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Les nuages

25 Mar

Toujours un train de retard, c’était la photo de la semaine dernière chez Bric à book, peu importe. Reprise de l’exercice du lundi matin: une photo, quinze minutes, un texte.

Crédit photo: Romaric Cazaux

Crédit photo: Romaric Cazaux

Tu étais venue me réveiller à l’aube, par des caresses sur le front, les joues et dans le cou. Tu avais approché ton visage du mien pour me murmurer des mots doux, pour me dire qu’il fallait que je te suive, le ciel était rempli de promesses éphèmères. Je n’avais pas cherché à comprendre, j’avais enfilé un jean, un pull et je m’étais blottie dans le manteau que tu me tentais.

Nous avions marché quelques pas, la lumière quoique douce finit de me réveiller. Je te suivais comme un chien son maître, sans tenter de prendre un chemin détourné, je me laissais guider. Après quelques minutes, tu t’arrêta. Je levai la tête.

Une plaine vaste et sauvage s’offrait à tout, mais ce n’était rien comparé au spectacle qui se déroulait au dessus de nos têtes.

Certains auraient passé leur route, insensible au ballet des nuages. Toi, tu étais émerveillé, tu avais ce sourire au coin des yeux, cette malice au fond de la pupille. Après quelques minutes de silence, tu m’avais demandé de m’allonger dans l’herbe encore humide, nous n’avions plus que le ciel en horizon.

Et là, tu avais commencé à me raconter mon histoire. Je savais les grandes lignes, pas les détails. Mais vous n’aviez jamais osé me parler vraiment de peur que je me détourne. Ni toi, ni papa.

Tu étais remontée aux prémices, votre rencontre, le mariage, le bonheur intense et l’envie impérieuse de fonder votre famille. Et puis le drame, les traitements, l’impossibilité de fusionner vos sangs pour en faire naître un différent, unique. Certains couples auraient cédé, vous avez continué, votre amour pour seul compagnon.

Vous êtes venus me chercher un matin de mai, au bout du monde. Le Vietnam. La rencontre avait été évidente. J’étais ta fille. Tu étais ma mère. Au moment de sortir, avec pour seul bagage un couffin dans lequel je dormais paisiblement, papa t’avait fait lever la tête. Les nuages courraient par dizaines; tu avais trouvé ce ciel poétique, tu n’aimais pas les grandes étendues vides, ces bleus sans tâches te faisaient peur, te renvoyaient à ton aridité. La vie n’est pas une page monochrome, il faut des touches de couleurs, des aspérités, sans quoi ça ne vaut pas la peine.

Les nuages blancs, eux, sont  délicats, légers et subtils. Papa t’avait souri et t’avait glissé à l’oreille: « ils sont là pour toi. Ils seront toujours là pour toi ».

Ce matin, quand tu t’es levée, prise une nouvelle fois d’insomnie, tu as vu ce ciel et tu t’étais dit que c’était le jour où j’allais savoir, connaître mon histoire.

Je t’avais écouté, les larmes silencieuses au bord des yeux. Puis, tu t’étais tu. Nous étions restée un moment sans oser bouger, sans rien dire.

J’avais tendu la main pour saisir la tienne et je l’avais serré fort, à m’en faire mal, pour que tu sentes que rien n’allait changer.

Nous étions reparties, serrer l’une contre l’autre, pour que même l’air ne puisse s’immiscer entre nous. Tu étais partie te coucher. J’étais sortie.

Tu ne savais pas que ce jour là, j’avais moi aussi quelque chose à t’annoncer.

J’avais été dans cette boutique remplie de merveilles, j’avais acheté cet objet que je voulais garder pour elle mais qui te revenait à toi. C’était un mobile en forme de nuage, d’une poésie palpable.

Je devais partir pour deux jours, mais je voulais que tu saches.

Avant de partir,j’avais posé l’objet sur la table et griffoner quelques mots:

 » Si les nuages sont les instants d’une vie qu’il faut toujours avoir avec soi pour ne pas oublier qui nous sommes, alors bientôt un nouveau nuage sera là, le plus beau peut être…Ta fille qui t’aime. Pour toujours, maman. »

Cher Yonis

21 Mar

Si le lundi matin passe au jeudi soir, où va le monde. Ma participation à l’atelier de Leiloona (du 11 mars, ok j’ai un train de retard) mais les règles sont faites pour être contournées, non?

Crédit photo: Romaric Cazaux

Crédit photo: Romaric Cazaux

Cher Yonis,

J’ai bien reçu ta lettre et ta photo. Même en plein désastre, tu parviens à extraire la beauté du monde. Tu es un magicien !

Encore une fois, tes mots ont été douloureux. Je ne sais pas quoi te dire, tant tout me semble dérisoire.  Te raconter mes journées, ma vie. Me plaindre de mes maux de chanceuses, de petite française bien née, au chaud dans son appartement ?

Ridicule.

Je te vois, hochant la tête en détestant cette phrase. Dans ton dernier courrier, tu me disais que surtout je ne devais pas changer. Continuer à être la même. Mais quand on n’arrive plus à se regarder dans un miroir sans baisser le regard, c’est difficile. Je n’y arrive pas.

Mais ne te méprends pas, ce n’est pas de la pitié pour toi. C’est de la honte pour moi.

Honte d’avoir cru à des valeurs et des idéaux qui se réduisent à néant aussitôt que le concret les rattrape.

Honte d’avoir été assez naïve pour trouver un sens à la fraternité. Vous balancez de l’argent oui, vous accueillir non. L’entraide a ses limites, dès que le portefeuille est menacé.

Mais surtout, honte de ne rien faire pendant que toi tu organises mille rendez-vous, que tous les jours tu te bats parce que tu crois qu’un lendemain heureux est possible.

Est-ce cela que l’on appelle l’énergie du désespoir ? Quand on n’a tout perdu, l’instinct de survie prend le pas et dicte notre conduite ?

Tu pourrais en vouloir à cet Etat qui a conduit tout un peuple dans le mur, tu pourrais réclamer à grands cris la justice ou au contraire tomber dans l’extrémiste, avoir envie de tout détruire, puisque déjà il ne te reste plus rien.

Au lieu de ça, chaque jour, tu remontes sur tes barricades éphémères, tu donnes de la voix, tu ré-enchantes un peuple en lui ouvrant l’esprit, en lui faisant entendre les mots trop longtemps bafoués par des dirigeants sans scrupules.

Je t’admire Yonis.

Alors, aujourd’hui, tu m’excuseras, je n’ai pas envie de parler de moi. Sans intérêt.

Vis et reviens-moi vite Yonis, secoué, fatigué, terrassé sans doute, mais vivant.

Je t’embrasse tendrement.

Louise.

Une photo, quelques mots

18 Fév

Cette photo était proposée la semaine dernière par Leiloona, je n’avais pas eu le temps, mais elle me plaisait vraiment. Voici donc mon petit texte du lundi matin. Je n’étais absolument pas partie dans cette idée là et puis les mots ont fait leur place. Texte un peu dur, surtout au regard de cette photo pourtant colorée!

Crédit photo: Romaric Cazaux

Crédit photo: Romaric Cazaux

Tu te souviens de cet après midi là?

Notre caprice avait fonctionné, on les avait ces robes!

La veille, alors qu’ils nous pensaient endormies, nos parents avaient regardé un film où deux jolies femmes chantaient qu’elles étaient soeurs jumelles. Dans le couloir, cachées, nous avions savouré cette chanson, s’imaginant à la place des actrices. Ca tombait bien j’étais brune, tu étais blonde.

Le sommeil avait été difficile à trouver. La chanson m’avait troublée plus que de raison.

Le lendemain, dès que tu avais ouvert un oeil, je t’avais raconté mon plan. Nous allions devenir jumelles!

Tu m’avais regardé avec un peu d’effroi, tu étais passée à autre chose. Oui, on allait jouer, chanter mais pour de faux.

Pour de faux.

Toute ma vie, j’allais l’entendre cette phrase.

J’aurais tout fait pour que tu deviennes ma soeur, pour empecher tes parents de t’emmener au bout du monde, loin de moi.

Ta famille était mon soleil, ta mère radieuse et toutjours souriante qui lorsqu’elle m’appelait ma chérie me transportait au delà du réel.

Ma mère, à moi, était toujours triste. Je crois qu’elle ne m’aimait pas. Pas un geste, un mot, une caresse. Jamais.

Mon père toujours absent.

Alors cette nuit là, je me la suis inventée ma vie, avec toi à mes côtés pour toujours. Deux soeurs, ça ne se sépare pas.

Vous étiez ma famille, la vraie, celle des films et des livres. Le famille parfaite.

Vous êtes partis.

Tu m’as promis de ne pas m’oublier.

Chaque mot compte.

Il faut toujours tenir ses promesses.

Il ne faut pas briser les rêves d’enfants. Jamais.

Je regarde cette photo et je donnerai tout pour retrouver cette innocence.

Mon innoncence.

Cette photo, c’est mon ciel, collée sous les barreaux qui me servent d’horizon.

Une photo, quelques mots

4 Fév

Le rituel du lundi matin au réveil: écrire pour l’atelier de Leiloona. Ce matin, le texte est un peu confus, reflétant sans doute mon état d’esprit. Je voulais le partager avec vous quand même!

Crédit photo: Romaric Cazaux

Crédit photo: Romaric Cazaux

Toujours le même rituel.

Qu’importe l’heure, qu’importe le lieu.

Tous les soirs, ce verre de lait.

Toute seule.

Longtemps, je l’ai demandé : laissez-moi dix minutes, seulement dix minutes.

Aujourd’hui, plus personne à envoyer balader.

Quelques minutes.

Face à moi.

Ce verre de lait comme source d’énergie.

Pour calmer la ferveur du jour ou redonner vie à un jour gris.

Me recentrer. Savoir pourquoi j’avance.

Vous me direz : à votre âge, avancer, vous n’êtes pas sérieuse !

Y a-t-il un âge pour les rêves ?

Y a-t-il un moment où il faille se résigner ? Décider que maintenant le temps coulera sur nous, à défaut de nous faire bouillir le sang, à la recherche de sens ?

S’arrêter, c’est mourir.

Pourtant, j’ai mille raisons de me laisser partir : Emile, qui m’a abandonnée sur le bord de la route un matin de juin, sans crier gare. Louise, ma toute petite qui n’a jamais su comment prendre la vie et qui un jour a décidé que rien ne valait plus la peine.

Alors oui, j’aurais pu envoyer valser tous ces verres de lait, toutes ces petites choses qui composent ma vie. J’aurais dû arrêter de croire que demain serait meilleur, qu’un autrement, différent, était possible.

Mais les rêves sont coriaces, ils s’accrochent.

Si vous ne savez pas les écouter, ils vous tuent, vous consument pour finalement vous rendre aigris et ternes.

Au contraire, si vous leur prêtez une oreille attentive, alors ils dansent en vous, réalisant des arabesques que vous ne pouviez même pas imaginer.

J’ai perdu la foi que l’on m’avait inculquée, petite fille. J’ai douté souvent de tout, à deux doigts de laisser le fatalisme prendre corps.

Et puis, chaque soir, ce verre de lait, ce face à face avec moi-même.

Tous les jours, renouveler les promesses que l’on se fait à soi-même.

Pour se rappeler qui on est.

Ne pas oublier d’où l’on vient.

Et surtout savoir où l’on va.

 

 

Une photo, quelques mots: le masque

28 Jan

Leiloona proposait une photo déconcertante pour cette semaine, j’ai tourné autour longtemps et puis ce petit texte, ce matin, rapide et comme une évidence.

Crédit photo: Romaric Cazaux

Crédit photo: Romaric Cazaux

Le masque

Désormais, je ne sortirai plus jamais sans.

Ne plus m’exposer, entière et trop fragile.

Question de survie.

Construire cette carapace, comme une seconde peau, qui n’identifiera plus personne, qui aseptisera émotions et sentiments.

Tous les matins, je prendrai le temps de le dessiner, l’exagérant parfois pour qu’ils comprennent que plus rien ne passera. Il retiendra tout, les larmes et les sourires.

Les moqueries fuseront, ils ne comprendront pas mais je sais que rien ne transperça cette barrière de protection. Ils riront de cette fantaisie, s’en offusqueront.

Un artifice peut être, une fuite sans doute.

Il faut essayer, pour ne pas m’écrouler aux moindres mots. Trouver le remède parce qu’à l’intérieur, tout bouleverser est impossible. Je resterai celle que je suis, ce subterfuge en plus.

Tous les soirs, je déposerai les armes, seule face au miroir.

Tout effacer, faire partir poussières et mesquineries, pour qu’avec le maquillage, tout disparaisse, pour redevenir neuve le matin venu.

Avancer voilée, le regard fuyant pour ne plus croiser leurs reproches.

Affronter la vie de biais, plus en pleine face. J’ai donné, tout donner, trop donner. Trop douloureux, trop de séquelles. Les griffes, les morsures, les coups ont laissé des traces, des marques indélébiles, des cicatrices jamais refermées.

Désormais, je ne sortirai plus jamais sans.

Mon masque.

Rideau! (une photo, quelques mots)

21 Jan

Toujours la tête ailleurs, mais irrésistiblement attirée par l’atelier de Leiloona, revoilà donc un petit texte du lundi! Plusieurs pistes en voyant cette photo, plusieurs envies, j’ai gardé la plus-comment dire- différente…??

Crédit légende: Romaric Cazaux

Crédit légende: Romaric Cazaux

J’ai été mille fois effleuré. Sans conviction jamais, toujours pour me tirer dessus ou me remettre d’équerre. Tout au plus un coup d’œil pour conclure à mon côté un peu désuet.

Personne ne semble comprendre que l’on devrait prendre soin de moi. Je suis vieux, fatigué, mon poids me pèse. Je ne demande pas une attention de tous les jours, juste un peu plus de reconnaissance.

J’ai fait mon devoir comme un sage et dévoué serviteur. J’ai toujours rempli mes fonctions, pas un jour de défection, pas de grèves ou de maladie. Toujours fidèle au poste.

Un peu de considération, serait ce trop demander que de reconnaître que j’ai toujours réussi à diminuer les courants d’air, à protéger les yeux d’un soleil brûlant. Un merci même murmuré me suffirait !

Rien. On me presse, on en veut toujours plus, on s’agace quand une faille apparaît ou que je m’use.

Je suis fatigué de cette vie de serviteur, semblable à mille autres. Je n’ose pas regarder autour de moi, je sais que je n’ai rien de plus, rien d’unique, qu’un autre prendra ma place sans égard si je m’effondre. Tout au plus utilisera t on mes restes pour les petites tâches ingrates !

Pourtant, si on s’approchait un peu, si on me caressait délicatement, si on écoutait le bruissement de mes souvenirs, je pourrais en raconter des secrets, délivrer des odeurs oubliées, faire jaillir des effluves d’un autre temps. J’ai vu défiler tout ce que le monde comptait de grands, des présidents puissants, des hommes de l’ombre influents, des femmes enivrées par le pouvoir. Ceux là passaient en coup de vent, pas le temps, je n’ai retenu que l’éphémère. J’ai tenté de me tenir prêt pour sécher les larmes des oubliés, de ceux que l’on a fait chuter sans précautions, des femmes qui s’étaient brûler les ailes et des enfants enivrés d’ennui espérant voler quelques minutes à l’un de leurs parents, trop occupés à s’amuser à des jeux de grands qui au fond ne servent à rien.

Il fallait que je reste stoïque, à chaque tentative de fuite, on me remettait à ma place.

Aujourd’hui, je suis fatigué.

Je vais attendre que ce couple reparte après avoir cru saisir quelques minutes de cette inquiétante atmosphère de pouvoir. Ces journées portes ouvertes m’épuisent.

Ce soir, c’est décide, je tire ma révérence.

Tomber de rideau.