Banc et baskets.

4 Avr

Les baskets étaient restées dans le meuble, déposées là à un retour de footing, délaissées plusieurs mois.

Ce matin, il fallait qu’elles retouchent terre ; à ne plus supporter son corps, l’astreindre et le faire souffrir.

Le même parcours, oublié pendant quelques semaines.

Longer le cimetière, à peine poser le talon pour ne pas réveiller ses habitants. Rejoindre la rivière, le parc désert des enfants qui viendront dans quelques heures faire d’une aire de jeux un bateau pirate ou un château fort. Prendre une grande respiration, regarder l’autre rive et sourire devant la maison bleue. Passer le long du stade qui n’entend plus résonner que les échos des voix de ceux qui ont escaladé les grilles pour défier la nature qui recouvre tout, ronces et lierre ont pris possession des gradins, la pelouse a repris de la hauteur.

Un peu plus loin, une résidence et son nom Front de Sarthe.

A peine vue sur rivière. Point de vacances, encore moins de mer, l’un de ces noms ridicules dont on affuble les lieux où la vie s’écoule différemment, où la liberté n’a plus de prise, n’est plus de mise, réduites à des murs, à peine une cour. Un arrêt de bus au pied permet aux trop rares visiteurs de s’y arrêter facilement, je l’imagine mis en avant dans la brochure qui vante l’endroit.

Sur le banc, dans l’abribus, il se tient là, un sac posé à ses côtés, abimé à ses coutures, trop plein de ce que sa tête ne retient plus. Je sais qu’à mon retour, deux bus auront passé et son chapeau n’aura pas bougé. Ce soir, il rentrera n’attendre personne, pas même le bus. Ou attendre sans cesse que le temps passe.

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Crédit photo: Sabine Faulmeyer

Je le salue, il me regarde avec étonnement, indifférence peut être. A quelques mètres, un panneau routier signale leurs présences comme on fait d’une école ou d’un sanglier. A quoi les apparente-t-on ?

A bien y réfléchir, ce panneau devrait disparaître ou être apposé sur chacun, attention fragile. Y a-t-il un moment où l’on cesse de l’être ?

J’accélère. Quand je passe à nouveau devant lui, les épaules tirent davantage, le pas se force, les muscles se crispent. Les pulsations me montent à la tête, l’acide lactique à l’œuvre dans les jambes. Je m’en fous, je continue, me fixe des objectifs ridicules, ne pas s’arrêter avant l’angle de la rue à venir au risque qu’un projet rêvé ne se fasse pas, me faire du chantage à moi-même.

Et penser à lui, sur son banc. A n’attendre plus rien.

Allez viens, on court à se faire éclater le cœur.

Ou on s’assoit sur un banc.

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