Baïkonour, Odile d’Oultremont

24 Sep

« Pour peu, elle se situerait au même endroit que Marcus, à distance égale entre la mort et la vie. Alors elle se relève, prend conscience qu’elle n’a rien à faire couchée, se dit que quand on est vivant on se tient debout et on fait des choix. »

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Chère Odile,

J’avais, au cœur de l’été, promis de vous écrire à nouveau à la rentrée. Je venais de refermer votre livre, j’avais livré quelques mots sans prendre le temps du recul.

Les semaines ont passé, les sonneries des écoles ont repris leur rituel, la mer et les bains quotidiens semblent appartenir à un autre temps. Les jambes retrouvent l’ombre des pantalons et les gorges supportent d’être couvertes.

Mais je savais qu’Anka et Marcus survivraient à l’été. On n’oublie pas ceux qui vous aident à grandir, fussent-ils des êtres de papier.

J’avais tant aimé vos déraisons, y voyant un appel à la liberté et à sortir de ces tristes lundi. Baïkonour confirme ce cri, le rendant plus perçant car plus intime. Moins de folie derrière laquelle se réfugier, d’humour pour cacher les failles. Vous vous approchez au plus près du cœur et vous déposez dans celui des lecteurs vos mots.

J’ai rencontré Anka, un matin tôt, le soleil perçait à peine. J’étais assise sur un rocher, face à la mer. Après l’avoir longtemps regardée, j’ai ouvert votre roman et j’ai été saisie. Comment est-il possible qu’une autre pose des mots sur ce que je vivais ? Comment une autre pouvait elle décrire ce rapport à la mer qui m’étonne moi-même, la fille de l’est ? L’autre, c’était vous. J’avais l’impression que vous étiez à côté, juste à côté et que vous me souffliez votre histoire à l’oreille. C’est ainsi qu’il faut l’entendre votre histoire, comme un chuchotement. Je crois que les mots doux et bas sont ceux qui laissent plus de trace, qui s’infiltrent au plus profond, poursuivant le chemin en soi, longtemps après qu’ils aient été prononcés.

Il y a dans votre roman le chemin vers l’autre, la sortie de la solitude que l’on traine tous. Il y a les compromis qui un jour vous éclatent à la gueule à force de l’avoir trop muselée cette gueule. Il y a les figures qui aident à grandir mais contre lesquelles il faut se cogner pour devenir soi. Il y a la consolation aussi des deuils inéluctables et des histoires gâchées. Il y a le souffle vers demain.

Il y a des choses que je ne dirais pas dans cette lettre, que je garde pour moi, elles diraient des choses que je ne suis pas prête à accepter.

Je souhaite à ce livre de rencontrer d’autres yeux, à vos mots d’atteindre d’autres cœurs. Parce que je sais qu’il ne peut pas en être autrement, tant ils sont beaux.

Je vous embrasse.

Je n’ai, à nouveau pas utilisé le tu, certains choses se disent à distance, avec déférence aussi.

« On ne crache pas, personne ne crache, sur l’espoir. »

 

 

(Ci dessous la première lettre écrite en juillet, le jour de la lecture)

Chère Odile,
Je m autorise ce chère, quand un livre me porte, j ai la sensation de faire une vraie rencontre et je crois qu à partager un après midi en détention, on se lie au moins d un moment unique que l’extérieur ne peut saisir.
J’ai, ce matin, refermé votre (peut être étions nous passées au tutoiement mais l admiration me fait faire un pas de recul) Baikonour, il était 7 heures, face à la mer. Je l ai gardé dans mes mains un moment, j ai levé les yeux, j ai respiré et j ai laissé des larmes couler, oh pas les douloureuses, celles qui apaisent. Je crois que la littérature est plus grande que la vie, et que précisément c est pour cela qu’elle nous élève et nous aide à avancer. Votre roman a dit tant de choses de moi, ce chemin vers soi, coûte que coûte, ce souffle de liberté que seule la mer offre. Comme si votre roman était une invitation ou une main tendue. Il est question d’un rapport obsessionnel à la mer, en ce qu’elle peut tout. Il est question de choix de vie, d’espoir, du pas à faire vers l’autre et de ces chemins que l’on ne veut plus suivre au risque de crever d’ennui. J’ai aimé rencontrer Anka et Marcus, j’ai aimé me sentir posséder par l’océan en pensant à eux. Je vous écris de vacances, je vous écrirai à nouveau à la rentrée quand le quotidien aura repris sa valse, que la mer sera à plus de 200 kilomètres et surtout quand votre livre pourra être lu par d’autres pour les sauver un peu, aussi. Je vous embrasse. Charlotte.

Une Réponse to “Baïkonour, Odile d’Oultremont”

  1. Hovette 24 septembre 2019 à 10:39 #

    Quelles jolies lettres, je l’ai acheté , vous me donnez tellement envie de le lire!!! Merci

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