Lettre à Thibault.

13 Mai

Que le temps passe vite entre deux articles sur ce blog. Le temps file pour tous pareil et pourtant, je n’arrive plus à le saisir vraiment, à trouver ce souffle d’écrire et de partager, comme s’il fallait courir et ne pas s’arrêter. Il y a de cela dans les blogs, prendre le temps de poser les choses, de les dire et de les donner à qui voudra les lire. Il me manque ce temps. Et parfois, on parvient à le trouver. Pour l’essentiel. Moi la pudique, j’ai besoin de poser ces lettres ici, ne pas les laisser dans un cahier que je pourrais être tenté de jeter ou de dissimuler. Comme des petits cailloux, je les sème pour être certaine de ne pas me perdre.

Mon Thibault,

Il est des lettres que l’on écrit à soi même, l’autre n’étant qu’un filtre que l’on utilise afin de tenir éloignée la vérité trop nue. Je t’écris depuis ta naissance, en secret ou en pensées. Tu as eu un an, un an de premières fois, des jolies et des incroyables, des douloureuses et des que l’on oubliera. Je ne suis pas nostalgique de cette année, pour ta sœur déjà j’étais heureuse de cette première bougée soufflée, les regrets viendront je plus tard quand j’aurai compris que le doux était à son paroxysme et que la veille était finalement si douce.  Il y a un an et demi lorsque fièrement la dame qui s’assurait de ton évolution dans mes entrailles m’a annoncée : c’est un garçon ! J’ai pleuré. De joie, a-t-elle pensé. De peur pourtant. Chaque destinataire de l’annonce s’extasiait, le choix du roi, ton Papa avait la tête haute de ce petit boy qui allait marcher sur ses pas. Moi, j’avais peur, décontenancée de porter un garçon, transie par la peur de ne pas réussir à t’accompagner, de ne pas savoir. Tu as décidé que tu allais m’apprendre que la douceur est la même, que la nuque dans laquelle je me réfugie a la même chaleur. Freud disait que l’on devenait mère en enfantant un garçon, je trouvais cela ridicule alors pourquoi étais je tant troublée ? L’amour et l’éducation se diffusent de la même façon quelque soit le genre qui le reçoit. Tu étais le second pourtant, ta sœur avait éprouvé mes réflexes de Maman, avait précisément fait de moi une Mère. Dès ta naissance, tu es arrivé sur la pointe des pieds me démontrant qu’enfanter pouvait être magique, là où le souvenir n’était que douloureux. Depuis un an, tu fais tomber chaque barrière que je m’étais érigée, tu balances tes sourires en gage de tendresse, réclame des baisers et des câlins. J’ai douté avant de te rencontrer, est il imaginable d’aimer démesurément plusieurs fois ? D’être prête à écraser tous ceux qui roderaient autour de toi, moi la pacifiste?

Aujourd’hui, j’en ai la certitude, mon amour, mon petit homme, que l’on aime autant.

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Crédit photo: Sabine Faulmeyer

 

Liras-tu cette lettre un jour ? Fortuitement peut être, je ne suis pas certaine de parvenir à te la donner. Mes doutes te pinceront le cœur, il ne le faudrait pas. Les doutes, tu les rencontreras, ta sensibilité te poussera à les affronter, mais ils ne seront là que pour te révéler l’essentiel. Et te concernant, aie la certitude que tu es aimé, et que tu l’es sans borne possible.

Je ne sais pas pourquoi on fait des enfants : pour ne pas être seul ? Pour avoir la certitude d’être aimé, même mal, même de loin parfois ? Pour exister un peu plus ? Pour ne pas être oublié tout de suite ?  Il est étrange de donner la vie, de passer son énergie et son temps à tout donner et dans le même souffle se dire que je t affligerai l’un des déchirements les plus douloureux de l’existence le jour où la terre me recouvrira. Mettre un enfant au monde, c’est se confronter à sa propre fin, tout en ayant l’impression de se remplir et d’être invincible tant que rien ne t’arrive.

Tes éclats de rire envoient tout valser, les questions et le gris. Tu es l’instant présent : t’entendre t’esclaffer avec ta sœur, Adèle ton premier mot. Celle que tu cherches à chaque instant. Je ne suis pas capable de me sentir fière de beaucoup de choses mais t’avoir offert (vous avoir offert) la présence d’un autre m’enchante. Je ne peux préjuger de vos rapports, pour le moment ils sont admiratifs et complices, drôles et innocents. Elle, l’exclusive, a toujours su te laisser ta place, te protège et te répète à longueur de temps qu’elle t’adore tant. Je te souhaite de trouver en elle ta meilleure amie. Je n’ai pas la recette, je ne sais pas comment préserver le beau et les êtres chers mais tu y parviendras, la profondeur de ton regard en est le gage.

Tes yeux liront ils ces lignes ? Que doit-on dire à ses enfants ? Quel portrait dresser de la mère que l’on est ? Ne pas taire les errances ou au contraire ne pas risquer un orteil hors du piédestal sur lequel tes yeux d’enfant me hissent ?

Se sent on moins aimé à connaître l’épuisement des premiers mois ou les doutes sur sa capacité à être la mère idéale ? Je ne le crois pas. N’est on pas plus fort de savoir qu’en dépit de tout, on est aimé, pas une seconde de regret de la vie d’avant, elle n’a même plus de contenance cette vie sans vous. Savoir que de manière inconditionnelle on est aimé. Alors, sache le mon Thibault.

Serai je une de ces mères qui appelant leur progéniture usent d’un « mon fils » qui recouvre tout et ne laisse de place à personne ? 

Sache le, Thibault. Même les jours de tempête, de cernes noires, de pourquoi, de mon corps s’accroupissant derrière la porte refermée, les larmes ne pouvant plus être contenues. Elles ne sont pas amères ces larmes. Elles sont celles que les mères portent toute leur vie et qu’il faut laisser s’échapper parfois.

Mais jamais, non jamais, elles ne sont contre toi.

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Illustration Ilya Green

 

Chaque jour, je redécouvre tes sourires et tes envies, ton caractère qui s’affirme et ton émerveillement avec un bonheur intact. On dira mille choses sur la maternité. La seule chose que je peux affirmer c’est que sans toi, sans Elle, je ne serais pas moi, vous avez comblé des failles et si parfois la solitude m’attire, elle ne fait pas le poids. Il me faut entendre vos voix au loin, tes mains sont trop douces pour que je veuille les lâcher.

Tu as eu un an mon Thibault. Je te souhaite un chemin doux, je tâcherai d’éloigner les pièges et les trous. Et si tu tombes, retourne toi, je ne suis pas loin. Quoi qu’il arrive.

Au moment où je finis cette lettre, je t’entends. Et je comprends précisément pourquoi on fait des enfants, pour ce regard qui se lève vers moi, ces yeux qui s’illuminent quand la mère entre dans la pièce, ces bras qui s’ouvrent sur moi. Etre l’unique. La seule à savoir border les chagrins d’enfants pour qu’ils ne vous bouffent pas et bercer les nuits troublées. Et si le premier pas est égoïste, enfanter pour avoir la certitude d’être quelqu’un. Le second est tout autre, la seconde où tu as posé ton premier regard sur moi, j’ai su que tu étais l’unique. Comme Elle est l’unique.

Mon Thibault. On va danser la vie, l’affronter à coups de câlins et te construire mille souvenirs. Et chaque jour, je vais tenter de remplir la boîte à confiance, celle que l’on porte en soi et qui se doit d’être toujours remplie au risque d’avancer en cahotant.

Allez, viens, on y va ! On va croire aux licornes, mon Thibault !

3 Réponses vers “Lettre à Thibault.”

  1. lucie38 14 mai 2018 à 12:02 #

    sublime, tellement émouvant.

  2. Delphinesbooks 14 mai 2018 à 14:08 #

    Bon je suis au bureau et j’ai envie de pleurer d’émotion et d’écrire à Mon fils

  3. Katie 25 mai 2018 à 10:29 #

    Quelle sensibilité dans ce texte émouvant de part la sincérité qui s’en dégage.

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