La désobéissante, Jennifer Murzeau

17 Jan

Pour son troisième roman, Jennifer Murzeau se confronte à un genre difficile, le roman d’anticipation. Il faut être solide pour créer un monde, même si l’on pousse à l’extrême et dans l’obscurité notre monde actuel, tenir des personnages, offrir au lecteur une cohérence, sans jamais s’essouffler. Jennifer Murzeau parvient à relever le défi, avec brio.

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Voir ainsi un auteur que l’on apprécie, dès son premier roman prendre de l’ampleur, de l’assurance et oser, est admirable. En seulement trois romans (Il bouge encore sur notre rapport au travail ou Les grimaces), Jennifer Murzeau s’impose comme un auteur sur qui on doit compter.

Paris en 2050, la pollution a envahi définitivement l’atmosphère, reléguant les puissants sous des bulles protectrices, ceux que la société estime hors normes dans des asiles à ciel ouvert et les autres tentant de survivre, dans un monde ultra violent, où l’emploi est devenu une denrée rare.

La folie du monde, et du nôtre, l’intelligence de situer l’action en 2050 rendant le discours audible sans être moralisateur, de provoquer le lecteur sans le pointer du doigt.

A travers le constat sombre, se dresse des instants de luminosité, des phrases comme des tirades que l’on voudrait scander, et l’idéalisme toujours de ceux qui ne veulent pas se résigner. Ils sont ainsi les romans de Jennifer Murzeau, sombre et lumineux, finalement optimistes dans des conditions sombres, nous tendant un miroir pour voir nos méfaits, tout en continuant à tendre la main pour les apaiser; donnant à voir qu’autrement, autre chose, est possible.

Si c’est un constat du monde à la dérive, la désobéissante (quel superbe titre!) est aussi une ode à la libre pensée, à la liberté et à la révolte ; jamais cynique, toujours avec cette petite lumière qui danse au fond des yeux. Et comme sur un fil, en funambule de ces sentiments si puissants et équivoques, Jennifer Murzeau questionne le rapport à la mère et la maternité, comme vecteur de transmission, comme lien de départ à tous ceux que l’on construira un jour. Il est multiple ce roman, il se dévoile au fur et à mesure, il peut être lu et relu offrant d’autres points d’entrées. Il est évocateur, et puissant, avec de vrais instants de grâce, offerts par une écriture incisive et si bien maitrisée.

Un coup de cœur, qui émeut dès les premières pages. Vous ne pourrez que l’aimer, cette désobéissante!

Extraits:

« Car pour son enfant, elle devra être celle qui, avec Ernest, donnera confiance, des clés de compréhension, transmettra une éthique, proposera un rapport au monde, celle qui encourage la quête du sens et du plaisir. Alors elle recherchera activement la joie. Où qu’elle soit. »

« D’elle, elle garde le souvenir des tendres câlins de la petite enfance. D’elle, elle sait la fragilité et la recherche trop souvent déçue d’un peu de poésie. Elle était pour Bulle l’exemple à ne pas suivre, et une douleur lancinante. Aimer cette femme est une torture. »

« Fous de perpétrer des modes de vie capricieux et destructeurs, fous de refuser toute remise en question, fous de vous barricader […] fous de croire que vous n’en crèverez pas bien vite aussi, de tout cela. Vous êtes sur la même planète, les gars. »

 

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