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Confidences d’écrivain, Sonia David

26 Mar

C’est avec émotions que l’on parle manies d’écriture avec Sonia David aujourd’hui, parce que Sonia a été ma tutrice dans l’aventure Ecriture Factory , que son roman m’avait accompagnée avec délice à New York, et parce que Sonia, c’est Sonia… une si belle personne.

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1.Ecrire, à quoi ça sert ?

A rien! C’est lire qui sert à quelque chose!

2.Le meilleur compagnon de l’auteur?

Le temps.

3.Son pire ennemi?

Le manque de discipline.

4.Une manie d’écriture ?

Passer son temps dans le dictionnaire.

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5.Que pensez-vous de cette phrase de James Salter : « Si vous écrivez, vous devez être prêt à vous détester vous-même, à être dégouté de vous-même à la fin d’une journée que vous avez passé à écrire. Tant de temps pour un tel résultat! Tout ça pour ça!. » (Extrait d’une interview parue dans Lire, n°429, octobre 2014)

Je pense que James Salter est une petite souris qui m’observe depuis mon bureau.

6.De quoi l’écriture doit-elle sauver? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras « Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. » )

Disons que c’est la seule activité grâce à laquelle la vie ne me parait pas seulement un passe temps. Cela dit, l’écriture est aussi mon passe temps favori. Donc l’écriture me sauve à la fois du rien et de l’ennui.

Foncez voir ce site, pour les amoureux des mots, c'est une aventure passionnante! et tellement enrichissante!

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7.Définissez-vous par :

une œuvre d’art

Le clavecin Bien tempéré, de Bach. Bon, c’est évidemment monstrueusement prétentieux… Mais voilà, en dehors de mon amour inconsidéré pour cette musique, elle est comme je rêverais idéalement d’être: Une apparence discrète, qui n’a pas vraiment l’air de grand chose, et puis on écoute, et il s’en dégage une sincérité, un désir d’aller droit à l’essentiel, de toucher l’émotion sans passer par l’esbroufe.

– un mot

Angoissée

8.Quel est votre rapport à la lecture? Lit-on pour écrire ?

J’ai pour la lecture un amour inconditionnelle. C’est mon voyage, mon évasion, ma curiosité, mon plaisir et en même temps un miroir dans lequel mieux découvrir qui je suis. A la fois une échappée, et une thérapie. Je lis le matin, dans le métro, et en vacances tout le temps. Lit-on pour écrire? Pas moi en tout cas, même si je ne peux pas m’empêcher d’observer l’écriture des autres pour mieux et toujours apprendre. En revanche, je crois que si j’écris c’est parce que j’entretiens depuis toujours une relation passionnelle avec la lecture.

 

9.Citez trois ouvrages fondateurs

-Tout Est Illuminé / Jonathan Safran Foer

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De Grandes Espérances / Charles Dickens

Un Barrage Contre le Pacifique / Marguerite Duras

10.Le dernier roman qui vous a étonné

… Etonné, subjugué, troublé, passionné, questionné, scotché:

Le Chardonneret de Donna Tartt.

11.Quelle est votre quête ultime (ou absolue) en tant qu’auteur?

Ecrire un bon livre.

 

Découvrez sans attendre son roman tendre sur l’amitié et l’écriture (on attend le suivant!!), foncez voir le site d’Ecriture Factory et revenez me parler de tout cela!

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Confidences d’écrivain, Delphine Bertholon

26 Fév

Delphine Bertholon signe, avec Les corps inutiles, un de mes coups de cœur de cette rentrée d’hiver. Ravie de la retrouver pour ses confidences!

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1.Ecrire, à quoi ça sert ?

A raconter des histoires. Se raconter des histoires, en raconter aux autres. Ça peut paraître idiot, ou simpliste, mais pour moi, l’imaginaire est le plus haut lieu de la liberté. Ecrire, c’est être libre – et, avant tout, libre d’être soi. Dans la vraie vie, on n’est jamais complètement soi. Paradoxalement (alors que je fais de la fiction pure), je ne suis jamais autant moi-même qu’en écrivant un roman…

2.Le meilleur compagnon de l’auteur ?

En ce qui me concerne, le café. Celui qu’on boit, et celui dans lequel on le boit ! Je lis et travaille beaucoup dans les bistrots. J’aime le brouhaha, écouter les conversations – et puis, la chaleur humaine.

3.Son pire ennemi ?

La peur. La peur en général, mais surtout celle de déplaire. On n’écrit rien de valable, rien de sincère en espérant plaire à tout le monde. Quitte à avoir peur, mieux vaut avoir peur après l’écriture. Ce qui, bien sûr, est systématiquement le cas !

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4.Une manie d’écriture ?

Je n’ai pas ni rituels ni horaires, je ne me force jamais à écrire tel nombre de lignes, tel nombre de pages par jour… Par contre, quand je suis lancée, je ne suis plus là, littéralement, j’oublie tout, même de manger. Je suis ailleurs, quelque chose d’autre, quelqu’un d’autre : je suis le personnage, le monde, l’objet. C’est à la fois très excitant, très amusant – et assez dur, parce que l’imaginaire dévore tout, le réel disparaît et moi, j’oublie de vivre.

5.Que pensez vous de cette phrase de James Salter : « Si vous écrivez, vous devez être prêt à vous détester vous-même, à être dégouté de vous-même à la fin d’une journée que vous avez passé à écrire. Tant de temps pour un tel résultat! Tout ça pour ça!. » (Extrait d’une interview parue dans Lire, n°429, octobre 2014)

N’ayant pas cette rigueur de m’obliger à écrire chaque jour, j’échappe un peu au problème. Mais écrire, oui, c’est douter. Douter de soi, sans arrêt. Je pense n’être pas un cas isolé mais pour ma part, je suis régulièrement atteinte du « syndrome de l’imposteur ». Il y a tant de livres – et tant de beaux livres ! Il me semble toujours extraordinaire d’être lue par des gens que je ne connais pas. Et miraculeux d’être parfois aimée… Ce n’est pas de la fausse modestie, je trouve ça dingue, vraiment.

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6.De quoi l’écriture doit elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras « Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. » )

Dans Twist – je crois… – il y a justement cette phase : « Ecrire, c’est sauver sa vie ». Pour moi aussi, c’est quelque chose de cet ordre. Ecrire – que l’on soit auteur ou pas, d’ailleurs – c’est donner corps au temps, à son temps, c’est s’accorder du temps à soi. Une manière de conjurer le fait qu’il passe trop vite, j’imagine… Et puis, quand on invente des personnages, on s’invente des amis (ou des ennemis !) Mais quoi qu’il en soit, on a le sentiment de n’être plus vraiment seul… Au fond, on sait bien que c’est illusoire ; mais sur l’instant, c’est comme la vérité. Ecrire c’est peut-être ça, finalement : faire d’un instant illusoire un pur moment de vérité.

7.Définissez vous par :

 – une œuvre d’art

Une photographie de Sally Mann, sûrement. L’enfance, avec tout ce qu’elle a de merveilleux, de violent, d’innocent, de terrible, de tendre, d’inquiétant. Pour ne choisir qu’un cliché, disons « The New Mothers » (1989, in Immediate Family) Parce que lorsqu’on écrit, au fond, on ne fait rien d’autre que de se déguiser pour espérer s’approcher de soi-même.

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– un mot

Sensible (trop).

8.Quel est votre rapport à la lecture ? Lit on pour écrire ?

Je ne lis pas de fiction quand j’écris : la langue de l’autre, inconsciemment ou non, est toujours perturbante. Je vais au cinéma, je lis des essais, de la poésie… Mais dès que j’ai terminé un roman, je me rattrape, je dévore tout ce qui m’a fait envie et que j’ai tenu (parfois avec difficulté) à distance. Mais oui, c’est une évidence : tout auteur est avant tout un grand lecteur. Parce que pour écrire, déjà, il faut passionnément aimer les mots…

9.Citez trois ouvrages fondateurs

Choix difficile ! Du coup, trois textes de genre différent, dont la lecture a conforté chez moi le désir d’écrire.

La nuit remue de Henri Michaux

4.48 Psychose de Sarah Kane

American Psycho de Bret Easton Ellis

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10.Le dernier roman qui vous a étonné

Je vais en citer deux, parmi ceux que j’ai lu très récemment – un américain et un français.  Karoo, de Steve Tesich, pour son humour dévastateur, sa langue incisive et sa brillante brutalité. Et L’écrivain national de Serge Joncour, qui m’a souvent fait rire (sujet oblige !) mais également beaucoup émue – de ces romans dans lesquels on se reconnaît, sincèrement, intimement (ce qui n’est pas si fréquent).

11.Quelle est votre quête ultime (ou absolue) en tant qu’auteur ?

Je ne sais pas. Honnêtement, je ne sais pas. Je ne calcule rien, j’avance, je progresse (j’espère !) Je veux seulement continuer, continuer d’écrire, continuer de toucher les autres… Oui, je vais répondre ça : toucher les autres.

 

Confidences d’écrivain: Michèle Fitoussi

22 Jan

De nouvelles questions, toujours à destination des écrivains, pour comprendre leurs habitudes et leurs envies.

Pour commencer cette série, Michèle Fitoussi s’est imposée d’elle même. Parce que j’ai eu la chance de la rencontrer et que c’est une femme délicieuse, parce que surtout son dernier livre Une nuit à Bombay mérite d’être lu, par tous, pour tenter de mettre des mots sur les attentats de ce début d’année. les procédés sont identiques, les émotions similaires. Alors, lisez cette interview et après filez vite ouvrir La nuit de Bombay (ou si vous avez envie de plus de douceur, la biographie d’Helena Rubinstein comme notre curieuse de la semaine dernière!)

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1. Ecrire, à quoi ça sert ?

On écrit parce qu’on ne peut pas faire autrement.  » Bon qu’à ça » disait Beckett. Je ne me demande jamais à quoi ça sert, ni à qui ça va plaire.  Si mes lecteurs sont émus, si mes mots leur font sens, j’en suis à la fois troublée et touchée. La lecture m’a souvent sauvé la vie, sauvée de l’ennui, sauvée de moi même. Bon nombre  de textes ont  allumé  en moi de petites lueurs quand l’obscurité était profonde.  Pouvoir , à mon tour transmettre la flamme  me remplit de joie..

2. Le meilleur compagnon de l’auteur ?

Le travail

3. Son pire ennemi ?

La procrastination

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4. Une manie d’écriture ?

Corriger à l’infini. L’ordinateur n’aide pas les obsessionnels dont je suis. Il faut savoir s’arrêter.

5.Que pensez vous de cette phrase de James Salter : « Si vous écrivez, vous devez être prêt à vous détester vous-même, à être dégouté de vous-même à la fin d’une journée que vous avez passé à écrire. Tant de temps pour un tel résultat! Tout ça pour ça!. » (Extrait d’une interview parue dans Lire, n°429, octobre 2014)

Je discute beaucoup avec des amies auteures , on se remonte mutuellement le moral car notre métier engendre le doute, le dégoût de soi, le sentiment de sa propre nullité  et parfois la dépression. Mais il y a en contrepartie la joie inégalée, inégalable,  quand on réussit enfin à ciseler la phrase qu’on a en tête, à trouver le mot juste, à être satisfait d’un paragraphe. C’est aussi pour cela qu’on écrit et ça n’arrive pas souvent , hélas. Que James Salter , cet immense styliste, éprouve cette angoisse est  à la fois encourageant. et désespérant.

6.De quoi l’écriture doit elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. » )

 De soi d’abord. Oui, de soi.

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7.Définissez vous par :

une œuvre d’art : un portrait peint par Modigliani

un mot  : énergie

8. Quel est votre rapport à la lecture ? Lit-on pour écrire ?

Souvent je cesse de lire quand j’écris car le travail des autres, loin de m’encourager me fait désespérer de mon talent.  Autrement, je lis beaucoup. J’ai longtemps été une boulimique, je le suis un peu moins, mais j’ai toujours un ou deux livres en cours et des piles qui s’entassent partout chez moi, des livres en attente sur mes liseuses. Et je peux passer une nuit blanche pour terminer un livre.

J’aime les écrivains, Français ou étrangers, J’aime la littérature indienne, anglo saxonne, israelienne, italienne, scandinave, etc… J’aime découvrir des textes, des talents, des sensibilités, d’autres rapports au monde, d’autres façons de vivre et de penser. Tous ces textes me confortent à la fois dans l’idée de la  singularité de l’être humain et dans l’universalité de ses émotions et de ses sentiments. La littérature tout comme l’art est notre rempart à la barbarie.  C’est un acte de résistance. Nous en avons besoin plus que jamais.

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 9.Citez trois ouvrages fondateurs

La case de l’Oncle Tom de Harriett Becher Stowe,  qui, enfant m’a donné envie à la fois de devenir écrivain et de me battre contre les injustices

Cent ans de solitude Gabriel Garcia Marquez, le roman de mon adolescence, la découverte du monde.

1984 de George Orwell. Un roman d’anticipation politique que j’ai lu dans les années 70, donc bien avant 1984,. Je viens de voir que la dernière promotion de l’ENA s’était baptisée Orwell, preuve que ce grand écrivain est toujours et plus que jamais d’actualité.

10.Le dernier roman qui vous a étonnée

L’Oubli de Frederika Amalia Finkelstein.  Dans le Jardin de l’Ogre de Leila Slimani, toutes les deux finalistes du Prix de Flore.

11. Quelle est votre quête ultime (ou absolue) en tant qu’auteur ?

Aimer ce que j’écris. Sur le moment. Et dix ans plus tard.

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Merci Michèle pour ces confidences!

En tête à tête avec Géraldine Barbe

27 Nov

Hier, je vous parlais de ce « roman vrai » (expression empruntée à Michèle Fitoussi notamment), Changer de vie. Aujourd’hui, je vous propose d’en parler avec son auteur, Géraldine Barbe.

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1.« Je ne me suis pas retrouvée du jour au lendemain transformée en scarabée, désolée, je ne crois pas correspondre à ton sujet. » une réflexion de Clémence, l’un de vos personnages. Elle résume bien l’imaginaire collectif qui voudrait que le changement soit spectaculaire, violent et hors normes. Finalement, changer de vie, c’est quoi ?

De mon point de vue, changer de vie c’est changer son regard sur le monde qui nous entoure, remettre en question une certitude, une façon de vivre ; c’est très intime et pas forcément spectaculaire ou intéressant pour les autres. Moi si je passais le permis je changerais de vie mais je suis pas sûre que ça fasse un bon sujet de livre (quoique)

2. S’extirper est un mot qui revient dans votre récit, s’extirper de quoi exactement ?

S’extirper est le nom que je voulais d’abord donner au livre. C’est une obsession effectivement. S’extirper de ce qui nous enlise, nous empêche, nous retient. S’extirper des préjugés que l’on a par rapport à soi même pour tout un tas de raisons.

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3.Souvent le changement est perçu comme la réalisation d’un rêve, d’une passion. Dans votre récit, le changement n’est pas fantasmé, il est vécu, sans chercher forcément les causes, presque sans violence. Comme une évidence ?

Je ne sais pas mais c’est peut-être parce que pour qu’il y ait changement, il faut accepter que cela doit venir de soi, de l’intérieur et non pas de l’extérieur. On peut vraiment changer tout extérieurement, pays, amoureux(se), travail et se retrouver toujours autant dans la merde, c’est un peu comme la blague du café et du croissant.

4.Le point commun de tous ces parcours?

Ils sont tous positifs avec des points de départs compliqués et l’absence de rancune qui est un poids trop lourd.

5. Quel est le plus grand frein à ce changement ?

La peur, le ressentiment, la flemme

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6. S’il ne fallait conserver qu’un conseil à ceux qui hésitent : commencer par aller à la piscine

7.Ce livre était un ouvrage de commande, comment vous l’êtes-vous appropriée, comment la construction du récit s’est-elle imposée ? Parce que finalement, le personnage principal de ce récit, n’est-il pas vous ? Vos personnages semblent des guides, des rencontres qui aident à grandir. Grandir toujours…

Sybille Grimbert et Florent Georgesco m’ont proposé d’écrire à partir de ce sujet parce qu’ils savaient que mon parcours était particulier et qu’à priori je serai intéressée. Ils m’ont encouragée à évoquer des épisodes personnels, ce que je me suis empressée de faire car j’adore. Je ne suis pas du tout journaliste ni documentaliste et je n’aurai pas su comment m’y prendre pour écrire « sur » sans me faire un peu jouer. J’ai rencontré des gens que je ne connaissais pas du tout pour la plupart, ou de très loin, mais qui n’étaient quand même pas des anonymes, et pour qui j’avais une curiosité. La construction s’est faite de manière très bordélique comme toujours et puis finalement ça c’est ordonné assez facilement. Je ne sais pas si les personnages sont des guides, je ne suis pas trop guide en général à part à la Montagne, mais oui, je les ai trouvés supers, vraiment, c’était très vivifiant de rencontrer ces gens qui en ont tous quand même plus ou moins chié et qui n’étaient jamais dans la plainte.

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8. Petites questions en rafale :

-Le dernier roman qui vous a étonné : Be-Bop de Christian Gailly (minuit)

– Votre œuvre d’art préféré : les étonnants tableaux que peint mon fils

– Votre mot préféré : Maman

– S’il ne fallait conserver qu’un auteur : autant qu’il disparaisse avec les copains le pauvre

– Votre livre de chevet : L’odeur du sang humain ne me quitte pas des yeux de Franck Maubert (conversations avec Francis Bacon).

 

 

 

 

Si on parlait écriture avec Mélanie Richoz ?

30 Oct

C’est par le blog du Petit carré jaune que j’ai découvert cette auteur talentueuse, à travers ses nouvelles Le bain et la douche froide, un recueil uppercut. Je l’ai savouré, une nouvelle par jour. Comme un rendez vous, un rendez vous qui secoue. L’art de la nouvelle est difficile, il faut ce point de tension rapide, cette chute crédible, saisir l’humanité des personnages en quelques lignes. Mélanie Richoz est experte en la matière, un recueil à découvrir, rapidement!

Je commence la lecture de son roman Mue, j’y retrouve le choc de ces mots, les gifles sans prévenir, la pointe du couteau bien aiguisée sur ce qui fait mal, sur ces petits riens qui nous entourent, sur ces petites choses humaines.

En attendant de vous parler plus longuement de ce roman, je vous laisse découvrir le rapport de Mélanie Richoz àl’écriture, elle a a répondu avec douceur et sincérité à mes questions et avec qui la discussion s’est poursuivie, me demandant Pourquoi lisez vous? (et là, tu te dis que poser les questions est plus facile que d’y répondre, évidemment).

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1.L’écriture : c’est inné ou acquis ?

C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ? L’écriture, pour moi, c’est du travail. Je peine et je sue en écrivant. Et j’avance à pas de saucisson…

2. Combien d’heures par jour pour l’écriture ?

Jamais longtemps (une heure par jour en moyenne, le matin avant de partir au travail) mais si possible tous les jours. Avant mon premier roman, j’étais moins régulière et n’écrivais que sur mes jours de congé et pendant les vacances.

3. Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

C’est Tourterelle, paru en 2010 aux éditions Slatkine ; je l’ai écrit chez moi, mais dans le train aussi, et au café… En écoutant les gens, en les observant, en me laissant surprendre par le monde et par ce qu’il éveillait en moi. Tourterelle est un envol aller-retour entre l’extérieur et l’intérieur.

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4. Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Je n’ai jamais pu dire que j’étais satisfaite d’un manuscrit ; en revanche, grâce à des phénomènes aussi subtils qu’étranges qui surviennent souvent à la fin de la rédaction d’un premier jet, j’arrive à être convaincue que c’est juste de l’avoir écrit, ceci indépendamment de sa qualité. Et sentir que c’est juste est un cadeau inouï et nécessaire à me sentir légitime dans ma quête d’écriture.

5. Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Avant mon premier roman, j’ai publié un livre illustré « Je croyais que » qui a connu quelques refus (quatre ou cinq ?) avant d’être accepté par les éditions Slatkine. Grâce à cette publication, une relation de confiance s’est créée avec mon éditrice, Delphine Cajeux, à qui j’ai osé montrer, quelques mois plus tard, mon premier projet de roman et qui l’a accepté d’emblée.

6. Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ? Des recherches ?

Un mot après l’autre, sans savoir où je vais, sans plan et en chute libre… pour un temps indéterminé et une histoire inconnue, construite souvent à partir d’un personnage. Je transmets mes manuscrits à très peu de lecteurs (au maximum trois en comptant mon éditrice… et bientôt il n’y aura plus qu’elle) pour les protéger, leur laisser leur authenticité et leur vulnérabilité. Pour ne pas me faire influencer.

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7. Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ?

Oser le faire lire.

8. Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Seule !

9. Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Je n’ose plus le lire, comme les suivants d’ailleurs. Dès qu’un livre est publié, il m’échappe et ne m’appartient plus. De mémoire, je dirais que malgré la lenteur et les maladresses, il est poétique, sensoriel et profond.

10. Etre écrivain, c’est… soulever des questions. En soi. Mais peut-être chez l’autre aussi ?

11. Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

Oser ! Sans se censurer. Ecrire et oser. Ecrire encore et encore.

12. Citez trois ouvrages fondateurs Je préfère citer trois auteurs :

Anne-Lyse Grobetty avec “Pour mourir en Février” et “La corde de mi”

Emile Ajar avec “L’angoisse du roi Salomon”

Annie Ernaux avec “Passion simple” et “L’usage de la photo”

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Si on parlait écriture avec Caroline Vié?

16 Oct

Caroline Vié avait livré, en 2012, Brioche, un premier roman détonnant, dérangeant avec l’utilisation de ce « tu » qui donne la sensation au lecteur d’être pris à parti, un roman sans conteste singulier,  dont j’avais parlé sur Générationnelles . A l’aube de la parution de son second roman, elle a accepté de répondre avec humour et générosité à mes questions!

Crédits: Delphine Jouandeau

Crédits: Delphine Jouandeau

 

1.L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

« Write like you’re in love. Edit like you’re in charge ». James Scott Bell a tout dit. Je me laisse aller au fil de la pensée avant de tout reprendre et de tailler à la serpe puis au scalpel. Comme j’ai du mal à ne pas retomber dans mes mauvais penchants pour les « blagounettes », je passe beaucoup de temps sur les réseaux sociaux quand je travaille sur une fiction. Bizarrement, cela m’aide à me concentrer et à épurer mon récit en offrant un exutoire à mes plus mauvais jeux de mots.

2.Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman publié et maintenant ?)

Ecrire des articles est mon métier. La fiction, ma drogue récréative. Je ne compte pas les heures passées devant mon ordinateur. L’écriture est un muscle que j’exerce constamment sous des formes diverses.

3.Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

Brioche, publié en août 2012 chez Jean-Claude Lattès. Une déclaration d’amour à quelqu’un qui s’est tué depuis. Ce n’était pas l’effet espéré.

4.Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

J’ai toujours fait partie de ces élèves dont le professeur devait arracher la copie. Et je n’éprouve de satisfaction réelle que quand j’enlève mes chaussures à talons hauts après une soirée. Mon côté Rolling Stone sans doute

5.Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Brioche est mon deuxième roman. Le premier était effroyable. Il est normal qu’il n’ait pas trouvé preneur. J’ai connu des tonnes de refus, des marques d’intérêt puis une belle histoire d’amour réciproque chez Jean-Claude Lattès avec mes éditrices Karina Hocine et Caroline Laurent. L’édition, c’est une relation sentimentale. Il faut tomber sur les bonnes personnes, celles qui vous désirent suffisamment pour vous donner envie de les étonner et vous aiment assez pour ne rien vous passer.

6.Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ? Des recherches ?

J’observe constamment les gens. Je pose beaucoup de questions. Je prends des notes, sur tout, tout le temps. Je suis souvent incapable de me relire ce qui opère un premier tri. Je garde en mémoire les choses qui me semblent utilisables quitte à les recycler là où je ne les attends pas. Je me ménage des surprises. Sinon, je m’ennuie. Quand j’écris, je descends en rappel dans un puits très profond avec une toute petite loupiote tremblotante. Ce sont des moments de joies célestes, de torture intense et d’excitation absolue. Je ne connais rien de meilleur que l’instant où une intrigue se débloque, où l’Idée arrive et que le dispositif se met en place comme par magie. Quand j’ai fini de jouer à Tetris avec mon texte, je fais lire une première mouture à ma garde rapprochée puis à des gens que j’estime mais qui me connaissent moins. Je n’attends pas d’eux qu’ils me disent que je suis un génie. Je fais ça très bien toute seule. J’espère une franchise bienveillante. Je retravaille ensuite en tenant compte (ou pas) de leur suggestions…

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7.Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ?

Rien. On est dans une inconscience totale. C’est après que les choses se compliquent

8.Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

L’incrédulité vite remplacée par la terreur de ne pas être capable d’en faire un deuxième. Puis, quand vient le deuxième roman, l’incrédulité vite remplacée par la terreur de ne pas être fichue d’en écrire un troisième. J’en suis là.

9.Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Que je l’ai écrit pour de mauvaises raisons et qu’il a débouché sur de bonnes choses. Je ne le relirai pas avant longtemps.

10.Etre écrivain, c’est…

Un plaisir et une douleur d’une qualité exceptionnelle. Passer sans transition de « Je vais révolutionner la littérature » à « Je suis une nullité » en un grand écart intellectuel insensé. Penser qu’on est une imposture et espérer maintenir l’illusion le plus longtemps possible. Tenter de trouver l’équilibre entre l’humilité et l’outrecuidance. Penser à écrire des livres de temps en temps…

11.Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

Il faudrait être fou pour rêver d’être à ma place. Celles ou ceux qui pourraient le souhaiter mériteraient d’essayer et se verraient bientôt vêtus d’un joli pyjama très ajusté dans une chambre aux murs mous ! Plus sérieusement, je leur recommanderais de ne pas lâcher l’affaire et de ne surtout pas se laisser dévorer par l’aigreur s’ils mettent du temps à trouver un éditeur. La jalousie ne fait pas avancer les choses. Je suis la preuve qu’on peut y arriver.

12.Citez trois ouvrages fondateurs

Mes romans. Brioche: Dépendance Day (à paraître en février 2015 chez Jean-Claude Lattès) et celui que j’écris en ce moment. Cela ne veut pas dire que je les trouve bons. Juste qu’ils ont faits de moi ce que je suis et vice-versa.

J’ai aussi l’œuvre complète de Colette sur ma table de nuit, tellement lue et relue que je rachète l’intégrale quand les pages se détachent. Trois hommes dans un bateau de Jérome K. Jerome et Mort à Venise de Thomas Mann.

 

Si on parlait écriture avec Julie Gouazé?

9 Oct

Julie Gouazé nous livre, pour son premier roman, un personnage qui nous ressemble tant: Louise. Une écriture vive et brute, des émotions universelles mais tellement personnelles, des fragments quotidiens à l’effet « Madeleine de Proust » et qui parviennent à faire ressurgir des souvenirs que l’on ne soupçonnait pas. Une plume à suivre, un premier roman singulier! J’en reparle vite sur le blog, en attendant découvrez en plus sur cette pétillante jeune femme qui vous parle de son écriture!

Crédit photo: Thierry Rateau

Crédit photo: Thierry Rateau

 

1.L’écriture : c’est inné ou acquis ? C’est 90% sueur et 10% de talent ou l’inverse ?

J’ai l’impression parfois d’écrire parce que je ne sais pas dire les choses. C’est une autre voie. Un autre canal. Ecrire pour ne pas dire. Dans ces conditions, ce serait plutôt 90% de sueur en espérant pouvoir atteindre 10% de talent !

2.Combien d’heures par jour pour l’écriture ? (avant votre premier roman publié et maintenant ?)

L’écriture est partout, tout le temps. Les phrases se forment petit à petit. Je n’écris pas tous les jours mais lorsqu’il y a un trop plein de mots. Ils se bousculent et doivent sortir. C’est le corps qui écrit d’abord. Les mots s’agencent à l’intérieur de moi et puis ensuite la tête prend le relais et les doigts courent sur le clavier. Avant et après le premier roman, le processus est le même.

3.Votre premier roman, c’était quand, quoi, où, comment ?

C’était un peu tout le temps dans ma tête.

 4.Quand peut-on être satisfait de son manuscrit ? Peut-on l’être vraiment ?

Je ne suis pas sûre que l’on puisse être totalement satisfait… Il est toujours possible de retravailler le texte, de peser les mots… Seulement un jour, il faut arrêter et rendre le texte. C’est un point final un peu stressant. Après, il faut arrêter de le relire car sinon c’est l’angoisse. Apprendre à accepter de laisser le texte vivre même en étant imparfait.

5.Combien de refus pour arriver au St Graal ? Combien de textes proposés avant ce premier roman enfin publié ?

Il arrive des moments dans la vie où la chance vous sourit. Pour « Louise » la chance était de mon côté… Quelques jours après avoir envoyé mon manuscrit à Léo Scheer, il m’a écrit pour me dire qu’il voulait me publier. Tout est allé très vite.

Julie-Gouazé-Louise-leo-scheer-rentrée-littéraire

6.Comment se déroule votre travail d’écriture ? Un premier jet en combien de temps ? Une lecture acharnée ? Des lecteurs ? Un projet que vous laissez grandir en vous avant de le coucher sur le papier ? Des recherches ?

Lorsqu’on écrit un premier roman, je crois qu’il est assez classique de chercher l’inspiration dans sa propre histoire et dans celle de ses proches. Après l’imagination prend son envol. Je n’ai pas fait de recherche sur l’alcoolisme au féminin ou sur la violence faite aux femmes. J’ai juste les oreilles grandes ouvertes et je regarde ce qu’il se passe autour de moi. J’attrape à la volée des situations et des émotions.

Je crois que l’écriture a besoin de mûrir. Je laisse les mots se chercher. Ils doivent avoir le temps de trouver des compagnons de route. Le premier jet n’est donc en réalité pas vraiment le premier. Il a déjà été travaillé à l’intérieur du corps.

7.Quel est le plus difficile dans l’écriture d’un premier roman ?

Je n’ai pas commencé à écrire en me disant que j’étais en train d’écrire mon premier roman. J’ai avancé et puis un jour je me suis dit que mon texte pourrait éventuellement ressembler à un livre. Vient ensuite le moment où il faut le lâcher et le faire lire. Je crois que c’est ce moment qui a été le plus difficile. Le soumettre à un éditeur et attendre. Le temps s’étire et il faut prendre son mal en patience.

8.Faites nous rêver… Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

C’est une émotion que l’on attend, que l’on cherche à imaginer. Et puis un jour le livre est là. Le livre avec son nom et le titre, éventuellement une photo. Il est à la fois un objet étrangement familier et inconnu. C’est un tremblement qui vient du ventre. Une boule de chaleur qui éclate à l’intérieur et qui se propage partout à grande vitesse. C’est une petite douleur car désormais le livre va vivre sa propre vie.

9.Si vous deviez juger votre premier roman aujourd’hui, vous en diriez quoi ?

Je dirais que c’est un premier roman et que maintenant il faut commencer à écrire…

10.Etre écrivain, c’est…Pouvoir continuer à écrire.

11.Si vous aviez un conseil à donner à ces petits auteurs en herbe qui rêvent un jour d’être à votre place, ce serait…

Je n’ai pas vraiment de conseil à donner… Chaque histoire est personnelle. Peut-être être le plus sincère possible. Humble aussi. Et continuer à rêver. Toujours.

12. Citez trois ouvrages fondateurs

J’ai tellement aimé certains livres… J’en donne trois mais il y en beaucoup plus…

-Nécropolis de Herbert Lieberman

– Le paradis un peu plus loin de Mario Vargas Llosa

-Le joueur d’échec de Stefan Sweig (celui là je le relis une fois par an !)