Par les routes ou comment tomber amoureuse d’un livre.

29 Oct

« Toujours de la même chose. La vie qui passe. Le temps qui s’en va. C’est tout simple, il n’y jamais rien de spectaculaire. Simplement les hommes et les femmes qui naissent, grandissent, désirent, deviennent adultes, aiment, n’aiment plus, renoncent  à leurs rêves, au contraire s’y accrochent, vieillissent. S’en vont peu à peu, remplacés par d’autres. « 

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Je ne pensais pas que l’on pouvait tomber amoureuse d’un livre.

Pourtant, quand on ne parvient pas à en ouvrir un autre, quand après trois lectures, on ressent toujours la même émotion à son approche, quand le voir provoque des sensations, il faut se rendre à l’évidence.

Il y a quelque chose de physique, point de rationalisation ou d’exercice intellectuel. Il a fallu que je comprenne pourquoi je ne supportais pas les critiques à son égard, comme si le critiquer était me nier.

Comprendre ce tiraillement entre l’envie de le partager au plus grand nombre et le réflexe de le garder pour soi, comme on voudrait mettre sous cloche celui qui vous aime et que l’on sait courtisé.

Mettre des mots dessus me semble compliqué, je ne sais pas comment le dire et en être à la hauteur. Amoureuse, je vous dis.

D’un livre. Je sens poindre l’inquiétude.

Habituellement de mes lectures, me restent des sensations, une impression, un sujet, des questions, parfois des réponses. De celui-là, restent des personnages, je me souviens des prénoms là où habituellement je les oublie, et des rencontres. Comme si ces êtres de papier, que certains trouvent surfaits ou peu crédibles, cheminaient à côté de moi, pas dans ma tête, pas pour quelques heures mais une vraie rencontre. Comme si ils avaient pris place dans un bout de mon corps, comme si ma vie devait être différente avec eux près de  moi.

Dire que ce livre est moi serait faux. Et quel intérêt, d’ailleurs.

Dire que ce livre est une des raisons pour lesquelles je lis est plus correct. Cette quête de réponse qui jalonne une vie, vouloir comprendre, mettre en mots et en musique. Lire pour ne pas être seule, pour ne pas se laisser envelopper dans une mélancolie tenace. Lire pour respirer un peu mieux.

Depuis ce roman, j’ai arrêté de croire que je devais grandir. Grandir induit une attente, quelque chose qui ne dépend pas de nous. Maintenant, je dis que je vieillis et que ma vie m’appartient, que la chance folle d’être bien née me donne des exigences, à ne pas la gâcher.

« Il y avait en elle une joie nouvelle dure, un peu effrayante. Et pourtant : une vraie joie. Résolue. Sincère. Féroce. La joie de l’affranchie. La joie de qui est blessé, en colère. Et de qui par cette colère se sent transporté. Galvanisé. Doué soudain d’une détermination inarrêtable. »

Ce roman est plus qu’un livre.

C’est une rencontre qui marquera ma vie, parce qu’elle me fera m’aimer un peu plus et parce que ce roman me fait croire qu’on peut m’aimer un peu plus.

Ça ne s’explique pas. Je suis incapable de vous fournir des arguments concrets, vous dire que l’écriture est d’une élégante simplicité, que ce roman vous enrobe dans des bras chauds et protecteurs tout en vous contant l’essentiel des êtres. Je pourrais vous dire qu’il me semble ne posséder aucun artifice, qu’il est grand et qu’il contient tout.

Je pourrais mais même si je poste cette bafouille ici, ce texte est pour moi. Pour tenter un début d’explication. Pour comprendre. Pour acter et pouvoir me défaire aussi de ce texte, même s’il est doux. Parce que ce blog est un journal de mes émotions fortes, et celle-là est particulièrement intense.

Je pourrais dire mille choses mais je n’y parviens pas.

Parfois comprendre est impossible, on le vit, et c’est bien.

Ce livre n’est pas qu’un livre.

C’est une réconciliation avec moi-même.

 

« Je les ai posés un à un sur l’étagère, à hauteur de regard, bien en évidence. Qu’à chaque passage devant l’étagère ils me frappent de toute leur force de rappel, de piqûre, d’injonction à l’exigence et au travail. »

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