Maritima, Sigolène Vinson.

28 Mar

« Vestiges d’un monde qui carburait, les usines abandonnées qui bordent ses rives projettent leur ombre sur la paroi d’une falaise calcaire. Le dernier homme est là pour assister au crépuscule : sous les étoiles, se faisant l’effet d’un étranger à sa propre planète, il se sent enfin apaisé. »

Ils sont de ces petites vies comme le qualifieraient certains prétentieux. Ils sont ceux qui chaque matin se lèvent pour aller donner leur corps à cette usine qui les tuera, à tenter d’avancer, parce que c’est ce qu’il faut à ce qu’il parait. Ils sont ceux qui cherchent un but au pied posé chaque matin. Joseph et son silence en construction, Emile et ses petits-fils, Antoine et son intelligence folle, Jessica et son incapacité à bien aimer ou encore Sébastien et le regard qu’il cherche, Ahmed et le benzène, et les autres avec la politique à hauteur d’hommes, les gens à sauver juste à côté. Il y a eux, et il y a lui, l’étang de Berre, et les trésors qui le peuplent, entouré des monstres d’acier, faisant fi du calen qui tente de lui enlever, venant taper ses vagues contre une ville fantasmée, ressemblant fort à Martigues.

Il y a tout cela, et il y a la plume de Sigolène Vinson, cette tendre délicatesse, cette colère assourdie du monde fou. Mais il y a de la lumière surtout, celle du soleil du Sud et des corps chauds, celle de l’attention portée à l’autre.

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Il faut prendre le temps de lire Maritima, bercée par la densité du roman, cette écriture resserrée autour des sensations, des couleurs et des odeurs. Ressentir. Regarder vivre. Se décentrer pour être prêt à la rencontre.

Maritima devra faire date, parce qu’il a la force naturaliste et sociale d’un classique, parce qu’il dit quelque chose de notre époque, mais qu’il rappelle que quel que soit le décor, on se débat tous entre rêve et réalité, envie et besoin, pour se frayer une place, près d’une canne à pêche ou dans un poste envié. Il dit quelque chose et c’est beau, de l’humanité qui parcourt les êtres de ce roman, de cette beauté qui inviter à regarder la nature, même là où l’homme la maltraite.

Je me prends, depuis sa lecture, à regarder sur le bord de l’eau, à chercher Joseph. Je regarde dans les hauteurs des tours si l’ombre de Jessica passe devant la fenêtre. C’est un roman qui fait se lever la tête et ouvrir les yeux, parce qu’on se dit qu’on les rencontre partout ces personnages mais qu’ils demeurent invisibles si on ne s’y attarde pas. Il faut du talent pour les magnifier, Sigolène Vinson en a. Parce qu’avec ces yeux clairs, elle scanne le monde et le livre dans ses romans, dans celui-ci particulièrement.

On se prend à y penser souvent après la lecture, à sourire parfois, à avoir le cœur serré à l’évocation du banc des Vieux.

Les précédents romans de Sigolène s’apparentent à des quêtes où l’art peut sauver de la vie qui hoquette et d’une sensibilité qu’on ne sait pas contenir. Maritima est un apaisement, à regarder le gens vivre, on comprend que c’est la douceur et la tendresse qui donnent un sens à ce bordel.

Juste, être ensemble.

On pouvait être à ce point malheureux ou heureux qu’on serrait fort les autres, objets de nos passions, jusqu’à ne plus pouvoir s’extirper de la situation.

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Souvenir d’une animation de rencontre, quelque part non loin de Joseph et Emile…

D’autres, avant moi, parlent (et mieux que moi) de Maritima, filez les lire: Nicolas et le si beau chemin de bibliothèque de Sigolène, Nicole ou Virginie.

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