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Lettre de rentrée

22 Août

Mon tout petit,

Tu m’as souri, tu lui as souri, quelques informations et je suis partie, vite. Pour que tu ne vois pas les larmes qui coulent, le cœur serré, l’impossibilité de respirer. Prendre quelques minutes dans la voiture pour ne pas partir les yeux embués. Il n’est pas naturel de te laisser, de te déposer là dans des mains qui t’aimeront mais qui ne sont pas les miennes, tout cela pour aller gagner ma vie comme diraient d’autres, comme je dis parfois, moi qui exècre tant cette expression. Il n’est pas naturel de te laisser, je voulais continuer à être là à chaque instant, tu ne m’as jamais donné envie d’air et de fuite, tu souris toujours, te blottis dans mes bras. Qui voudraient quitter le pli de ton cou, la douceur de ta peau, ses petites mains qui cherchent les miennes, même pour quelques heures ?

Elle est étrange cette ronde, cette folie qui tourne si vite et qui si on s’arrête un peu paraît sans aucun sens, tant tout semble aller dans le mur. Il faut forcer, s’adapter, se moduler. Il faut prendre des dispositions, prévoir, remettre au poignet cette montre qui depuis cinq mois n’avait pas bougé du placard. Il faut ajuster, modifier, faire entrer, courir, regarder les minutes qui filent et penser que tout cela n’a pas de sens. Elle était belle notre échappée, en duo, en trio, avec la mer au fond, les insouciances et les premières fois, les livres à portée de mains, le monde dans l’autre, et nous, seulement nous. Le reste, on s’en foutait, tout était loin. Tout était là.

Il est étrange mais on le suit aveuglement ce manège , remplissant comme il se doit les cases qu’il nous impose, oh en te voyant, en voyant celle qui nous accompagne, je me dis que nos cases sont belles, qu’elles sont ornées de diamants et que vos sourires sont ce qui donne un sens à tout, que nos chevaux de bois sont doux et résistants, solides et colorés.

Evidemment qu’elle est belle ma bulle, crânement belle, chanceuse que je suis. Je pourrais hurler au monde que j’ai une chance folle, mais tu verras on en veut toujours plus, on se dit que rien n’est grave (Clin d’oeil au très beau texte de Sonia David chez le petit carré jaune), tant que vous continuez à danser tous les deux.

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Mais tant qu’à danser, drapons nous dans des étoffes soyeuses, sautons jusqu’au ciel, rions à en avoir mal aux côtes, chantons faux et fort, sans s’arrêter jamais. Mettons du beau, de l’indispensable, du vital et du léger, du délicat et du tendre, du fort et du fou.

Alors, je te promets, mon tout petit, que je vais sécher mes larmes, te couvrir encore de baisers, te bercer quand le monde t’effraiera et qu’on va arracher les verrous, on va forcer les portes pour faire que chaque jour soit une fête, et que cette vie, à défaut de la gagner, on la vive !

 

(Et le blog va sortir de sa longue sieste pour revenir parler livres, coup de cœur, premières fois, découvertes et confirmations, pour parler de l’essentiel quoi !)

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Crédit photo: Sabine Faulmeyer et l’amoureux.

Lettre à Thibault

19 Juin

Il me paraissait impossible de faire comme si, retourner à des chroniques n’expliquant pas cette longue pause. Il me paraissait impossible de taire que le monde avait changé, parce que désormais il te porte. Peut-être ne sommes-nous que trois à voir ce changement, mais il prend toute la place. Ce n’est plus le même. Ce monde. Notre monde. Mon monde.

Tu as attendu, laissant passer ces jours étranges, où le doute sur l’avenir était plus pesant, ce début de mois de mai si troublant, tu as attendu de voir dans quelle France tu allais naître ; tu as décidé que ce n’était pas trop mal alors tu as toqué à la porte un mercredi, ce jour qui sera si important en moment à trois, en partage et en sourires, en récréation d’enfants et en goûter les lèvres ourlées de chocolat. Tu as débarqué en douceur, avec délicatesse même.

Tu as porté tes yeux sur moi, ta peau sur la mienne, ton odeur.

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Il n’aura pas fallu une seconde pour que je sache que les questionnements étaient vains, pour que les doutes récurrents des derniers mois ne soient plus que des souvenirs ridicules. Je t’ai aimé dès la première seconde, les yeux embués de te rencontrer. Je pensais ne pas savoir aimer autant, ne pas pouvoir être à la hauteur de ta sœur. On pourra éculer longtemps les poncifs et les phrases toutes faites sur la maternité, tant ils sont vrais.

Tu as pris ta place sans attendre, mon tout petit. Tu as pris ta place avec une douceur extrême, souriant sans cesse, tu as même la discrétion de ne pleurer que rarement, de sourire toujours, de regarder le monde et de t’endormir, ta tête à portée de bisous, ton corps contre le mien.

Je crois, j’en suis sûre en réalité, que la plus belle chose, la plus forte des sensations, la douceur poussée à son paroxysme, l’amour absolu, je crois que le monde finalement réside là, dans ton corps endormi contre le mien, te sentir apaisé et en confiance, te sentir et te regarder inlassablement.

Tout doit cesser, tout doit disparaitre mais ces instants, je les voudrais éternels, toi, moi, elle, sa petite main dans la mienne, son regard posé sur toi pour te veiller ; on s’en fout du reste, le monde peut continuer sa course effrénée, on a posé pied à terre, on a stoppé le manège, oh cinq minutes seulement, bientôt il faudra remonter, luttant contre la fatigue et la lassitude. Mais à cet instant, mon tout petit, on s’en fout, on les envoie valser les grincheux et les sceptiques, et on danse, on rit, la tête blonde qui nous accompagne et qui déjà t’aime, alors que rien ne l’oblige, rien ne la contraint, tout est animal entre vous, d’un naturel magnifique, d’une force à piquer les yeux.

Et moi qui me demandais si on pouvait aimer plus, aimer encore, aimer toujours…

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On en rira plus tard, mon Thibault, tant tu seras gavée de cet amour ; tant la seule chose à faire est finalement de s’aimer et de se le dire, de s’aimer fort et de rester debout. Tant il me faut, désormais, être à la hauteur de ce regard levé vers moi, ce sourire aux lèvres, cette attention comme pour me dire « tu es la personne la plus importante au monde ». C’est sans doute ce regard que l’on cherche toute sa vie, dans les hommes, dans les femmes, dans les êtres croisés, dans ceux que l’on aime et que l’on admire, être l’exclusif.

Ce regard, et celui en retour, de la mère posé sur son tout petit, du mien posé sur toi qui veut dire « tu peux tout, tu es tout mon enfant », celui que j’espère tu reçois déjà, celui qui gorge un être de confiance et l’empêche de tomber les jours de grand vent. Je vais te regarder et te le dire, te porter du mieux que je peux, pour que ce regard te soit acquis, pour que tu ne passes pas tes jours à le chercher et tes nuits à le pleurer, que tu saches que tu peux tout, mon fils parce que tu contiens le monde.

 

Crédits photo: Sabine Faulmeyer

 

L’attente et la décision

5 Mai

Il est déroutant ce printemps, il a été long et singulier ce mois d’avril, avec des journées comme on égraine un chapelet, sans les repères habituels.

Ce rendez-vous du 23 avril, commun à des millions. Ce geste, qui depuis la première fois où j’ai pu le faire, n’a jamais été oublié, ne s’est jamais abstenu, tenaillé par la conviction profonde qu’il s’agit là d’une chance et d’un devoir. Ce bulletin à glisser, cette touche à valider, cette signature à apposer.

Ce mois d’avril, si intime et personnel, ce dernier mois de fusion avec cet être que je porte.

Et ce début mai, le 7 rendez-vous de la France avec son destin. Le 8, rendez-vous de cet être en devenir  avec son destin. Peut-être ces dates finiront elles par n’en faire qu’une, une journée qui contiendrait tout, l’Histoire et l’histoire.

Comme dans toute attente, la peur est toujours tapie. Et si ? Et s’il y avait un problème ? Et si rien n’était conforme à ce qu’on pense ?

Et si…

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Et si on choisissait l’optimiste et l’espoir.

Et si on oubliait la fatigue et les nuits qui seront trop courtes. Et si on mettait de côté le marathon qu’il faudra mener.

Et si, sans rien nier des difficultés, on gardait juste le beau, il est là derrière, autour, partout. Il suffit de l’attraper, de laisser aux sombres le noir de leurs pensées, ne rien céder, ne se soumettre à aucune invective, mais continuer à se dire que la vie a un goût si spécial qu’elle est tellement belle.

Et si, quelle inconsciente, j’avais la conviction que ce petit homme que je vais mettre au monde sera un grand homme, à qui j’essaierai de tout expliquer sans feindre, en lui faisant confiance, lui laisser les clés de sa vie avec la certitude qu’il saura tenir debout face aux monstres, sans avoir peur d’eux, en les terrassant.

  • Maman, c’est quoi voter ?

Tenter de trouver les mots pour ses oreilles de trois ans

  • Pour choisir un homme qui décidera de…
  • Mais Maman, c’est toi qui décide.

Oui, c’est moi, tu as raison.

Alors , je décide que votre monde sera beau, mon Adèle. Je décide de laisser les loups dans les marmites, de continuer à coups d’histoire et de mots à te montrer ce que doit être une vie. Je décide que tes yeux bleus seront toujours plus forts et doux que l’obscurité. Je décide que le monde vaut la peine, parce que bientôt il abritera un nouvel être qui changera nos vies, mais que notre bonheur ne nous détournera pas des autres, et que notre bulle, on la fera grandir, grandir. Et que jamais elle n’éclatera. Ils pourront toujours essayer de la crever.

Si on décide qu’elle est increvable et qu’on se bat pour elle, alors on gagnera.

@Crédit photo: Sabine Faulmeyer, le petit carré jaune.

Aveu de faiblesses, Frédéric Viguier

24 Avr

Avec son premier roman, Ressources inhumaines, Frédéric Viguier avait frappé fort, offrant une histoire glaçante et percutante sur les coulisses d’un supermarché, sur le petit pouvoir que chacun détient dans la hiérarchie d’une entreprise et dont il use pour asservir et blesser. Par son écriture concise et chirurgicale, il avait dressé un monde, en tout point semblable au nôtre, où l’humanité semble avoir désertée.

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Dans son second roman, il confirme son talent de créateur d’atmosphère, et de personnages totalement déroutants, la cruauté au bord des lèvres. Dans un village du Nord de la France, Yvan, jeune adolescent souffrant de sa laideur et de l’indifférence des autres, enfant d’une mère aux plaisirs singuliers (faire des statues de beurre, collectionner les étiquettes de camembert), erre et devient le premier suspect lorsque son jeune voisin est assassiné. Interrogatoires de police d’une réalité frissonnante, manipulations psychologiques, personnages troubles et multiples, Aveu de faiblesses est un roman que l’on lit avec cette étrange malaise, que l’on termine en s’exclamant du tour de force de l’écrivain. Thriller, roman noir, roman social, peu importe le classement qu’on serait tenté de lui donner, c’est un roman, un grand qui laisse le lecteur, perdu et percuté, et qui laisse dans la tête du lecteur un souvenir persistant.

Diable, que c’est bon!

 

Maestro, Cécile Balavoine

13 Avr

 

« Ensemble, nous flottons entre deux mondes. Il m’ouvre le sien pour m’éviter de sombrer dans le mien. »

« N’aurait il pas vécu s’il avait été mieux aimé ? »

Cécile a 9 ans quand elle découvre Mozart, son génie et sa musique, et tombe amoureuse, comme on pourrait l’être d’un compagnon de classe, de manière exclusive. Comme s’il était là, bien en chair à côté d’elle.

Quand, en tant que journaliste, elle interviewe un Maestro, l’entretien réalisé par téléphone provoque un tourbillon pour les deux protagonistes, l’intensité d’une voix, ce que l’on dit, les silences et le souffle.

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Cécile Balavoine signe un premier roman à l’écriture voluptueuse et classieuse, une atmosphère délicate et envoûtante où la sensualité prend toute la place, comme dans un temps un peu décalé, un morceau doux et envolé. On se sent bien dans ce roman, comme portée par une légèreté, par la certitude que la vie peut devenir délicieuse et intense au contact d’êtres d’exceptions.

Maestro est un hymne à la musique, à ce qu’un artiste peut apporter. Une passion dévorante, pour certains irraisonnée à un artiste, le considérer comme un ami, comme encore vivant, comme accessible. La puissance extrême de l’art dans ce qu’il peut être intime et personnel, loin de la seule conception du beau, celle de l’essence même, celle d’avoir l’impression de rencontrer un alter ego, de lui faire une place dans sa vie.

Aucune maladresse, aucune fausse note à ce premier roman, abouti et singulier, que l’on a envie de ne pas quitter, pour garder cette chaleur, en réécoutant Mozart, évidemment.

Roman abouti sur la musicalité, sur les voix également, sur la passion surtout.

Superbe. Beau dans la forme et dans le fond, dans l’être et dans l’apparence.

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Coeur naufrage, Delphine Bertholon

22 Mar

Les romans de Delphine Bertholon sont comme des regards que l’on croise, intenses et inoubliables ; comme une reconnaissance entre deux êtres, ces regards dans lesquels on plonge car l’on sait que derrière se cachent des tumultes et des gouffres, mais que toujours ils parviennent à conserver une lueur et une étincelle. ; ces regards qui s’immiscent et vous touchent, font appel aux sens, aux vécus et aux émotions.

Après le puissant Les corps inutiles, Delphine Bertholon démontre une nouvelle fois son talent d’écrivain ; son talent de conteuse offrant une histoire tenue, du suspens et un maniement brillant des voix et des époques multiples et surtout le talent à saisir des personnages sans avoir besoin de mille descriptions, à créer des êtres que l’on garde en soi, qui manquent une fois le livre refermé, que l’on voudrait pourvoir recroiser pour les regarder vivre encore un peu, les accompagner, les bercer parfois.

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Il y a chez Joris et Lyla, la force des fragiles,  la difficile construction heureuse quand les bases vacillent et utilisent l’enfance au lieu de la protéger. Il y a les rencontres qui éclairent la route, la rendent plus douce un temps même si la souffrance doit suivre. Il y a les corps exposés, mutilés, serviteurs d’une âme en souffrance, serviteurs et maîtres.

Il y a, chez Joris et Lyla, nos renoncements et nos désillusions ;nos arrangements avec le chemin que l’on doit suivre. Il y a mille choses dans ce roman, sur l’intime et nos choix de vies, sur nos essentiels.

Et puis dans Cœur naufrage, il y a la lumière des autres, de ceux qui partagent un bout de chemin ou font d’une vie ce qu’elle devient ; qui aident à vivre et à devenir.

Peut-être même une lumière qui s’accentue au fil des romans de Delphine Bertholon, comme si la vie avançant les douleurs s’apprivoisaient, comme si l’instinct de vie et de sourire prévalait, encore plus fort.

Un roman dont on se détache difficilement, et qui rend parfois insipides les lectures suivantes tant il est attachant et puissant.

Magnifique lecture, à découvrir sans attendre!

Extraits

« La routine, je m’en rends compte aujourd’hui, est ce qui nous reste lorsqu’on a tout perdu. »

« Réinventer la langue de l’autre, lorsqu’on est soi-même incapable d’écrire, a fortiori de parler, est l’activité idéale. […] Je ne crois en rien, sauf peut-être en cela- l’âme d’un auteur dans les mots qu’il choisit. »

« Ma fille a fait de moi un homme et, aujourd’hui, j’ai peur de la mort. »

« Les mots des autres me secouent, m’obligent, me forcent à réfléchir aux miens. Les livres des autres sont des coups de pied au cul. Sans ces autres-là, je serais triplement morte. Il y a tellement de gens qui meurent de leur vivant.»

Les parapluies d’Erik Satie, Stéphanie Kalfon. Attention, coup de cœur!

10 Fév

Il y a dans les romans bâtis autour des figures artistiques une intensité singulière, comme une urgence à vivre et à créer, une insoumission, une impossible compromission et une vision des autres et du monde sans filtre ni masque. (Si vous n’avez pas encore posé vos yeux sur le merveilleux roman Eroica de Pierre Ducrozet, il est toujours et encore temps de rencontrer un roman inoubliable).

Les parapluies d’Erik Satie ne déroge pas à la règle, et la confirme même avec brio et ferveur.

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Stéphanie Kalfon parvient à nous faire entrer dans la tête et dans le costume jaune moutarde d’Erik Satie, par touches, par fulgurances. Il est enlevé et puissant ce roman, avec des phrases que l’on relit encore et encore, tant elles disent le monde et les émotions dans leur profondeur. On est loin de la biographie riche mais linéaire d’un musicien et compositeur, incompris et errant dans une misère cachée toute sa vie. Le personnage est en soi passionnant, excentrique et hypersensible, ultra attentif et tellement seul.

Prenant ses bases sur le destin d’Erik Satie, Stéphanie Kalfon questionne l’hypersensibilité, l’exigence d’une vie vouée à l’art et cet éternel et universel besoin de reconnaissance et de regard posé sur soi

Les parapluies d’Erik Satie est un cri, en provenance de la Belle époque, mais qui résonne tant aujourd’hui ; un appel à ne pas se contenter de survivre, mais coûte que coûte à ne pas lâcher les ambitions créatives. C’est un cri lumineux, jamais sombre là où pourtant le destin n’était pas tendre ; il est fiévreux et passionné ce roman ; servi par une plume affutée et ambitieuse.

A l’heure où l’on voudrait des histoires policées, n’offrant que du tiède ou de l’infiniment romanesque, des histoires stéréotypées où tous les éléments obligatoires doivent être mélangés au point de rendre le recette insipide, il est tellement rassurant de constater que des éditeurs reconnaissent les textes qui font la littérature, qui n’entrent pas dans des cases préétablies mais au contraire créent leurs propres codes. Défendre une ambition littéraire aussi classe et noble est un tel privilège. Ce premier roman est évidemment dans la sélection des 68 premières fois 2017 et il est mon plus grand coup de cœur, un roman qui fera date, qui provoquera sourires et frissons au moment où je passerai à côté, où je le croiserai en librairie, avec ces phrases qui accompagneront ma route.

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Choisir un extrait est immensément difficile, tant chaque page contient la phrase qu’on ne veut oublier, je me contente de vous livrer la première page. Sa lecture suffit, oubliez tous les mots que je viens de poser, piètrement sur ce roman, imprégnez-vous de ce passage et vous n’aurez envie que d’une chose, que Les parapluies d’Erik Satie rejoigne votre sac, vos mains et enfin votre bibliothèque pour y trôner en roi.

« On n’envie jamais les gens tristes. On les remarque. On s’assied loin, ravis de mesurer les kilomètres d’immunité qui nous tiennent à l’abri les uns des autres. Les gens tristes sourient souvent, possible oui, possible. Ils portent en eux une musique inutile ? Et leur silence vous frôle comme un rire qui s’éloigne. Les gens tristes passent. Pudiques. S’en vont, reviennent. Ils se forcent à sortir, discrets faiseurs d’été…. Partout c’est l’hiver. Ils ne s’apitoient pas : ils s’absentent. Ils disparaissent poliment de la vue. Ils vont discrètement se refaire un monde, leur monde, sans infliger à personnes les désagréments de leur laideur inside. Ils savent quoi dire sans déranger. C’est tout un art de marquer les mémoires d’une encre effaçable… »

(Chronique radio à écouter en cliquant sur ce logo)

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