Lettre à Thibault

19 Juin

Il me paraissait impossible de faire comme si, retourner à des chroniques n’expliquant pas cette longue pause. Il me paraissait impossible de taire que le monde avait changé, parce que désormais il te porte. Peut-être ne sommes-nous que trois à voir ce changement, mais il prend toute la place. Ce n’est plus le même. Ce monde. Notre monde. Mon monde.

Tu as attendu, laissant passer ces jours étranges, où le doute sur l’avenir était plus pesant, ce début de mois de mai si troublant, tu as attendu de voir dans quelle France tu allais naître ; tu as décidé que ce n’était pas trop mal alors tu as toqué à la porte un mercredi, ce jour qui sera si important en moment à trois, en partage et en sourires, en récréation d’enfants et en goûter les lèvres ourlées de chocolat. Tu as débarqué en douceur, avec délicatesse même.

Tu as porté tes yeux sur moi, ta peau sur la mienne, ton odeur.

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Il n’aura pas fallu une seconde pour que je sache que les questionnements étaient vains, pour que les doutes récurrents des derniers mois ne soient plus que des souvenirs ridicules. Je t’ai aimé dès la première seconde, les yeux embués de te rencontrer. Je pensais ne pas savoir aimer autant, ne pas pouvoir être à la hauteur de ta sœur. On pourra éculer longtemps les poncifs et les phrases toutes faites sur la maternité, tant ils sont vrais.

Tu as pris ta place sans attendre, mon tout petit. Tu as pris ta place avec une douceur extrême, souriant sans cesse, tu as même la discrétion de ne pleurer que rarement, de sourire toujours, de regarder le monde et de t’endormir, ta tête à portée de bisous, ton corps contre le mien.

Je crois, j’en suis sûre en réalité, que la plus belle chose, la plus forte des sensations, la douceur poussée à son paroxysme, l’amour absolu, je crois que le monde finalement réside là, dans ton corps endormi contre le mien, te sentir apaisé et en confiance, te sentir et te regarder inlassablement.

Tout doit cesser, tout doit disparaitre mais ces instants, je les voudrais éternels, toi, moi, elle, sa petite main dans la mienne, son regard posé sur toi pour te veiller ; on s’en fout du reste, le monde peut continuer sa course effrénée, on a posé pied à terre, on a stoppé le manège, oh cinq minutes seulement, bientôt il faudra remonter, luttant contre la fatigue et la lassitude. Mais à cet instant, mon tout petit, on s’en fout, on les envoie valser les grincheux et les sceptiques, et on danse, on rit, la tête blonde qui nous accompagne et qui déjà t’aime, alors que rien ne l’oblige, rien ne la contraint, tout est animal entre vous, d’un naturel magnifique, d’une force à piquer les yeux.

Et moi qui me demandais si on pouvait aimer plus, aimer encore, aimer toujours…

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On en rira plus tard, mon Thibault, tant tu seras gavée de cet amour ; tant la seule chose à faire est finalement de s’aimer et de se le dire, de s’aimer fort et de rester debout. Tant il me faut, désormais, être à la hauteur de ce regard levé vers moi, ce sourire aux lèvres, cette attention comme pour me dire « tu es la personne la plus importante au monde ». C’est sans doute ce regard que l’on cherche toute sa vie, dans les hommes, dans les femmes, dans les êtres croisés, dans ceux que l’on aime et que l’on admire, être l’exclusif.

Ce regard, et celui en retour, de la mère posé sur son tout petit, du mien posé sur toi qui veut dire « tu peux tout, tu es tout mon enfant », celui que j’espère tu reçois déjà, celui qui gorge un être de confiance et l’empêche de tomber les jours de grand vent. Je vais te regarder et te le dire, te porter du mieux que je peux, pour que ce regard te soit acquis, pour que tu ne passes pas tes jours à le chercher et tes nuits à le pleurer, que tu saches que tu peux tout, mon fils parce que tu contiens le monde.

 

Crédits photo: Sabine Faulmeyer

 

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5 Réponses to “Lettre à Thibault”

  1. framboise 19 juin 2017 à 09:54 #

    ❤ ❤ ❤
    (et des bisous immenses à la merveille ❤ pis à vous tous koa !)

  2. Corinne (Couleur Café) 19 juin 2017 à 10:10 #

    Oh comme c’est beau ! Bienvenue petit Thibault ! Félicitations, que du bonheur !!!

  3. SORE Agnès 19 juin 2017 à 19:33 #

    Charlotte, je suis vraiment émue en lisant la lettre à ton fils, cela remue en moi tant d’émotions vécues….MERCI pour la beauté de ces moments privilégiés !

  4. noukette 21 juin 2017 à 11:12 #

    Magnifique ❤

  5. Sido 25 juin 2017 à 15:19 #

    Bienvenu à Thibault. Il va être aimé ce petit ! Et tu le seras forcément autant en retour. Je vous souhaite du bonheur à la pelle.

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