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Une photo, quelques mots: le choix.

8 Oct

Bric à Book nous offre encore une photo sensible et inspirante de Romaric Cazaux pour son atelier du lundi…

Un texte écrit rapidement, l’envie de reprendre le rythme de ce si bel atelier…

Crédit photo: Romaric Cazaux

Le brun, fougueux, aventurier avec ce regard qui vous happait pour vous hanter longtemps après qu’il ait fermé les yeux.

Le blond, d’une gentillesse rare, doux et généreux avec ce sourire qui console tout.

Paul.

Marc.

Les deux extrêmes.

Il aurait fallu choisir.

La douceur contre la passion.

L’inconnu contre le rassurant.

Comme deux opposés qui s’étaient attirés dès le plus jeune âge, ils étaient comme des aimants.

Ils avaient grandi ensemble, comme des jumeaux. Des amis-frères.

Il aurait fallu une force démoniaque pour les séparer.

J’aurais pu être cette force.

Etre celle qui romprait cet équilibre parfait, tout mettre en péril pour une histoire qui aurait sans doute eu une fin, un jour.

Choisir était impossible.

Trois n’est jamais un nombre parfait, un de trop toujours.

J’aurais pu jouer d’eux. Je sentais les regards appuyés de Paul et les paroles ambigües de Marc.

J’ai préféré fuir. Ne pas être celle par qui la fusion aurait pris fin.

Déserter une fois que l’innocence avait disparu et que les jeux avaient cessé.

Enfant, ils m’aimaient. Adulte, ils me désiraient.

Une différence impossible à combattre. Le grand écart, un gouffre.

Surtout ne pas choisir, les laisser vivre leur histoire. Leur lien valait mieux qu’une sordide histoire.

Je voulais les deux, je n’en ai eu aucun.

Garder juste une photo, cette photo du temps où rien n’était difficile, où l’innocence et la candeur ne nous emmenaient pas sur des terrains glissants, où nous n’avions pas encore l’envie de jouer à des jeux de grands.

Ne pas choisir.

Finalement, ne pas vivre.

Souvenir d’un premier roman avec Erwan Larher

19 Sep

Comme promis, la suite de l’interview d’Erwan Larher!

Merci infiniment Erwan d’avoir pris le temps de répondre à mes questions!!

crédit photo: Dorothy Shoes

 

6. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

A 14 ans, en pension, une histoire d’amour mystique entre deux vieux de 16-17 ans, dans le château cathare de Montségur. Je vous laisse imaginer…

7. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

J’ai essuyé des centaines de refus, avec trois romans différents, dont Qu’avez-vous fait de moi ?

Plus jeune, chaque rejet me confortait dans le puéril et banal sentiment d’être un artiste incompris et maudit, tout en me broyant l’ego, petit coquelet prétentieux que j’étais. Cependant, je ne me décourageais pas et me remettais au travail pour améliorer mon texte. Puis je renvoyais une nouvelle version, immanquablement refusée, et ainsi de suite jusqu’à ce que je décide de commencer un nouveau roman qui, une fois achevé, entrait dans le même cycle envois-refus-réécriture.

Pour faire un lien avec votre première question, vous constatez que je suis à ranger dans la case des laborieux, des tâcherons obstinés.

8. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ? 

Franchement, rien ne m’a paru difficile. Respirer, manger, aimer ne m’ont jamais angoissé ni fait douter. Ecrire non plus. Certains écrivent seulement pour devenir écrivains ; ceux-là peuvent connaître l’angoisse de l’échec.

Il faut je crois être à la fois très prétentieux et très humble pour aspirer à être publié.

 

9. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman publié entre les mains ?

Alors là… C’est indicible. Surtout pour moi qui ai attendu si longtemps avant d’être publié. Emotion, fierté, soulagement, fierté, émotion, agitation, excitation, ataraxie. Une des plus belles joies de mon existence, vraiment. J’en ai fait un petit article sur mon blog, à l’époque. C’est ici.

10. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Oh, je ne veux pas juger Qu’avez-vous fait de moi ? C’est le rôle des critiques, voire des lecteurs. Moi, je l’aime, c’est inconditionnel, malgré ses défauts. Et toujours l’aimerai.

11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

Je serais bien présomptueux de penser que quelqu’un rêve d’être à ma place, à savoir travailler pendant onze mois sans relâche pour ne même pas gagner de quoi partir en vacances le douzième. Le prestige social, me rétorquerez-vous, la gratification symbolique. Si c’est ce après quoi vos « auteurs en herbe » courent, qu’ils changent de rêve.

A un romancier qui brûle d’être publié, je donnerais des conseils rasoirs d’ancien combattant : demande-toi pourquoi tu écris, pourquoi tu veux être publié, prépare-toi à la solitude, au découragement, apprends la patience, lis, travaille, travaille et travaille.

Toutefois, si notre « auteur en herbe » aspire à faire des romans comme Jennifer des chansons (et pourquoi pas ?), le chemin sera à la fois moins raide et plus court, et les conseils ci-dessus lui seront aussi utiles qu’un dictionnaire à un footballeur.

Je peux enfin suggérer quelques stratégies dites « de contournement » : jouer sur son physique, si celui-ci le permet, peut faciliter certains rapprochements, comme dans tous les milieux professionnels, et ce, dans le champ littéraire, que vous soyez un homme ou une femme. Se construire un personnage marquant également, par le biais d’une coupe de cheveux, d’un persistant chapeau, d’une écharpe de couleur vive, d’une chemise déboutonnée. Si vous avez un physique attirant ET que vous avez réussi à vous créer un personnage, bingo ! Dans ce cas, fréquentez les salons du livre, les signatures en librairies, faites-vous repérer, pas forcément par un auteur connu – un moins connu sera plus abordable et vous emmènera, de fil en aiguille, vers un bankable. Envoyez les gens vers votre blog littéraire (sur lequel vous ne dites que du bien de tout le monde), faites subtilement savoir que vous travaillez sur un texte (« non, je ne le fais pas encore lire, ce n’est pas prêt… Bon t’es sûr ?… Alors ok, mais tu me dis franchement, hein ? »). Avec un peu de persévérance, cette tactique peut payer.

Vous voyez, il ne faut pas désespérer, moult chemins peuvent conduire notre « auteur en herbe » à l’étal d’une librairie.

Et si on parlait écriture avec Virginie Ollagnier?

11 Sep

Ahlala, Rouge argile… Je vous en ai parlé de ce coup de coeur, ce livre qui vous emporte au pays des milles saveurs et qui vous enveloppe dans la chaleur de l’Afrique du Nord.. Et bientôt, il faudra que je vous parle de Toutes ces vies qu’on abandonne, un tout autre registre mais toujours l’écriture sensible et délicate de Virginie… Il me tarde de lire L’incertain désormais…

Vous l’aurez compris, c’est avec un immense plaisir que je laisse la place à Virginie Ollagnier pour nous parler de son travail d’écriture.

Merci infiniment pour vos réponses… Hâte de vous lire à nouveau!

Rien que cette couverture… J’aime tellement ce roman!

1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

Je ne saurais répondre de façon tranchée à cette question.

Je suis dyslexique et je n’étais donc pas « destinée » à l’écriture. Cependant cette difficulté est aussi à l’origine de mon désir de raconter des histoires à mes petits camarades de l’école primaire.

Et c’est ce même plaisir de composer des personnages et leur histoire que je retrouve à chaque roman.

Alors ai-je écrit parce que je portais cela en moi, ou ai-je écrit car raconter m’a porté toute mon enfance? Je ne saurais le dire.

Même si chez moi, le travail a d’abord été un amusement, ce travail demeure l’unique allié.

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

Avant mon première roman, je n’ai écrit qu’une seule nouvelle. Rien d’autre. Depuis, j’ai pu observer comment les histoires viennent à moi:

Je respecte trois phases pour l’écriture d’un roman. Trois moments bien distincts que j’ai découverts avec L’Incertain, qui se sont confirmés avec Rouge argile. Il doit donc s’agir de mon rythme intérieur j’imagine.

Donc, après les corrections du dernier roman, il me faut une année pour me libérer de mes personnages, les quitter, les oublier et me défaire totalement de leurs motivations. Cette première année est une soupape nécessaire pendant laquelle, je n’écris pas une ligne. Je me nourris, retrouve une vie normale ponctuée de signatures, de rencontres avec les lecteurs.

Puis la deuxième année s’ouvre sur une image qui me hante. Pour Rouge argile, un cheval empaillé s’est lentement installé dans mon imaginaire et j’ai commencé à construire les personnages qui l’entouraient suivant les thèmes qui me touchaient à l’époque: la présence de plus en plus prégnante des religions dans le débat citoyen, ou des choses moins politique comme l’héritage inconscient dans les familles… bref, un patchwork de mes envies.

La troisième année me sert à tester à l’oral l’histoire, les personnages, les péripéties que j’ai composés dans ma tête, sans prendre de note. Et enfin, alors que je suis sevrée d’écriture depuis deux années et demi, je me mets à ma table. Le rythme est alors soutenu. L’écriture me demandant beaucoup d’énergie, je m’astreins à des nuits complètes, et comme les sportifs à une vie régulière. Là, j’écris au moins cinq heures. Habituellement de neuf à quatorze heures.

3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

Toutes ces vies qu’on abandonne c’était en 2004, dans le fauteuil rouge de mon salon. J’aime écrire sur mes genoux. Il s’agissait un peu d’une plaisanterie avec mon mari, qui voyait en moi un écrivain que je n’étais pas. Alors en 2004, je l’ai pris au mot. A moins que je n’aie écrit ce livre pour lui plaire… Elles sont compliquées les motivations du premier texte, un peu floues aussi.

4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Hahaha! C’est là aussi que le rôle de l’éditeur est important. Je ne ressens jamais de satisfaction, mais je sais que mes éditrices ne laisseraient pas sortir un livre qui ne serait pas assez bon. Donc, je m’en remets à elles pour juger de la qualité du texte. Si je n’écoutais que ma propre perception, je n’aurais jamais rien laissé sortir de chez moi!

5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Un seul texte. J’ai envoyé ma nouvelle aux Editions de la Baleine pour avoir un regard professionnel sur mon écriture. Ils ne m’ont pas répondu car ils avaient été rachetés par Le Seuil et c’est cette maison qui a pris contact avec moi. J’ai écrit la fin de Toutes ces vies qu’on abandonne en sachant qu’il serait publié au Seuil. Racheté à son tour, Le Seuil m’a libérée car sortir un livre lorsque tout se bouscule, se télescope dans une maison d’édition n’est pas le meilleur moment.  Je n’ai compris que plus tard toute la générosité de ce geste!

En 2005 j’ai donc rangé le manuscrit de Toute ces vies qu’on abandonne, bien décidée à ne plus le présenter et à n’écrire que pour moi. Finalement, c’est mon mari qui l’a envoyé aux Editions Liana Levi.

Donc, disons que cela a été très simple et tout aussi compliqué.

6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

Un projet que je laisse grandir. Puis l’écriture acharnée d’un premier jet, puis des lecteurs familiaux et professionnels (des amis auteurs), et enfin une réécriture afin de présenter quelque chose de pas trop moche à mes éditrices, en six-huit mois. Vient ensuite le temps du travail peaufiné, du ponçage, de la pose du vernis avec l’équipe des Editions Liana Levi.

7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ? 

Comme il s’agissait d’une plaisanterie, d’une boutade, je n’ai aucun souvenir pénible de Toutes ces vies qu’on abandonne. Rien qu’un chemin lumineux. Je ne savais pas, ma naïveté, une réelle légèreté à écrire… De plus comme je vous l’ai dit, Le Seuil est entré par le biais d’un mail directement dans la vie du futur livre. C’est ensuite que les choses se sont gâtées! Hahaha!

8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Je me souviens avoir fêter allègrement la fin de l’écriture, mais pas du tout la sortie du livre.

Je me souviens de la difficulté que j’ai eu à assumer cette position…

Comme je pensais que le livre serait publié et qu’il a finalement attendu chez moi (avec tous mes espoirs coincés à l’intérieur),  je l’ai trouvé moche. Malgré la publication par Liana Levi, je n’envisageais Toutes ces vies qu’on abandonne que comme un texte qui m’avait fait souffrir, ou au mieux comme une petite bluette, fade et mièvre… C’est dire que ces premiers moments n’ont pas été joyeux.

De plus Toutes ces vies qu’on abandonne a touché beaucoup de lecteurs. Là, j’ai été bien embêtée car il me fallait défendre une bluette fade et mièvre et je mourais de honte à chaque fois. Je n’osais pas même parler de ce qu’il se passait autour du livre, à mes amis …

Je ne vous fais pas rêver, n’est-ce pas? Hahaha!

9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

J’en dirais qu’il ne s’agit pas d’une bluette fade et mièvre et que j’ai appris à l’aimer. Ce changement vient du fait que j’ai constaté le plaisir qu’il a offert à d’autres, à des inconnus. C’est ce qui l’a sauvé à mes yeux.

10. Etre écrivain, c’est…

Se remettre en question souvent, se nourrir du monde le plus possible et travailler-travailler-travailler.

11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

Je ne me vois pas bien donner de conseils. Je n’ai écrit que trois livres…

Cependant, si je le devais, il serait de travailler sans oublier de se faire plaisir! Le plaisir est très important car il soutient l’endurance qu’il faut pour aller jusqu’au bout d’un texte.

Ensuite faire lire le manuscrit terminé à des personnes de confiance mais sans concession! Le regard critique est essentiel.

Et après réécriture, enfin, le proposer à un éditeur.

 

Crédit photo: Olivier Jouvray

Merci infiniment Virginie… et pour les ceux qui n’ont pas encore découvert, Rouge argile, c’est le moment!! 

Si on parlait écriture avec Justine Levy?

21 Août

Cette semaine, c’est Justine Lévy qui a accepté de répondre à mes questions. J’avais aimé Le rendez vous et dévoré Rien de grave. Mauvaise fille a également laissé une trace en moi tant il était douloureux et difficile à lire, je me brûlais les doigts en le lisant mais je ne retirais pas ma main de la flamme!

Merci infiniment Justine d’avoir répondu à mes questions! Hâte de vous lire à nouveau!

1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

Je ne me sens pas spécialement douée, la plupart du temps mes brouillons sont infects, je dirais que mes brouillons cessent d’en être quand ils sont débarrassés de tout maniérisme.

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

Je ne sais pas. Rien de régulier.

3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

Il s’appelait Le rendez-vous, j’aurais bien aimé un titre qui claque plus, un titre comme un slogan, qui marque les esprits, mais tout ce qui me venait était pompeux, grotesque, celui-là avait, au moins, le mérite de la sobriété. J’avais 20 ans, je pensais que la mort n’existait pas et qu’on se relevait de tout.

4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

J’étais assez contente d’être allée au bout de ce premier roman, c’était une victoire contre moi-même, mes petites lâchetés, mes renoncements, mes peurs. Je ne savais pas encore que les difficultés commençaient après: être publiée bien sûr, mais aussi être visible, lue, critiquée, vendre, plaire.

 5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Je me sens toujours un peu mal à l’aise quand je pense à ce premier roman, parce que j’ai tellement entendu que j’étais publiée grâce aux réseaux de mon père que j’ai fini par y croire, d’une certaine manière, et par me sentir coupable.

6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

J’attends toujours le dernier moment, j’attends que l’écriture vienne à moi, que l’envie d’écrire devienne un besoin, et le besoin une douleur. À partir de là tout va assez vite.

7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ?

Ce sont des questions qu’on se pose pour les romans suivants. Le premier, on y va fleur au fusil.

8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Un délassement comme quand on vient de pleurer, une légèreté, et aussi l’envie de passer à autre chose et de partir très loin.

9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Je me dirais C’est pas mal mais un peu trop appliqué, elle aurait dû picoler un peu.

 10. Etre écrivain, c’est… pas un métier.

11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait… ne pas chercher à plaire ou à déplaire, ne pas écrire sous le regard des autres, se relire à voix haute, enlever ce tout qui est coquet, alambiqué, joli, mignon, aller puiser dans ses colères.

Et si on parlait écriture avec Isabelle Monnin?

7 Août

Je vous avais parlé de son dernier roman: Second tour ou les bons sentiments, un roman étonnant et passionnant.

Isabelle Monnin a accepté de répondre à mes questions… Vous n’avez qu’à suivre le guide!

1.      L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

Ecrire est une manière de s’exprimer comme une autre : certains dessinent, chantent ou dansent, d’autres écrivent. Je crois qu’on écrit quand on n’arrive pas vraiment à parler. Dans ce sens, ce serait plutôt «inné», comme une espèce de trait de caractère, de facilité. Cela n’a rien à voir avec le talent et encore moins avec la possibilité d’être lu. Mais la littérature n’est pas seulement de l’écriture : elle suppose un supplément d’audace, presque de prétention, répondant à la nécessité, presqu’un besoin vital ou viscéral, d’avoir à transcender le réel, le capturer et le conserver aussi précisément que possible. Ensuite, il n’y a pas de miracle : il faut beaucoup de travail pour arriver à trouver la voix juste.

 2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

C’est variable, de zéro à dix peut-être. Cela se passe par bouffées.

 3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

« Les vies extraordinaires d’Eugène », paru chez JCLattès à la rentrée littéraire 2010. Un sentiment d’accomplissement : de l’avoir fait, de le voir exister sous forme non seulement de texte mais aussi d’objet-livre et de sentir l’accueil respectueux, délicat et attentif qu’il a reçu alors que je ne l’avais au départ écrit que pour moi.

 4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Un texte n’est jamais fini, on peut toujours le reprendre, couper, ajouter, transformer. Mais un jour, pourtant, c’est terminé. Parce que l’éditeur l’attend, parce qu’on n’en peut plus de s’user les yeux sur le manuscrit, parce qu’on rêve à un autre texte. La satisfaction est un sentiment éloigné.

Isabelle Monnin à la Grande Librairie

5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Mon premier roman publié est le premier que j’ai fait lire à des éditeurs.

6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

Le projet murit pendant des semaines, souterrainement. Je prends quelques notes dans un carnet ou sur mon téléphone portable. J’accumule du matériel, de la documentation, des images, des objets. C’est une phase d’excitation : tout fait sens, une photo, une phrase entendue, un tableau, un film, une musique. Comme si j’étais une éponge hypersensible. J’essaye de bâtir un plan pour canaliser mes idées. Et puis je me mets à l’ordinateur, je crée une bulle autour de moi, je dois être seule, dans ma tête faire le silence, je cherche la voix et quand je l’entends, c’est comme un robinet qu’on ouvre, il n’y a qu’à retranscrire ce qui vient. Ensuite, la phase la plus importante est la relecture, il faut restructurer a posteriori, rééquilibrer. Mais surtout couper. J’ai la chance d’avoir une éditrice très présente et très exigeante.

 7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ? 

Sans doute la durée. C’est un effort d’endurance et d’humilité, certains jours les relectures sont pénibles, tout cela semble vain et absurde – à quoi bon tout cela puisque personne ne l’attend ? Il ne faut pas se décourager. Il faut accepter de regarder en face ses limites et ses difficultés. Il faut ne pas fuir sa solitude.

 8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Une grande émotion (et, il faut bien le dire, un angoissant sentiment d’imposture).

 

9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Unique.

 10. Etre écrivain, c’est…

Bien !

 11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

Ecrire, sans se soucier de rien d’autre que sa voix. Le reste est secondaire.

Merci beaucoup Isabelle! Vivement le prochain roman!

Si on parlait écriture avec Arthur Dreyfus?

31 Juil

J’avais été bouleversée par le justesse et la maitrise de Belle Famille et attendrie par ce petit livre étrange: Le livre qui rend heureux. C’est donc tout naturellement que j’ai demandé à Arthur Dreyfus de répondre à mes questions,.

Il a accepté de se confier. Je vous laisse découvrir!

Crédit photo: C. Hélie/Gallimard

1.       L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

C’est inné je crois, et ça se travaille comme n’importe quelle activité artistique. C’est un travail voluptueux, délicieux, et toujours solitaire.

2.       Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

Quand je peux écrire, et c’est déjà pas mal. J’ai toujours été pragmatique, n’aimant pas écrire « dans le vide ». J’écris donc ce que je veux publier, et quand je le peux, en fonction du temps et de l’envie profonde.

3.       Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

Mélange de choses qui me titillaient fort. Qui vivaient en moi. Suite d’un prix de nouvelles, le Prix du Jeune Écrivain. Envie de créer forte. Suite oubliée, on oublie comment viennent les choses.

4.       Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

On ne l’est jamais vraiment mais un jour il faut le rendre. C’est toute la question ; quand est-ce fini, et que doit-on privilégier ? L’œuvre en cours, ou l’œuvre en général ?

5.       Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Le Sainte-Graal, c’est avant tout d’être publié. Premier texte proposé, premier publié. J’ai eu de la chance.

6.       Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

Un premier jet retravaillé au jour le jour. Le hasard de l’écriture. Énormément de relectures. Trois amis bien différents, premiers lecteurs. Envoi.

7.       Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ? 

Les doutes empêchent de créer. Écrire, c’est dépasser ce doute, qui existera toujours, et avancer comme on peut. Ceux qui créent créent toujours plus que ceux qui ne créent pas, même par doute !

8.       Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Une sensation diluée, car le processus se déroule sur plusieurs mois. Approche d’un éditeur, comité de lecture, relecture, réécriture, épreuves, etc. Le roman imprimé n’est qu’une étape ultime. On se sent surtout heureux pendant le service de presse, face à ses centaines de livres, comme si leur nombre multiplié asseyait leur concrétude.

9.       Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Roman affectif, plein de moi, et moins proprement littéraire que le deuxième. Mais c’est peut-être mieux d’être pleinement affectif.

10.   Être écrivain, c’est…

Rester un enfant et regarder les choses.

11.   Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

D’écrire, d’écrire, et de ne pas faire comme les autres.

Merci beaucoup Arthur!