre message : Caroline Laurent vient à la librairie. Prévenir l’amoureux qu’il devra gérer les enfants pendant une heure ou deux, il y a des rendez-vous que l’on ne peut manquer.

Se lever, ce 29 septembre en sachant que ce ne sera pas une journée de plus, mais une journée à noter, où le quotidien ralentira pendant une poignée de minutes.

Etre là, voir Caroline Laurent arriver et sentir submerger par une émotion considérable.

L’entendre parler divinement de son roman, avoir aimé le livre, l’auteur et découvrir avec un bonheur considérable la femme derrière.

Regarder tous les lecteurs lui faire dédicacer son roman, tenir le sien contre sa poitrine, fébrilement. Attendre d’être la dernière.

S’approcher, le livre en main et ne pas parvenir à dire pourquoi, ne pas réussir à dire, les larmes prenant place. Murmurer mon prénom, et rien d’autre.

Repartir un peu sonnée, étreinte par une émotion singulière. Embrasser Adèle, la border comme promis, lui raconter des histoires encore et la veiller. A mon tour, aller m’allonger et n’avoir qu’une envie, qu’un instinct : reprendre le livre, et le relire. Une troisième fois.

Trois fois. A chacune, redécouvrir le roman et ne pas sentir l’émotion s’étioler.

En le refermant, j’ai tenté de comprendre pourquoi. C’est sans doute le but de cette chronique, tenter de comprendre l’émotion à son paroxysme.

Est-ce la structure du roman, la vie d’Evelyne Pisier entrelacée des interrogations de Caroline Laurent ? Comme la naissance d’un écrivain à chaque page tournée. C’est cela qui est rare, avoir l’impression de vivre en direct une éclosion, celle de l’écrivain qui sommeillait en Caroline Laurent et n’avait pas encore osé être, et la voir se révéler. Terminer en se disant qu’Evelyne Pisier, en plus de son amitié, lui a fait ce cadeau de l’aider à devenir.

Cette vie magnifique d’Evelyne Pisier, mieux que tous les manifestes féministes ?

L’écriture lumineuse, même dans les instants de doute de Caroline Laurent ?

Tout cela sans doute, et le brin de magie que l’on n’explique pas et que l’on n’a pas envie de saisir, qui rend ces instants uniques. Ce quelque chose qui fait la lectrice boulimique, tenter de trouver des clés et des réponses aux questions profondes que l’on n’ose pas affronter.

Finalement, je ne sais toujours pas, je ne saisis toujours pas la portée du choc de cette lecture, de la fébrilité qui me prend dès que j’aperçois ce livre. Ce n’est pas si grave de ne pas comprendre, pourvu que l’on éprouve. Certains romans marquent des vies de lectrices, d’autres des vies de femmes. Celui-là fait indéniablement parti de la seconde, il sera un phare pour les jours de doute. Il est l’autorisation qu’il me manquait, cette petite voix qu’il ne faut plus taire sous des tonnes de doutes, de jamais et de « pas pour moi ».

Parce qu’en regardant ce livre, en se rappelant de sa lecture et de ses émotions, on sait que tout est possible, il ne reste plus qu’à s’inventer soi-même.

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