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Lettre à Adèle, sur les 68 en prison en compagnie de Pascal Manoukian.

26 Jan

Cette lettre a été écrite le 24 janvier, tard dans la nuit, suite à la venue de Pascal Manoukian, à la maison d’arrêt du Mans, centre ayant mis en place les 68 premières fois pour les personnes détenues,  lecteurs qui ont désigné Les échoués comme leur chouchou.

Mon Adèle,

Cet après-midi, je n’étais pas à attendre, en grelottant un peu, que la grille s’ouvre ; entendre le si doux « Adèle, tu peux y aller » et apercevoir ton sourire jaillir, juste pour moi. Je ne t’ai pas vu ranger ta chaise, remettre ton livre dans ta bibliothèque, attraper ton doudou dans ton casier et presser le pas ; avec ce « maman » si cher, porteur de mille promesses pour la soirée. C’est Papa qui t’entendra raconter, sur le chemin, grignotant ton goûter, les grandes et les petites choses de ta journée.

Aujourd’hui, j’étais avec eux ; ceux qui n’ont pas la chance de connaître ta petite flamme, ceux qui rêveraient de pouvoir déposer un baiser sur une joue même humide, faire des choses aussi banales, et pourtant essentielles, que marcher dans la rue, une main dans la leur.

Aujourd’hui, j’étais avec eux ; ceux qui pour une faute, une erreur ou un crime, ne voient la lumière du jour qu’à travers des barreaux. Ceux que j’aurais pu assister, représenter, défendre dans une autre vie, dans ma vie avant toi ; ceux qui m’ont fait peur, pas eux non mais tout ce que cela entrainait, peur de ne pas réussir à oublier un visage que l’on n’a pas pu sauver, ne pas décrocher le soir, ne pas pouvoir jouer au mémo sans penser à ce dossier à plaider le lendemain ; là où le monde ne voit qu’un numéro, se cache une vie. Je leur ai préféré les affaires, les sous ça n’empêche pas de dormir, si ? Ce n’était pas le bon choix. Si un jour, tu dois choisir entre la peur et l’inutilité, ne choisis pas le confort, va vers le noir et dompte-le ! L’inutilité et l’indifférence ne sont peut-être pas les pires maux, mais ils tiennent le haut de l’échelle.

Aujourd’hui, j’étais avec eux, comme une petite souris, pour les voir prendre la bouffée d’oxygène apportée par un grand monsieur. Tu verras, les gens qui écrivent des livres sont des êtres incroyables, certains le sont encore plus que d’autres. Ils sont dans le partage, la générosité et ont un parcours incroyable, on peut les écouter des heures en se disant qu’on a une chance folle de les côtoyer. Ils ont une sensibilité au monde et aux autres, en tous cas ceux que j’aime sont comme cela. Et quand ces personnes que tu admires portent un regard bienveillant et attentionné sur toi, c’est un sentiment tellement dingue, je pourrais te dire merveilleux, formidable, porteur, mais dingue c’est pas mal ; parce qu’il y a dedans une dimension impossible à concevoir, qui dépasse l’entendement. Je ne connais pas la formule magique pour t’apprendre à accepter les mots posés sur toi, à faire infuser la chaleur des autres pour qu’elle te nourrisse ; je te souhaite de la découvrir.

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Un jour, je te raconterai qu’ils étaient quinze, je te parlerai de Mounir, Jean Marc, Nicolas ou James. Je te parlerai de celui qui n’a pas osé prononcer un mot, de l’autre qui portait dans son regard et dans son corps la souffrance venue de loin. Je te raconterai leurs sourires et leurs yeux rieurs, leur respect et leur talent quand on leur demande d’écrire. Je ne sais pas ce qu’ils ont fait et ne les prends pas pour des anges. Mais en les regardant écouter ce grand monsieur, en les voyant captiver par ses récits, échanger autour de ces thèmes d’actualité qui passionnent au delà des murs ; en les voyant mâchonner leurs stylos avant de griffonner leurs feuilles, les voir mettre de côté leur pudeur pour lire leurs écrits, s’applaudir, j’ai ressenti une chaleur folle, et encore une fois j’ai été bluffée par la qualité d el’écrit,  par l’intime qu’ils osent exposer, à partir d’un poème de Jacques Prévert, Grasse matinée (que je te ferai lire un jour, loin des récitations qu’on te fera apprendre par cœur sans en saisir le sens ). Au moment de partir, les entendre nous remercier, et nous souhaiter bon courage ; nous qui n’avons qu’à nous lever le matin et faire ce que l’on aime, c’est à notre portée. En voir deux me demander les titres des autres romans de Pascal Manoukian (ah oui je ne t’ai pas dit, le grand monsieur, c’est lui !), pour les acheter. « Monsieur, dès que je sors, je les achète. », les voir s’approcher du grand Monsieur pour lui demander de dédicacer leurs textes ; retenir ses larmes et se dire que si le livre peut en sauver un alors tout est réussi; le croire profondément. Entendre le bruit des portes, se retrouver dehors, prendre une grande inspiration.

Et laisser la soirée se poursuivre, entourer de belles âmes, de cette chaleur si singulière des librairies, cette impression d’être au bon endroit, au bon moment, d’avoir juste à côté de soi des personnes douces et bienveillantes, lumineuses et qui rendent la vie belle.

Remercier, embrasser, rentrer te retrouver ; être accueillie comme si l’absence avait été interminable, sentir ton odeur, tes bisous, tes petites mains dans mon cou, lire trois, quatre, cinq histoires ; t’embrasser, te rappeler que je t’aime.

Eteindre la lumière, laissant une veilleuse te protéger des loups et des monstres.

M’allonger, repenser à cette journée aux émotions paradoxales, l’inquiétude pour un être qui vacille et cette douceur folle, ces évidences qui m’épatent et l’impression de vivre l’extraordinaire. Ne pas parvenir à s’endormir malgré la fatigue, revivant les mots et les regards, les sourires et les visages.

Je te souhaite de vivre ces moments, d’avoir du beau pour soulager le sombre, de croiser de si belles personnes. Tu ne comprendras pas toujours l’attention qu’on te porte, mais accepte là, comme une chance et une force.

N’arrête pas de croire que le beau sauvera le monde, que le livre est un outil magique, que les illusions ne sont pas que des chimères sitôt qu’on leur accorde de l’importance.

Fais de ces jours, pour moi extraordinaires, ton ordinaire, aie le courage que je n’ai pas de sortir des règles et du facile, prends le mieux et fais en ton quotidien, sois exigeante avec la vie, plutôt que de la laisser maîtresse de tout et de toi.

Côtoie des êtres d’exception, ils t’aideront à t’aimer et à croire que le monde peut être sauvé.

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Les 68 premières fois racontées à ma fille

13 Déc

Adèle,

Il est tellement plus facile de passer par toi pour parler émotions, le destinataire n’est pas encore en capacité de recevoir le texte, la pudeur est moins virulente, la timidité aussi.

Tu m’as demandée où j’étais vendredi, pourquoi j’étais partie avec Madie et Eglantine. J’ai eu du mal à te répondre, t’expliquant que j’avais rencontré des gens qui aiment les livres, les écrivent et les lisent. Ce à quoi tu as répondu, « moi aussi j’aime les livres ». Quoi de mieux que d’entendre cela pour boucler la valse des émotions de ces deux jours, loin de toi mais où tu étais d’une telle présence.

Parce que tu es la cause et la source de tout cela, je ne sais pas comment tu réagiras à cela, comment tu assumeras d’avoir « sauvé » ta mère, point de dragon à terrasser, mais tu as donné un coup dans l’armure et dans les chaînes, tu es arrivée sans défense, te demandant ce qu’était ce monde, et au moment où tu ouvrais tes yeux, les miens s’éveillaient. Fini les boules au ventre et les interdits que l’on se pose, fini les larmes le matin et la non envie tenace, se lever, bouger, agir, et faire de chaque matin un nouveau défi. Quand tu auras compris qu’il est impossible de sauver le monde, tu te libéreras, en disant que rendre ta vie plus belle est déjà un bel objectif.

S’il fallait que je résume mon vendredi, je te dirai qu’il était hors du temps, mais qu’il n’appartient qu’à nous de le faire vivre chaque jour, qu’il n’y avait que chaleur et bienveillance, que les regards parlent tant, et qu’ils réchauffent.

Je te dirai aussi que j’ai eu du mal à croire que tout cela m’était adressée, hésitant à me retourner à chaque compliment me demandant à qui il était destiné, qui était cette Charlotte dont on me parlait.

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Si tu doutes un jour de la beauté de l’humain, viens tirer ma manche et demande moi de te raconter encore ; parce que ce souvenir restera toujours, comme celui de l’instant où les barrières n’existaient pas, où il n’y avait qu’une envie commune d’être ensemble, de parler de l’essentiel ; parce que les livres sont cet essentiel, tu le sais déjà, tu le comprendras vite, qu’ils sont un refuge et une ouverture au monde, qu’ils te portent autant qu’ils te bouleversent, qu’ils sont ce qui doit être défendu coûte que coûte et que les gens qui les écrivent sont incroyables, ils se pensent ordinaires, ils ne savent pas qu’ils sont magiciens, qu’ils parviennent à nous faire tenir debout dans l’ombre et que savoir saisir l’humain par les mots est un talent rare, et précieux tellement.

Tout est possible, Adèle, sitôt qu’on le fait avec sincérité et passion ; n’attends rien et reçois tout, elle doit être là la leçon, j’essaie de me l’appliquer, même si aujourd’hui encore, je me demande ce que j’ai fait pour mériter autant d’attentions.

Entoure toi des gens qui te poussent vers le haut, oublie les jaloux et les aigris, ceux qui veulent leurs noms en gros sur l’affiche, ceux qui blesseront ta candeur et tes convictions, ils n’en valent pas la peine, fais fi de ceux qui te diront naïve, mièvre ou trop tendre, les bisounours existent, ils n’ont pas forcément de nuages sur le ventre, mais des étoiles dans les yeux (c’est comme cela qu’on les reconnaît ; ils existent, je les ai croisé vendredi, et qu’ils étaient beaux, qu’ils étaient doux, que leurs mots étaient si bouleversants, leurs regards chavirent ceux qui les croisent. J’ai cette chance de connaître des êtres d’exceptions, il suffit de laisser la porte ouverte, de ne pas vouloir se verrouiller derrière la crainte ou la peur.

Je te souhaite de rencontrer des Eglantine, Nicole et Sabine ou Amélie qui te suivront au bout du rêve (voire du monde) et à qui tu pourras adjoindre le mot amies, des Sigolène, Erwan, Sandra, Sophie, Delphine ou Elsa, qui, sans que tu comprennes pourquoi, t’accorderont une confiance qui profondément te touchera et te nourrira. Je te souhaite de pouvoir croiser des François, Jean Marc ou Pascal (qui t’offriront des mots que tu ne pensais destinés qu’aux autres), des Maelle, Stéphanie ou Loulou qui par leurs présences et leurs assurances t’impressionneront , des Julie ou Rachel (qui sauront te montrer que les belles émotions peuvent s’exprimer par des larmes et des sourires à décrocher les étoiles), une Colombe (qui  pourrait t’apprendre le frisbee et à croquer la vie) ou une Anne (avec qui tu pourras partager une aventure intense et unique), des Gilles, Julie, Lenka ou  Elisa dont le regard te troublera encore longtemps. ; et qui un temps poseront leurs regards sur toi, de ces moments qui même fugaces nourrissent un cœur.

Je te souhaite d’avoir la chance de croiser la route de gens que tu admireras tant et qui pourtant seront d’une humilité folle.

Je te souhaite d’avoir mille mercis à donner, des tonnes de bises à échanger, et des souvenirs si précieux à conserver.

Je te souhaite de partager ces moments avec d’autres dingues, que tu ne connais pas intimement et qui pourtant te donnent l’impression de parler le même langage, d’avoir l’essentiel en commun (Des Claire, Florence, Geneviève, Dominique ou Annie, des Philippe, Anne, Isabelle ou Henri Charles, pour ne citer qu’eux mais en pensant à tant d’autres).

Vendredi, Adèle, c’était un moment rare, qui encore ce matin donne du rose aux joues et de la légèreté dans les chaussures ; mais tu dois le voir ce nuage rose qui flotte au-dessus de moi.

Mais si, évidemment que tu le vois, alors ce nuage on va le chouchouter, on va le faire grandir, pour que jamais il ne nous quitte.

Allez viens, on va lire, rire, vivre.

(Vendredi 9 décembre, se tenait la soirée de clôture de la saison 2016 des 68 premières fois, dans les locaux de Babelio, en présence de treize auteurs, plus de quarante lecteurs, des invités prestigieux et notre partenaire Page).

Si on parlait écriture et premières fois avec Stéphanie Dupays ?

25 Oct

Stéphanie Dupays a publié en janvier dernier son premier roman, Brillante aux éditions Mercure de France, un roman passionnant, grinçant et habilement mené sur le monde du travail et la déchéance qu’il peut entraîner, sur l’addiction finalement aux codes imposés par la société pour ce travail, au cœur de nos vies désormais.

Elle revient sur l’écriture de ce roman, sur la première fois et sur ses lectures marquantes.

Stéphanie Dupays sera présente à la soirée organisée en décembre par les 68 premières fois, pour fêter cette (si délicieuse) cuvée 2016!

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Ecrire, à quoi ça sert ?

A montrer le réel, et la condition de l’homme (ou de la femme) au travail en est une dimension importante.

A donner une forme à des questionnements, des obsessions.

Il y a aussi une jouissance à trouver l’expression juste et à saisir en mots l’impression fuyante. Mais si j’attache un soin particulier (voire obsessionnel) à la précision du style, au rythme et à la façon dont sonne le texte, je ne suis pas très « l’art pour l’art ».

Le meilleur compagnon de l’auteur ?

L’esprit critique.

Son pire ennemi ?

L’à-quoi-bonisme.

Une manie d’écriture ?

Elaguer.

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De quoi l’écriture doit-elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. » )

 Je ne partage pas cette mystique du salut par l’écriture, même si dans le cas d’histoires traumatiques, la mise en récit peut aider : si elle ne fait pas disparaître la souffrance on en est moins altéré. Mais ceci ne relève pas nécessairement de la littérature. Et à dire vrai, je pense que c’est moins l’écrire ou le dire qui sauve que le fait d’être réellement écouté, compris et entend.

Je n’écris pas au bord du gouffre, ou « au fond du trou » ; il faut à l’inverse aller plutôt bien pour écrire car il faut un élan, un désir. Bien sûr l’écriture a un effet refuge, mais la lecture avec un bol de thé fumant aussi tout en étant plus agréable.

 Comment construit-on un roman ? Son point de départ : Un plan, un message à faire passer, une obsession ?

Au départ, il faut un choc, une colère, un sentiment suffisamment fort pour vous pousser à vous enfermer devant votre ordinateur quand tant de choses ou d’êtres vous attirent ailleurs : tous les livres pas encore lus, les films à voir, les cafés avec des amis… Il faut qu’une parole, une situation, un sentiment fasse effraction, remue quelque chose, pousse à penser et donne envie de construire une histoire pour déplier ce choc premier. A l’origine de « Brillante » par exemple, il y a eu une sensibilité à la violence du monde du travail. Ecrire est un moyen de mettre au jour cette violence sociale et de lui rendre quelques coups. A partir de là, pour moi ce 1er roman s’est construit dans le chaos. Je ne savais pas bien comment m’y prendre. « Ca » s’est fait un peu à mon insu, du moins il y a une part non maîtrisée et non prévue qui surgit dans le travail.

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Combien de textes proposés avant ce premier roman publié ?

Aucun.

Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

J’ai eu le livre entre les mains pour la première fois début décembre 2015 (il est sorti en janvier 2016), j’étais anesthésiée par plusieurs événements personnels et collectifs (un deuil, le choc du 13 novembre…). Entre le moment où j’ai rendu le manuscrit en septembre et celui où j’ai vu pour la première fois mon livre, le monde dans lequel je vivais avait irrémédiablement changé. Ce livre semblait irréel. C’est plutôt quand j’ai entendu lire à haute voix « Brillante » pour la première fois lors de la soirée de lancement fin janvier à Paris que j’ai été pleinement heureuse et rassurée sur la qualité du texte, et que, paradoxalement, la réalité du livre en tant qu’objet m’est apparue.

Définissez-vous par :

            – une œuvre d’art : La sonate Arpeggione de Schubert : il y a quelque chose d’érotique dans la façon dont le piano et le violoncelle se poursuivent, se répondent, se fuient…

            – un mot : insatiable (si je peux me permettre l’emprunt) ;

            – une première fois : la première rencontre avec des lecteurs.

Citez trois ouvrages fondateurs

« Le cercle fermé » de Jonathan Coe pour sa capacité à s’emparer de l’histoire récente (les années Blair), sans équivalent français ;

« Voyage au bout de la nuit » de Céline, pour le style ;

« Les liaisons dangereuses » de Choderlos de Laclos pour la mécanique implacable.

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Le dernier roman qui vous a étonné

J’ai retrouvé par hasard cet été au fond de la bibliothèque de mes parents un Sagan dans une vieille édition de club de lecture « Les merveilleux nuages » et j’avais oublié que c’était si bien. Sous une apparence de légèreté, d’extrême fluidité, on y trouve une grande acuité psychologique. Ca m’a donné envie de lire ou relire toute son œuvre.

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Si on parlait écriture avec Rachel Khan? (68 premières fois)

30 Sep

Rachel khan a offert, en janvier dernier avec Les grandes et les petites choses, l’un des plus premiers romans les plus tendres et doux, de ceux qui donnent envie de sourire et de vivre pleinement. Rachel Khan sera présente au salon du Mans notamment pour la rencontre organisée par les 68 premières fois le dimanche 9 octobre au Mans, et nous parle écriture sur le blog!

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Ecrire, à quoi ça sert ? 

S’offrir au monde. Souvent nos idées, nos histoires intérieures, nos rêveries restent englouti au fond de nous, dans le meilleur des cas nous les partageons vite fait entre amis. Ecrire s’est s’inscrire dans un temps long pour offrir nos pensées, nos idées et à travers elles des sensations aux lecteurs. C’est aussi en tant qu’auteure se faire un point entre le monde et soi-même, se redéfinir (même si on ne parle pas de soi au sens propre dans le livre), c’est redéfinir les contours de nos pensées pas des mots. Donc l’écriture, comme la lecture permettent de renaitre au monde par des histoires renouvelées et par ricochet des actions nouvelles.

Le meilleur compagnon de l’auteur ?

Le chat. Celui qui vous réveille tôt en grattant à la porte et vous sort du lit pour écrire. Celui qui se couche sur les touches de l’ordinateur alors que très justement vous êtes dans une impatience, que vous pensez avoir trouvé le mot juste, la phrase parfaite… le chat qui empêche, donc qui crée l’envie irrésistible d‘écrire. Il avait raison de me faire attendre, la phrase est plus jolie ainsi. Celui qui joue avec vos stylos  comme s’il avait compris que l’encre qui est dedans était un trésor. Celui qui reste stoïque, qui règne sur votre bureau en connexion mystique avec votre histoire et qui en connaît tous les personnages. Je me suis persuadée de l’existence d’un code de communication entre Nana et moi : elle valide, approuve certaines directions de la narration et sait aussi me détourner des idées pas terribles.

Son pire ennemi ? 15h, l’heure de la sieste…

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Une manie d’écriture ? 

Le matin à l’aube, avec mon vieux gros pull bleu doudou.

De quoi l’écriture doit-elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. » )

De l’inaction, de l’absence de courage, de la malhonnêteté, de la fourberie, des injustices, des mots de vide de sens, de tout ce qui, pour le clin d’œil à Marguerite Duras, nous a amenés politiquement au fond du trou …

Comment construit-on un roman ? Son point de départ : Un plan,  un message à faire passer, une obsession ? 

Très précisément les trois. Mais dans l’ordre je dirais le message, l’obsession puis le plan.

Combien de textes proposés avant ce premier roman publié ?

C’est le premier texte que j’ai proposé … donc une « toute toute » première fois !

Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Irréel. J’étais convaincue que je n’avais pas écrit ce livre. A la soirée de lancement, je me disais « Roo tous ces gens qui sont venus et qui pense que c’est moi qui ait écrit. Il faut que je leur dise que je n’ai rien avoir avec tout ça, qu’il y a eu un quiproquo…bon j’attends 5 min, le temps que tout le monde soit là. » Mais comme il manquait toujours quelqu’un j’ai rien dit et finalement j’ai accepté.

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Définissez-vous par :

une œuvre d’art : Le baiser. Gustav Klimt 1916-1918

un mot : ancrée (encrée)

une première fois : je me souviens du jour où j’ai marché pour la première fois. C’était à la crèche et le sol était gris, ma marraine était venue me chercher et il y avait plein de dames autour de mois qui avaient l’air content, mais je ne comprenais pas pourquoi.

Citez trois ouvrages fondateurs

Une vie de Maupassant

Le livre de ma Mère Albert Cohen

Gros Câlin Emile Ajar

Le dernier roman qui vous a étonné

Charlotte (un joli prénom !) de David Foenkinos

Grand merci à Sabine du blog Carré Jaune pour ce nouveau visuel!

 

 

Hiver à Sokcho, Elisa Shua Dusapin (68 premières fois)

19 Sep

Hiver à Sokcho a la délicatesse d’un conte, de ces histoires que l’on aurait envie de murmurer pour ne pas les abimer.

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Et la douceur, loin d’empêcher la puissance, la révèle dans son essence ; de cette rencontre de deux êtres au bord du monde, une jeune franco-coréenne rêvant d’ailleurs mais se soumettant au devoir de rester près de sa mère, travaillant dans cette vieille pension à laquelle Yan vient frapper, auteur de bande dessinée en mal d’inspiration. D’une rencontre, il est toujours question dans un roman, mais dans celui-ci, la pudeur est de mise, on s’attache à ces deux êtres, que l’on voudrait éteindre tant on les sent fragiles, à en avoir peur du corps de l’autre. Une rencontre certes, mais pas que, dans hiver à Sokcho, il y a des sons et des odeurs, iil y a ce qui fait les souvenirs, les petites choses qui donnent de l’importance aux grandes, qui font se rappeler de ces instants. Il y a le ressenti, plus que le dit. Il y a le monde dans son humanité, fragile et multiple, solitaire surtout.

Il y a surtout une plume au plus près de la vérité des êtres, sans fioritures ni figures de style, qui s’emploie au strict nécessaire, comme pour se rapprocher au plus près de ce que doit être la vie. Il est infiniment touchant ce roman, de celui qui laisse un baume sur le cœur, et que l’on voudrait garder près de soi comme une couverture pour les jours de grand froid ou encore Amélie  » « Hiver à Sokcho » est un livre lumineux, dépaysant et tout en sensibilité, écrit par une jeune auteure franco-coréenne de… 24 ans. Chapeau bas. » ou Muriel ‘Un premier roman troublant, original. Une découverte, celle de l’autre, de sa culture, de son monde si différent ou règne aussi une atmosphère mélancolique. « 

Il est bon de voir que des romans peuvent être doux et fins, tendres et intelligents.

Hiver à Sokcho fait partie de la nouvelle sélection des 68 premières fois et a déjà séduite des lecteurs! Retrouvez l’ avis du Carré jaune, ou encore Amélie  » « Hiver à Sokcho » est un livre lumineux, dépaysant et tout en sensibilité, écrit par une jeune auteure franco-coréenne de… 24 ans. Chapeau bas. » ou Muriel ‘Un premier roman troublant, original. Une découverte, celle de l’autre, de sa culture, de son monde si différent ou règne aussi une atmosphère mélancolique. « 

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Si on parlait écriture et premières fois avec Anne Collongues ?

30 Août

Ce qui nous sépare est un roman que l’on n’oublie pas, on entend longtemps sa musique singulière, on a l’impression de les avoir croisés ces destins, d’avoir été au milieu de ce compartiment et de sentir vivre l’autre, de voir en mots la solitude au milieu du nombre. Un premier roman d’une maitrise parfaite, qui donne à voir notre propre reflet.

Anne Collongues a accepté de répondre à mes questions et de participer à la table ronde organisée par les 68 premières fois le 9 octobre prochain, dans le cadre de la 25ème heure du livre au Mans.

 

Crédit photo: Sabine Faulmeyer

Crédit photo: Sabine Faulmeyer

1.Ecrire, à quoi ça sert ?

A comprendre (et à pardonner), à voir autrement…

J’ai entendu l’été dernier à la radio, Annie Ernaux citer une écrivaine japonaise qui disait « écrire c’est regarder les choses jusqu’au bout ». Je ne pourrais pas dire mieux, je crois.

2.Le meilleur compagnon de l’auteur ?

La ténacité, les livres, la vie !

3.Son pire ennemi ?

Lui-même.

4.Une manie d’écriture ?

Dans la pratique ? Je ne crois pas avoir encore assez de bouteille pour en avoir une !

Dans le style ? Si j’identifie un automatisme, alors j’essaie de le désamorcer.

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5.De quoi l’écriture doit-elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. » )

De l’absence de réponse, peut-être.

Que par la recherche perpétuelle, elle comble, console, accepte…

6.Comment construit-on un roman ? Son point de départ : Un plan, un message à faire passer, une obsession ?

Un visage, une émotion, une question, le désir comme le dit si bien B.M Koltès « de raconter bien, un jour, avec les mots les plus simples, la chose la plus importante que je connaisse et qui soit racontable, un désir, une émotion, un lieu, de la lumière et des bruits, n’importe quoi qui soit un bout de notre monde et qui appartienne à tous. »

7.Combien de textes proposés avant ce premier roman publié ?

Aucun, c’est le premier roman écrit aussi.

8.Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Etrangeté et joie. Le nom sur la couverture est-il vraiment le sien ?

9.Définissez-vous par :

une œuvre d’art : Toute l’œuvre de Van Gogh (j’ai grandi à côté d’Auvers sur Oise où il vécut ses derniers jours et sa chambre, ses ciels étoilés, ses portraits à l’oreille coupé, ses joueurs de cartes…ont été les seules œuvres – en reproduction – qu’il m’a été donné de voir jusqu’à mes dix ans, et quelles œuvres !. Souvenir très fort de la visite-pèlerinage en classe de CP de l’église qu’il a peinte, de l’auberge Ravoux, de sa tombe…et puis à dix-huit ans de ses tableaux vus pour la première fois «  en vrai » au musée à Amsterdam, en parallèle de la lecture des lettres à son frère…)

une première fois : celles à venir

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10.Citez trois ouvrages fondateurs

Vies minuscules de Pierre Michon

La Nuit juste avant les forêts de B.M. Koltes

Le Parti Pris des Choses de Francis Ponge

11.Le dernier roman qui vous a étonné

La jeune épouse d’Alessandro Baricco

Water Music de TC Boyle (et c’est un premier roman !)