Leur séparation, Sophie Lemp

18 Sep

« Parfois, j’ai envie de confronter ma mémoire à celle des autres. Interroger ma mère, ma tante, une amie d’enfance. Ce dont je me souviens s’inscrit-il dans la réalité de ce qui a été ? Mais très vite, je renonce. Les carnets et les photos suffisent. Ne pas chercher à être au plus près de ce qui a eu lieu mais de ce que j’ai vécu. »

Après des fictions radiophoniques comme des aventures sensorielles à écouter dans sa bulle (notamment le magnifique Dans les allées du Jardin des plantes), un premier roman Le fil, subtil et magnifique, Sophie Lemp livre en cette rentrée un déchirant souvenir, avec Leur séparation, roman autour du divorce.

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Les romans à hauteur d’enfant sont difficiles à écrire, avec le risque de tomber dans la facilité d’un langage simplifié, ou au contraire de rester l’adulte qui regarde l’enfant sans parvenir à trouver le ton juste. Sophie Lemp écarte, avec intelligence, cet écueil en alternant l’adulte que la narratrice est devenue et l’enfant qu’elle a été, parvenant ainsi à illustrer parfaitement le fait que l’adulte n’est que le prolongement de l’enfant. On a beau vouloir s’en départir, le nier, le négliger, il est toujours niché au creux du ventre, l’enfant que l’on a été.

Et Sophie Lemp sait, comme personne, venir le chercher, le prendre par la main pour le faire s’animer sous nos yeux et dans nos chairs.

Derrière sa plume sensible et délicate qui dessine les contours de son vécu, à la manière d’Annie Ernaux, en pudeur et retenue, se cachent nos existences, nos peurs d’enfants devenues nos blessures d’adultes.

Il y a les souvenirs qui affluent, alors même qu’ils ne sont pas similaires à ceux de l’héroïne, il réside sans conteste là le talent de Sophie Lemp, dans l’universalité certes mais surtout dans sa capacité à faire revivre nos enfances, voire même à faire émerger ce que l’on ne savait pas, que l’on portait en soi sans avoir réussi à le saisir.

Ils sont rares les romans qui sans être nos vies les reflètent avec tant de tendresse et de délicatesse ; il faut parfois le prisme de la violence ou de la frontalité pour éveiller le lecteur, il n’en est rien ici, tout est fait en douceur, comme pour saisir le lecteur sans qu’il s’y attende, faisant surgir la mélancolie et l’intime dans ces territoires qui nous sont communs.

La musique de Sophie Lemp s’apparente à celle de Vincent Delerm ou d’Alex Beaupain, de ces mélodies qui, à la première écoute étreignent le cœur, parfois portent un sourire sur les lèvres et que l’on redécouvre à chaque réécoute, que l’on garde comme un bout de soi.

Derrière le tendre, se cache toujours le profond, ce qui fait mal et qui marque une vie. Rien de naïf ou de trop sucré dans l’écriture de Sophie Lemp, qui sait toucher les cicatrices sans les arracher.

Si Le fil donnait envie de se fabriquer des souvenirs, Leur Séparation pousse à protéger l’enfance de nos touts petits, se dire que l’excuse des histoires d’adultes ne suffit pas, tant ils sont au centre de tout, tant les peurs d’enfants se créent d’un petit rien.

Les romans de Sophie Lemp font croire à l’humanité ; tant que nous avons les mêmes enfances, les mêmes besoins de consolation et d’insouciance, tant qu’il apparaît indispensable de faire croire aux licornes, aux fées et autres créatures autant de temps qu’il faudra avant de les lancer dans le grand bain, alors rien n’est perdu.

Tout est gagné, même !

Alors, au milieu de cette rentrée littéraire qui brasse quelques titres, et souvent les mêmes, ne passez pas à côté de romans plus confidentiels qui méritent vraiment de trouver une place dans votre vie de lecteur!

« En acceptant de leur faire de la place, j’ai parfois l’impression de leur céder la mienne. »

Sophie Lemp sera le dimanche 8 octobre au salon du livre du Mans et viendra discuter avec les 68 premières fois et d’autres auteurs talentueux!

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Une Réponse to “Leur séparation, Sophie Lemp”

  1. titoulematou 13 octobre 2017 à 18:55 #

    Bonsoir,une déception pour moi…je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages, je suis restée en dehors!

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