Si on parlait écriture avec Jean Baptiste Andréa?

12 Sep

Jean Baptiste Andréa livre, en cette rentrée, un roman ambitieux où se mêlent l’essence de l’intime et les grands espaces, l’homme face à ses rêves et les blessures d’enfance. Cent millions d’années et un jour est un roman qui compte et doit compter!

Et quand Jean Baptiste Andréa parle d’écriture, c’est avec autant de profondeur et de sincérité!

Cent-millions-d-annees-et-un-jour

Ecrire, à quoi ça sert ?

Je me pose souvent la question, surtout quand quelqu’un a une crise cardiaque dans un avion. J’ai remarqué que le pilote ne demandait jamais « Y a-t-il un écrivain dans l’avion? »

Ecrire, et plus généralement l’art, ne servent à rien. Bien sûr, on peut leur trouver une utilité évolutionnaire, ethnologique ou scientifique. Raconter, par n’importe quel biais, a permis de meubler les heures gagnées sur la nuit à l’invention du feu. Raconter a permis le développement de l’abstraction, et donc aidé à l’évolution de l’homme. Mais les fourmis n’écrivent pas, les souris ne peignent pas, et elles se portent très bien sans cela. Les scorpions sont antérieurs à l’homme et lui survivront sûrement. Ecrire  est un élément de l’évolution, mais pas un élément vital. Il suffit de voir la façon dont nous traitons notre planète pour comprendre que l’art n’est pas parvenu à amener l’homme si loin que ça.

L’art ne sert à rien, donc, et c’est ce qui est magnifique. Car si l’art ne sert à rien, pourquoi écrire, peindre, sculpter, chanter? Parce que toute forme est d’art est l’intuition de quelque chose de plus grand que nous. Appelons-le dieu, univers, force vitale, peu importe. Cette intuition, cet appel à ce plus grand que nous, peuvent changer le monde. Tout ceci n’engage que moi, bien sûr.

Le meilleur compagnon de l’auteur ?

Un chien et une tasse de café.

Son pire ennemi ?

Le confort, mais c’est le confort qui permet d’écrire. Un paradoxe permanent assuré de nous rendre fous. C’est pour ça que les écrivains sont en général un peu bizarres. Entre autres.

Une manie d’écriture ?

Je ne sais pas vraiment ce qu’est une manie d’écriture. Faire trois fois le tour de son fauteuil avant d’écrire? Ca doit vouloir dire que je n’en ai pas. Ma seule manie d’écriture est d’écrire, c’est déjà assez contraignant.

De quoi l’écriture doit-elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. » )

 De l’annihilation par notre propre ego. On en revient à la première question.

800px-Leonardo_da_Vinci_-_Virgin_and_Child_with_St_Anne_C2RMF_retouched.jpg

Comment construit-on un roman ? Son point de départ : Un plan, un message à faire passer, une obsession ?

Il y a autant de réponses qu’il y a d’auteurs. Je crois que la seule chose importante, c’est d’avoir quelque chose à raconter, ce qui correspondrait au « message » ci-dessus, à ceci près que le mot peut avoir une connotation morale un peu pesante. Raconter une histoire qui nous fait changer notre regard sur le monde, même sur des points de détail, c’est déjà beaucoup.

Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son roman, publié entre les mains ? quel rapport aux regards des autres sur ses écrits ?

Il y a toujours un long travail qui fait que quand on a son roman entre les mains, on a tellement travaillé sur tout, le texte, la mise en page, les corrections, la couverture, la quatrième, qu’on ne peut plus le voir en peinture. Bon j’exagère un peu. Beaucoup, même. On est fier, très fier, soulagé, peut-être même a-t-on un petit baby blues. Mais le moment immense, pour moi, c’est quand mon éditrice dit « oui ». Le rapport au regard des autres est en général très simple, soit on t’adore, soit on te déteste, et vingt ans dans le cinéma m’ont appris à prendre les deux avec du recul. Et si on écrit d’abord pour soi, on écrit aussi pour être lu, encore un des paradoxes de l’écrivain. Le livre n’existe pas sans le regard des autres. Une chose est sûre: lorsque tu sens que quelqu’un a compris, vraiment, profondément ce que tu veux raconter, c’est un lien intime et merveilleux qui se créé, et qui te fait oublier toute la sueur, le sang et les larmes.

Si vous étiez :

            – une œuvre d’art : la Vierge, Sainte Anne et l’Enfant Jésus de Leonard de Vinci, devant laquelle j’ai passé des heures et des heures. Personne n’a jamais capturé une telle grâce dans des visages. Je ne parle même pas de la composition. Et ça ne sert à rien. A part à sortir de nous-mêmes.

            – un mot : prestidigitation. Un roman est une illusion.

            – une chanson: Estranged, de Guns’n’Roses. On peut faire plein de bêtises sur cette chanson.

            – une première fois: la soixante-huitième!

Citez trois ouvrages fondateurs

Joker. Je ne peux pas isoler trois ouvrages dans ma vie, dans la vie, je m’en voudrais sitôt l’interview finie, je voudrais en rajouter.

m_59294f37a202e3_59556055

Le dernier roman qui vous a étonné

Le Guépard de Giuseppe Tomasi. Il m’a fait pleurer, il est d’une beauté sublime. En général, mon passé cinématographique me permet d’analyser et de démonter les ressorts, les techniques d’un récit, mais là et je n’y arrive pas. Tout a l’air si simple, presque aléatoire. C’est comme un tour de magie. C’est l’essence du génie.

 

Publicités

Une Réponse to “Si on parlait écriture avec Jean Baptiste Andréa?”

  1. Autist Reading 13 septembre 2019 à 14:47 #

    Merci beaucoup d’voir partagé cet échange qui me fait découvrir un auteur que je n’ai pas encore lu. (il y a eu un bug, il se peut qu’il y ait doublon),

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :