Si on parlait écriture avec Caroline Laurent ?

19 Jan

Ce roman, Et soudain la liberté, est plus qu’un livre pour moi. C’est une rencontre, un hymne, une naissance. Une autorisation aussi à devenir. Il est lumineux, porteur avec la liberté en étendard. Une émotion vive encore plusieurs mois après la lecture, et les relectures, un frisson dès que la couverture glisse sous mes yeux. Il aurait du rejoindre l’étagère des fondamentaux, il n’a pas quitté ma table de nuit, en lisant des passages parfois, comme un doudou dont on a besoin pour s’endormir.

Merci, Madame Pisier, d’avoir été le souffle de Caroline Laurent et de l’avoir guidée vers nous, à travers une écriture troublante et une sensibilité magnifique. Merci pour votre vie, nous tâcherons d’en être à la hauteur, Caroline Laurent l’est déjà.

 

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Ecrire, à quoi ça sert ?

J’imagine que l’on pourrait répondre « à rien, donc à tout »… Pour moi, écrire c’est fixer la vie dans son mouvement. La chose pourrait sembler contradictoire (comment fixer un mouvement ?) mais c’est la magie même de l’écriture. Ceux que nous aimons et qui sont morts, ceux qui ne sont pas encore nés et que nous aimerons, ceux qui seront pour toujours des êtres de fiction, des chimères, des inventions, mais qui existent en nous, tous ceux-là, grâce à l’écriture, vivront d’une vie inattaquable et libre. Ecrire, c’est toujours un peu défier le Temps…

Le meilleur compagnon de l’auteur ?

La nuit. La nuit qui nous offre le silence, mais un silence habité, plein comme un œuf, vivant. J’ai besoin de solitude pour écrire – « solitude », le terme n’est pas très juste, il faudrait un mot pour dire ce moment choisi où on se retire du quotidien sans se retirer du monde pour autant. « Retraite » est connoté religieusement… « Solitude » comporte une forme de tristesse, de mélancolie. Au beau milieu de la nuit, on peut être à la fois exactement soi et un autre. Oui, la nuit nous rend à un état étrangement contemplatif et sauvage, qui est l’état même, peut-être, que l’on cherche en écrivant.

Son pire ennemi ?

La complaisance.

Une manie d’écriture ?

Je suis une grande frileuse. Chaque fois que je me trouve devant l’écran ou la page blanche, j’ai besoin de sentir la chaleur, quitte à m’enrouler dans des plaids et des pulls informes !

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De quoi l’écriture doit-elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. » )

Du gouffre de l’absence de sens. Une vie, c’est toujours le même petit tas de questions : pourquoi suis-je sur terre ? à quoi bon exister ? qu’ai-je fait de mon temps ? ai-je réussi, aimé, construit quelque chose ? le monde aurait-il été le même sans moi ?

Ecrire permet de faire du vide une matière inépuisable.

Comment construit-on un roman ? Son point de départ : Un plan, un message à faire passer, une obsession ?

« Et soudain, la liberté » est un livre si atypique… Dans mon cas, il est né d’un coup de foudre amical et d’une promesse, lancée comme un défi à la mort.

Combien de textes proposés avant ce premier roman publié ?

L’éditrice ne peut répondre à cette question !

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Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

J’ai eu le sentiment d’une brûlure. Lorsque l’on m’a apporté le livre « physique » pour la première fois, je ne voulais ni le toucher ni l’ouvrir. J’ai d’ailleurs mis plusieurs semaines avant de pouvoir le manipuler. C’est très étrange, un peu caricatural, j’en ai bien conscience. Mais c’était plus fort que moi. J’avais peur. Je craignais les sortilèges que le livre renfermait.

Définissez-vous par :

  • une œuvre d’art : « La petite danseuse » de Degas.
  • un mot : élan.
  • une première fois : Un déjeuner d’adultes chez des amis de la famille, alors que je devais avoir 6 ou 7 ans. Je savais déjà lire, mais je n’avais jamais rien lu de « sérieux ». Pendant que mes parents bavardaient au salon avec leurs hôtes, j’avais obtenu l’autorisation de jouer dans le bureau-bibliothèque. Sur les rayons du bas s’alignaient des livres à la tranche rose… J’ai sorti un livre (en cachette) : Les Malheurs de Sophie, de la Comtesse de Ségur… Quand mes parents sont venus me récupérer, j’avais terminé le livre. Je me souviens encore de l’état dans lequel j’étais : excitation, joie, sentiment de transgression… J’ai lu ensuite tous les romans de la fameuse Sophie Rostopchine avec délices – quand j’y repense aujourd’hui, je me « gourmande » moi-même (comme diraient les héros de la Comtesse), tant la vision du monde présentée y est « réactionnaire » !

Citez trois ouvrages fondateurs

Difficile… Il y en a plus de trois, mais enfin, je tente.

  • Madame Bovary, Flaubert
  • Voyage au bout de la nuit, Céline
  • Une saison en enfer, Rimbaud

Le dernier roman qui vous a étonné

Souvenirs de la marée basse, Chantal Thomas.

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