Le livre que je ne voulais pas écrire, Erwan Larher.

25 Août

« A partir de là, un avant et un après.

A partir de là, j’omets, je falsifie, je mens peut-être, les pronoms n’ont plus rien de personnel. Il faudra vous y faire.

A partir de là, commence une histoire que je ne voulais pas raconter. »

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A partir de là, débute pour le lecteur une de ses rares histoires qui font appel aux tripes, au cœur, à la raison, aux larmes et aux sourires, aux envies d’hurler et au final à l’envie intense de serrer fort, les êtres et les chairs, et de tenir ce roman au plus près de soi pour, toujours, revenir à l’essentiel.

A partir de là, débute le roman du 13 novembre, le sien de fan de rock au mauvais endroit au mauvais moment, et le nôtre, le national et l’intime, le personnel et l’irréel.

Voyeurs, aguicheurs, passez votre chemin, la pudeur aura raison de vous, même quand tout est dit, le point de bascule vers ce que l’on ne veut pas voir n’est jamais franchi, tant il y a une distance littéraire, l’écriture n’est pas que le vecteur du récit, elle est ce qui constitue le roman, qui donne force à l’histoire, qui fait que ce livre n’est pas comme les autres, il est littéraire, talentueux, fougueux, drôle parfois même dans le pire.

Ou plutôt venez les voyeurs, vous serez surpris par la plume et vous comprendrez que vous venez de rencontrer un auteur, qui n’a pas profité de ce malheur pour exister, mais qui s’est emparé de ce qu’il fallait faire, parce qu’il était nécessaire d ‘écrire ce livre, pour lui je ne le pense pas mais pour nous, pour qu’il nous autorise à avoir eu peur cette nuit-là, à sentir que le monde est différent, même si nous n’étions que derrière des écrans, assistant à ce que l’on croyait impossible.

L’intelligence de ce roman est de le faire devenir une aventure collective, avec l’apparition de plumes amies (et pas n’importe lesquelles, celle de Sigolène Vinson notamment, une autre de ces plumes essentielles à nos vies, à la mienne tout au moins!) qui donnent au personnel la dimension du nous, qui réconforte le lecteur sur ce qu’il a vécu ce soir-là, pas de graduation, pas de douleurs suprêmes et d’autres secondaires, tous tendus vers un point, un but. Comme si lui seul pouvait nous autoriser, pouvait légitimer les larmes de cette nuit-là et les peurs à tordre les boyaux. Parce qu’on ait eu quelqu’un à l’intérieur ce jour-là ou pas, qu’on ait assisté aux minutes qui s’écoulaient trop longtemps pour entendre la parole qui délivre ou non, il y avait un bout de nous, ce bout d’insouciance qui même si on continue à faire comme si, a changé l’intensité des choses.

Il est magnifique ce roman, porteur d’un souffle parfois coupé mais toujours chaud et magnifique.

Parce que si le monde a définitivement changé pour ce jour-là, ce roman montre haut et fort qu’il peut être le terreau du beau, du grand. Montrer le monde est sans doute un but de la littérature, ce roman va plus loin, il montre le monde et l’humain; il donne à voir et à comprendre ce que l’on ressent.

 « Voilà quelques années que tu as décidé de dire que tu les aimes à ceux que tu aimes, de dire quand c’est bien, quand c’est beau, quand c’est touchant. D’exprimer tes sentiments. D’essayer d’être gentil et bienveillant contre le cynisme ambiant et ton fond fier et égoïste. Ça change tout. L’amour autour, en donner, en recevoir, ça change tout. Tant pis pour les pisse-froid. »

D’Erwan Larher, j’ai aimé chaque roman, par le ton, par l’exigence qu’il fait sienne, par cette facilité dans laquelle il ne tombe jamais, par cette envie qui prend une fois le livre refermé de le changer ce putain de monde. Même là, même quand l’émotion est cœur, le politique n’est jamais loin, le modèle de société que l’on voudrait.

« Sinon, pour les décideurs de chaque camp, ceux qui alimentent dans nos villes la fabrique des montres, tu n’est qu’un risque à prendre, une marge d’erreur, un dommage collatéral. Un pion qui ôte la vie à d’autres pions pendant que rois et reines de chaque côté de l’échiquier dorment en sécurité à l’abri de leurs tours. »

C’est en cela que ce roman est puissant, parce qu’il parle du 13 novembre, mais de tant d’autres choses. Qu’il parle de nous à travers lui et Dieu que c’est bon de se lire dans ses mots, c’est vibrant et vivant.

Ce roman est sans doute possible l’un des plus grands de cette rentrée, de cette année, et des années à venir, parce que ce roman rejoindra mon étagère du plafond (mon panthéon personnel), celle qui contient mon monde, qui à chaque fois que je passe à côté me provoque des frissons, celle qui façonne une vie de lectrice et plus encore une vie tout court, parce que ce roman est grand, parce qu’il est sur le sujet, le plus ambitieux et le plus littéraire. Parce qu’il a saisi les émotions pour les nommer, les porter et trouver les mots les plus justes, au plus près de ce qui est. Parce que s’il donne à entendre le chaos et le murmure du monde, il distille une force folle et une envie d’aimer plus fort, plus vite, … et surtout de continuer à vivre et à lire.

Parce que les livres sauveront le monde. Parce que ce livre aurait pu ne pas exister, et que mon monde aurait été différent.

Je pourrais écrire des pages sur ce roman, vous donner des dizaines d’arguments pour le lire, essayer de formuler le ressenti, aucune recension ne sera à la hauteur de ce que roman contient, alors arrêtez de me lire, filez chez votre libraire, acheter cette paire de santiags, et oublier le reste du monde, tout le reste peut attendre, sauf cette lecture.

« Je ne veux toujours pas, pourtant j’écris…mon amour. »

 

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3 Réponses to “Le livre que je ne voulais pas écrire, Erwan Larher.”

  1. ARRIUDARRE 25 août 2017 à 10:00 #

    Je n ai pas encore lu le livre Et déjà en lisant l’insatiable charlotte je suis bouleversée … courir chez Le libraire Devient une priorité pour partager cette humanité la

  2. framboise 25 août 2017 à 14:34 #

    ❤ ❤ ❤

  3. Sido 4 septembre 2017 à 20:14 #

    Peux de romans me donnent l’envie de m’y plonger en cette rentrée mais celui-là en fait partie. Encore plus après t’avoir lue.

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