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Une photo, quelques mots: le sourire.

7 Jan

Cela fait un moment que je n’ai pas repris le chemin des ateliers d’écritures, ma plume est ailleurs… Pourtant, ce matin, un texte court et un peu de brique et de broc pour l’atelier de Leiloona

Crédit photo: Kot

Crédit photo: Kot

 

Ce matin, je n’ai pas envie.

Il ne vient pas, il est parti trop loin, il s’est enfui cette nuit et ne reviendra pas demain ni les autres jours. Il va falloir du temps pour que ma bouche retrouve la forme de ce croissant de lune. Mon sourire est resté dans ces bras.

Le monde bascule en une seconde paraît-il, le temps d’après est arrivé et il est froid et brutal. Sans couleur ni douceur. Sans cette chaleur qui permettait à mon corps de se sentir vivant.

Mon sourire, je l’ai oublié dans ces bras quand j’ai su, quand par inadvertance j’ai compris ce qui s’était passé.

Elle m’a juré : ce n’est arrivé qu’une seule fois, une erreur, rien d’important.

Rien d’important ? Suffisant pourtant pour détruire dix ans. L’inexcusable, l’impardonnable.

La déchirure.

Mon sourire, il est accroché à ses bras, mon refuge, ma vie, ma maison.

Où vais-je habiter désormais, qui me hantera au point de me faire tenir debout, d’inssufler à mon coeur le rythme de sa vie ?

Mon sourire est coincé dans ces bras et hier ils ont serré le corps d’un autre. Ma maison n’est plus à moi. Elle a broyé mon sourire.

Mon sourire a disparu pour un temps, mille ans, toujours.

S’il revient, il sera différent, bye bye candeur et innocence.

Désormais, il sera inquiet et terni, cachant toujours cette blessure.

Hier, on m’a volé mon sourire et jhe connais la coupable.

Une photo, quelques mots: L’homme seul

10 Déc

Si la photo de la semaine dernière m’a emmenée sur des chemins légers et drôles, la photo proposée par Leiloona cette semaine m’a conduite dans la direction opposée : du sombre et du noir. Vous voilà prévenus…

Bonne semaine à tous quand même!

Crédit photo: Romaric Cazaux

Crédit photo: Romaric Cazaux

Tu étais toujours devant.

Fonceur. Frondeur.

Quelque soit le défi, tu étais toujours celui contre lequel on ne voulait pas lutter, celui qui jetterait son corps dans l’inconnu, qui laisserait les encombrants au bord de la route pour aller plus vite. A peine acceptais tu d’écouter les consignes.

En montagne, un été, il y avait eu la première frayeur. Cette avalanche. Tu avais été prévenu. Inconscient, tu étais parti quand même. Des sauveteurs avaient risqué leurs vies pour toi. J’étais en colère, la seule qui ne t’avait pas couvert de câlins quand tu étais sorti de l’hôpital. Je t’en voulais de ton inconséquence. Les autres en riaient, usaient de termes que l’on attribuerait à des enfants : cabotins, tête brulée, besoin de tout tester. Tu avais promis de te calmer.

Tu avais tenu deux mois.

Et tu étais reparti. Tu hurlais que la vie ne valait la peine d’être vécue que si elle était extrême, qu’il fallait sans cesse fleureter avec le danger pour se sentir vivant.

J’étais celle qui aurait du comprendre, mais je ne pouvais pas cautionner ce risque permanent, ce fil sur lequel tu te balançais et sur lequel tu nous forçais à vivre.

J’avais accepté de te suivre dans ce trek dans le désert, en me disant que nous allions passer des moments ensemble et que tu serais différent. Dès le début, tu avais trouvé en ce jeune garçon un compagnon de jeu, aussi têtu et joueur que toi. A chaque excursion, il fallait être le premier. Tu avais enfilé cette tenue traditionnelle des hommes dans le désert, tu avais toujours eu cette facilité à t’adapter. Et vous aviez presque couru. Arrivé au sommet, il paraît que vous avez ri de nous voir si petits en bas, points minuscules dans l’immensité. Melvil avait son appareil, il avait pris cette photo de toi.

Il ne savait pas qu’elle était sans doute la plus représentative de ta personne, le premier, tout en haut. Le seul.

Il ne savait pas que cette photo deviendrait tristement célèbre.

Il ne savait pas que c’est sur elle que je pleurerais un jour.

Des larmes de colère et d’incompréhension. Crois moi elles sont plus douloureuses que celles de tristesse, plus lourdes.

Les médias s’acharnaient sur cette photo, lui donnaient un sens qu’elle n’avait pas, mélangeaient tout comme à chaque fois. Les amalgames et les préjugés ont la peau dure. Le sensationnel, il n’y avait que ça !

Ils te déshumanisaient, oubliant qu’un jour des gens avaient pu t’aimer et t’aimaient encore. Malgré tout.

Les questions, l’incompréhension. Voilà avec quoi nous devions vivre.

Comment as tu pu ?

A quoi as tu pensé à ce moment là ? Qu’est ce qui t’animait ? Qui avait su trouver le chemin qui menait à tes peurs pour les exploiter si bien ? Comment avais tu pu succomber à ces sirènes hurlantes ?

T’avait on promis la sensation la plus grisante qu’il soit pour que tu enfiles cette ceinture et que tu t’approches de ce café ? Je t’imagine y entrant avec ce sourire qui ne te quittait jamais, ce sourire qui parfois te tenait éloigné de la réalité. Personne ne pouvait se méfier.

Personne ne pouvait concevoir que le beau jeune homme blond, brillant et généreux s’était transformé en monstre froid et inhumain.

Ce jour là, tu avais décidé de tuer des inconnus, par conviction paraît il, par folie sans doute, par dégoût de la vie peut être. On ne saura jamais. Tu es mort avec eux, le saut ultime.

Tu étais mon frère.

Un inconnu.

 

Les deux comparses

3 Déc

J’ai hésité longtemps sur cette photo proposée par Leiloona de Bric à Book et finalement il en est sorti un texte à l’opposé de ce que je fais habituellement, mais j’ai pris plaisir à l’écrire, j’espère qu’il va vous plaire!

Crédit photo: Romaric Cazaux

Crédit photo: Romaric Cazaux

 

« Mais qu’est ce que je fous dans cette bagnole ? Il faut être sacrément barré. On se croirait dans un mauvais film ou pire dans un épisode de Derrick. Si Martha voyait la scène, elle se marrerait bien ! Les pieds nickelés ou le Muppets shows en action. Des Jules et Jim qui ont mal tournés ! Non mais franchement, en plus je fais semblant de lire ce journal dans lequel je ne comprends rien.  Je suis sur la dernière page depuis une heure, juste pour ne pas avoir à tenir le crachoir à Robert.  Parce que si je me retrouve là, c’est à cause de lui. Allez viens, tu vas pas me laisser seul, qu’il disait. Pff, et moi trop bête, je suis en train d’attraper des fourmis aux fesses pour ces beaux yeux !

Encore deux minutes et je me casse. C’est pathétique ! En plus, y a rien qui se passe ! »

« Voilà, comme ça : les mains sur le volant, l’œil vif, ne rien perdre de la scène. C’est comme ça qu’ils font, j’ai regardé tous les films d’espionnage que j’avais chez moi. Ils étaient toujours à deux alors j’ai demandé à Georges de venir avec moi. Il a bien compris son rôle, à feindre l’indifférence sous un journal sérieux.

Le truc, c’est que là ça fait quand même déjà trois heures et je commence à avoir des crampes. Je n’ose pas bouger mais franchement, ça devient inconfortable. Mais il faut que je sache. En même temps, c’est pas mal aussi de pas savoir… »

– Bon Robert, ça suffit! J’en ai ma claque. Ramène moi chez moi. Je ferais bien une sortie de scène du style: claquement de porte et insulte mais à cette heure, je ne vais rien trouver pour rentrer!

– Encore cinq minutes.

– Mais non, y a personne dans cette baraque. Et puis d’abord, je sais même pas pourquoi j’suis là? Pourquoi on attend ce mec? C’est qui d’abord?

– Mais je t’ai dit! J’pense que c’est l’amant de ma femme. Ca fait trois fois que je vois sa voiture garée devant chez moi et l’autre jour, il sortait de ma maison quand j’arrivais en voiture! J’ai pas osé demander  à ma femme, alors une fois je l’ai vu sortir de chez moi, et je l’ai suivi. Il est rentré dans cette maison!

– Ok mais là on fait quoi, on attend qu’il sorte et on se pointe devant lui pour lui casser la gueule?

– Non, je veux juste comprendre qui sait

– En restant scotché dans une voiture?

– Oh, t’es lourd! Tiens, regarde, c’est lui!

– Mais t’es débile ou tu le fais exprès?

– Quoi?

– Ce mec, il est kiné à domicile. Il s’occupe de Martha aussi! Si t’écoutais ta femme un peu plus, tu saurais qu’elle suit des séances pour son dos! Abruti! Allez, maintenant on se casse, Al Capone!

Une photo, quelques mots.

5 Nov
On reprend les habitudes, doucement. Voici donc l’atelier de Leiloona

Crédit photo: Romaric Cazaux

Moi, le « c’était mieux avant », ça m’énerve.

A chaque fois, on me parle de ces constructions qui vont prendre la place des champs en me disant que c’est terrible, que je dois être horrifiée. Ah où va la France ?

Le cliché.

Je n’ai jamais rien dit de tel moi, même pas un début de critique. Rien.

Mais vu que j’habite dans une ferme, au milieu d’une région agricole et que je suis âgée, je suis forcément nostalgique du temps d’avant.

Ils ont besoin de quelqu’un sur qui appuyer leur combat, alors ils se sont dit  qu’une petite vieille du coin, courbée et avec canne, ça faisait cru local.

J’aurais du me méfier quand ils ont voulu m’interviewer sur ce chantier et me prendre en photo. J’avais rien à dire, j’ai juste dit qu’il fallait attendre et puis que si cela permettait aux gens d’être heureux, de créer des emplois et bien pourquoi pas.

En lisant l’article, je n’y reconnais rien. Ils ont eu envie de mettre ce qu’ils voulaient.Et puis cette photo, je m’appuyais pour reposer ma jambe meurtrie et hop une photo avec la campagne derrière, le regard perdu.

Il faudrait que je me révolte.

Parce que le travail de la terre, moi, je ne le souhaite à personne. Si Georges et Oscar m’entendaient, des noms d’oiseaux siffleraient longtemps dans mes oreilles. Sauf que la vérité, elle est là. Ceux qui disent que c’est un beau métier ne le connaissent pas. Ils n’ont jamais ressenti ce corps épuisé, harassé, qui jamais ne retrouve sa position naturelle. Ces mains constamment sèches et rugueuses. Ce dégoût des légumes que l’on cultive. Cette odeur persistante des bêtes. La vie rythmée par les moissons, les tempêtes et les traites. Certains mots inexistants : vacances, repos, voyage. La fatigue constante.

Je n’ai pas eu le choix moi, sinon je serais partie. Loin. Entre les buildings. Du bruit et de la vie. Des humains plutôt que des bêtes. Le calme est un vacarme silencieux qui prend trop de place, toute la place.

Moi j’aurais voulu vivre vraiment et ne pas me contenter de survivre.

Alors, non je ne suis pas nostalgique du temps d’avant. Ma seule nostalgie, c’est celle de ma vie, celle de ne pas avoir eu le courage de fuir, quand il était encore temps.

Fuir pour vivre. Vraiment.

Une photo, quelques mots… Le bal.

15 Oct

Bric à book propose une photo que j’ai eu beaucoup de mal à interpréter…

Voici un très court texte!

Crédit photo: Romaric Cazaux

Seuls au monde.

Rien que tous les deux.

C’est le pacte pour aujourd’hui.

Rien que nous.

Tout oublier le temps d’une journée.

Croire aux promesses les plus folles pour quelques heures.

Ne plus faire de place aux autres. Pour une fois.

Se croire invincible.

Se dire que l’avenir se conjuguera au présent simple.

Ton regard. Ta main.

Tout ressentir, ne rien lâcher.

Et demain…

Demain, tout pourra recommencer.

Les doutes et les incertitudes.

Le bal du quotidien pourra reprendre, avec ses pas de côté et ses tourbillons.

Mais aujourd’hui, oublions tout.

Ne gardons rien que nous !

 

L’instant (une photo, quelques mots)

4 Oct
Leiloona de Bric à Book avait proposé cette photo pour l’atelier de lundi, j’ai tout de suite accroché mais il me fallait du temps pour reprendre mon crayon… Voilà ma petite participation…

Crédit photo: Romaric Cazaux

C’était un vendredi. Un jeudi peut être.

Ce dont je me souviens clairement c’est de ce sac énorme qui me blessait les épaules et ta silhouette au loin. Au début, j’ai cru à un mirage, c’est Irène qui devait être là, comme tous les soirs. En approchant pourtant, tu prenais corps, c’était bien toi.

Certaines auraient sauté de joie, mon premier sentiment a pourtant été la peur : il devait être arrivé quelque chose de grave pour que tu sois là à la sortie de l’école. Tu t’es approché en saisissant mon sac pour me débarrasser de ce poids trop lourd pour moi et tu m’as demandé si la journée s’était bien passée. Je te regardais un peu craintive, tu as rapidement vu que je m’interrogeais. Tu m’as rassurée, me disant que tout allait bien mais que tu avais envie de passer un moment avec moi, que tu voulais m’emmener dans un endroit que tu aimais.

Seulement à cet instant, j’ai pu me détendre. J’allais passer un moment seule avec toi. En y réfléchissant, je crois que c’était la première fois. Un moment en tête à tête avec mon père. Il fallait que je savoure.

Nous sommes montés dans la voiture. Tu m’avais apporté un goûter digne d’un festin. Je m’empiffrais de gâteau au chocolat pendant que nous roulions.

Je n’ai pas cherché à savoir où nous allions. Je te regardais, fière de me tenir à tes côtés. Tu ne savais pas que je n’avais pas le droit de m’asseoir devant,comme les grands.

Tu as garé la voiture et nous sommes sortis. Nous avons marché quelques pas et là, tout à coup, la mer.

J’avais l’habitude de la voir, mais ce jour là, tout prenait un tour différent.

Tu as saisi ma main. Je crois que toujours je me souviendrais de ce contact, doux et ferme. On s’est avancé sur la jetée, jusqu’au point le plus extrême, un pas de plus et nous étions dans l’eau.

On est resté un moment immobile à regarder la mer. Je n’osais pas parler. Ne pas rompre cet équilibre instable, cet instant hors du temps. Juste vivre, profiter.

C’est toi qui a bougé en premier, tu m’as regardé longuement avant de replonger ton regard dans l’horizon et tu as commencé à parler. Je ne savais pas si ces mots m’étaient vraiment adressés ou si tu te parlais à toi même.

Le discours est encore flou pour moi, des bribes seulement me sont restées en mémoire. Tu disais que cet endroit devait devenir un refuge, qu’il suffisait de regarder la mer pour tout oublier. Faire face à la vie était un combat quotidien mais la seule solution pour le gagner était de toujours rester droit et fier, voilà ce que tu murmurais. Ne jamais flancher, un genou à terre et c’était la fin.

Tu as du sentir ma main trembler dans la tienne. La peur, l’angoisse. Je ne comprenais pas ce que tu voulais me dire, tu semblais tellement loin. Tu me faisais peur.

Tu t’es arrêté, tu t’es abaissé et tu m’as pris dans tes bras en me disant que tu m’aimais mais qu’il fallait que je sache certaines choses sur la vie, que tu voulais que cet endroit devienne mon antre. Tu essayais sans doute de me faire comprendre ce que la vie allait être, tu voulais me protéger toujours mais tu savais que tu ne pourrais pas, que les coups et les gifles allaient un jour m’atteindre, que toujours je ne serai pas cette petite enfant que l’on tentait de contenir dans un cocon mais qui déjà ressentait le monde dans toute sa gravité.

Tu t’es relevé. On est resté encore un moment face à la mer, jusqu’à ce que le vent se lève et nous oblige à rentrer.

On est reparti en silence à la voiture, avec toujours ta main chaude qui tenait la mienne. Cette fois, tu m’as installée derrière. Tu pensais que je ne les verrai pas mais je les ai entendues, ces larmes qui coulaient le long de tes joues. J’ai simplement souri dans le rétroviseur lorsque tu as daigné regarder dedans. Un sourire de petite fille. J’aurais pu te dire mille choses mais je savais qu’il fallait que je reste à ma place et ne pas devenir celle qui protège.

Nous sommes rentrés. Maman nous attendait et tout est redevenu normal.

C’était il y a trente ans. Aujourd’hui, au dessus de mon bureau, il y a cette photo qu’un passant avait pris, il avait trouvé que nous étions beaux. Il était venu de le dire au moment où nous avions repris la voiture, tu lui avais donné notre adresse et depuis cet instant, toujours cette photo m’accompagne. La regarder suffit à faire remonter les souvenirs et à savoir que si la vie n’est pas un chemin facile, je ne serai jamais seule car toujours tu seras là. Je sentirais toujours ta présence. Douce mais ferme.