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Si on parlait écriture avec Fanny Salmeron? (et ses étourneaux!)

19 Fév

Il y a peu je vous parlais d’un roman tendre et mordant, il s’agissait des Etourneaux de Fanny Salmeron. Depuis tout le monde en parle (notamment Elle), vous n’avez donc pas pu passer à côté (et si c’est le cas, il est encore temps de vous le procurer chez votre libraire!).C’est Fanny Salmeron qui vient à votre rencontre aujourd’hui pour vous parler de son parcours d’auteur et son travail d’écriture!Merci Fanny! La semaine, c’est son (génial) éditeur qui viendra vous parler de son travail, parce que tous les acteurs de la châine du livre sont essentiels!

Crédit photo: Ruddy Descieux

Crédit photo: Ruddy Descieux

 

1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

Je dirais mille pour cent d’envie. Et surtout un vrai besoin. Je ne sais pas comment ni pourquoi écrivent les autres, mais pour moi c’est devenu très vite quelque chose d’indispensable.  C’était pour vider mon cerveau, un peu comme la pensine dans Harry Potter (attention référence!)

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

Malheureusement, comme j’ai un « vrai » travail à côté, ça ne se compte pas en heures par jour. Et je n’ai pas un rythme très régulier. Je suis admirative de ces écrivains qui se disent à huit heures du mat « allez, je vais écrire jusqu’à dix-neuf heures » et qui le font. Je ne suis pas assez disciplinée pour ça. Tout me distrait.

Après, il y a le temps passé à l’écriture (journal, blog, carnets de toutes sortes) et le temps passé à l’écriture d’un roman. Ce n’est pas le même travail. Avant d’être éditée, j’écrivais tout et n’importe quoi, j’écrivais comme je respirais, j’ai dans une boîte des cahiers entiers que je n’ai jamais relus. Maintenant, je sais que tout peut être une idée pour une nouvelle ou pour un livre, alors je suis plus attentive à ce que j’écris.

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3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

Il y a eu plusieurs premières fois. Le premier roman que j’ai fait lire autour de moi et que j’ai même envoyé à un concours de jeunes écrivains, je l’ai écrit à quinze ans. Le livre s’appelait « CHLOE ! » avec un point d’exclamation. J’avais même imprimé une fausse couverture dans le genre Robert Laffont, avec une silhouette de chat. Mais il n’y avait pas d’accent sur le E majuscule, je ne savais pas comment les faire, alors tout le monde m’a appelée « Shlo » pendant tout le lycée… Je ne sais pas où est ce manuscrit, je crois que je n’en ai plus de trace nulle part. C’est dommage. Ou peut-être pas…

Mais si on parle du premier roman édité alors c’est Si Peu d’Endroits Confortables en juin 2010, chez Stéphane Million. Un vrai grand moment d’émotion. J’étais fébrile. J’en avais eu un lumbago. Genre comme un accouchement.

4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

J’ai du mal à l’être complètement. Heureusement que l’éditeur est là pour dire stop à un moment, qu’il impose une deadline. Pour les étourneaux (le troisième qui vient de sortir) j’ai fait tout changer à la dernière minute, au moment du BAT. J’ai cru que Stéphane allait m’étrangler… Mais il m’a dit « ok, je te fais confiance » et il a fait les modifs que je voulais faire. Je ne l’ai pas relu depuis la sortie, je pense que je voudrais encore changer des choses.

5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

L’année avant Si Peu d’Endroits Confortables, j’ai écrit un autre livre (d’ailleurs l’héroïne s’appelait encore Chloé) que j’ai envoyé à des éditeurs. J’ai eu plein de belles lettres de refus (je les ai toutes gardées), mais ce qui m’a aidée surtout c’est Jean-Marc Roberts chez Stock qui m’a reçue dans son bureau pour m’expliquer pourquoi ce n’était pas possible de publier ce roman. J’ai compris ce qu’il voulait dire.  Ça m’a permis de passer à autre chose, et d’écrire le suivant. En sortant de cette discussion, je me suis sentie plus légitime, j’ai senti que « être écrivain » ce n’était plus un rêve idiot.

Quant à la publication de Si Peu d’Endroits Confortables, c’était assez drôle. Je connaissais Stéphane Million pour avoir écrit une nouvelle dans sa revue Bordel (celui sur le thème de La Jeune Fille). Je me suis ensuite décidée à lui envoyer le manuscrit de mon roman. Quelques semaines après, comme je n’avais pas eu de retour, je me suis risquée à lui envoyer un mail « Est-ce que tu as eu le temps de lire le texte que je t’ai envoyé ? » et là il m’a répondu « Ah oui, c’est bon, je le sors en juin !». C’était dingue.

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6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

L’écriture ça se passe principalement dans la tête. Quand on somnole dans le métro, sous la douche, pendant une réunion un peu longue au bureau… Tous ces instants précieux et rares où on peut se laisser aller à flotter. Les personnages prennent vie dans ces flottements-là. Ensuite, ils grandissent. Ils se construisent. Ils font leur vie tout seuls ou presque. C’est arrivé plusieurs fois que mes personnages prennent des directions que je n’avais pas voulues au départ. Ce sont eux qui font la loi.

Après il n’y a plus qu’à écrire… C’est assez rapide, du coup. Même si avant j’ai passé sept ou huit mois à ne penser qu’à ça, à prendre des notes, à inventer des dialogues, des paysages, des attitudes, des idéaux.

Quand je me force, du genre « prends un stylo et une feuille blanche et écris pendant deux heures » ça me rappelle trop les contrôles à l’école, alors je ne fais généralement que des petits dessins (comme à l’école) ou alors j’écris la même phrase en boucle, que je trouve géniale. Et au final, c’est nul.

Par contre, non, je ne fais lire à personne en cours d’écriture. Je suis trop influençable. Et trop sensible. Si pendant l’écriture quelqu’un me dit « ça, j’aime pas trop » je vais pouvoir fondre en larmes. Mais quand le livre est terminé, c’est bon, je prends tout bien, j’assume carrément.

7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ? 

Si on n’a ni doute ni angoisse, à quoi bon écrire ? Il faut partir du principe que, au fond, rien ne sert à rien : ni l’écriture, ni le travail, ni l’argent, ni l’amour, ni le vertige, ni les fleurs… quand on a conscience de ça, tout se passe bien. On fait juste ce qu’on a à faire. Tout le monde a une bonne raison pour écrire. Moi c’est la seule façon que j’ai trouvé pour vivre mieux, vivre en plus grand.

8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Franchement, j’ai pleuré. J’ai ri et pleuré en même temps, en fait. Je crois que j’ai dansé un peu dans ma cuisine, aussi. Et j’ai pensé à moi quinze ans avant. Je suis allée la voir, la moi du passé, et je lui ai dit « tu vois, t’avais raison d’y croire».

J’étais pleine de trac et d’amour à la fois. Le ventre en fusion, quoi. Mais ça m’a fait la même chose pour le deuxième et le troisième. J’espère que ce sera pareil pour les autres à venir.

9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Je dirais qu’il était vachement triste… Maintenant que je vais mieux, je comprends pourquoi des gens ont pleuré.  Mais je l’aime beaucoup, pour plein de raisons. Je ne regrette aucune page de ce livre. C’est ce que j’ai voulu écrire à ce moment-là, c’est ce que j’avais à dire sur le monde à ce moment précis.

10. Etre écrivain, c’est…

… cool ! Parce qu’une fois que le livre existe, on a parfois la chance d’aller participer à plein de salons à travers la France, d’aller rencontrer les lecteurs, d’autres auteurs, de se présenter en disant « bonjour, je suis écrivain » sans rougir…

C’est ça qui fait du statut d’écrivain autre chose que : « je passe mes nuits blanches à écrire tout seul et tout triste à la lumière d’une bougie. »

11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

…qu’il faut beaucoup coucher pour réussir ! Non je plaisante… Je n’ai pas vraiment de conseil, s’ils écrivent, ils savent bien que c’est ça le plus important. Il faut persévérer et croire en vous, jeunes padawans.

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Si on parlait écriture avec Laurence Tardieu?

5 Fév

Je tente de démysthifier l’écriture et les écrivains, mais il y a encore du chemin et quand je me retrouve face à Laurence Tardieu, je me sens minuscule (il en serait de même avec Alice Ferney ou Blandine Le Callet par exemple) tant j’ai aimé chacun de ses livres. Sans rien regarder hormis le nom de l’auteur, je cours acheter le dernier sorti. En préparant cette interview, je me suis rendue compte qu’il y a peu de traces de Laurence Tardieur sur ce blog (juste un petit mot sur La confusion des peines, un mot trop court d’ailleurs!) alors que tous ses livres ont été lus et relus.

Alors vite Laurence, un nouveau texte!

Quand elle m’a dit ok pour mon interview, je n’en revenais pas. Laurence Tardieu sur mon blog… Là voila donc, entière et sensible, comme dans ses livres. Merci infiniment Laurence.

Crédit photo: Francesca Mantovani

Crédit photo: Francesca Mantovani

1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

Ce qui est in-né, c’est-à-dire : in, dans, dans la chair, c’est la nécessité. Je ne peux pas vivre sans l’écriture. Je n’ai jamais pu vivre sans l’écriture. Depuis l’enfance. A partir de ce sentiment de nécessité, s’élabore l’œuvre, de livre en livre. L’élaboration, c’est le travail : c’est, depuis mon premier livre, le travail de la langue, c’est-à-dire du son, du rythme, le travail de composition, comme un plasticien travaille sa matière. Car je crois profondément que le sens, en littérature, n’est rendu visible que par la forme. De livre en livre, le travail de la langue me permet, chaque fois, d’explorer davantage ce que je cherche et, ce faisant, de me sentir plus libre.

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

Lorsque je suis en écriture, je me cale sur le rythme scolaire de mes filles, et essaie de travailler au moins quatre matinées par semaine, dès 8h30, heure de retour de l’école après avoir déposé ma deuxième fille (je travaille très bien le matin : le cerveau est clair, je suis très concentrée, obstinée, je me fraie un chemin dans les ténèbres). Lorsque je peux, je retravaille un peu l’après-midi, souvent je reprends des choses, je corrige, je coupe, je retravaille le rythme. Parfois, selon les phases d’écriture, je travaille le soir, lorsque mes filles sont couchées et que tout est calme dans la maison : c’est un moment où mon cerveau est très libre, certaines choses me viennent dans l’écriture, qui ne seraient pas venues à un autre moment de ma journée, je travaille de manière plus intuitive, je m’abandonne davantage.

3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

Mon vrai premier roman, c’était en 1997, après avoir obtenu mon diplôme… d’école de commerce. Comme quoi, aucune ligne droite ne mène à l’écriture ! J’avais osé avouer pour la première fois à mes parents mon désir d’écrire. Mon père m’avait répondu : « Prends-toi six mois pour écrire, après, tu gagnes ta vie. ». J’ai respecté la consigne, j’ai écrit un premier livre, dans un bonheur total : pour la première fois de ma vie, je confrontais mon désir d’écriture à la réalité. La joie que j’en ai éprouvée a été bien au-delà de ce que je pouvais imaginer. Ce texte était une sorte de quête initiatique.

Mon premier roman « officiel », c’est Comme un père, écrit en 2000 en six petits mois (je n’écrirai plus jamais, par la suite, de roman en un temps aussi bref), publié en 2002 chez Arléa. C’est un roman écrit avec un sentiment d’évidence et aussi de douloureuse nécessité, l’année où mon père est incarcéré et où ma mère se meurt d’un cancer. Ce livre raconte la tentative de rencontre entre un père et sa fille, deux étrangers l’un pour l’autre, le père sort de vingt ans de prison et demande à sa fille de l’héberger quelques jours. C’est mon troisième roman, puisque depuis mon « vrai premier roman » j’ai écrit un deuxième roman, non publié lui aussi. Lorsque j’écris Comme un père, j’écris en sachant que mes deux premiers livres ont été refusés par tous les éditeurs… Heureusement, heureusement, il y a ces deux lettres d’encouragement : une de Maurice Nadeau, l’autre de POL. Je ne suis pas seule à y croire. Je ne dois pas être complètement folle…

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4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Je ne crois pas qu’il s’agisse d’un sentiment de satisfaction. Mais, davantage, du sentiment d’être parvenue au bout du désir d’un livre. Puisque écrire c’est, d’une certaine manière, chercher, explorer. Pour ma part, heureusement que j’éprouve, à un moment donné, le sentiment d’être parvenue « au bout du désir » : autrement, je crois qu’on pourrait ne jamais en avoir fini avec un livre.

5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Comme je l’explique un peu plus haut : deux.

Deux c’est à la fois très peu, et immense. Très long. Un désert. Il faut tenir. C’est le désir et le sentiment de nécessité, chevillé au corps, au ventre, qui font tenir.

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6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

Je crois beaucoup au travail, à l’obstination, à la discipline, pour l’écriture d’un roman : si on n’écrivait que durant les moments de grâce, il serait difficile de passer les cinquante premières pages. Il faut chercher, chercher, chercher. Et c’est l’écriture, et seulement l’écriture, qui me permet de chercher, d’explorer : ce que j’écris n’est rendu possible que par l’écriture. Pas par la pensée, ni l’imagination, ni la volonté. L’écriture.

Bref, ceci étant posé, je me cale, comme je l’ai expliqué, sur le rythme scolaire de mes enfants. Et, en général, il me faut une année au moins pour un premier jet. Cette lenteur relative s’explique par le fait que je ne sais jamais, lorsque je commence un livre, ce que je vais écrire. Je n’ai rien : ni le sujet, ni les personnages, encore moins la construction, la composition du livre. J’avance, phrase par phrase, et c’est l’écriture, son mouvement, qui permet l’écriture. C’est bien là la force et le mystère de l’écriture, de la création : l’écriture nous emporte là où on n’avait jamais imaginé aller.

Je lis beaucoup, et les livres que j’aime me nourrissent, me donnant encore plus envie d’écrire. Je crois que les écrivains s’inscrivent dans une histoire, une histoire de la littérature, de l’évolution de la littérature par rapport au réel, et nous ne pouvons pas écrire sans lire. Il me semble indispensable de lire les autres auteurs.

En revanche, je ne cherche pas à lire des textes qui recoupent mon sujet, j’évite, plutôt.

Mon premier lecteur est mon éditeur Jean-Marc Roberts, depuis 2006 : il lit toujours les trente premières pages. C’est très important pour moi : savoir qu’un autre que moi, en qui j’ai une totale confiance, sait de quel monstre je suis en train d’accoucher… Ensuite, je ne lui parle plus, en général, du texte, avant de le lui remettre, lorsque je l’ai fini.

7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ?

L’écriture de mon premier roman a été une joie de bout en bout : j’ai eu l’impression de débarquer sur une nouvelle planète dont je ne connaissais rien, et dont je découvrais chaque jour un peu plus, ou un peu mieux, le fonctionnement : comment aller chercher sa propre voix, comment ne pas fabriquer, comment faire en sorte que les personnages soient de chair et de sang et non des clichés, comment parvenir à une unité de ton, quelle structure adopter… C’était sans doute difficile, mais j’ai éprouvé un tel sentiment de bonheur, que le plaisir, le désir, ont été plus forts que la peur, les doutes. Quinze ans après, aujourd’hui, je peux dire que, pour moi en tous les cas, ce n’est pas au début que cela a été le plus difficile : mais au fur et à mesure des livres, lorsque la peur a grandi, les doutes aussi, car l’exigence est devenue plus grande, la soif aussi. Au début, on est dans ma découverte, et dans l’émerveillement de cette découverte. On ne sait rien, on apprend, on trace un chemin dans une neige qui nous paraît vierge.

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8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Je me souviendrai toute ma vie, évidemment, de ce coup de fil, en 2001, lorsque Anne Bourguignon, éditrice chez Arléa, m’a appelée pour me dire qu’elle aimait mon texte. Il m’a semblé avoir enfin franchi un mur qui, durant plus de cinq ans, m’avait paru infranchissable. Cela a été une des plus fortes émotions de ma vie. Ma fille aînée avait trois mois, elle était assise sur mon lit et jouait tranquillement, et lorsque j’ai raccroché j’ai entrepris autour d’elle une sorte de danse effrénée.

9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Je vais me référer à mon premier roman publié pour répondre à votre question, soit Comme un père : je crois que ce texte contient déjà plusieurs des thèmes autour desquels je n’ai cessé de tourner ensuite de livre en livre (relation père-fille, qu’est-ce qu’aimer, qu’est-ce que l’amour, difficulté à communiquer, à atteindre l’autre, solitude, poids des non-dits), mais je n’avais, à l’époque, pas la liberté que j’ai ensuite acquise, de livre en livre, et que je m’efforce de continuer à trouver un peu mieux à chaque nouveau texte. Aussi, ce livre est-il, à mes yeux, fort, violent, mais il manque un peu de désordre… Je dirais qu’il est presque trop propre. C’est une première pierre.

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10. Etre écrivain, c’est…

… se donner à l’écriture.

11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

Ecrire, écrire, écrire. Ne pas céder au découragement, quand bien même le chemin qui mène à la publication est long. Cette lenteur est normale. On ne peut pas savoir écrire tout de suite. Il faut du temps. Si le désir, le sentiment de nécessité demeurent, alors, un jour le mur, l’immense mur, sera franchi.

 

Si on parlait écriture avec Elsa Flageul?

29 Jan

Ce début d’année m’a apporté de délicieux moments de lecture, le dernier roman d’Elsa Flageul en fait partie. Les araignées du soir ont été une découverte pour moi et un roman lu d’une traite, le souffle court! Tout y est: l’écriture telle que je l’aime, des personnages puissants et qui prennent vie instantanément et une histoire prenante!

Elsa est en plus, d’une auteur talentueuse, une belle personne, sensible et délicate qui nous livre sa version du travail d’écriture.

Crédit photo: Astrid Di Crollalanza

Crédit photo: Astrid Di Crollalanza

1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

Je ne crois pas que ce soit inné. Je parlerais plutôt d’un goût qui se développe pour la lecture puis pour l’écriture et qui devient envie, désir puis nécessité. Ce désir crée peut-être ce qu’on appelle le talent mais qui reste quelque chose de très flou et de très abstrait pour moi. Je crois au désir absolu d’écrire mais surtout au travail. Ecrire c’est surtout réécrire !

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

Je me suis mise à écrire du jour à lendemain, il y a presque dix ans. Depuis ce jour, j’écris de la même façon, la publication n’a pas changé mon rythme d’écriture. Quand je suis dans l’écriture d’un livre, il y a plusieurs phases. La première, celle du commencement d’un livre est de loin pour moi la plus difficile, il y a tant de choix à faire, de décisions à prendre, de mauvais chemins à rebrousser pour trouver le bon, que cela me demande énormément de concentration. Dans cette phase-là, j’écris environ quatre heures par jour, je n’arrive pas à faire plus. Mais une fois que le livre est là, que le ton est trouvé, que les personnages prennent corps, alors je peux écrire beaucoup plus longtemps, en général sept heures par jour. A la fin de l’écriture d’un livre, je ne sais même plus combien d’heures par jour cela me prend tant je suis obsédée, j’y pense tout le temps et j’ai la sensation de ne jamais m’arrêter même si je ne suis pas physiquement à mon bureau. C’est tout le travail de l’écriture : il ne se fait pas uniquement quand on écrit, mais beaucoup malgré soi, la nuit, sous la douche, au cinéma, tout le temps. C’est une obsession de chaque instant.

3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

Mon premier roman s’appelle « J’étais la fille de François Mitterrand », il est paru en janvier 2009 aux éditions Julliard. Je l’ai écrit entre 2008 et 2009 et c’est l’histoire d’une petite fille qui croit (et surtout espère) être la fille de François Mitterrand, alors président de la république (on est en 1989). Cette petite fille, Loulou, ne se sent pas aimée comme elle le voudrait, et s’invente alors une filiation imaginaire avec François Mitterrand qu’elle se représente comme étant le père parfait, absolu.

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4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Oui bien sûr qu’on peut l’être, heureusement ! Mais pas forcément quand on le termine bizarrement. Quand je termine un manuscrit, je n’ai plus de désir pour lui, j’ai la sensation d’en avoir « fini » avec lui. Mais je ne sais pas forcément quoi en penser, en général je l’ai tellement relu, remanié, retravaillé, mis sens dessus dessous que je ne peux plus le voir en peinture ! Je le laisse donc de côté et me fie à l’avis de mon éditrice, Betty Mialet et de sa collaboratrice, Vanessa Springora. Ce n’est que plusieurs mois après que je le relis et que je l’aime vraiment, complètement. Et là c’est pour de bon.

5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Un seul en ce qui me concerne. J’ai écrit un manuscrit avant « J’étais la fille de François Mitterrand » dont j’étais très fière parce qu’il était fini, que c’était le premier et que j’y avais mis le meilleur de moi-même mais dont je connaissais les failles et les manques. J’avais tout de même de l’espoir mais j’ai assez vite compris qu’il ne serait pas publié, et je savais très bien pourquoi. Cela m’a terriblement motivée. J’ai écrit « J’étais la fille de François Mitterrand » dans la foulée et je l’ai envoyé chez Julliard. Et j’ai été publié. Le bonheur absolu.

6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

Chaque livre est différent mais en général je commence toujours avec une idée forte, principale, qui peut-être une image comme pour « Les Araignées du soir » par exemple, un lieu, un film, une sensation même. Je n’ai aucune idée de l’histoire, des personnages, de ce qui va se passer ni de pourquoi j’ai envie d’écrire ça, je ne sais pas grand-chose en définitive mais je sais que le prochain livre partira de là, de ça je suis parfaitement sûre. Je me jette donc dans l’inconnu et je vois où me portent les mots. Je me trompe parfois alors je reviens en arrière, je « cherche » le livre, son ton, son identité. Et puis à un moment donné, je le trouve avec certitude et là le travail devient différent, je commence à entrevoir où aller et comment. Je n’écris pas de manière chronologique et linéaire, si bien que le début du travail ne sera pas nécessairement le début du livre, je n’ai donc pas forcément de premier jet mais plutôt des étapes de travail, inachevées forcément, que je retravaille. Je n’aime pas faire lire quand j’écris sauf quand je ne sais vraiment plus quoi faire. A ce moment-là je demande l’avis de mon éditrice et de sa collaboratrice, et je reprends l’écriture avec leurs remarques avisées. Je fais aussi à lire à mon amoureux qui est d’excellent conseil. Ce sont mes premiers lecteurs.

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7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ? 

Le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman c’est de ne pas savoir si ce texte deviendra un jour un roman ou non, s’il sera lu, s’il mérite même de l’être. C’est l’incertitude de la publication tant espérée, c’est effectivement ne pas savoir si tout ce temps passé à écrire toute seule dans son coin ne sera pas au final perdu. Je me souviens de moments de doute pendant l’écriture de mon premier roman, presque des gouffres, où je me demandais ce que j’étais en train de fabriquer et si je n’avais pas complètement perdu la raison ! Ce qui aide à surmonter ces moments-là (que je rencontre toujours parfois mais pour d’autres raisons aujourd’hui), c’est le désir fou de l’écriture, le plaisir infini qu’on y trouve, la certitude que l’on peut avoir parfois, quand on est heureux et fier d’une phrase que l’on vient d’écrire par exemple, d’être à l’endroit précis où on doit être ici et maintenant. Cette certitude d’être parfaitement soi quand on écrit, d’être à sa juste place ainsi que le bonheur immense d’écrire cela m’a fait tenir. C’est une sorte de foi, finalement.

8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

C’est un bonheur absolu, un peu irréel aussi. Personnellement, mon plus grand bonheur a plus été l’annonce de la publication que le fait de tenir mon premier roman entre mes mains. Quand j’ai su que mon manuscrit allait devenir un roman, je crois que ça a été un des plus heureux moments de toute ma vie, vraiment. Après je me suis habituée à cette idée (folle) que le livre allait exister et quand je l’ai eu dans les mains pour la première fois, c’était d’une part le résultat d’un long processus de travail et d’autre part, j’avais du mal à réaliser que c’était moi qui avait écrit ça, que ce nom écrit en gros caractère était bien le mien. Il y avait une forme de distance par rapport à l’objet, c’était très étrange. Cela ne m’a jamais vraiment quitté d’ailleurs, je suis toujours un peu impressionnée par cet objet qu’est le livre, j’ai toujours du mal à me dire que ce sont mes mots à l’intérieur. Mais c’est une joie immense, absolue.

9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Je l’aime beaucoup ! J’y suis très attachée parce qu’il représente beaucoup, c’est grâce à lui que j’ai été publiée, j’en suis donc très fière. Si je l’écrivais aujourd’hui, il serait bien différent c’est sûr, j’irai plus loin sans doute, à tous points de vue. Mais à ce moment-là, je ne pouvais pas écrire autrement, c’est une question d’expérience comme pour tout dans la vie.

10. Etre écrivain, c’est…

« Vous savez être écrivain c’est faire ses courses avec les vieilles dames, c’est prendre ses cafés avec les vieux messieurs, c’est faire tout cela au beau milieu de la journée, c’est avoir en apparence la vie d’un retraité ou d’une femme au foyer », c’est dans mon dernier roman « Les Araignées du soir » et je trouve ça très vrai ! Plus sérieusement, outre la solitude qui est réelle, être écrivain c’est plonger en soi très profondément et y trouver ce qu’on ne cherchait pas.

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11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

D’écrire tous les jours, ça c’est essentiel. De ne pas attendre la sacro-sainte inspiration, qui à mon sens n’existe pas vraiment, et d’écrire même quand on en n’a pas envie, quand on n’y arrive pas. Rester concentré sur le livre même quand rien ne vient, parfois pendant plusieurs jours, plusieurs semaines.  D’être discipliné dans sa pratique de l’écriture, c’est pour moi primordial.

Et une fois que le livre est écrit, de ne pas hésiter à l’envoyer aux éditeurs, même quand on ne connaît personne dans ce milieu. Contrairement à ce que j’entends très souvent, il n’y a pas que les gens qui connaissent quelqu’un ou qui sont pistonnés qui sont publiés. Moi je ne connaissais personne, j’ai envoyé mon manuscrit par la poste et j’ai été publiée chez Julliard. Et je ne suis pas la seule dans ce cas. Il faut y croire.

Si on parlait écriture avec Jean Philippe Mégnin (sa Patiente est une merveille!)

22 Jan

Certains livres croisent votre route sans que vous sachiez pourquoi, ils vous attendaient sur les rayonnages d’un libraire. Une rencontre à part, sans préjugés, sans a priori. Juste une envie. Cette rencontre, je l’ai fait il y a peu de temps avec La patiente de Jean Philippe Mégnin, un roman coup de coeur, une découverte bonheur! A découvrir sans attendre!

Jean Philippe Mégnin a accepté de répondre à mes questions.

Merci Jean Philippe pour votre gentillesse et votre disponibilité!

1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

Je ne saurais pas répondre à la question sur l’inné et l’acquis… En revanche, ce qui est sûr, c’est qu’il n’est pas pour moi question de sueur au sens « travail ». J’écris pour le plaisir, comme d’autres jouent aux échecs, ou d’un instrument de musique.

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

C’est extrêmement variable. J’ai commencé à écrire en dilettante, parce que ça m’amusait, et j’ai continué. Donc je fonctionne à l’impulsion, et il ya des périodes de plusieurs semaines où je n’écris pas un mot.

3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

Il s’appelle « la voie Marion ». Au départ, c’est une petite nouvelle de quatre pages. J’ai décidé de tenter avec elle l’aventure du roman, parce qu’on me disait souvent : « Tu devrais essayer d’écrire plus long ». J’ai envoyé le manuscrit à trois éditeurs, trois semaines après j’avais un message sur mon répondeur téléphonique : « Ici les éditions le Dilettante, vous m’avez envoyé un manuscrit, il me plaît, je vais le publier. Pouvez-vous me rappeler au 01 …. »

4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Non… Pagnol terrorisait les imprimeurs, car il arrivait en courant à l’atelier à l’instant ultime où les machines allaient partir, parce qu’il avait réfléchi dans la nuit… C’est arrivé plusieurs fois pour le Temps des Secrets, par exemple. Moi, le moment où j’arrête, c’est celui où je me dis que si j’en rajoute ça va être moins bien. Mais c’est vrai qu’il y a une rupture difficile.

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5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Très peu. En fait, j’avais commencé par envoyer un recueil de nouvelles à quelques éditeurs, pas vraiment dans l’espoir d’être publié, mais plus pour avoir un « retour » de professionnels. Cela m’a valu des encouragements très agréables, de chez Stock par exemple, et surtout du Dilettante. Ce dernier m’a à nouveau enjoint à persévérer à la lecture d’un texte plus long, et puis il y a eu la voie Marion.

6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

Le projet mûrit longtemps, oui. Après, c’est à l’impulsion, comme je l’ai écrit plus haut. Quatre, cinq mois ? Difficile à dire. Et je reste sur le premier jet. Je modifie peu. En revanche, je peux hésiter longtemps sur la musique d’une phrase, le rythme, la ponctuation…

7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ? 

Très franchement, je n’ai pas rencontré de problèmes de ce genre. Je faisais ça pour le plaisir, sans but particulier. Maintenant, c’est un peu différent : c’est toujours pour le plaisir, mais il y a l’exigence de ne pas décevoir les gens qui ont aimé les premiers…

8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

C’est très émouvant. Je suis arrivé au Dilettante un matin pour les dédicaces de presse, et Claude, le Directeur commercial, me l’a tendu en me disant « voilà votre bébé ». Emouvant et… bizarre. Toute la journée, d’ailleurs, a eu un côté bizarre. Rédiger des dédicaces pour des critiques littéraires célèbres, des animateurs d’émissions de radio et de télévision…

Ensuite, il y a les vitrines des librairies, ça fait quelque chose aussi.

Un jeune auteur m’a raconté s’être assis un jour dans le métro et s’être aperçu alors que sa voisine d’en face était plongée dans la lecture de son propre premier livre, sorti quelques semaines plus tôt. Ca ne m’est jamais arrivé, mais ça doit être amusant.

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9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Que je l’aime bien !

10. Etre écrivain, c’est…

J’ai entendu récemment, et à quinze jours d’intervalle, deux auteurs, Joël Dicker et Sébastien Lapaque, dire « finalement, nous, on écrit les bouquins qu’on aurait aimé lire ! » Ca me convient bien, je me retrouve bien là-dedans.

11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

Celui-là, justement. Ecrivez ce que vous auriez envie de lire.

Si on parlait écriture avec Thomas Vinau

15 Jan

Je vous parlais il y a quelques temps du roman Ici, ça va, un roman enchanteur et positif. Son auteur: Thomas Vinau. Il a accepté de répondre avec concision et humour à mes questions! Vous pouvez le retrouver sur son blog!

Crédit photo: Molly Benn

Crédit photo: Molly Benn

1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

Écrire c’est creuser un trou pour en remplir un autre, je ne sais pas si la sueur ou le talent ont quelque chose à voir avec ça. Probablement plus la sueur que le talent en tout cas.

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

J’ai un rapport assez quotidien et assez régulier avec l’écriture qui va de la nanoseconde au trou spatio-temporel.

3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

Nos cheveux blanchiront avec nos yeux, commencé il y a quatre ans, publié l’année dernière chez Alma.

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4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Quand il vous sort par les yeux et qu’il rentre par les yeux de quelqu’un d’autre.

5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Beaucoup de textes refusés et beaucoup de textes et poèmes publiés avant ce roman.

6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

100 fois sur le métier remettre ses naufrages. Petit à petit. Pas à pas. Tamiser à l’usure.

7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ? 

La réponse est dans la question.

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8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Quelque chose comme l’accouchement d’un enfant par un enfant.

9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Qu’il est tendre et tordu, comme moi.

10. Etre écrivain, c’est…

Être une fosse sceptique…

11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

Lire, écrire, lire, écrire, lire, écrire, lire, écrire …

Si on parlait écriture avec Pia Petersen?

8 Jan

On reprend les bonnes habitudes sur le blog avec les interviews d’auteur et le retour prochain de la rubrique Quand je serai grande, je serai! Partage et rêves, deux maîtres mots ici!Pour commencer l’année, voici une interview comme j’aime: sans concession et pleine d’espoir.C’est Pia Petersen qui nous raconte son parcours d’écrivain et qui nous prouve encore une fois qu’à force de travail et de détermination, tout est possible!Et si vous ne connaissez pas encore Pia, vous allez vite l’adopter avec la sortie demain de son nouveau roman (absolument génial): Un écrivain, un vrai (rdv demain même lieu même heure pour que je vous parle de ce roman!) Merci Pia pour votre confiance, votre disponibilité et votre gentilesse (et Merci Kévin Juliat, il saura pourquoi!)

Crédit photo: Philippe Matsas

Crédit photo: Philippe Matsas

1. L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

Je n’ai jamais vraiment su. Je voulais écrire déjà à l’âge de 7 ans, je suppose donc que c’est inné mais en réalité je n’en sais rien. Je pense qu’il y a de la vocation quelque part et que ça peut se réveiller à n’importe quel moment. Après, on est précoce ou pas. C’est de la sueur et du talent mais aussi beaucoup de volonté et une bonne dose de culot. C’est vrai que c’est beaucoup de travail, un livre écrit sur un an est en réalité réfléchi depuis toute une vie. Je m’occupais beaucoup de la liberté déjà enfant. En même temps il y a des textes magnifiques qui ont été écrit très rapidement.

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman et maintenant ?)

Le temps d’écriture ne se calcule pas seulement d’après le temps où l’on est assis à écrire. J’écris aussi quand je me brosse les dents, quand je prends le métro, quand j’essaie de ne penser à rien, quand je me promène. Le temps d’écriture est permanent, c’est un mode de vie où il faut être disponible tout le temps.

Pour mon premier roman, je prenais les rites très au sérieux. Je pensais que si je faisais comme Balzac, je serai Balzac. J’avais investi dans une belle plume, pensant que ça rendrait mes écrits plus intelligents. J’écrivais le matin en buvant du café parce que c’est ce que font les écrivains. Puis j’ai été publiée, je devais aussi me déplacer et tous les rites ont volé en éclat. Maintenant j’écris partout où je suis, quand j’ai un moment. Mon écriture se fait au fil du jour, je ne cesse jamais, il n’y a plus d’heure, plus de lieu, plus de plume, c’est tout le temps, partout… Cafés, Starbucks, chambres d’hôtels, aéroports…

3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

Après avoir pris ma décision d’écrire, il m’a fallu longtemps avant de commencer, le temps de découvrir la vie, d’apprendre des choses, de faire des expériences. Le premier roman (Le jeu de la facilité) était assez complexe, je voulais prouver que je maîtrisais bien le français alors j’avais mis le paquet. J’avais presque vidé le dictionnaire de synonymes dedans alors il y avait trop de mots. Je l’avais écrit à Marseille, enfermée dans mon bureau, en respectant les rites des écrivains tels que je me les imaginais.

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4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

On n’est jamais satisfait et c’est ce qui rend ce travail si dur. Le talent, c’est aussi de savoir quand c’est fini. Disons qu’il y a une logique dans chaque roman, un moment où il ne sert plus à rien de changer ou réécrire quoi que ce soit puis il y a la lassitude. Quand on ne découvre plus rien soi-même, c’est qu’il faut le mettre de côté. Quand je l’envoie à l’éditeur, j’ai une rupture avec le roman, ce n’est déjà plus le mien. Après, quand il revient, je retravaille dessus mais différemment. Ce n’est plus du tout le même travail, il s’agit de peaufiner et là on ne peut pas se permettre d’être sentimental ou de vouloir se faire plaisir. C’est au fond l’insatisfaction permanente qui permet d’être vigilant et de savoir écrire contre soi-même.

5. Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié?

Le premier n’a jamais été édité. Il est toujours dans mon tiroir quelque part, je crois. Je l’avais envoyé à je ne sais combien d’éditeurs, que des refus. Puis quelques éditeurs m’ont donné des conseils, ce qui est toujours bon signe. Après il y a eu des nouvelles que j’ai envoyées à des magazines. Que des refus.

Pour le deuxième manuscrit, pareil, beaucoup de refus mais j’ai insisté, c’était long puis finalement une petite maison d’édition à Marseille l’a publié. Mais ce n’était pas encore fini.

Le troisième manuscrit, je l’ai envoyé ou donné en main propre (je connaissais à ce moment, grâce au premier roman, quelques personnes dans le milieu littéraire). J’avais toujours des refus mais pas francs, des éditeurs qui voulaient éventuellement me publier mais pas encore, qui voulaient me garder sous la main. Puis j’ai rencontré Hubert Nyssen (Actes Sud) qui avait lui aussi refusé le manuscrit mais voulait me suivre dans mon travail d’écrivain. Je lui ai envoyé le premier jet d’un nouveau manuscrit qu’il a lu et il m’a tout de suite envoyé un contrat. C’était pour Parfois il discutait avec Dieu. J’ai dû mettre cinq ans pour y arriver.

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6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ?

C’est différent de livre en livre. Le premier jet prend de trois à six mois et après je le retravaille, ce qui est beaucoup plus long. Je vais sur le terrain, je voyage, je lis beaucoup, je le fais lire à mes lecteurs personnels. Mais je travaille de plus en plus sur plusieurs livres en même temps. Pendant que j’écris un roman, j’ai toujours d’autres idées qui surgissent alors j’entreprend tout de suite un autre livre, quitte à le laisser de côté après, afin de finir le roman déjà en cours. Pour me reposer d’un manuscrit, je travaille sur un autre. Je laisse toujours mes projets grandir en moi, je rumine beaucoup, je tourne autour puis vient le moment où il faut se mettre en route, il faut y aller.

7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ? Comment surmonter les doutes et les angoisses sans tout arrêter et sans se demander à quoi finalement tout cela sert-il ?

Le plus difficile, c’est de se contraindre à ne pas tout écrire, à ne pas tout mettre dedans. On a tendance à vouloir écrire tous ses livres en un seul. C’est en même temps le roman le plus facile puisqu’on n’a rien à perdre.

L’angoisse et le doute ne disparaissent jamais, on se pose tout le temps des questions, on se demande à quoi ça sert, tout ça, mais on continue parce que l’œuvre est plus importante que ses propres problèmes égotiques, parce que ce que l’on veut transmettre ou montrer ou dire l’emporte sur tout le reste. Peu importe l’angoisse, le ridicule ou les mauvaises critiques, ce que j’ai à dire doit être dit et si personne ne s’en charge, il faut bien que je le fasse. C’est comme ça qu’on fait avec. Le tout est de savoir si l’enjeu du roman est suffisamment important.

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8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

C’est assez individuel. J’ai appris le français pour écrire en français, j’étudiais en faisant (en parallèle) la manche, tout en affrontant ceux qui pensaient que c’était totalement ridicule que j’écrive un jour des livres, ridicule et absurde, ce n’était donc pas évident que j’y arrive. Puis j’y suis arrivée. Même moi, je n’y croyais pas. Il y avait de l’ivresse, un sentiment de pouvoir aussi, je me sentais maître du monde pendant un bref instant, je me disais que tout était possible, j’imaginais la foule qui m’acclamait et qui se jetait sur le livre, bref, j’avais l’impression d’avoir changé le monde. Après j’ai fait le tour des librairies pour voir et j’ai assez brutalement réintégré la réalité.

Mais les premiers moments sont toujours magnifiques, quoique toujours mêlés d’angoisse et de peur que le livre passe inaperçu. Les moments où l’on n’est pas angoissé sont très rares.

9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Que c’était un premier roman avec, paraît-il, toutes les clés d’un premier roman. Il était complexe, il y avait trop de mots, il était beaucoup trop abstrait, lourd, indigeste. Quand j’allais en signature pour mon deuxième roman, je demandais toujours au libraire de l’enlever de la table. Il est maintenant épuisé (pas le libraire), je crois même que l’éditeur n’existe plus mais il y a toujours des lecteurs qui arrivent à mettre la main dessus. Bon, je ne peux pas les empêcher de le lire mais je ne les y encourage pas.

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10. Etre écrivain, c’est…

Un mode de vie, une manière d’être, un engagement…

11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

…d’être sûr de ce que l’on veut, si c’est vraiment important, une urgence, une question de vie ou de mort, alors il faut foncer, sachant qu’il faut à mon avis savoir être son propre ennemi…

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Rendez vous demain pour découvrir ce roman qu’il faut absolument lire et qui colle si bien avec cette interview!

Une photo, quelques mots: le choix.

8 Oct

Bric à Book nous offre encore une photo sensible et inspirante de Romaric Cazaux pour son atelier du lundi…

Un texte écrit rapidement, l’envie de reprendre le rythme de ce si bel atelier…

Crédit photo: Romaric Cazaux

Le brun, fougueux, aventurier avec ce regard qui vous happait pour vous hanter longtemps après qu’il ait fermé les yeux.

Le blond, d’une gentillesse rare, doux et généreux avec ce sourire qui console tout.

Paul.

Marc.

Les deux extrêmes.

Il aurait fallu choisir.

La douceur contre la passion.

L’inconnu contre le rassurant.

Comme deux opposés qui s’étaient attirés dès le plus jeune âge, ils étaient comme des aimants.

Ils avaient grandi ensemble, comme des jumeaux. Des amis-frères.

Il aurait fallu une force démoniaque pour les séparer.

J’aurais pu être cette force.

Etre celle qui romprait cet équilibre parfait, tout mettre en péril pour une histoire qui aurait sans doute eu une fin, un jour.

Choisir était impossible.

Trois n’est jamais un nombre parfait, un de trop toujours.

J’aurais pu jouer d’eux. Je sentais les regards appuyés de Paul et les paroles ambigües de Marc.

J’ai préféré fuir. Ne pas être celle par qui la fusion aurait pris fin.

Déserter une fois que l’innocence avait disparu et que les jeux avaient cessé.

Enfant, ils m’aimaient. Adulte, ils me désiraient.

Une différence impossible à combattre. Le grand écart, un gouffre.

Surtout ne pas choisir, les laisser vivre leur histoire. Leur lien valait mieux qu’une sordide histoire.

Je voulais les deux, je n’en ai eu aucun.

Garder juste une photo, cette photo du temps où rien n’était difficile, où l’innocence et la candeur ne nous emmenaient pas sur des terrains glissants, où nous n’avions pas encore l’envie de jouer à des jeux de grands.

Ne pas choisir.

Finalement, ne pas vivre.