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Nos âmes seules, Luc Blainvillain (68 premières fois)

20 Août

«  Tu n’as jamais pris au sérieux l’inutile. »

Pour la première chronique des 68 premières fois, il fallait un livre fort, un livre chouchou. A ce stade, 30 livres lus et Nos âmes seules est dans mon top 5, sans hésitation!

Clément.

Myriam

Meryl

JJ

Léonore

Cherkely

Marie

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Dresser la liste des personnages d’un roman une fois celui ci refermé depuis une semaine est chose rare chez moi, incapable de me souvenir d’un nom. Pourtant, des personnages qui habitent le roman de Luc Blainvillain, je m’en souviens. Comme des visages que j’aurais pu croiser, ils sont là, permanents.

Rien que cela me trouble.

Tout ce roman me trouble.

Nos âmes seules est un roman insidieux, il s’insinue alors que vous le pensiez inoffensif. La capacité de l’auteur à créer une vraie puissance, parfois violente, avec un style d’écriture simple et extrêmement épuré est bluffante. Il offre des phrases que l’on note, énonçant en quelques mots l’évidence que l’on cherchait à définir. Il tend à démontrer que la force d’un roman ne se trouve pas dans un phrasé d’une richesse trop écoeurante, qui finir par perdre son lecteur, tout est limpide ici, tout est tranchant.

Une plongée dans le monde de l’ambition et de l’entreprise, de la quête et l’usage d’un pouvoir, de l’infinie solitude du leader au milieu de la foule qui l’harangue, de ce que l’on est prêt à faire pour se donner l’illusion d’être aimé.

Clément ou un personnage qui hante longtemps, qui n’est finalement que le reflet d’une génération, d’une partie de nous en quête de sens, même s’il est inutile. Un homme que l’on se prend à aimer, et à vouloir protéger, alors même qu’il aurait pu être celui que l’on déteste, tant il nous ressemble dans notre soif insatiable de reconnaissance.

Une écriture fine et oscillant entre le simple mais vrai et le fulgurant, comme pour faire tanguer le lecteur qui ne s’attendait pas à la vague.

Un roman entêtant et déroutant. Un auteur qui entre aujourd’hui dans mon (très sélect) carnet des incontournables!

Parce qu’un roman, c’est un auteur mais pas que, un bravo à la talentueuse Lisa Liautaud, , éditrice notamment d’Erwan Larher et de Sigolène Vinson! Tout est réussi dans ce roman, y compris la couverture ! Bravo Plon pour cette jolie rentrée, je vous parle vite de deux autres de leurs nouveautés !

Extraits

« L’idée qu’une vie, une vie ordinaire se déroule ainsi, aux heures de bureau, ne le réconforte guère. C’est justement à cela qu’il a toujours voulu échapper. Cette juxtaposition d’instants creux, de tâches minuscules ne débouchant sur rien, cette duplication sempiternelle du présent. »

« Deux personnes suffisent à former un petit troupeau. Le couple offre une grégarité liminaire tout à fait suffisante, plus légère pour les transhumances et non moins rassurante.  »

« Toutes les mères profs rêvent de pondre un petit Rimbaud, pas un arriviste frelaté, racorni à vingt-cinq ans, ravalant sa rage, puisant dans le calcul le courage d’être lâche. »

« L’entreprise, c’est le monde, ni plus ni moins. Les alliances et les intérêts y sont seulement un peu plus lisibles.  »

 

Crédit: Agnès Druesne

Crédit: Agnès Druesne

 

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68 premières fois

28 Juil

A chaque rentrée littéraire, on sait par avance quels seront les livres qui tiendront le haut de l’affiche, le nom suffit à faire vendre, quelques émissions télés et le tout est assuré. Quelques surprises aussi que les journalistes littéraires auront réussi à faire émerger au milieu de la jungle. Livres Hebdo annonce 589 nouveaux romans à paraître entre août et octobre. Emulation dans les librairies, la littérature s’immisce un peu partout, pendant deux mois, un peu plus parfois (espérons que cette année une ex-future épouse bafouée ne livrera pas ses impudiques mémoires).

Mais combien restent à la fin de la bataille ? Vous me répondez les meilleurs, je n’en suis pas si sûre.

Sous ces 589, se cachent 68 romans dont les auteurs vivront un peu différemment cette rentrée, c’est leur première fois, première parution, première publication. Fébrile ou ambitieux, dévoré d’espoir ou résigné, ils ont tous livré un texte, retravaillé de manière acharnée les mots, ayant envie mille fois de tout laisser tomber mais persévérant, avec une envie plus forte et insubmersible.

68 premiers romans français (pas sf, polar ou romance, ce que l’on appelle plutôt la littérature générale). 68 premières fois.

Depuis toujours, je m’efforce d’aller chercher ailleurs, de ne pas parler de ceux qui prennent le haut de l’affiche (sauf quand ils sont très bons !), de dénicher des auteurs dont on parle moins, avec toujours une tendresse particulière pour les premiers romans, ces romans parfois hésitants ou maladroits, parfois époustouflants qui donnent un autre regard sur le monde, qui donnent à leurs auteurs une autre dimension, comme le graal d’être publié (on pourra dire que l’on écrit pour la beauté du geste, par nécessité ou par envie, inévitablement c’est vers le lecteur que l’on tend, je crois).

Je me suis lancée un défi, lire ces 68 premiers romans avant la fin de l’année. J’ai posté l’idée un matin sur facebook.

Crédit: Agnès Druesne

Crédit: Agnès Druesne

C’était le 7 juillet.

Et parce que la vie c’est parfois de la magie ( 😉 S.), l’idée a provoqué des émulations, des envies de partager le projet, de lire aussi ces romans, de les mettre en avant et de tenter de faire émerger une petite voix.

Le 28 juillet, c’est devenu vertigineux.

Une équipe de 40 participants, des éditeurs enthousiasmés par l’idée, des livres qui chaque jour affluent, des tableaux excel à foison, des partenariats ambitieux qui se mettent en place, un logo dessiné en un temps record et surtout une dose de solidarité, d’envie et de passion quotidienne.

C’est une folle aventure qui voit le jour, une belle aventure parce qu’elle est spontanée et sincère, sans calcul, juste menée par une envie folle de mettre en lumière ces premiers romans, d’accompagner ces auteurs qui livrent au public une intimité.

Un incroyable merci à celles et ceux qui ont voulu prendre part à l’aventure, à vos mots sur le projet ( Anita Coppet et son blog Ecriture Factory,  Céline et son Arthemiss, Agathe et ses livres, Pati Vore, Françoise et ses ombres effleurées, Martine et ses lectures, Bénédicte entre ses lignes, Jostein et sa jolie route, Nicole et ses mots, Caroline l’irrégulière, Les carnets d’Eimelle) et à vos mots de tous les jours, sans cesse bienveillants et attentionnés.

L’ivre de Lire a relayé le projet avec un édito que je partage pleinement (Merci Lionel).

Vous pourrez suivre cette aventure sur le blog (ou sur la page facebook du groupe si l’envie vous prend), et une fois les livres sortis, vous pourrez vous-même y participer (pour cela, n’hésitez pas dès maintenant à vous inscrire sur Lecteurs.com).

A très vite pour des nouvelles de cette aventure (un peu dingue tout de même !).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les singuliers, Anne Percin

16 Juin

Il y a tant à dire sur ce roman, que savoir par où commencer est impossible. Tout vous dire, pas assez de mots.

Vous dire que ce roman est un grand roman d’amitié, sur ce sentiment trop peu exploré en littérature.

Vous dire que ce roman est un échange épistolaire foisonnant entre une tribu d’artistes en devenir, à la fin du XIXème siècle, un voyage entre Bruxelles, Paris et Pont Aven.

Vous dire que ce roman est une immersion dans l’art, dans le rapport au monde des artistes, dans l’avènement de la photographie, dans ce qu’est la vie lorsque l’art prend toute la place, quand il s’impose et dicte une vie.

Vous dire que ce roman est grandiose.

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Anne Percin choisit la forme épistolaire entre trois protagonistes, Hugo, un jeune homme de bonne famille qui cesse de résister à l’appel de l’art et qui deviendra l’un des premiers photographes professionnels, Hazel, sa cousine qui tente de se faire une place en tant que femme dans un monde masculin et Tobias, peintre doué mais torturé par une maladie rare. Trois personnages vibrants et vivants, que l’on se plait à rencontrer, dont on attend les nouvelles comme celles d’un ami.

Sans grandiloquence ni discours faciles, Anne Percin parvient à interroger le sens d’une vie, l’importance des rencontres et des liens humains, la folie et la passion de l’art quand on s’y adonne totalement. Les interrogations essentielles sont intemporelles, l’homme n’a de cesse de se questionner sur sa place et son dessein, sur la quête d’une existence, trouver ce pour quoi on est fait, qui l’on est, ce qui nous donne ce sentiment rare d’être au bon endroit au bon moment.

Les singuliers  est un roman sur ceux qui font l’histoire, sans s’en rendre compte, de ces moments foisonnants d’où sortent les plus grandes œuvres, des artistes qui longtemps après font sens. Loin des paillettes et des palais, ils sont soucieux des mêmes questions primaires, de savoir comment ils vont vivre demain tout en créant le monde, en participant un peu plus intensément à la marche humaine.

Un roman comme une saga qui ne se lâche pas tant on est plongé dans les embruns bretons ou le tumulte parisien de l’exposition universelle, c’est là l’équilibre parfait, nous plonger dans une époque bien définie et en même temps interroger le monde d’aujourd’hui. Il est prodigieux de pouvoir, sans faire rire ou sans artifices, montrer les doutes sur la capacité de Van Gogh ou Gauguin à devenir ceux qu’ils sont aujourd’hui.

Un roman bouillonnant et trépidant, qui se dévore avec délectation et passion, avec à chaque page, renouvelé, l’étonnement de ces mots si justes, de ces réflexions si intimes qui renforce l’idée de ne pas être seule à les éprouver.

Un roman indispensable, nécessaire et jubilatoire.

Pour la chronique radio, il suffit de cliquer sur le logo

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Cette lecture a été commune, en mère fille. Adèle étant un peu jeune, c’est ma mère qui a lu et adoré ce roman, elle vous en parle ici:

Ce qu’ils vont raconter de cette période forte intéressante de leur vie va nous permettre de  côtoyer les artistes de cette époque, les nouvelles écoles, une nouvelle façon de peindre, de regarder et de vivre. Et puis l’art naissant de la photographie. Et les différents salons, galeries et expositions où s’affrontent les tendances. Bien sur nous y cotoyons Gauguin, figure emblématique de Pont-Aven mais bien d’autres encore et surtout nous suivons, de ses débuts jusqu’à sa mort, ceHollandais exilé dans le Midi, ami de Gauguin, qui ne vendra qu’un seul tableau de son vivant et en perdra la raison… Nous restons  très attachés à la personnalité de nos 3 personnages et à leur évolution artistique et personnelle. Une très belle écriture, vivante et précise.

Nous plongeons dans ces pages avec bonheur tellement elles sont riches d’informations, d’anecdotes et d’émotion sur les mœurs et mode de vie de ces artistes que rien ne peut détourner de leur art.

Une belle réflexion sur l’art et la création.

J’ai été touchée par la grâce de ce livre !

Le fil, Sophie Lemp

19 Mai

Quel plus beau cadeau laisser aux êtres que l’on a aimés sinon la preuve de l’amour qu’on leur a porté ?

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A la veille de la mort de sa grand-mère, Sophie découvre des carnets que cette dernière lui a écrit depuis sa naissance. Retranscrire leurs vies, l’importance fondamentale de cette petite fille dans la vie de cette femme, les moments partagés, comme une longue discussion ininterrompue. Lui écrire pour qu’un jour elle les retrouve et qu’elle n’oublie pas l’enfant qu’elle a été, les étapes essentielles de leur vie commune.

De ces carnets jailliront le merveilleux de l’ordinaire, le beau du quotidien et la tendresse des moments partagés. Des petites touches qui forment une vie, où l’essentiel ne tient qu’à l’autre, sans artifice ni parure. De l’amour à chaque page, de l’importance de dire d’écrire à l’autre combien sa présence suffit à combler le sens d’une vie.

A ces carnets s’ajoutent des lettres retrouvées pour découvrir la femme, l’épouse, la mère qu’elle a était, la combattante qui subit sans se plaindre, qui croit que demain sera plus doux. Faire défiler sa vie, dans ce qu’elle a de brutal et d’inexorable, de grands bonheurs pour continuer à tenir debout. Rendre hommage par l’écriture, quoi de mieux pour celle qui a noirci tant de pages

Ce court roman est une invitation à se créer des souvenirs, à trouver l’extraordinaire partout, à se réjouir d’être aimé.

Comme une madeleine de Proust. Croquer dedans et inévitablement vos souvenirs affleurent. Ce roman, bien que personnel, fait accéder à l’universel, fait résonner l’enfant que l’on a été et donne envie de lever le nez, stopper un peu cette course folle et savourer.

Comme une ode à l’amour filial, à chérir les êtres qui nous ont précédé, comme un fil entre nous, comme ce lien si délicat qui lie les êtres et dont il faut prendre soin pour que jamais il ne rompe.

Comme un cri d’amour qui nous rappelle combien la tendresse, la douceur et la chaleur doivent accompagner une vie d’enfant, combien elles sont essentielles pour grandir mieux, pour grandir bien, pour avoir chaud les jours de grand froid.

Se rappeler que le sens d’une vie ne réside finalement que là, dans le creux de la main de l’autre, des mains des autres, celles qui vous tiennent pour vous aider à avancer, celles qu’il faut aimer à tout prix. Celles à qui il faut oser dire Je t’aime.

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Le caillou, Sigolène Vinson

12 Mai

Il est des livres que l’on attend avec impatience et fébrilité tant le précédent avait été important. Important ? Crucial plutôt, parce qu’il entre dans la catégorie rare des livres qui ont changé une vie, ceux qui accompagnent le bon moment, qui libèrent la parole, que vous conservez à portée de main pour en respirer l’air les jours de moins bien. Ceux que vous savez écrit pour vous, que vous pensez égoïstement écrit juste pour vous. (Mais de quel livre parle t elle? De celui ci J’ai déserté le pays de l’enfance, Sigolène Vinson)

Le livre d’après est difficile, le charme peut-il durer ou est-ce une passion inégalable ? (point de suspens, la réponse est oui !)

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Tenir Le caillou entre les mains, c’est arrêter toute lecture en cours, éteindre les téléphones, aller coucher sa fille à 5 heures de l’après-midi (dans tes rêves !), s’installer confortablement et se préparer à se faire secouer tendrement.

Parce que c’est ça la force de Sigolène Vinson, c’est qu’elle vient vous violenter, vous remuer dans tous les sens tout en vous caressant la tête et en vous rassurant, vous questionner sur l’humain, détester ses travers, sublimer sa fragilité.

Le caillou part d’une idée atypique : une jeune femme en décalage du monde (mais de quel monde parle-t-on? De celui qui ne prend l’humain que comme matière première, de celui que l’on cautionne par trop d’immobilisme), en décalage d’un monde, qui rêve de devenir caillou, revenir à l’essentiel des choses ? Non, s’estomper pour devenir insignifiant, ne plus faire de bruit pour ne plus subir les tempêtes. Passer la vie sans être vu, en quête d’un moyen pour survivre malgré tout.

Jusqu’à ce que la vie vienne toquer à sa porte en la personne d’un voisin, vieux et isolé du monde. Deux Robinson qui se reconnaissent, cette volonté d’accéder à la moelle d’une vie, trouver une raison à tout cela. Jusqu’à ce que ce voisin original ne décide d’abattre quelques cartes du jeu de la narratrice et la pousse à sortir de sa tanière pour aller en Corse trouver les raisons de continuer à être elle-même, à ne pas s’effacer aux autres,  trouver ceux qui l’aimeront et l’accepteront telle qu’elle, sans vouloir la façonner ou la sculpter.

Et si la solution était dans l’art, ce seul territoire de liberté totale et sans contrainte autre que la matière, cet espace comme un souffle d’air pur. Sigolène Vinson s’empare de l’art comme ressource, comme vecteur de compréhension du monde, comme vecteur d’une raison de vivre.

De l’art et des hommes. Quoi qu’on fasse, quoi qu’on veuille, on est en rapport avec les autres, telle est l’essence humaine.

Et c’est par l’autre que l’on devient soi, par le regard qu’il pose sur vous, par l’amour qu’il vous porte.

Un roman drôle et tranchant, où toujours l’espoir s’intercale entre les lignes. Un roman grinçant et délicatement loufoque.

Un équilibre parfait jamais rompu, une écriture sincère et authentique.

Une humanité rare de celle qui fouille l’essence de l’être, une plume intense sans faux semblants.

Un hymne à la liberté, dans la forme et dans le fond. Se jouer de l’autre. Se jouer du lecteur.

Un cri à être soi.

Un caillou précieux.

Un roman vivant qui ramène à l’essentiel, à ce que l’on doit être, à ce qui fait que chaque matin ça vaut la peine de se lever.

 

Extraits

« En me contentant de petits bruits, j’imagine que la vie passera sans m’apercevoir, qu’elle m’épargnera ce qu’elle n’épargne à personne. »

« Quelle autre trace pourrais-je laisser dans un monde qui refuse d’être remarquable, dont les mécanismes tournent à vide, parce que l’humanité a franchement paressé durant ces deux derniers millénaires ? « 

 « On a le droit de vouloir devenir un caillou, pas de le dire. Ca regarde qui, nos faiblesses ?

L’importun, Aude Le Corff

29 Avr

L’importun ou l’histoire d’une rencontre inattendue et troublante –les plus belles non ? – où chacun va puiser dans l’autre de quoi continuer à tenir debout. Un roman comme une bulle dans laquelle on glisse et qui ouvre des portes intérieures, qui résonne puissamment.

 

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Quand la narratrice, écrivain, s’installe en province, pour y goûter les joies d’une vie plus douce en famille, elle ne s’attend pas à rencontrer Guy, ce vieil homme, ancien propriétaire de la maison dans laquelle il se croit encore chez lui.

Une relation comme une catharsis, pour elle qui conserve les séquelles d’un père silencieux ou colérique, qui fait d’elle une petite fille toujours, craintive et en quête de sécurité ; pour lui qui enfin trouve les mots pour exorciser l’acide qui le ronge. Une longue conversation sur la difficulté d’un être à aimer l’autre quand on ne lui a pas montré comment faire.

Comprendre l’autre, lui pardonner peut être pas, le juger aucunement, mais comprendre le fardeau de chacun, parfois trop lourd pour celui qui le subit ; l’aider à le porter pendant le chemin fait ensemble.

Deux êtres en décalage avec le monde, parce que trop sensibles, parce que trop humains face aux horreurs.

Là où la violence pourrait déborder, Aude Le Corff rend les cicatrices douces, les couvre de tendresse, là est peut être la solution pour les panser.

Sans mièvrerie et sans facilité, Aude explore les petits voix honteuses qui hantent parfois, celles que jamais on ne dévoilera, que l’on voudrait étouffer, parce que ça ne se fait pas, parce qu’il faut toujours être consensuel.

Un hommage aux pères, même imparfaits, aux êtres qui nous construisent et nous nourrissent, doublée d’une réflexion touchante sur le processus créatif, sur le besoin de calmer les doutes par l’écriture, canaliser ces songes qui font se pencher la tête, vivre avec cette mélancolie au cœur.

Un second roman profond qui confirme le talent d’auteur d’Aude Le Corff.

Un roman qui vous fera ouvrir le petit carnet que vous gardez près de vous pour y déposer un flot d’émotions (anecdote véridique pour ma part !)

 

Les notes de la mousson, Fanny Saintenoy

16 Avr

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Kanou le jeune garçon intrépide ; Ahmma la servante aimante d’une tendresse infinie, Galta la mère en quête d’essentiel, Lalchen le père s’oubliant dans la musique, Angèle l’étrangère en son pays, Malenti, la petite fille que l’on voudrait tant entendre rire et parler.

Ils sont le peuple de nouveau roman de Fanny Saintenoy. Ils sont ceux que L’inde, personnage central du roman, fait d’eux. Ils sont ces personnages singuliers et attachants qui se débattent avec le rôle que leur a attribué le destin.

120 pages d’une précision rare, d’une densité que l’on découvre une fois le roman fermé, tant on semble avoir passé des centaines d’heures dans les rues de Pondichéry, tant la pluie a coulé sur le visage du lecteur, tant les odeurs et les couleurs sont tenaces. Les mains pleines de poussière rouge et le cœur gorgé de souvenirs, on referme doucement les pages de ce roman puissant, comme on rentrerait d’un long voyage.

On y trouve une folle richesse dans ce roman : de la quête de l’essentiel à la nécessité de se faire rencontrer les solitudes pour ne pas devenir fou, savoir que l’autre peut être une réponse. Accepter de panser les plaies, les siennes et ceux des autres. Parler quand le silence est assourdissant et vivre pleinement, spirituellement mais littéralement aussi, avec une exploitation de tous les sens.

Une écriture limpide et fournie, où l’on sent chaque mot à sa place. Chaque chapitre est un monde, une sensation, un sentiment. Chaque chapitre pourrait presque être une nouvelle à part entière, tant il fait voyager d’un bout à l’autre du globe, d’un bout à l’autre de l’âme humaine.

Un roman saisissant qui fait du bien, qui rassure sur les beaux lendemains, sur le but de cette quête éternelle de sens.

Une confirmation du talent  de conteuse de Fanny Saintenoy après Juste avant, une confirmation de sa capacité à nous emmener au plus profond de son sujet!

FBPour la chronique France Bleu, cliquez sur l’image!

Extraits

« Elle sait la force des mots, justement, et c’est pour cela qu’elle s’y raccroche si souvent. Elle se blottit dedans par manque de bras ouverts, par crainte du silence. Elle y exerce à voix haute des sentiments jamais convoqués, les vers la retiennent comme des lianes. Sa carcasse est tellement lasse, mutique à tout plaisir, inutile malgré sa santé de fer, Angèle se sent vieillir. Et elle a peur, de la folie et du vide. »

 

« Mais elle n’était utile à personne et ne produisait rien. La musique et l’homme qu’elle aimait l’ont laissée sur les lisières et, peu à peu, lui ont fait nourrir un chagrin amer. Ils s’étaient éloignés tout doucement, un pas par jour d’absence c’est indolore, une passion diluée note par note, au quart de ton.»