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Lettre à ma fille, contre l’attaque faite aux livres.

12 Fév

Ma fille,

Hier soir, tu t’es endormie avec des larmes au coin des yeux.

Moi, j’avais la nausée, la tristesse dans la gorge face à l’absurdité de ce monde.

Ce matin, je me suis réveillée le cœur lourd.

Je me suis penchée sur ton berceau et tu as souri de tout ton être, avec ce sourire malicieux et doux.

Comme une promesse de bonheur.

Et là, je me suis dit qu’il fallait que je lutte pour toi, qu’il ne servait à rien de se plaindre mais qu’au contraire il fallait remonter les manches et se révolter.

Alors, pour toi, ma fille, je continuerai à combattre cet obscurantisme. Je n’accepterai jamais la bêtise de certains. Je ne laisserai jamais l’indifférence prendre le pas sur la colère.

Parce que ton regard, rempli d’attente et d’étonnement, me pousse à faire de ce monde ce que j’en attends.

Parce que je veux que tu aimes qui tu veux, comme tu veux sans que rien ni personne n’ose poser sur toi un regard suspicieux.

Parce que les livres sont des trésors qu’il faut protéger.

Parce que s’attaquer à la littérature est le signe d’une descente aux enfers, un coup de griffe violent et indélébile dans  le contrat qui permet aux hommes de vivre ensemble.

Pour tout cela, ma fille, pour que tes rêves soient toujours aussi tendres et  que tes compagnons de voyage soient multiples et originaux, je te lirai mille livres ,Tous à poil y compris. Je te lirai sans cesse Petit bleu et petit jaune tant j’ai aimé lire cette histoire, petite.

bleu

Nous lirons et nous discuterons de la richesse du monde, de la tolérance et de ce que l’humain a de grand en lui.

Je ferai de toi une femme libre, ouverte et tolérante.

C’est ma promesse et j’en prends le monde à témoin.

Parce que je crois en toi, en ta capacité à soulever des montagnes, à ne pas laisser la médiocrité gagner,

Nous lirons,

et nous écrirons.

Je dois te laisser, je t’entends m’appeler, tu as fini de rêver… pour le moment. Tu veux découvrir le monde, écarquiller tes jolies billes toutes bleues et grandir.

J’arrive ma fille.

Je t’embrasse tendrement.

Sois libre ma fille! (Sois livre ma fille !)

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Le jeu des onze questions

3 Mai

Cultivez moi m’a gentiment désignée pour les Liebster award. J’ai gagné quoi? sa reconnaissance éternelle!

Sans blague, des petites questions auxquelles il faut répondre, onze autres à transmettre à onze blogueurs… J’aime ces petits jeux!

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Mes onze blogs…

L’incontournable Lucie des facéties de Lucie, la trépidante Sabine du Carré jaune, la douce Laeti qui revient jouer dans son playground, la douce Mirontaine et son petit monde , la féminine irrégulière de Cultur’elle, Marie LV et son blog Avec plaisir, Alice et son souci du détail un joli projet en construction, le très délicat blog Suzanne et les nuages, Laurent du très bon In cold blog, l’inimitable Keisha et pour finir, Olivia et ses désirs d’histoires et Séverine et sa blablablamania. Ok il y en a douze, J’aurais pu aussi parler de Clara et Sophie mais elles ne sont pas adeptes de ces petits jeux!

Les questions de Cultivez moi…

1/ Quel est ton roman préféré ? Question impossible ! Dans les classiques, les mémoires d’Hadrien de Yourcenar. Et sinon, le roman Nos vies désaccordées de Gaelle Josse tient une place particulière dans mon cœur, à plusieurs points de vues…
2/ Quelle est la recette que tu préfères réaliser ? Je ne suis pas très gourmande et j’ai un régime alimentaire spécifique mais aller faire le marché et cuisiner de bons produits frais, le bonheur !
3/ De qui es-tu secrètement fan ? Jeune de Roch Voisine, et il reste toujours un petit quelque chose de ses amours de jeunesse !
4/ Où te vois-tu dans 10 ans ? Je ne sais même pas dans un an alors dix… J’espère avec un peu moins de doute et plus d’assurance!
5/ Quel est le dernier film que tu as vu au cinéma ? Lincoln (looonnng)
6/ Quelle est la première chose que tu as fait ce matin ? Me lever  et me rassoir dans le canapé, fatiguée non ?
7/ Quelle est la chanson que tu écoutes en boucle en ce moment ? les chansons de Barbara (la dame brune, la solitude ou mon enfance) et l’album entier d’Alex Beaupain
8/ Quel est l’endroit où tu te sens le mieux ? en ce moment dans mon lit !
9/ À quoi es-tu addict? Sans doute aux livres !
10/ Quelle est ta série préférée ? Pas de préférence, mais j’ai beaucoup aimé Urgences, Brothers and Sisters, The Good wife et Damages…notamment, mais 24 heures chrono aussi. En fait, je suis assez acro au concept des séries, capable d’y passer la nuit. Finalement, j’en regarde peu, trop dangereux!
11/ Autre chose ? Merci !

Mes onze questions à mes onze blogueurs!

  1. Le métier idéal ?
  2. La plus belle chose au monde ?
  3. L’auteur dont tu achètes inconditionnellement chaque nouveau livre
  4. Un remède de grand-mère que tu utilises
  5. Le livre que tu n’arrives jamais à finir, même après plusieurs tentatives
  6. La pièce d’une maison que tu préfères
  7. Une devise
  8. Le personnage de roman que tu aimerais rencontrer
  9. Le film inavouable que tu as vu à plusieurs reprises ?
  10. Ta chanson fétiche
  11. Le remède contre un coup de blues

Et vous, pourquoi lisez vous?

19 Avr

Longtemps, j’ai tenu la littérature en haute estime. Le loisir le plus noble, un passetemps intelligent. Pour se faire, il fallait que chaque livre lu apporte un soupçon d’intelligence et de finesse, torde le cerveau dans tous les sens et me révèle quelque chose du monde.

J’en venais à me désoler de certains livres au succès selon moi immérités, tant leur contenu était insipide ou cousu de fil blanc.

Quelle suffisance ! Quelle prétention !

On frôlait l’intolérance. Au nom de quoi ?

J’ai adouci le ton petit à petit. Je réagissais à chaque article lu qui dénigrait certains romans faciles, en me disant mais qui sont-ils pour jugés, non pas seulement l’œuvre mais a fortiori ses lecteurs? N’est ce pas insulter le lecteur que de crier à la bêtise d’un livre lu par milliers?

On ne voit pas la poutre qu’on a dans l’œil, c’est bien connu!

J’avoue que je continue à penser qu’il est plus intéressant, dans un salon du livre notamment, de mettre en avant des auteurs peu connus  lors de conférence, pour que le public attiré par les têtes d’affiches les découvre. Partager le peu de médiatisation littéraire, s’il vous plait!

Je ne vais pas me mettre à aimer les romans que l’on retrouve entre de nombreuses mains dans le métro sous prétexte qu’il faut être tolérant, mais je ne jette plus l’opprobre sur les lecteurs de ces ouvrages qui finalement ne cherchent que du rêve, une façon de s’alléger le quotidien. Pourquoi vouloir du sombre face à un réel déjà violent?
Pour ma part, je cherche toujours le livre qui va me secouer, me tirer les larmes et que je vais refermer en ayant légèrement décalée ma vision du monde.

En réalité, tout cela est épuisant.

A cela s’ajoute un troisième œil, quand on commence à s’essayer laborieusement à l’écriture, chaque livre n’est plus seulement lu comme lecteur mais aussi comme constructeur de phrases, comme dénicheur de mots.

Le blog, aussi,  accroît sans doute ce risque du lire pour écrire un billet. La publication quotidienne sur le blog virait à la tyrannie. Je n’ai jamais cédé à l’idée que sur le blog je ne devais parler que de livres à faible tirage ou peu connus pour ne pas entrer dans le moule. Si on commence à s’imposer de telles contraintes, alors ce blog ne nous ressemble plus et perd tout son sens. Cependant, on a envie légitimement de mettre en avant des auteurs dont Elle ou Lire ne parlent pas ou trop peu.

Alors, à certains moments, je me suis demandé si je n’étais pas en train de perdre le vrai goût de la lecture, celui qui n’existe que pour lui-même, sans arrière-pensée, sans analyse poussée. J’étais fatiguée de cette course sans fin pour trouver LE livre (je n’arrive toujours pas à savoir ce que j’attends DU fameux livre), cette frénésie de l’achat en librairie augmentant une pile à lire déjà considérable, toujours tournant le regard vers plus compliqué, plus travaillé, plus intello.

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Sauf qu’un jour, on frôle l’overdose. On voudrait juste du futile, du léger, ne pas chercher comment la phrase est construite, ne pas acquieser devant une tournure de phrases que l’on croyait impossible. Juste lire pour se libérer, finalement pour se reposer.

Tout cela pour vous dire que je comprends de plus en plus l’envie de lire juste pour se détendre, pour s’évader de son quotidien. Ce n’est pas ma conception première de la littérature et je continue à vouloir que l’on me torture mais je m’accorde parfois le droit de lire un livre juste pour reposer mon cerveau, pour sourire en suivant les péripéties d’une héroïne attachante, me laisser porter par une histoire peu importe le style ou la forme, ne pas chercher la phrase- citation que l’on recopiera dans son carnet comme un talisman.

Et désormais je ne hurle plus quand je vois le top 5 des meilleures ventes. Évidemment, je le préférerais différent mais qui suis je pour juger mauvais et sans intérêt ce que des milliers de lecteurs estiment comme leur apportant bonheur et réconfort ? La littérature a plusieurs vertus, il ne faut pas l’oublier sous prétexte d’une grande vision du monde. Chaque auteur n’a pas la même raison d’écrire, le même rapport à son travail et au monde. Certains veulent le changer, d’autres veulent juste le rendre plus doux. Moins de naiveté ou de mièvrerie.

J’en vois se remuer sur le siège hurlant (haute estime de ce que provoque la lecture d’un de mes articles !) à la condescendance de cet article, à la bassesse et à l’inutilité de cette chronique. Sans doute.

Tant pis.

Pas de grande leçon, juste un point de vue! (qui correspond à la philosophie de ce blog, jamais de critiques négatives! A quoi ça sert? Il y a tant de choses passionnantes à présenter! Critiquer négativement, c’est toujours en parler… et prendre la place d’autres choses plus intéressantes)

La discussion est ouverte, faites vos jeux!

Et vous, pourquoi lisez vous?

Et surtout, rendez vous la semaine prochaine pour vous présenter une maison d’édition pour laquelle j’ai la chance d’être lectrice et qui offre des romans profondément optimistes et qui sauront accompagner vos envies d’évasion !

Le difficile travail de relecture

8 Avr

Texte publié pour la première fois sur La main enchantée le 21 mai, mais qui retrouve du sens en ce moment…

Manuscrit Gainsbourg

Manuscrit Gainsbourg

Si vous vous promenez ici, c’est que vous aimez les mots et sans doute que vous essayez de jouer avec.

On écrit au début juste comme ça dans un cahier, pour soi, pour évacuer, parce que dire ces mots-là, c’est trop compliqué, ça pourrait faire mal, blesser, et surtout ils risqueraient d’être incompris.

Et puis un jour, on ose les montrer, à des proches ou sur un blog, à un atelier d’écriture. Les mots sont balancés comme ça, vous attendez fébrilement le retour, car après le sentiment grisant d’écrire pour soi, vient l’espoir de toucher les gens, que ces mots ne soient pas juste du soulagement personnel pendant un temps mais qu’ils voyagent et qu’ils viennent émouvoir d’autres personnes. Le jour où on publie ces mots, quel que soit le vecteur, je crois que c’est cela que l’on attend : un retour positif, des encouragements. Sinon ils pouvaient rester dans leur cahier, ces mots !

Sauf qu’entre le moment où ils sont dans le carnet et l’instant où ils peuvent être lus par quelqu’un d’autre, il y a un passage douloureux : la relecture.

C’est un moment difficile, très difficile, trop difficile parfois.

Jusqu’ici, je ne relisais que pour les fautes d’orthographe, la relecture était mécanique, sans tenter de comprendre le sens de ce que je lisais, sans vouloir réellement relire en fait. Parce que relire, c’est tout remettre en cause, c’est le risque de trouver que ce qui vient d’être écrit est vraiment mauvais

On voudrait que l’écriture soit innée, que cela sorte tout seul (ce qui est le cas, ça semble sortir sans effort) et que la relecture soit un moment fantastique d’auto satisfaction.

Il n’en est rien, la relecture nous met face à nos doutes, à nos incertitudes, face à notre petite écriture qui finalement ne nous plait pas beaucoup.

Peut-être un jour, la relecture sera un moment agréable, pour le moment, c’est l’enfer. La tentation est grande de tout jeter. On se prend ses rêves en pleine figure, on touche du doigt nos lacunes, nos erreurs.

Pour la relecture, il faut s’armer de patience et de persévérance, se juger avec impartialité mais bienveillance tout de même.

Parfois, relire ses mots, c’est s’étonner que l’on ait pu écrire cela, se demander où ces mots étaient cachés pour ainsi revenir, comme cela, s’exposer à tout va.

La relecture pour un texte d’une page ou deux, je m’en passe. Pour ce texte de 160 pages, c’est autre chose.

Là je suis au pied du mur, il faut que je l’affronte ce démon, que je prenne le taureau par les cornes et que je le domine. Il faut que je sache relire sans toutes les deux minutes me dire que ça ne sert à rien de continuer, qu’il est préférable de renoncer.

C’est là que commence le travail, le vrai, que l’écriture plaisir se transforme en véritable analyse, quand on veut que ces mots plaisent vraiment au-delà de quelques personnes, il faut travailler, tailler, couper, retrancher, réécrire, détailler, modifier, éluder.

Il faut s’y attaquer et persévérer, avancer, ne pas reculer, se dire que ce que l’on déconstruit est nécessaire, que peut être un jour on se relira et on se dira : finalement, ce n’est pas si mal… (on peut rêver, non ? )

Pêle mêle!

22 Déc

Quelques petites choses…

– Le concours lancé a pris fin, le tirage au sort a été effectué et c’est..Corinne (Couleur Café) qui va recevoir A défaut d’Amérique chez elle! (Corinne, peux tu m’envoyer ton adresse postale par mail? ). Pour les autres, merci infiniment pour votre participation et surtout, surtout, lisez les livres choisis, les choix étaient très bons et ils méritent d’être lus! Bibliothèque ou librairie, peu importe mais lisez les!

– Si vous avez envie de me lire ailleurs et surtout si vous avez envie de connaître davantage Soutine, allez faire un tour chez Villa Noème (souvenez vous, je vous avais présenté ce webmagazine ici même). J’ai réalisé ma première interview et c’était passionnant… Si mon quotidien pouvait ressembler à cela… (attention, l »insatiable- insatisfaite est de retour!)

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– N’oubliez pas mes appels à témoins pour me parler de votre parcours, de vos rencontres ou de vos jolis projets. Petit rafraichissement de mémoire: ICI!

– Et surtout passez de très bonnes fêtes de Noël! Pour ceux qui ne le fêtent pas, profitez bien de votre jour de congé!!

On se retrouve mercredi pour parler livres évidemment!

Voyage avec Matisse #4

20 Déc

Fenetre a Tahiti-border

Suzanne et le maître (épisode 4. Fin)

Le lendemain, il vint me chercher dans ma chambre très tôt, nous partîmes alors que le soleil se levait à peine. Il voulait que nous passions la journée à un endroit particulier de l’île. Le point de vue était superbe, les couleurs éclatantes. Des odeurs enivrantes nous chatouillaient les narines. Nous restâmes, à nouveau, silencieux pendant plusieurs heures, je commençais à percevoir les vertus de l’ennui, la capacité à ne rien faire mais à absorber les choses, à laisser le monde venir à soi. L’après-midi, nous prîmes chacun dans nos cahiers et nos crayons.

La journée avait été épuisante de silence et de bruit, de calme et de fureur, tout s’était emmêlé. Ressentir le matin, tout exprimer avec ferveur l’après-midi, voilà le rythme que nous avions adopté. Je me sentais grandir enfin, j’avais en deux jours appris beaucoup plus sur la vie et sur mes envies que pendant les vingt premières années de ma vie.

Arrivés à l’hôtel, heureux à la perspective de dîner au bord de la mer et pouvoir enfin échanger nos impressions de la journée, une mauvaise nouvelle nous attendait : Marguerite était malade. Un télégramme demandait à Henri de rentrer au plus vite, une mauvaise fièvre la torturait et on craignait pour sa vie.

Après avoir découvert l’homme puis le peintre, je me retrouvais face au père, soucieux et dont le visage ne reflétait désormais plus que l’angoisse. Il m’ordonna de faire mes bagages en hâte. Nous prîmes le premier bateau pour la France.

Arrivés à Nice, je le remerciais de tout mon cœur. Il me regarda longuement et d’une voie douce mais ferme, il me dit :

–       Vis ta vie Suzanne, ne t’occupe ni des convenances ni du bien pensé ambiant. Fais ce que tu penses devoir faire, sans concessions, avec toujours cette envie et cette fureur. Ne transige pas. Vis !

Je le regardais partir, il se retourna et m’adressa un dernier regard. Ce fut mon dernier souvenir de lui, la guerre fit sous œuvre et nous éloigna. Mais toujours résonnent en moi ses paroles et son regard et cette injonction : Vis Suzanne !

 

—– FIN ——

Voyage avec Matisse #3

19 Déc

tahiti

 

Suzanne et le maître (épisode 3)

Le soleil me réveilla, trop fatiguée la veille je n’avais pas tiré les rideaux. La chambre était baignée d’une lumière douce et enivrante. Je me sentais mieux et surtout je m’étais promis de profiter de cet instant. Je m’habillai et descendis au restaurant. Le serveur me dit que mon ami était parti et qu’il fallait le retrouver dans les jardins de l’évêché. Je pris mon petit déjeuner et le serveur m’indiqua la route pour me rendre au point de rendez-vous. Je l’aperçus au loin, assis, un cahier de dessins sur ses genoux, scrutant l’horizon puis fermant soudainement les yeux avant de s’armer de son crayon et de dessiner avec fluidité.

Je m’approchai. Il tourna la tête et me sourit.

–       Bonjour Suzanne, ça va mieux ?

–       Oui, oui, merci.

Je m’assis près de lui et là, sans que rien ne laisse présager, il commença à me raconter sa vie, son enfance dans le Nord, la vie que son père avait tenté de lui imposer, sa crise d’appendicite à vingt ans qui l’avait sauvé d’une vie terne, une crise qui lui permit de devenir qui il est. Il me parla de ses garçons Jean et Pierre, de l’amour qu’il portait à sa fille Marguerite et enfin de sa découverte du soleil et de la lumière.

Il m’expliqua ensuite qu’il fallait que je devienne libre, que la vie ne valait la peine que si on savait pourquoi on était venu au monde et que l’on mettait tout en œuvre pour le réaliser.

Il m’encouragea à suivre mes rêves, il devinait qu’ils avaient un lien avec les mots. Il avait remarqué que j’avais toujours un carnet dans la poche et un crayon mais que le dessin n’était pas ce qui semblait me faire vibrer.

Il se tut. Nous n’avions pas bougé pendant ce long monologue, chacun posant le regard au loin.

Je pris mon carnet et les mots s’imposèrent, je ne contrôlais plus mon stylo, il prenait vie sous mes doigts. Pendant ce temps, Henri dessinait.

Mon carnet rempli, je levai la tête. Henri me regardait, il me tendit une feuille qu’il avait détachée de son carnet. C’était moi. Il avait déjà réalisé des portraits quand j’étais petite, mais celui avait une intensité qui me troubla. Il m’avait dessiné en train d’écrire et mon visage accueillait une expression que je ne connaissais pas.

–       C’est ça, Suzanne. C’est cela ta raison de vivre, tu n’as pas le même visage quand tu écris, tu es possédée par ce que tu fais. C’est cela que tu dois exploiter et ne laisser rien ni personne te détourner de ton but… Ne laisse personne rêver à ta place !

Je relevai la tête, les yeux remplis de larme. Je lui murmurai simplement un Merci.

Il me prit par la main pour m’aider à me relever. Nous marchâmes pendant un long moment. J’arrivais enfin à sortir de ma coquille pour lui parler. Je lui confiais mes rêves enfouis, ceux que je n’osais qu’effleurer la nuit, que jamais je n’avais conceptualisés de peur qu’ils s’évanouissent.

D’une bienveillance lucide, il m’enveloppa de paroles qui allaient me guider dans la vie, me pousser à ne jamais renoncer aux belles choses, à toujours être exigeante, à construire mon destin.

Nous rentrâmes à l’hôtel épuisés par cette longue marche, nous dinâmes d’un repas frugal et le sommeil nous attrapa rapidement.

(A suivre… demain)