Attendre un fantôme, Stéphanie Kalfon.

20 Déc

« Un silence où on ne se dit pas rien, mais où parler déborde. Ou parler c’est accepter le réel. »

La première lecture a eu lieu au creux de l’été, commencé un soir, fini un matin. Assise sur un rocher, face à la mer, le vent contre lequel il fallait tenir les cheveux et les pages. Une fois la dernière phrase lue, il y a eu ce temps d’arrêt nécessaire, que le cœur se remette du battement manqué par l’émotion de ces mots. Il a fallu se lever et marcher longtemps, le soleil commençant à réveiller les corps pour que se dissipe l’émotion des mots lus.

Cette émotion ne s’est pas échappée, elle s’est logée ailleurs. Sur une faille sans doute. Elle est revenue à la rentrée, par à-coup délicat et discret, pour rappeler que des choses invisibles se passent. Jusqu’à hier, où la nécessité m’a fait relire ce roman. En intégralité, au cœur de la nuit. Pour ensuite poser des mots dessus. A chacun ses remèdes.

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Stéphanie Kalfon arpente les méandres des êtres comme personne, elle s’approche de ces choses qui, nichées au creux du cœur, ne trouvent leurs voix que les jours de chagrins. Ces choses, Stéphanie Kalfon les regarde en face, ne se dérobe pas, oublie les stratégies d’évitement, plonge dedans sans avoir peur des abysses et de ce qu’on y rencontrera, elle fait surgir frontalement ces choses qui disent plus de soi que tous les sourires d’une vie.

Après avoir magnifiquement évoqué la puissance créatrice et ce qui compose une vie dans l’éblouissant roman Les parapluies d’Erik Satie, Stéphanie kalfon creuse le sillon de l’absent, de l’autre disparu et de l’absence à soi-même, le soi volé par une mère déficiente, qui après avoir donné la vie la retient comme un propriétaire tire trop sur la laisse.

On chemine au côté de Kate dans ce deuil, comme un voyage à accomplir ; les heures et les autres à affronter, le temps à décompter différemment. Le deuil de l’autre, mais surtout de soi, de ce que l’on a été ensemble, des possibles que l’on referme. Le deuil d’une vie à recommencer.

« Le souvenir qui lui reste, c’est l’absence de certitude d’avoir été seulement aimée. Un manque de souvenirs. Le souvenir d’un manque. »

Stéphanie Kalfon a le talent magnifique de fouiller le noir pour en extraire la lumière et livrer, ainsi, la poésie des vies déchirées.

« Car les fantômes sont les silences qui nous peuplent et nous dépeuplent. Ils sont invisibles et sonores, comme des demi-soupirs. Ils sont une absence, un manque, un raté, le bruit au loin du froissement d’un déni. Ils sont ce qu’on attend. Ici une personne, là-bas un retour. On attend des excuses, une réparation, la fin d’un mensonge, la sortie d’un chagrin. »

Il ne faut jamais oublier le pouvoir consolateur de ces livres qui, rares, sont une deuxième peau quand la première se craquelle.

Il ne faut jamais refuser la main tendue vers soi que forment les mots des autres.

Jamais.

« Mais tout ce qu’on attend d’impossible nous maintient impuissants.
Être malheureux, c’est attendre un fantôme. »

 

3 Réponses vers “Attendre un fantôme, Stéphanie Kalfon.”

  1. Mélie et les Livres 20 décembre 2019 à 11:22 #

    Pas trop aimé, moi. J’ai fait une chronique pas très sympa..

  2. HATRY Philippe 24 décembre 2019 à 11:00 #

    Bonjour Charlotte,
    Je te mets encore une nouvelle fois à contribution,
    Je me suis inscrit avec ma nouvelle adresse mail,
    Mais peux tu supprimer l’ancienne adresse.
    Merci beaucoup.
    bises

Trackbacks/Pingbacks

  1. Où l’on parle écriture avec Stéphanie Kalfon | L'insatiable - 14 janvier 2020

    […] une des romans les plus marquants de l’aventure des 68 premières fois. Son deuxième roman, Attendre un fantôme, est puissant dans ce qu’il bouscule ce que doit être un roman, dans ce qu’il vient […]

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