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Ce ne sera plus un rêve…

14 Sep

Texte publié pour la première fois sur la main enchantée .

Il fallait trouver la suite à  » Elle se réveilla, étourdie de son rêve. Mais ce n’était pas un rêve. » Je ne sais pas comment est arrivé ce texte, il a été douloureux à écrire, douloureux à relire et m’a poursuivi pendant lontemps. Je vous le livre mais n’ose pas le relire… Il est violent.

Je ne pense pas être quelqu’un de sombre mais mes écrits le sont…parce que je vais chercher ce qui fait mal, les peurs enfouies, les ressentis ultimes. Vous êtes prévenus, ce texte est difficile.

Elle se réveilla, étourdie de son rêve. Mais ce n’était pas un rêve.

Si seulement…

Refermer les yeux, rebasculer dans le monde du sommeil, se dire que c’était simplement un cauchemar. On se réveille en hurlant, trempé de sueur, avec la peur au ventre mais il suffit de quelques secondes pour que l’on se rende compte que rien ne tout cela n’est vrai et que la vie, ce n’est pas ça, qu’il s’agissait juste d’un mauvais moment, d’une incartade de l’inconscient.

Finalement, elle n’avait plus peur des cauchemars, ceux qu’elle avait faits pendant des années n’étaient que des rêves un peu trop écorchés par rapport à ce qu’elle vivait aujourd’hui.

L’enfer se déroulait devant elle les yeux ouverts, pas besoin de basculer dans le sommeil pour côtoyer le pire.

Au contraire, tout s’était inversé.

Le sommeil l’avait quittée, elle ne dormait plus que par sieste, quand le corps avait décidé de lâcher, qu’il avait cessé la lutte, un instant, juste pour reprendre des forces et se réveiller, encore plus saisi par la douleur.

Le temps n’avait plus de rythme, les saisons qui avaient tant imprégné leur tempo, n’avaient plus cours sur sa vie, les nuits se confondaient avec les jours. Le noir était partout. La couleur ne rejaillirait plus.

Elle avait tenté la lutte acharnée, le combat sans relâche, avait avalé tous les médicaments qu’on lui avait conseillé, avait même testé les remèdes parallèles, rencontré des sorciers et autres bonimenteurs. En vain.

Crédit photo: MaxMet

Il y avait eu des moments de répit, courts mais tellement intenses où elle avait compris ce que vivre veut dire. Alors, elle avait profité de ces instants avec une intensité rare, avec cette nécessité de vivre pleinement. Il avait fallu cela pour qu’elle se rende compte qu’un parc au printemps était un trésor, que les rayons du soleil étaient une source de vie inépuisable, elle avait retrouvé des sensations perdues : le goût des fruits à peine cueillis, l’odeur du jasmin qui refleurissait, la douceur des pétales d’une rose qu’elle effleurait.

Elle gardait tout cela pour elle, personne ne pouvait comprendre, personne ne pouvait savoir ce que c’était de retrouver ses sens, de sentir à nouveau, de pouvoir respirer tout simplement. Elle n’avait même pas tenté d’expliquer ces petits bonheurs, la naïveté et la candeur ne sont plus de ce monde, ils sont devenus des signes de faiblesse, alors elle avait gardé tout cela pour elle. Elle se battait seule, elle vivrait seule.

Mais, ses sorties s’étaient espacées et désormais elle était enfermée, prisonnière de son corps.

Et aujourd’hui, elle avait dit stop. Stop à cet acharnement qui ne mènerait nulle part. Stop à ces gens qui voulaient y croire pour elle et qui pourtant n’attendait que de la voir partir tant le spectacle qu’elle donnait devait être épouvantable. Stop à cette douleur qui la terrassait, l’empêchant même de penser.

Elle avait dit stop et dans quelques minutes, quand le liquide ferait effet, elle allait s’endormir et enfin, retrouver le calme et la sérénité. Retrouver la douceur du sommeil, revivre cet instant si délicieux où l’on prend conscience que l’on s’endort, ne plus sentir ce corps trop lourd, et enfin céder au sommeil. Elle allait enfin pouvoir rêver à nouveau, ne plus avoir ces repos trop courts, trop blancs, trop vides.

Elle sourit en s’endormant car elle savait qu’elle n’aurait plus à sortir de ce rêve, que le cauchemar était fini, qu’il n’y aurait plus de réveil…

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Judith

16 Août

Texte publié la première fois sur la Main enchantée le 8 mai.

Elle était là, dans un coin, recroquevillée. La lumière était blanche, un blanc à vous faire détourner les yeux, un blanc trop soutenu, trop pur, trop présent. Elle ne bougeait pas depuis plusieurs jours, refusait toute intrusion étrangère, hurlait quand quelqu’un franchissait le seuil de sa chambre. Tout juste parvenait on  à lui glisser un plateau repas, auquel elle touchait parcimonieusement. Elle savait qu’il fallait qu’elle mange sinon on recommencerait à l’attacher comme un animal enragé, elle refusait  qu’on lui introduise cette aiguille sous la peau pour alimenter son corps.

Elle se berçait dans un coin de la pièce, prenant le moins d’espace possible, toujours dans la même position avec cette même musique en tête.

Elle pleurait tantôt en silence, tantôt avec un cri déchirant, un cri qui devait venir d’ailleurs, de cette douleur qui la rongeait, un cri que nulle ne pouvait décrire.

Les médecins ne savaient plus quoi faire de cette patiente, un signe de guérison et l’instant d’après, elle basculait dans son monde, dans ses larmes, dans sa douleur. Une instabilité rare.

Tout le monde avait émis son hypothèse mais personne n’avait jamais su la cerner, elle ne se confiait pas, donnait l’impression de peser chaque mot qu’elle prononçait, comme pour ne pas risquer de trop en dévoiler.

Elle intriguait, elle était connue dans tout l’hôpital, certains la disaient sorcière, d’autres pensaient qu’elle n’était pas humaine, ce cri ne pouvait pas être humain, c’était celui d’un animal traqué.

Personne n’avait compris ce qu’elle avait, le voulait on vraiment finalement?

N’est-il pas plus facile de laisser les fous comme ils disent à l’abri, de ne pas chercher à les faire sortir. C’était le message qu’on leur avait fait passer, surtout il fallait purger la société, ne plus garder que des gens équilibrés, qui ne réfléchissaient surtout pas trop, se contentant de suivre le mouvement, des moutons qu’il suffisait d’alimenter en argent et en divertissements avilissants. Les autres devaient être mis à l’écart, on revenait à des pratiques ancestrales mais qui avaient fait leurs preuves, parait-il. Aseptiser pour que tout soit plus facile, pour donner l’impression que tout va bien, pour être homogène surtout et ne jamais tenter d’aller plus loin, faire taire l’original.

Les fous… C’était un mot que Marie exécrait par-dessous tout, tant il ne voulait rien dire pour elle. La folie était familière, elle était là, derrière la porte, en veille permanente. Elle était le gouffre près duquel chacun avançait, sans le voir le plus souvent. Parfois, on était pris d’un frisson comme si le pied avait dérapé légèrement, juste pour faire peur, juste pour vous rappeler que la chute était là, juste à côté. Un coup de vent et hop !

Elle avait commencé à travailler dans cet hôpital depuis quelques mois seulement. Elle avait débuté le jour de l’arrivée de celle que tout le monde surnommait « l’inconnue », comme pour la déshumaniser. Elle avait un nom pourtant cette inconnue… Judith.

Marie avait demandé à être celle qui lui apporterait ces repas et qui tenterait d’établir le contact. Ce n’était pas son rôle lui avait on rappeler mais tout le monde était indifférent maintenant au sort de Judith, on avait tout essayé mais elle était incurable selon eux. Alors il laissait Marie faire.

Tableau de Jackson Pollock

Elles devaient avoir le même âge et Marie était troublée, tellement troublée par cette détresse palpable, par ce mal si profond et intense, elle avait l’impression de porter le poids de Judith sur ces épaules, comme un transfert.

Aujourd’hui, elle allait tenter quelque chose, elle était libre maintenant de s’occuper de Judith à sa façon. Elle frappa à la porte, ce qui n’était pas coutumier dans cet établissement, où l’on estimait que c’était une révérence inutile. Judith se replia davantage dans son coin. Marie posa le plateau près d’elle et avança de quelques pas. Elle sentait Judith se tendre, sa respiration s’accélérer.

Marie déroula l’affiche qu’elle avait dans la main, prit la gomme fixe qu’elle avait dans sa poche et accrocha au mur ce tableau. Elle se retourna, regarda Judith un long moment. Elle voyait bien que cette dernière était intriguée, luttait pour ne pas ouvrir les yeux, pour ne pas regarder ce qu’il se passait dans sa chambre. Marie sortit sans bruit. Elle resta derrière la porte, à regarder l’intérieur de la chambre par une vitre sans teint.

Judith s’était levée, doucement, en silence. Elle s’était approchée de l’affiche à pas feutrés. C’était au tour de Marie d’avoir le souffle coupé, elle n’avait qu’une crainte : qu’elle arrache l’affiche et hurle. Mais Judith colla son visage sur le tableau, s’éloigna brusquement et repartit dans son coin, dans une position un peu différente cependant, une position qui lui permettait de le voir, ce tableau. Elle tira le plateau à elle et mangea sans quitter le tableau des yeux. Elle était tellement absorbée par l’affiche qu’elle ne se rendit pas compte qu’elle mangeait toute son assiette, qu’elle allait tout avaler.

Marie s’éloigna et sourit. C’était un pas, le chemin était encore long mais c’était un pas, elle en était certaine.

Des mots, une histoire…

29 Juin

Dernière édition de la saison de la récolte d’Olivia. Je me devais de participer. Difficile mais j’y tenais.

La liste était: girouette – ennuyer – s’escamper – manoir – hiver – enluminure – canicule – pugilat – clochette – abeille – palmier – persévérant – zinc – champs – essoufflé – musicien – glace – grivoiserie – étang

« A trop vouloir suivre le vent, tu finiras comme une girouette. Instable. »

Voilà ce que me répétait toujours mon père. J’entendrais longtemps cette phrase dans ma tête, elle avait le don de m’exaspérer. Que pouvait-il comprendre à ce bouillonnement intérieur, à ce besoin de vivre, de tout tenter ? A chaque fois la discussion tournait au pugilat et je m’escampais. J’étais en permanence essoufflé par ce besoin viscéral d’exister, de ne pas me contenter de ma vie. J’avais tout et pourtant j’étais vide. Cette peur permanente de m’ennuyer me faisait aller toujours plus vite, sans jamais tenir la distance, sans prendre garde à cette boussole qui sans cesse changeait de cap, persévérant dans la fuite.

Mon père ne cessait de se désoler sur ce fils que j’étais devenu, sur cet être qu’il pensait aimer plus que tout et qui pourtant chaque jour le décevait.

Il me l’avait dit un jour, sans prévenir : tu me déçois, je n’ai jamais pu être fier de toi.

Ce jour-là, je n’avais rien dit. Le choc avait été trop violent. Contre les insultes, les grivoiseries ou les petits mots mesquins, je pouvais me battre. Contre cela, c’était impossible. Et ce jour-là, tous mes maux et mes angoisses s’accordèrent pour trouver leur source commune : mon père.

Comment peut-on être si peu aimé par son père ? J’étais à ses yeux, sans doute coupable de bien des maux, ne pouvait mener une existence stable, comme tout le monde. Je n’avais pas su tenir le rang de la famille, n’avait pas su combler les espoirs de mon père. Moi, le seul fils. J’avais au contraire voulu lui montrer que je n’étais pas comme lui, que je voulais vivre.

Aujourd’hui, dans ce manoir vide et traversé par des courants d’air porteurs du froid glacial de l’hiver, je repensais à ces mots échangés, à ce désamour et à ces rendez-vous manqués.

J’errais dans la bibliothèque de mon père, pièce interdite pourtant,  essayant de sonder cet être que je connaissais finalement si mal.

La première chose que l’on voyait en entrant était une gigantesque glace encadrée d’un châssis en zinc, ornant la moitié du mur. Etrange objet dans ce genre d’endroit.

Les étagères étaient pleines à craquer, s’y côtoyaient des vieux ouvrages recelant des enluminures insoupçonnées, des romans plus modernes et ces fameux ouvrages de botanique par dizaines : abeilles et fleurs à clochette étaient ses domaines de prédilection. Ses vergers, ses champs et son étang étaient les seules sources de distraction que je lui connaissais, distraction qu’il menait cependant comme une entreprise, avec application et discipline.

J’eu la surprise de découvrir deux photos : une photo de mon père et d’un musicien célèbre sur une plage exotique, à l’ombre des palmiers, présents sans doute pour soulager les deux hommes de la canicule qui semblait frapper les organismes. Une photo à l’opposé de ce que mon père représentait à mes yeux. Lui, l’homme toujours sérieux avait eu une jeunesse, avait su s’amuser. Une révélation.

Mais la photo qui attira mon attention était posée sur une étagère très haute. C’était une photo que je ne connaissais pas et pourtant elle me représentait enfant, tenant la main de mon père qui me couvrait alors d’un regard bienveillant.

J’étais étonné de découvrir cette photo dans l’antre de mon père. Il m’avait donc aimé un jour.

Je m’assis à son bureau, las et fatigué par tant de tiraillements. Il était rangé au carré. J’aperçus tout de suite cette enveloppe posé sur le pied de la lampe sur laquelle il était noté : A mon fils.

Je la cherchais sans doute, inconsciemment. Je savais pourtant que la lecture allait être douloureuse et j’imaginais que des regrets allaient bercer le flot de mots déversé par mon père. Je savais que quel que soit la teneur de cette lettre, je ne pourrais jamais y répondre. C’était une lettre d’adieu, mais rien ne serait réparé.

C’est du vivant qu’il aurait fallu se dire tout cela.

Des mots, une histoire

1 Juin

On retrouve la collecte d’Olivia aujourd’hui!!

Les mots étaient:  versatile – hétaïre – uniforme – vêtement – cloque – jaunissant – démagogue – manne – goguenard – tablette – illusion – forteresse – confident – griser – manchette – occupation – orée – sonnette

Voici ma petite participation:

Elle en avait croisé des hommes : des bourrus à l’air goguenard qui la traitait comme un morceau de chair, usant de la sonnette qui la ferait se déshabiller et sortir de l’anti chambre, dès le premier pied posé dans la pièce ; des beaux parleurs qui tentait de l’amadouer par des belles promesses, des tribuns démagogues tellement habitués à cet exercice qu’ils n’avaient pas compris qu’il suffisait de payer pour obtenir ce qu’ils voulaient. Il y avait les violents aussi qui lui grimpaient dessus comme on prendrait d’assaut une forteresse et ceux pour qui c’était la première fois, ne sachant pas comment faire et tellement apeurés qu’ils en devenaient versatiles et parfois dangereux.

Mais de ce genre-là, elle n’avait encore jamais vu. Elle l’avait cru différent, avec son uniforme et ses médailles. Il parlait peu mais la regardait avec une intensité qu’elle n’avait jamais connu. La première fois, ils n’avaient rien fait, il s’était contenté de la regarder. Il lui avait dit de faire comme s’il n’était pas là. Ne sachant quoi faire, elle avait fait ce geste qu’elle exécutait tous les jours : elle s’était allongée sur le lit mais pour une fois, elle s’était endormie et n’avait pas été tiré de son sommeil par l’un de ses bourreaux.

 Au réveil, il n’était plus là, il avait simplement déposé la somme prévue sur la tablette près de la porte.

Il était revenu le jour suivant, il était entré dans la pièce, avait déposé sa veste sur le tas de vêtements que le porte manteau supportait déjà. Sa chemise à manchette, jaunissante contrastait avec cet uniforme si chic qu’il arborait, elle ne put que s’en faire la remarque.

Il s’était approché d’elle, lui avait caressé le visage doucement, lentement. On n’avait jamais pris soin d’elle comme cela, la douceur n’était pas dans ses habitudes. Il l’avait invité à s’asseoir au bord du lit, elle n’osait pas bouger de peur de faire un geste malheureux et ainsi de briser ce moment de calme et de répit.

Et puis, d’une voix grave, il lui raconta ce qu’il venait de vivre : la guerre, les horreurs qu’il avait vues, les gens qu’il avait dû tuer, l’occupation du territoire par l’ennemi qu’il ne supportait plus. Et puis il en arriva à sa fuite : alors que son régiment était posté à l’orée d’un bois, il avait couru plusieurs heures sans s’arrêter ; n’osant regarder derrière lui.

S’arrêter, c’était mourir.

Source. Photo tirée du film L’appolonide, souvenir d’une maison close

A la fin de son récit, il s’excusa de lui avoir raconté tout cela, de l’avoir choisi elle comme confidente, elle n’avait sans doute pas besoin d’ajouter de l’horreur à son quotidien.

Elle ne parla pas, se déshabilla, s’allongea sur le lit et lui fit signe de la rejoindre. Il s’exécuta. Elle était grisée par le regard de cet homme, par sa délicatesse et sa fragilité, alors elle l’avait aimé, pendant une nuit au mois elle lui avait fait oublier le monde extérieur, lui avait donné l’illusion qu’ils étaient seuls au monde.

Pour la première fois, elle avait retenu ses pensées qui habituellement s’envolaient pour ne pas prendre conscience de ce qu’elle était en train faire ; là elle voulait vivre l’instant présent pleinement. Elle avait la sensation qu’il était sa manne, qu’il était celui qui pourrait la sortir de son enfer, et qu’enfin elle pourrait être la femme d’un seul homme.

Au petit matin, il s’était levé, l’avait regardé et était parti.

Cela faisait six mois, six mois qu’elle l’attendait, six mois que son ventre grossissait.

Six mois qu’elle vivait dehors, parce qu’une hétaïre en cloque, ça ne rapporte plus lui avait hurlé à la figure la tenancière du bordel quand elle avait appris la nouvelle.

Depuis six mois, elle avait refusé de se livrer à d’autres hommes, elle l’attendait lui.

Depuis six mois, son bébé grandissait tandis qu’elle mourrait, à petit feu, trop naïve d’avoir cru qu’il reviendrait…

 

Des mots, une histoire

25 Mai

Revoici la récolte de mots d’Olivia… J’avoue que je suis restée un moment à regarder les mots, ne trouvant pas l’inspiration tant la récolte était variée. Et puis, j’ai écrit ce petit texte après vu que quelqu’un était arrivé sur mon blog avec la requête « j’ai acheté un cahier et je vais écrire mon premier roman », je pensais écrire une histoire plutôt légère mais je n’ai pas réussi… Je n’avais pas envie de  publier ce texte car je ne le trouve pas  intéressant mais tant pis, j’avais promis de participer alors le voilà… Soyez indulgents! (Si jamais vous débarquez pour la première fois sur ce blog, ne partez pas, je dois pouvoir m’améliorer!!)

Les mots étaient: nuage – moustique – calendrier – burlesque – candide – orage – canaliser – déluge – caresse – antidote – craquant – quatrains – calvitie – briquet – soleil – amadou – hallucinant – genou – foudroyer – mousse – promesse – langue – fesses – colère

Mon texte…

Elle était là, devant sa page blanche, le crayon en l’air à attendre l’inspiration.

C’était  sa nouvelle lubie, elle ne dormait plus et ne voulait plus qu’une chose : raconter une histoire pour devenir célèbre. Après tout cela fonctionnait pour d’autres alors pourquoi pas elle.

Mais le problème c’est qu’elle n’avait jamais écrit.

Son mari la regardait avec désespoir, il était habitué à ces projets fous qui ne se concrétisaient jamais. Il trouvait cette idée absurde et était persuadé que sa femme n’avait aucun talent et qu’elle perdait son temps. Il la regardait assise à la table de cuisine, son cahier posé sur la toile cirée décorée de petites fraises, le regard fixé sur l’image du calendrier représentant une de ces photos d’île paradisiaque offrant un ciel rougeoyant sans aucun nuage.  Elle n’arrêtait pas de lui dire qu’ils finiraient leurs vies là-bas, mais il riait : il n’était qu’un ouvrier et elle n’avait pas de travail. Alors son projet de roman, il trouvait cela ridicule.

Pourtant, elle ne vivait plus que pour cela, elle allait y arriver !

Il suffisait simplement de trouver l’histoire, après tout serait facile.

Elle avait tout de suite exclu la poésie, quatrains et alexandrins n’étaient pas à sa portée et puis ce n’était pas vendeur.

Raconter une histoire érotico-burlesque peut être, après tout ça fait vendre non ?

Un peu de fesses, des caresses craquantes, un  vieux tenancier de lupanar odieux, complexé par sa petite taille et sa calvitie, et soudain un homme mystérieux parlant une langue inconnue, dont on devinerait le visage uniquement lorsqu’ il allumerait sa cigarette avec son briquet en or, tomberait amoureux d’une des filles du bordel et arracherait sa dulcinée à cet enfer, envers et contre tout. Un mélange détonnant, tous les ingrédients pour que cela fonctionne.

Elle avait tenté de commencer cette histoire, mais rien ne venait. Ce n’était donc pas la bonne idée. Il fallait passer à autre chose.

Peut-être fallait-il qu’elle s’inspire de ces romans qu’elle aimait tant, à l’eau de rose, où le beau naît dans la détresse et la pauvreté. L’action se déroulerait dans un pays lointain, juste après un événement dramatique : un déluge de pluies torrentielles, des orages foudroyants ravageant tout sur leurs passages, un décor apocalyptique sur lequel viendrait se dérouler une histoire d’amour entre un médecin occidental venu en mission apporter l’antidote à ces morsures de moustiques qui décimaient la population et une jeune malade. Une jolie histoire un peu candide qui ferait pleurer les lectrices et qui serait ensuite adaptée au cinéma, tant le succès serait hallucinant. Elle imaginait déjà la dernière scène : lui, Amadou, le genou à terre demandant à sa belle, resplendissante dans le soleil couchant, de l’épouser.

Elle tenait son histoire, elle en était certaine. Elle n’arrivait plus à canaliser ses émotions et sa ferveur, elle était persuadée que son histoire était la bonne, qu’il suffisait juste qu’elle prenne son stylo et que tout cela serait facile.

Elle avait tenté, pendant des jours et des nuits…

Mais elle avait dû se résigner, elle n’y arrivait pas, rien ne venait.

Elle n’avait aucun talent.

 Il ne suffisait pas de le vouloir, son mari avait ri quand elle lui avait dit qu’elle n’y arrivait pas, lui assénant une de ces phrases assassines dont il était coutumier.

Elle s’était mise à le détester, la colère montait en elle, elle pleurait tous les jours en regardant sa série habituelle, elle marmonnait qu’on lui avait volé son idée, elle commençait à exécrer sa vie, à ne plus savoir pourquoi et pour qui elle continuait à se battre.

Elle se rendait compte que sa vie était misérable, elle ne sortirait jamais de ce carcan, elle pensait vraiment qu’elle y arriverait, qu’elle aurait pu écrire cette histoire, elle se voyait déjà invitée dans les émissions qu’elle regardait à la télé, expliquant pourquoi elle avait écrit son histoire, elle s’imaginait courtiser par des hommes impressionnés par sa plume, dormir dans des palaces, lézarder dans ces baignoires aux robinets dorés, remplies de mousse qui la faisaient tant rêver.

Mais non, elle resterait dans cet appartement ridicule en banlieue, rien ne viendrait la sauver. C’était ainsi. Elle n’était pas née du bon côté, elle ne pouvait que rêver. La vie n’était faite que de promesse, mais aucun ne se réalisait, juste du vent, des mots en l’air. Mais un jour, rêver ne suffit plus, vivre devient trop pesant, trop lourd et alors dans ce cas, il vaut mieux partir…

Le duel …(des mots, une histoire)

4 Mai

Voici  les mots d’Olivia pour cette semaine: tard – pelage – lettre – muguet – tornade – prélude – oiseau – temps – plateau – duel – éternité – bégayer – toxique – merveilleuse – soleil – film – fugitif – interdit – carnage

Cela faisait des jours que l’on entendait plus que parler de cela. Le monde s’arrêtait donc de tourner juste parce que le duel allait avoir lieu ?  Il fallait choisir la couleur du plateau, tirer au sort celui qui aurait le droit de commencer, se préparer à l’affrontement.

Le temps serait compté, chaque minute aurait son importance, chaque seconde pourrait contenir l’éternité si le mot interdit était lâché. Il ne fallait pas que ça tourne au carnage, ne pas tomber dans les pièges,  ne pas devenir le fugitif qui pris de panique se déroberait à chaque difficulté. Surtout ne pas laisser l’autre gagner du terrain, ne pas devenir un oiseau en cage trop à l’étroit pour déployer ses ailes et dont le pelage se ternirait tout à coup aux yeux de tous comme rongé par un produit toxique, rester debout quoi qu’il arrive même en pleine tornade.

Sur la table, serait placée la lettre dont ils ne parleraient ni l’un ni l’autre, il ne fallait surtout pas que cela se sache. Elle était là comme une menace, comme un rappel qu’il fallait se taire, ne pas aller trop loin, leur rappeler que finalement il faisait partie du même camp, de la même famille, quoi qu’ils en disent.

Finalement, tout cela ne serait qu’un film dont le scénario avait été relu par des dizaines de scripts et où l’improvisation ne trouverait pas sa place. Les acteurs avaient répété intensément, jusque tard dans la nuit pour ne pas se surprendre à bégayer, pour ne pas sauter un mot de leurs répliques, pour être exactement là où ils étaient attendus. Cela faisait des jours qu’ils ne rêvaient que de cela,c’était une obsession. Ils n’étaient plus là pour personne, ils ne sortaient plus, ne faisaient même pas attention aux muguets qui fleurissaient sous leurs fenêtres et à ce soleil qui revenait porteur de promesses, de belles et douces promesses.

Qui serait dupe de tout cela ? Sans doute personne et pourtant ils feraient un audimat digne à faire pâlir tout présentateur vedette, tout le monde les admirerait le lendemain, chacun irait de sa petite phrase, tapant sur l’un et couvrant d’éloge le second pour sa merveilleuse performance.

Mais au fond, tout serait si vite oublié, car là n’était pas l’essentiel. Ce n’était qu’un prélude à leurs nouvelles vies. Ce n’était finalement qu’un petit jeu entre eux deux, car seules leurs vies à eux changeraient, le reste continuerait à tourner… ou pas.

Pour information, ce petit texte a été écrit mercredi midi.

Seul… (des mots, une histoire)

27 Avr

La récolte d’Olivia m’a inspiré la suite des aventures de cet homme déchu, fuyant les actes qu’il venait de commettre…(Seul) Je pense que le texte peut se comprendre sans la lecture du premier épisode mais je le précise quand même!

Les mots étaient: immédiateté – assiette – création – café – peau – trille – absence – bergamote – confiance – peigne – hermétique – insouciance – facile – tristesse – sourire – diable – déception – labyrinthe – sang – coincidence – chavirer – connexion

Seul

Une nuit de plus, il avait survécu à une nuit de plus dans ce squatt. Il avait trouvé cette grange qu’un autre avant lui avait dû occuper et quitter brusquement laissant quelques petits trésors pour un homme en fuite : un réchaud, une assiette, du café, quelques conserves, des biscuits à la bergamote. Ce dernier élément l’avait fait sourire tant la délicatesse de ces biscuits faisait ressortir le côté lugubre et sinistre de cet endroit, de cette situation.

Cela faisait deux nuits qu’il passait ici, à réfléchir. Il essayait de reconstruire le puzzle de sa vie, de trouver l’issue du labyrinthe dans lequel il s’enfermait tous les jours un peu plus.

A l’insouciance d’une vie, avait succédé la rudesse d’une survie. Son univers avait chaviré en une soirée. Tout s’était transformé. Il fallait oublier la lenteur des journées et l’effervescence des soirées qui se succédaient à la vitesse d’un trille. Désormais, tout n’était qu’immédiateté, la question unique était de savoir si l’on serait encore en vie, encore libre la seconde d’après. Le hasard et les coïncidences étaient  écartés, tout devait rester sous contrôle, rien ne devait lui échapper.

La liberté justement, il avait fui pour cela, pour ne pas être enfermé. Une fois les faits découverts, ces parents s’étaient contentés de lui dire que la situation était réglée mais que désormais il ne serait plus considéré comme leur fils, qu’il devait partir loin et ne jamais revenir. Ils avaient ajouté que la confiance ne reviendrait jamais, qu’il déshonorait la famille et que c’était le diable.

Il se souvient encore du visage de sa mère,  un masque sévère et fermé démontrant l’absence de toute pitié. Elle qui le chérissait tant, qui veillait à l’enfermer dans ce monde doré, hermétique au reste du monde, sans connexion aucune avec la réalité, elle le chassait définitivement de sa maison et de son cœur.

Ils n’avaient pas cherché à comprendre, il était tellement plus facile de juger. Ils avaient juste payé puisque dans leur monde même le silence s’achète, pas pour lui non, pour eux, pour que ce nom qu’il adorait tant ne soit pas souillé par les agissements répréhensibles d’un fils.

Il pensait que les parents servaient à cela pourtant, qu’ils étaient les derniers remparts, prêts à tout entendre, à tout comprendre, à aimer tout simplement sans faille et sans rupture. Tout au plus, pouvait-il comprendre leur déception, leur incompréhension mais pas ce rejet, pas cette répudiation.

Les premiers jours avaient été difficiles physiquement, il avait marché tellement vite pour s’éloigner le plus possible, sans s’arrêter, sans dormir, son corps commençait à céder, il se blessait pour un rien, s’arracher la peau à la moindre chute, le sang coulait si facilement. Il était épuisé.

Il avait finalement trouvé cette grange, il pensait n’y rester qu’une nuit mais le lendemain, il n’avait pas eu la force de se lever, de reprendre la route. Il était resté là et pour la première fois son esprit avait pris le dessus sur son corps. Sa survie, sa fuite, les douleurs qu’il ressentait n’étaient rien à côté de ce qu’il vivait depuis hier, la remise en question, la prise de conscience, les regrets.

Il avait réfléchi longtemps, pesé tous les arguments, n’avait pas dormi en cherchant la solution. Le suicide était une réponse mais il fallait du courage pour le faire et il n’en avait pas. Mais surtout il avait encore une once d’espoir, l’espoir de vivre un jour, de se reconstruire.

Il se leva, tenta de mettre de l’ordre dans ses vêtements, passa un coup de peigne rapide dans ses cheveux emmêlés et gras. Il sortit de la grange et marcha.

Il avançait d’un pas grave mais assuré. Il avait la tête droite, ne se courbait plus sous le poids de sa vie. Il donnait l’impression de savoir où il allait cette fois, et il le savait : il allait se rendre, raconter son crime et se laisser happer par la machine qu’il allait lui-même enclencher.

C’était l’étape nécessaire à sa reconstruction, à la création d’un nouvel homme, cet homme qu’il allait devenir.