A crier dans les ruines, Alexandra Koszelyk

24 Jan

Cinq mois que ce beau roman est sorti en libraire et que sa route continue à se dessiner autour d’Alexandra Koszelyk avec grâce et succès. Je l’avais lu au cœur de l’été, fébrilement. Il est difficile de lire les gens que l’on aime, la peur de ne pas adhérer, l’intransigeance plus forte aussi quand on les sait capable de grandes choses. Je l’ai lu et j’ai pu reprendre mon souffle. Elle a réussi. A écrire un roman, un vrai. De ceux dont certains pleurent la disparition. Du romanesque, de l’actualité, de la poésie et des êtres humains, vivants. De la littérature, donc.

Alexandra Koszelyk a écrit une de ces histoires que l’on n’oublie pas, même plusieurs mois après. C’est du talent de s’inscrire dans la tête des lecteurs, comme un bout de soi partagé.

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Deux adolescents amoureux.  Les inséparables. Tchernobyl.1986. Fuir pour survivre. Rester pour continuer à vivre. Le paradis perdu des uns ressemble à l’enfer des autres.

Ivan, resté en Ukraine. Lena, exilée en France. Comme une tentative impossible de l’oubli par la distance et la vie que l’on remplit par-dessus les traces laissées par les morsures. Sauf qu’à vouloir dissimuler les cicatrices sous des couches de chaleur, on les maintient au chaud, on entretient l’acide qui viendra les piquer le jour où l’amoncellement s’écroulera. Les enfants ne comprennent pas le jamais, seul le toujours a un sens.

Lena grandit amputée, de cette histoire qu’on lui compte du bout des lèvres, de ce bout d’elle laissée sur cette terre brûlée. Elle grandit bercée par les contes aux goûts de là-bas murmurés par une grand-mère et par les mots comme pansements.

Lena et Ivan, comme la certitude que ce qui est inscrit dans les gênes et dans les cœurs ne s’effacent pas à coup d’oubli et de sentences.

A crier dans les ruines est comme un chant que l’on aurait envie de transmettre de génération à génération, un chant long et enveloppant.  Alexandra Koszelyk questionne la résistance aux diktats et aux règles, porte aux nues la force sublime de la nature qui renvoie l’homme à sa condition de serviteur et rend hommage à la détermination tenace des êtres portées par l’amour.

A laisser les mythes aux dieux, on en oublie que des humains les ont composés. A laisser l’histoire nous filer entre les doigts, on en oublie qu’à la base il y a nous. Qu’à la base il y a des gens qui s’aiment et, parfois, passent une vie à se chercher. Alexandra Koszelyk parvient avec le talent d’une équilibriste à faire danser la vie qui s’écoule, l’importance des lieux que l’on traverse, les émotions que l’on tempère et ce monde qui nous dépasse.

Loin de se faire écraser par des références mythologiques intemporelles, foisonnantes et multiples, Alexandra Koszelyk prend appui sur eux, à les sublimer pour conter une histoire moderne et universelle, celle de deux âmes que l’histoire a cru pouvoir séparer.

L’histoire, aussi, d’une terre que la folie des hommes a cru posséder, et qui fait entendre qu’elle peut renaître. Comme l’espoir inébranlable d’un lendemain possible.

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Dans la sélection 2019 des 68 premières fois.

Rendez vous mardi pour écouter Alexandra parler écriture!

Une Réponse vers “A crier dans les ruines, Alexandra Koszelyk”

Trackbacks/Pingbacks

  1. Où l’on parle écriture avec Alexandra Koszelyk. | L'insatiable - 28 janvier 2020

    […] Embarquez, en compagnie d’Alexandra Koszelyk et de son si beau A crier dans les ruines! […]

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