200 mètres nage libre, Pauline Desnuelles.

27 Juin

Cette chronique aurait pu être à nouveau une lettre à mes enfants, prendre le parti de ne plus faire d’article que par ce prisme, tant cette forme dit beaucoup du fond, de l’essentiel saisi dans mes lectures.  Après m’être posé une énième fois la question de la nécessité d’écrire ici, aussi épisodiquement, alors que la raison d’être d’un blog est une sorte de rendez-vous réguliers, mon carnet a eu envie de faire sortir les mots qu’il contenait. Non par besoin d’être lu mais simplement pour échanger une expérience de vie, car c’est cela la lecture et ce qu’elle doit être : une expérience sur nos vies, une incidence sur nos vies.

« Il a tout aimé de ces journées d’apprentissage. Il s’était senti investi d’une mission. Cela aurait pu être ça, sa place dans le monde. »

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Le titre. 200 mètres nage libre.

Le bandeau : une photo de vague.

Dès les premières pages, elle est là.

Dans sa puissance et son attraction.

Dans la force et le pouvoir qu’elle est capable d’exercer sur nos corps d’humains.

Dans ce qu’elle peut sauver et perdre, faire vivre et tuer.

La mer.

Face à elle, il y a Liam.

Liam et sa douleur.

Liam et son exil  au Cap-Vert pour se consoler d’un chagrin trop fort.

Liam et ce questionnement incessant d’être au monde, à la juste place.

Pauline Desnuelles dresse la valse d’une errance, par petites touches sans entrer dans le fond du tableau, en y glissant les couleurs et en accentuant les sensations. Elle laisse la place au lecteur pour s’insinuer dans les vagues, pour éprouver la solitude et la difficile construction d’une vie quand les espoirs sont minimes.

En sus de partager les sentiments humains, Pauline Desnuelles interroge sur ces terres où le rêve des enfants qui y grandissent n’est que de les quitter pour s’arrimer aux grandes villes occidentales, avec la croyance que le mieux est lointain.

« Avoir un enfant de soi, un jour, né de lui, de son corps, ce ne serait pas raisonnable. Juste beau. Se sentir lié un jour, par une membrane invisible. Sans élan de possession. Pour toujours. »

Dans son premier roman, Au-delà de 125 palmiers, on trouvait déjà ce pouvoir d’évocation, cette puissance des romans courts qui par le biais de quelques jours dans la vie d’un personnage vous tendent un miroir et vous habitent ensuite, comme des cailloux que l’on veut amasser avant d’oser.  Et il y avait cette mer puissante et sauveuse, qui semble remettre les gens face à leurs essentiels.

Après plusieurs semaines de lecture, ces deux romans me tiennent encore, j’y pensais en nageant dans l’océan ce weekend, dans ce qu’ils disent des questionnements universels. Découvrir un nouvel auteur a toujours une saveur particulière, comme de rencontrer un ami qui vous reconnaît et vous comprend, un ami singulier qui par ces mots vous rassure, vous console et parfois vous murmure d’oser.

Et dans ce 200 mètres nage libre, surtout il y a cette phrase, comme une déflagration. Parce qu’à cet instant de lecture, elle était moi et que la puissance de la littérature est vertigineuse.

« Qu’est-ce qui t’arrive ? Ca va ?

– Ca va. Je perds pied. »

 

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