Lettre à la petite fille que j’étais sur les 68 premières fois.

22 Déc

J’aurais pu faire un résumé factuel, un billet rempli de merci sans saveur, comme ces merci que l’on répète à longueur de journées en oubliant le vrai sens. J’aurais pu faire une nouvelle lettre à Adèle. Depuis vendredi, je cherche comment vous raconter la soirée de clôture des 68 premières fois, je n’ai trouvé qu’une lettre à la petite fille que j’étais, vénérant les auteurs, n’imaginant pas les approcher un jour. Je n’ai vu qu’elle parce que ce 15 décembre, c’était elle qui était là, les yeux émerveillés de ce qui lui arrivait. Je ne me souviens pas de mes rêves d’enfants, de ce que je voulais faire et devenir ; une chose est sûre c’est que jamais la petite fille n’a rêvé à cela, et que finalement, les rêves d’adultes, c’est beau aussi.

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 Ma petite Charlotte,

Je ne trouve plus les surnoms dont on t’affublait, peut-être n’y en avait-il pas.

Il est étrange d’écrire à l’enfant que l’on a été, une supercherie pour ne pas avoir à dire les choses de manière frontale ou un détournement pour atteindre son but.

Je n’ai trouvé que cette forme là pour parler de cette année des 68 premières fois. Je ne parlerai pas du reste de ma vie, ce serait trop long et tellement fou, avec l’arrivée de ce petit garçon. Tu n’imagines pas, enfant, ce que c’est de devenir mère, tu le dessines, l’imagines, te prends à rêver à la vie des grands sans en comprendre le sens et le goût. Tu joues parfois à la poupée, au papa et à la maman, te contentant des choses du quotidien, délaissant aussi rapidement ce poupon que tu chérissais la minute précédente, sans imaginer une seconde la féérie de ces instants et l’abysse des doutes. Tu apprendras chaque jour, te demandant quasi quotidiennement comment tu as fait pour en arriver là, pour pouvoir dire : mes enfants, les regarder vivre en dehors de toi avec toujours cet étonnement.

On en parlera plus tard si tu veux. Je voulais te raconter autre chose, cette aventure qui a pris naissance spontanément, sans que je ne le décide ni ne l’imagine. J’aimerais avoir une belle légende à raconter quand on me demande : mais pourquoi et comment ? Je ne peux que répondre : c’est grâce aux autres.

Tu vas grandir, ma petite Charlotte, te prendre des murs, croire que tu peux changer le monde à 18 ans ou au moins le gouverner, tu découvriras un monde des affaires qui t’effraiera. Il faudra que tu en passes par-là, il est trop tard pour faire demi-tour. Essaie de ne pas trop t’abimer, oublie ce ventre qui te torture, il y a du merveilleux juste derrière.

Un jour, tu découvriras le regard que certains peuvent poser sur toi, et crois-moi, il n’y a que cela qui fait grandir, le regard de l’autre quand il est empli de bienveillance et de respect. Les regards de ceux que tu admires et qui se pose sur toi, pas sur ton voisin ou celui juste derrière, sur toi sont une force, essaie de ne pas douter même d’eux, ne cherche pas à comprendre, à t’en défaire; cesse de dire qu’ils ne peuvent pas t’être destinés. Reçois les comme un cadeau et savoure.

Je me souviens de toi, regardant les livres comme des reliques, les piles dans la maison, les histoires avant de s’endormir. Ils sont là en permanence. Tu les vois en haut de ces étagères, inaccessible. Tu n’oses pas prendre de chaises, fais attention tu risques de tomber, alors tu les regardes, et tu commences à leur vouer un culte, pas celui du dimanche matin avec bougies et paroles trop fortes, un culte discret et intime. Tu te dis que les gens qui écrivent sont des êtres magiques et inatteignables. Tu les chéris. Tu n’oses pas, même toi, petite, les approcher dans les salons, déjà une pudeur et une réserve .

Tu n’imagines pas encore qu’un soir de décembre tu te retrouveras avec une trentaine d’entre eux, juste à côté de toi, qu’il te faudra leur poser des questions, toi qui n’oses toujours pas aller les voir en salon, le face à face impossible. Tu n’imagines pas mais tu le feras sans flancher, en y pensant jour et nuit pendant plusieurs semaines, mais sans flancher. Tu seras incapable de te juger mais les retours des gens autour te diront que tu as eu raison d’y croire et que tu as réussi.

Pour la première fois peut être, tu oseras te dire que tu es fière de toi, non pas pour ce que tu as accompli mais fière de mériter ce regard qu’il pose sur toi ; Ne t’abuse pas, tu n’es pas la seule destinataire, peu importe, prends les, nourris en toi, garde les et tu te rendras compte qu’ils te feront grandir.

Je ne devrais pas t’en parler, ma toute petite à préserver, pourtant cette aventure t’emmènera aussi derrière des murs très hauts, éloigne des oreilles d’enfants, tu découvriras bien assez tôt le sombre ou les mauvais choix. Tu auras la chance d’accompagner ces êtres d’exception (cette année, ils étaient 4, Maelle, Gilles, Marie et Anaïs) derrière les murs d’une prison, et ces instants-là, je ne peux pas te les raconter. Même en essayant, je ne tomberais pas juste, les mots ont une autre résonnance là-bas. Tu sais simplement que ces instants marqueront ta vie dans leur intensité, l’émotion sans filtre et dans ta capacité à croire que la littérature sauve le monde.

Et si elle n’a pas cette capacité, alors au moins, elle te sauvera toi, de l’ignorance et du sombre, de l’inutile et de l’ennui. Elle te fera croire aux licornes et aux fées, au beau et à la magie des histoires.

Si la quête d’une vie est de trouver sa place, je peux t’assurer, ma toute petite, que ce soir-là et dans ces instants uniques, tu ne voudras être nulle part ailleurs. Tu laisseras de côté tes doutes et ton perfectionnisme, tu oublieras les questions qui tordent les tripes en pleine nuit, qui font arrimer des larmes à tes yeux verts, tu oublieras et tu vivras.

Conserve toujours cette magie et cette fébrilité, cette fragilité face aux autres, c’est un atout, sers toi en. Tous les sacrifices ou les doutes valent la peine quand tu vis cela.

Au final, tu chercheras autre chose, mais il n’y a que Merci qui illustrera ton propos. Tu voudras le prononcer à chacun d’entre eux, parce que ce soir là et durant toute cette année, ils ont fait vivre la petite fille aux yeux émerveillés et qui continuera à rêver plus fort.

Je t’embrasse ma toute petite, et n’oublie pas de mettre ton soulier au pied du sapin, je t’assure que le Père Noel existe!

Merci Jean-Baptiste, Catherine, Cécile, Vanessa, Sébastien, Marie, Timothée, Jacky, Emmanuelle, Thomas, Claire, Clarisse, Emmanuelle, Stéphanie, Caroline, Pascale, Emmanuelle, Maryam, Marion, Cyril, Sarah, Anne-Sophie, Ludovic, Christiania, Anne-Sophie, Charlotte, Sandra, Virginie, Soluto, Marine, Céline, Maelle, Giles, Anaïs, Pascal, Erwan, Sonia, Sophie, Jennifer, Sophie, Gaëlle, Loulou ; et les autres.

Et merci à ceux et celles qui font que cette aventure existe, mes comparses-amies des 68 et les lecteurs.

 

 

 

 

 

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Une Réponse to “Lettre à la petite fille que j’étais sur les 68 premières fois.”

  1. Martine 23 décembre 2017 à 10:38 #

    J’appréhendais de lire ton retour sur cette soirée magique entre toutes et sur cette folle aventure dans laquelle je me suis laissée prendre aussi à tes côtés. J’appréhendais parce que je savais que, forcément, j’allais être émue, bouleversée par tes mots, Charlotte. Mais, à ce point?!!! Non. Je ne l’imaginais pas! A mon tour de te dire MERCI, en majuscules et c’est encore bien trop peu. MERCI Charlotte et Merci à tous ces écrivains qui te (me) fascinent encore et toujours!
    Joyeux Noël à toi et à ta jolie famille!

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