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Confidences d’écrivain, Jessica L. Nelson

25 Août

Jessica L. Nelson m’impressionne dans sa capacité à suivre et animer une foule de projets passionnants et avec une seule envie: que le livre vive. Conseiller littéraire (et chroniqueuse, mais quand on a lu Tandis que je me dénude, on peine à lui accoler ce vocable) pour l’émission de Michel Field sur TF1, co-fondatrice de la maison d’édition des Saints Pères, membre permanent du jury de La closerie des lilas (et j’en oublie sans doute).

Mais surtout Jessica L. Nelson écrit, et son roman paru mi août chez Belfond, Tandis que je me dénude, donne à réfléchir sur l’importance que notre société donne à l’image et au paraître, le tout avec une construction audacieuse et une écriture soignée. A découvrir dans cette rentrée foisonnante, en attendant écoutez là parler livres, ça fait du bien!

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1.Ecrire, à quoi ça sert ?

A comprendre. J’écris parce que j’ai des obsessions. Réfléchir, composer, raturer, recommencer cent, deux cents fois, ou plus, me permet de m’approcher du sujet en question, de mieux le cerner, de le creuser, de le faire mien, de le maîtriser… En fait non, je crois qu’on écrit pour maîtriser, plus que pour comprendre ! Et pour s’évader, si je devais donner une deuxième raison. Ecrire, c’est partir loin, c’est assumer l’égoïsme de l’humanité, le nôtre, avec comme excuse d’être au cœur d’un processus créatif…

2.Le meilleur compagnon de l’auteur ?

Cahier d’écolier à spirales et stylo bien baveux. Je ne suis pour ma part jamais parvenue à écrire un livre sans être passée par une phase de gribouillages manuscrits, puis une autre phase (toujours à la main, pas d’ordi à ce stade) où l’on jette et peaufine le plan, les personnages… Même si l’inspiration bouscule ensuite toutes les idées que l’on pensait avoir fixées définitivement sur le papier du carnet. Et puis il y a les compagnons intangibles : l’angoisse, les fragilités, les joies.

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3.Son pire ennemi ?

L’attente d’une reconnaissance et du succès.

4.Une manie d’écriture ?

La nuit, quand les gens dorment et que les esprits rôdent.

5.Que pensez-vous de cette phrase de James Salter : « Si vous écrivez, vous devez être prêt à vous détester vous-même, à être dégoûté de vous-même à la fin d’une journée que vous avez passé à écrire. Tant de temps pour un tel résultat! Tout ça pour ça! » (Extrait d’une interview parue dans Lire, n°429, octobre 2014)

Je suis partiellement d’accord. Il faudrait pouvoir être très lucide sur la qualité de ce que l’on écrit, se juger sévèrement, accepter les critiques, être en mesure de jeter, remballer son égo. Mais se détester et être dégoûté de soi, non ! Je n’ai jamais pensé qu’une journée d’écriture soldée par zéro paragraphe à conserver était une journée ratée… Disons qu’on fait ses gammes ! Et qu’il faut être patient.

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6.De quoi l’écriture doit-elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras « Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. »)

Du désenchantement.

7.Définissez-vous par :

– une œuvre d’art : Le Sang d’un poète, de Cocteau.

– un mot : besogneuse !

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8.Quel est votre rapport à la lecture ? Lit-on pour écrire ?

Je ne peux pas vivre sans lire, mais je ne lis pas pour écrire. Et je pourrais sans doute vivre sans écrire !

9.Citez trois ouvrages fondateurs.

Solal d’Albert Cohen

Léviathan de Paul Auster

Libre et légère d’Edith Wharton

10.Le dernier roman qui vous a étonnée.

Le nouveau roman de Sorj Chalandon, Profession du père (Grasset). J’aime beaucoup l’œuvre de cet écrivain, mais compte tenu du sujet (un enfant confronté à la violence mythomane de son père), je ne m’attendais pas à être à ce point embarquée et touchée.

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11.Quelle est votre quête ultime (ou absolue) en tant qu’auteur ?

Pouvoir en lire une page au hasard dix ans après l’avoir écrit, sans rougir, et en me disant que j’en reconnais la maternité !

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Confidences d’écrivain, Martin Page

28 Mai

Je lis Martin Page depuis longtemps, je le retrouve toujours avec un plaisir non feint, parce que je sais qu’il m’emmènera loin, loin mais au plus près de moi, auteur de ces phrases qui font mouche et que l’on garde près de soi, le summum étant son Manuel d’écriture et de survie, lus plusieurs fois et entièrement « post-ités », chaque page contient l’essentiel, toujours là sur mon bureau, il survit aux piles qui l’entourent!

La disparition de Paris et sa renaissance en Afrique est un roman qui devrait être lu tant il est dense et qu’il traite, à la manière d’une fable, des sujets rares en littérature française. L’apiculture selon Samuel Beckett est un délice loufoque, Je suis un dragon, un roman superhéroique. Je pourrais continuer longtemps tant chaque livre de Martin Page démontre son talent de conteur, son imagination sans limite et son envie de traiter l’humain dans tous ses états. Martin Page, c’est un créateur hors pair qui donne à la création toute sa puissance et qui fabrique avec Coline Pierré des petits livres terriblement attachants, retrouvez les sur Monstrograph.com

Martin Page - octobre 2012

Martin Page – octobre 2012

1.Écrire, à quoi ça sert ?

J’aime bien ce verbe « servir », très prosaïque, très pratique. La littérature comme outil (aussi). Écrire ça sert à avoir un rapport actif au monde et aux autres. Ça sert à retravailler le passé et à survivre au présent en inventant des ruses existentielles. Ça sert à forger la puissante arme de l’imagination pour travailler à produire des occasions de plaisir et d’émancipation.

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2.Le meilleur compagnon de l’auteur ?

Je suis accompagné par l’armée dispersée des écrivains, des artistes, des scientifiques, des amis, de ceux que j’admire, passés et présents.

Coline Pierré est ma compagne et ma première lectrice (comme je suis le premier lecteur de ses manuscrits).

Je vois des fantômes autour de moi aussi, qui sont mes compagnons, mon père est là, Pirotte aussi, d’autres encore. Et comme je suis aussi un peu shinto : la nature et les objets m’accompagnent et m’adressent des signes.

Le meilleur ami de l’écrivain est celui qui le considère avec tendresse et prend au sérieux sa passion.

3.Son pire ennemi ?

Ils sont nombreux : ceux qui n’ont pas d’égards pour son travail et pour son existence de chair et de sang, ceux qui trouvent glamour ses difficultés, ses névroses, ses douleurs, ses tragédies, ceux qui l’aiment uniquement après sa mort, ceux qui espèrent qu’il fera toujours la même recette, ceux qui ne comprennent pas la logique sinusoïdale de son parcours, ceux qui veulent le cadrer, ceux qui sont certains.

Un écrivain est aussi son pire ennemi : nous avons en nous une armurerie intime capable de nous faire exploser. Nous sommes très doués pour nous blesser (nous sommes même éduqués pour ça). Il faut apprendre à être délicat et bienveillant avec soi-même. Il faut apprendre à se traiter avec tendresse.

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4.Une manie d’écriture ?

Produire du chaos et l’organiser.

5.Que pensez-vous de cette phrase de James Salter : « Si vous écrivez, vous devez être prêt à vous détester vous-même, à être dégouté de vous-même à la fin d’une journée que vous avez passé à écrire. Tant de temps pour un tel résultat! Tout ça pour ça! » (Extrait d’une interview parue dans Lire, n° 429, octobre 2014)

C’est une vision doloriste et masochiste de l’écriture. C’est une vision qui a du succès parce qu’un certain catholicisme a ancré un fort lien entre douleur et travail, entre douleur et art, entre douleur et plaisir en nous.

Donc, non, il n’est pas nécessaire de se détester pour écrire.

On a un rapport critique et complexe à soi-même. C’est excitant, stimulant, troublant, violent, dur, tout ça à la fois.

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6.De quoi l’écriture doit-elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras « Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. »)

Je ne peux parler que pour moi, je ne généralise pas : l’écriture m’a sauvé de la socialité, de l’obligation d’avoir un patron et de travailler pour une entreprise. J’ai pu faire un pas de côté. Comme tout le monde, je suis pris dans des rapports de force, des conflits, des batailles d’égo, mais je me suis forgé mon petit monde un peu à part, qui me permet d’atténuer les coups et la violence des obligations. Comme une cabane dans un arbre.

Par la solitude, l’écriture m’a aussi sauvé de la solitude : depuis que je suis écrivain, j’ai rencontré beaucoup de gens, je me suis trouvé des amis. Être écrivain est un passeport qui me permet d’aller vers les autres, cette effrayante nationalité.

7.Définissez-vous par :

une œuvre d’art

La Nuit des rois, de Shakespeare. C’est une pièce sur l’amour et le double, une comédie avec des éléments tragiques.

un mot

Murmuration.

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8.Quel est votre rapport à la lecture ? Lit-on pour écrire ?

J’aime lire, c’est un rapport simple, enfantin. Je lis beaucoup, et plusieurs livres à la fois, j’en termine peu, parfois je lis un livre en deux heures, parfois en dix ans. J’ai faim de romans, d’essais, de romans policiers, de science-fiction, de bande dessinée, de littérature jeunesse et d’albums pour les enfants, de livres de journalistes, d’articles. Je lis de tout.

Je ne lis pas pour écrire, mais je vois bien que lire me nourrit, me stimule.

9.Citez trois ouvrages fondateurs

L’Idiot, Dostoïevski (dans la traduction de Markowitz)

Ça, de Stephen King

La Nuit des Rois, de William Shakespeare

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10.Le dernier roman qui vous a étonné

Les bijoux de pacotille, de Céline Milliat Baumgartner

Le démon avance toujours en ligne droite, d’Eric Pessan (je précise : Eric est un ami).

11.Quelle est votre quête ultime (ou absolue) en tant qu’auteur ?

Des livres qui compteront dans la vie de ceux qui les lisent à tel point qu’ils les considèreront comme des amis.

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Confidences d’écrivain, Fanny Chiarello

22 Mai

Une faiblesse de Carlotta Delmont avait déjà révélé une plume affirmée, affinée et musicale. Une recherche de nouveautés, d’originalité tant dans la forme que dans le fond. Le nouveau roman de Fanny Chiarello, Dans son propre rôle, offre un grand roman classique, non par manque d’originalité mais par virtuosité de l’écriture, de ces grands écrivains qui donnent à ressentir les scènes comme si le lecteur dansait au milieu de ses personnages, de ces œuvres qui demeureront parce que le propos est fort et la forme majestueuse.

Il est mon coup de cœur dans la dernière sélection du prix Orange du livre, celui que je voudrais tant voir briller à la remise du prix le 3 juin, alors faites moi confiance, lisez évidemment ce roman et surtout d’ici la fin du mois, votez sur Lecteurs.com.

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Besoin d’être convaincue? Lisez l’interview de Fanny Chiarello et son rapport à l’écriture ne pourra que vous faire succomber!

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1.Ecrire, à quoi ça sert ?

On dit souvent qu’écrire, c’est organiser le chaos. Je suis assez d’accord. Je dirais plus prosaïquement que c’est toiletter le réel, chacun à sa convenance, quitte à couper beaucoup.

2.Le meilleur compagnon de l’auteur ?

En ce qui me concerne, ce sont mes pieds. Ils sont les plus grands activateurs de fiction en ma possession : qu’ils m’emmènent marcher, courir ou pédaler, je rentre toujours chez moi avec plus d’idées qu’il ne m’en faut, parfois avec des paragraphes entiers.

3.Son pire ennemi ?

Le mien est assurément le ménage. Il faut une sacrée discipline pour rester à son bureau quand on dispose de son temps et que l’on travaille chez soi, mais le plus difficile est de ne pas se laisser distraire par la poussière – qui, métaphoriquement, est l’un de nos plus grands sujets.

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4.Une manie d’écriture ?

Je relis chacune de mes phrases et chacune de mes pages à voix haute, le nombre de fois nécessaire pour obtenir la musique souhaitée.

5.Que pensez-vous de cette phrase de James Salter : « Si vous écrivez, vous devez être prêt à vous détester vous-même, à être dégouté de vous-même à la fin d’une journée que vous avez passé à écrire. Tant de temps pour un tel résultat! Tout ça pour ça!. » (Extrait d’une interview parue dans Lire, n°429, octobre 2014)

C’est amusant : en lisant cette phrase, je pensais à Duras, que vous citez justement plus bas ; Duras disait, m’a-t-on rapporté (et je l’ai cru), qu’elle pleurait et vomissait en écrivant. Pour ma part, je trouve une véritable jubilation dans l’écriture. Même quand c’est plombant, parce que c’est mon plomb et que j’ai la chance de pouvoir le fondre à ma convenance. Quelle liberté !  Par ailleurs, le peu de choses que j’apprécie chez moi réside dans certaines de mes pages – c’est cohérent : si je me trouvais mauvaise, je n’enverrais plus mes textes à des éditeurs. Je crois juste assez à ce que je fais pour m’estimer capable d’évoluer toujours.

6.De quoi l’écriture doit-elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras « Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. »)

L’écriture sauve du réel. J’ai commencé à écrire dès le plus jeune âge parce que je ne me sentais pas capable de vivre dans ce monde sans recourir à un filtre, sans la possibilité aussi d’exercer une forme de pouvoir sur ce qui m’était proposé, en l’occurrence le pouvoir de remodeler.

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7.Définissez-vous par :

une œuvre d’art

Ce serait sans doute une toile de Raoul Dufy. Peu importe laquelle, je m’intéresse toujours plus à la manière qu’à la matière. Mais pas une nature morte (je m’intéresse quand même aussi à la matière…)

un mot

Obsession (la configuration de mon esprit).

La grille, Raoul Dufy 1930 - Huile sur toile, 130x160 cm

La grille, Raoul Dufy 1930 – Huile sur toile, 130×160 cm

8.Quel est votre rapport à la lecture ? Lit-on pour écrire ?

Je lis pour me faire des amis. Stewart O’Nan l’ignore mais il est mon ami, au même titre que Carson Mc Cullers, Richard Brautigan ou encore John Dos Passos. Patrick Varetz, lui, le sait : il est doublement mon ami… Je ne pense pas que l’on doive lire pour écrire. Je conseille toujours aux jeunes aspirants écrivains que je rencontre de lire énormément, mais aussi de trouver leur propre voix, de débarrasser leurs phrases de tout automatisme, qu’il soit suggéré par le langage courant ou par le style des autres ; ça requiert beaucoup de travail et une grande vigilance. Par ailleurs, l’idée même de lire pour écrire m’évoque spontanément une forme de cannibalisme.

9.Citez trois ouvrages fondateurs

Manhattan Transfer de John Dos Passos (1925). Le Bruit et la fureur de William Faulkner (1929). Un général sudiste de Big Sur de Richard Brautigan (1964).

10.Le dernier roman qui vous a étonnée

Je choisis de donner à « étonnée » le sens de « étourdie sous l’effet d’une commotion » plutôt que de « fortement surprise » (je copie-colle ici Lexilogos). Et j’hésite entre Epépé de Ferenc Karinthy et Petite vie de Patrick Varetz (tout juste paru chez P.O.L), soit deux chocs de force égale, quoique de nature différente.

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11.Quelle est votre quête ultime (ou absolue) en tant qu’auteur ?

Ne jamais céder à la facilité, refuser les techniques. Ma phobie de l’ennui est le principal garant de mon exigence. J’attends de chaque livre qu’il me permette d’expérimenter de nouvelles choses. Parfois c’est assez manifeste, comme dans le cas de mon précédent roman, Une faiblesse de Carlotta Delmont, qui fait coexister plusieurs types d’écrits a priori non romanesques. Parfois ce n’est pas spectaculaire du tout : Dans son propre rôle a été pour moi l’occasion d’un rodéo avec la troisième personne ; la plupart des lecteurs ne doivent pas envisager que ça puisse être une affaire compliquée de dire « elle » (même deux fois « elle ») que « je », mais pour moi ce fut une aventure à part entière. Disons que ma quête absolue est une succession de micro quêtes relatives…

 

Confidences d’écrivain, Nathacha Appanah

7 Mai

En attendant demain, nouveau roman de Nathacha Appanah est un de mes coups de cœur de la rentrée d’hier, un roman d’une densité absolue, d’une écriture riche et belle. Je l’ai défendue ardemment pour qu’il figure dans la présélection du prix Orange, à mon grand bonheur il a été retenu. Il était toujours dans mon trio de tête pour la sélection ultime, j’ai du me rallier à la majorité non sans regrets tant ce roman mérite d’être lu et soutenu! IL ne figure pas dans les finalistes que vous pouvez découvrir sur le site Lecteurs.com, mais il reste l’un de mes finalistes à moi! ( Et pour vous dire combien j’ai aimé ce roman, je viens de commander l’intégralité des romans de Nathacha Appanah chez mon libraire!) C’est avec grand bonheur que je vous propose donc de soulever un peu le voile sur le rapport de cet écrivain brillant avec l’écriture (et puis quand on choisit Giacometti, j’aime encore plus!)

Crédit photo: Catherine Hélie

Crédit photo: Catherine Hélie

1.Ecrire, à quoi ça sert ?

A raconter des histoires et à essayer de comprendre l’insoutenable légèreté de la vie…

2.Le meilleur compagnon de l’auteur ?

Une bonne chaise pour ne pas se faire mal au dos ? De bonnes chaussettes (j’ai toujours froid aux pieds) ? Une bonne dose d’inconscience pour continuer de croire que ça, aligner les mots, faire des phrases et dessiner une histoire, ce travail étrange et magnifique et solitaire, pourrait intéresser quelqu’un d’autre que sa mère ? (et encore, parfois même pas sa mère)

3.Son pire ennemi ?

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4.Une manie d’écriture ?

Un besoin de préciser une pensée qui ressemble à de la répétition parfois

5.Que pensez-vous de cette phrase de James Salter : « Si vous écrivez, vous devez être prêt à vous détester vous-même, à être dégouté de vous-même à la fin d’une journée que vous avez passé à écrire. Tant de temps pour un tel résultat! Tout ça pour ça!. » (Extrait d’une interview parue dans Lire, n°429, octobre 2014)

C’est vrai qu’écrire peut être ingrat mais j’ai appris que le « rien », le « tout ça pour ça », ce n’est pas du temps perdu. Il y a parfois juste un mot à sauver dans une journée mais c’est parfois un très beau mot.

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6.De quoi l’écriture doit-elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. »)

Je ne sais pas. Quand j’ai commencé à écrire, j’essayais de trouver une façon de vivre autrement, plus passionnément, plus intensément (tiens, ce n’est pas de la répétition ça, rapport à la question 4). Aujourd’hui, quand j’écris, j’essaie non pas d’échapper à quelque chose mais de me rapprocher de la sincérité.

7.Définissez-vous par :

            – une œuvre d’art – un Giacometti

            – un mot – légèrement inquiète (ça fait deux mots, désolée, mais inquiète n’était pas absolument juste)

8.Quel est votre rapport à la lecture ? Lit-on pour écrire ?

Je lis tout le temps, mes contemporains, les classiques et je crois vraiment que les deux actes sont liés.

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9.Citez trois ouvrages fondateurs

L’étranger- Camus

Le dieu des petits riens- Arundhati Roy

Si c’est un homme – Primo Levi

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10.Le dernier roman qui vous a étonné

Americanah – Chimamanda Ngozi Adichie

11.Quelle est votre quête ultime (ou absolue) en tant qu’auteur ?

Ecrire un bon et beau livre

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Confidences d’écrivain, Caroline Vié

22 Avr

Caroline Vié a signé en cette rentrée d’hiver un roman étonnant de tendresse et d’humour, d’humanité: Dépendance Day. Un livre que vous devez découvrir sans attendre si vous n’avez pas encore croisé la route de Morta ou Clotho! Un de mes chouchous du moment, qui a trouvé sa place dans la sélection du Prix Orange.

En attendant de vous glisser dans l’univers décapant de Caroline Vié, plongez vous dans son interview! C’est ici et maintenant.

 

Crédits: Delphine Jouandeau

Crédits: Delphine Jouandeau

1.Ecrire, à quoi ça sert ?

Absolument à rien. C’est ce qui fait le charme de cet exercice.

2.Le meilleur compagnon de l’auteur ?

La vie. C’est elle qui inspire et le nourrit. Agréables ou non, les rencontres sont indispensables. Son nombril ne saurait être une source d’inspiration pérenne.

3.Son pire ennemi ?

Lui-même. S’enfermer pour ressasser dans un égocentrisme sclérosant est une très mauvaise idée. La peur est un ennemi aussi. Il faut se lancer, ne pas craindre de sauter dans le vide pour découvrir qu’on a le pouvoir de s’envoler.

4.Une manie d’écriture ?

Lire ce que j’ai écrit à haute voix pour essayer d’entendre la musique tout en évitant que la sonorité prenne le pas sur le sens.

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5.Que pensez-vous de cette phrase de James Salter : « Si vous écrivez, vous devez être prêt à vous détester vous-même, à être dégouté de vous-même à la fin d’une journée que vous avez passé à écrire. Tant de temps pour un tel résultat! Tout ça pour ça!. » (Extrait d’une interview parue dans Lire, n°429, octobre 2014)

Cet homme-là n’a pas tort mais c’est plus complexe. On peut passer la sévérité disproportionnée à l’auto-complaisance inexcusable. Les deux sont aussi dangereux. Je ne jette jamais aucun texte. Parfois, je les retrouve, les reprends, les recycle. D’écrits médiocres émerge parfois une idée cachée au milieu d’un grand n’importe quoi. D’autres fois, c’est juste carrément nul mais je demeure persuadée que le travail n’est jamais inutile.

6.De quoi l’écriture doit-elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. »)

Elle n’allait pas fort Marguerite… L’écriture ne sauve ni ceux qui la pratiquent, ni ceux qui la consomment. Elle fait du bien à la façon de l’homéopathie, un placebo bien présenté. J’aime aussi l’idée (fort prétentieuse) d’offrir aux gens qui m’inspirent une étincelle d’éternité.

7.Définissez-vous par :

une œuvre d’art

Le jambon pata negra. La plus belle chose du monde.

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Encore !

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8.Quel est votre rapport à la lecture ? Lit-on pour écrire ?

Je lis beaucoup et je relis aussi. Quelques pages de Colette chaque jour (mon auteur de chevet dont j’ai l’œuvre complète près de mon lit). Je ne lis pas de fiction quand j’en écris. Les univers des autres parasitent le mien.

9.Citez trois ouvrages fondateurs

Le « Littré », mon vieux copain.

Trois hommes dans un bateau de Jerome K. Jerome, la quintessence de l’humour anglais.

Le Petit Prince d’Antoine Saint-Exupéry qu’on nous fait lire enfant et qu’on ne comprend qu’adulte.

10.Le dernier roman qui vous a étonné

Soumission : il y avait longtemps que je n’avais pas ri aux éclats grâce à un livre. C’est féroce et joyeusement désespéré. Et quelle écriture ! M.H. me donne des complexes. Je ne le connais pas mais je le hais (Je l’adore).

11.Quelle est votre quête ultime (ou absolue) en tant qu’auteur ?

Le lecteur. J’ai besoin d’écrire pour quelqu’un. D’imaginer ses réactions. L’écriture étant un exercice solitaire, j’ai la faiblesse d’imaginer un public.

 

 

Confidences d’écrivain, Julie Bonnie

9 Avr

Julie Bonnie avait frappé fort dès son premier roman avec Chambre 2, lauréat du prix FNAC notamment. Son second roman va encore plus loin dans l’exploration de son talent. Mon amour, est un roman virtuose. Elle parle lit défait et écriture sur le blog.

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1.Ecrire, à quoi ça sert ?

Il me semble que cela sert d’une part à s’amuser, imaginer, raconter, comme on s’invente des mondes et des jeux pendant l’enfance,  et d’autre part à fouiller à l’aide d’une foreuse pointue et empoisonnée au coeur de l’âme humaine et de sa condition.

2.Le meilleur compagnon de l’auteur ?

L’oisiveté.

3.Son pire ennemi ?

Un lit défait, le ménage, le sentiment d’inutilité.

4.Une manie d’écriture ?

Matin, ventre vide. Boules Quiès.

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5.Que pensez-vous de cette phrase de James Salter : « Si vous écrivez, vous devez être prêt à vous détester vous-même, à être dégouté de vous-même à la fin d’une journée que vous avez passé à écrire. Tant de temps pour un tel résultat! Tout ça pour ça!. » (Extrait d’une interview parue dans Lire, n°429, octobre 2014)

Pas besoin d’écrire pour se détester, être dégoûté de soi-même, trouver que rien ne rime à rien. C’est un sentiment courant et quotidien. Je commence toujours par détester ce que je viens de faire. C’est pour ça que je ne jette rien, ( c’était pareil en musique), le temps adoucit le regard que je porte sur ce que j’ai fait.

Par ailleurs, écrire m’amuse et me rend plutôt joyeuse. Je fabrique quelque chose, je trouve ça satisfaisant. Il y a aussi dans l’écriture un sentiment de toute puissance tout à fait comique.

Je ne trouve pas ça très sérieux, peut-être parce que j’ai travaillé dix ans à l’hôpital.

6.De quoi l’écriture doit-elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. »)

L’écriture me sauve de la mélancolie.

7.Définissez-vous par :

une œuvre d’art : Slow, du groupe Deus.

un mot : Contradiction.

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8.Quel est votre rapport à la lecture ? Lit-on pour écrire ?

J’ai passé toute ma vie, de l’enfance à maintenant, dans des maisons remplies de livres. Je n’ai jamais eu qu’à tendre la main. Je lis comme on mange, ou comme on se promène. Souvent, je ne connais pas le nom de l’auteur, ou le titre du livre. Je lis, c’est tout. Je ne finis pas un livre qui ne me plait pas, et j’en lis plusieurs en même temps.

Je suis encore une jeune auteur… Non, je ne lis jamais pour écrire… Pour l’instant.

9.Citez trois ouvrages fondateurs

La virevolte. Nancy Huston

Mon chien stupide. John Fante

Le temps où nous chantions. Richard Powers

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10.Le dernier roman qui vous a étonné

« Monde sans oiseaux », de Karine Serres

11.Quelle est votre quête ultime (ou absolue) en tant qu’auteur ?

J’écris pour les lecteurs et j’aime être lue. Donc, j’imagine que j’aimerais avoir beaucoup de lecteurs, penser à eux quand j’écris.

 

 

 

Confidences d’écrivain, Elsa Flageul

3 Avr

Parfois je me prends à regarder ma bibliothèque, plonger, avec tendresse, dans mes souvenirs de lecture, certains sont tenaces; le roman Les araignées du soir d’Elsa Flageul en fait partie. Violette surtout , comme une amie que l’on a un peu perdue de vue. C’est peu dire que j’attends le prochain roman d’Elsa avec impatience. En attendant, elle a accepté de répondre, avec une infinie délicatesse et gentillesse (tout elle!) à mes questions.

Crédit photo: Astrid Di Crollalanza

Crédit photo: Astrid Di Crollalanza

1.Ecrire, à quoi ça sert ?

Ecrire est une autre façon de parler. Ecrire pour dire. Les mots sont là pour dire ce qui serait englouti par le silence sinon, par la profonde obscurité de ce que nous sommes, chacun, à l’intérieur. Ecrire illumine de l’intérieur, réveille, rend présent au monde, sans angélisme, écrire remue aussi ce qui est moche, sale, nauséabond et qui pourtant nous constitue tous un peu, je crois.

2.Le meilleur compagnon de l’auteur ?

Le travail. La concentration. Et en ce qui me concerne, le silence et la solitude également. Et puis il faut aussi lâcher prise, se laisser aller, s’ouvrir, ne pas avoir peur d’être nu. Le courage aussi, donc.

3.Son pire ennemi ?

La flemme. Et la peur.

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4.Une manie d’écriture ?

Je relis toujours ce que j’ai fait la veille, le corrige alors que je devrais plutôt me jeter tout de suite dans l’inconnu ! D’une manière générale, je passe mon temps à revenir et revenir et encore revenir sur ce que j’ai écrit, c’est sans fin. Plus trivialement, je ne peux pas écrire sans boire du thé, avec le lit défait, de la vaisselle dans l’évier ou toute autre forme de désordre dans un périmètre proche. Ecrire me rend obsessionnelle !

5.Que pensez vous de cette phrase de James Salter : « Si vous écrivez, vous devez être prêt à vous détester vous-même, à être dégouté de vous-même à la fin d’une journée que vous avez passé à écrire. Tant de temps pour un tel résultat! Tout ça pour ça!. » (Extrait d’une interview parue dans Lire, n°429, octobre 2014)

Elle est d’une immense justesse. C’est exactement ça. Ecrire est vraiment un travail de longue haleine, cela demande beaucoup d’endurance car c’est un processus lent, laborieux, on écrit, on efface, on corrige, combien de réécritures pour un seul manuscrit, c’est vertigineux. Et puis il y a ces périodes, nécessaires, toujours nécessaires mais tellement désagréables, où l’on écrit mal, où l’on ne trouve pas la porte d’entrée de son propre manuscrit, où l’on essaye des choses qui ne fonctionnent pas, où l’on se sent nul et où l’on s’ennuie… Où l’on se dégoûte effectivement et où plus rien n’a de sens. Il n’y a rien de pire que ces moments-là et pourtant ils ont toujours leur utilité, à la fin. Et surtout, quand ils sont passés, ils laissent place à des moments de grande fluidité, de liberté, de plaisir intense d’écrire.

L’écriture a quelque chose d’anachronique. Tout ce qui agite le monde d’aujourd’hui n’y a pas sa place : la rapidité, l’immédiateté, la rentabilité. Ce qui rend la vie d’écrivain palpitante et extrêmement étrange, tout de même.

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6.De quoi l’écriture doit elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. » )

Du silence.

7.Définissez vous par :

– une œuvre d’art

« Intérieur avec jeune femme vue de dos » de Vilhelm Hammershoi

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– un mot

 Chaos calme

(Un, c’est trop cruel !)

8.Quel est votre rapport à la lecture ? Lit on pour écrire ?

Je lis beaucoup parce que j’adore ça, d’abord parce que j’adore ça. Lire calme, recentre, rassasie, nous rassemble et nous extrait de nous-même dans le même mouvement.

Mais quand je suis en période d’écriture (ce qui est très fréquent), la lecture fait résonner le texte qui est en train de s’écrire et qui n’attend qu’à être enrichi, accompagné par d’autres auteurs, d’autres univers, d’autres langues. Ces références ne sont pas directes, elles nourrissent le texte de l’intérieur, elles l’irriguent.

Je sais qu’un livre est bon quand il me donne envie d’écrire le mien.

9.Citez trois ouvrages fondateurs

 Passion simple d’Annie Ernaux

Le livre des illusions de Paul Auster

Le fusil de chasse de Yasushi Inoué

10.Le dernier roman qui vous a étonné

Comment j’ai mangé mon estomac de Jacques A. Bertrand, auteur génial.

11.Quelle est votre quête ultime (ou absolue) en tant qu’auteur ?

Lâcher prise

 9782260018391