Murmures à Adèle (2016-2017)

22 Déc

La fin d’année approche. Tu découvriras, mon Adèle, qu’il est d’usage de faire des bilans quand un chiffre laisse la place à l’autre, de ces césures artificielles qui dictent nos jours, ces habitudes et découpages que tu commences à saisir, comptant les dodos qui te séparent de ce et ceux que tu aimes.

Elle aura été étrange cette année 2016, comme toutes les années finalement. Sans doute plus douloureuse. Du haut de tes deux ans (je t’entends me tirer la manche, non Maman, maintenant j’ai trois ans), tu as été préservée, on a tenté, même si tu ressens chacune de mes émotions, comme une éponge, tu absorbes, tu observes et tu ressens, trop vivement, trop violemment. Existe-t-il un remède infaillible pour ne pas blesser son propre enfant ? Cette année aura été, intimement, bouleversante, une voix qui s’éteint, une autre qui vacille. Des fondations qui s’ébranlent, un pilier qui s’écroule, un autre qui menace de tomber. Et cette peur du vide, ces heures d’attente à imaginer le pire, pourtant inimaginable, cet absent si présent ; on te dira parfois qu’il a juste traversé la porte, qu’il est à côté, qu’il est encore là ; sauf que de cette porte tu ne détiendras jamais la clé. Heureusement, les autres fondations tiennent debout, parfois en se demandant comment, j’ai pu regarder celle que j’appelle de ce mot si précieux, m’appuyer dessus alors qu’elle aurait pu tout lâcher. Je te souhaite d’avoir ces fondations solides, on essaie de les construire autour de toi, mais toi seule les ressentiras, toi seule parviendras à savoir si elles te portent ou te pèsent. J’aimerais tant que ton monde ne tienne pas dans ce vocable que j’aime tant entendre, dans ce Maman qui pour toi semble être le rempart contre tout,  j’aimerais que tu saches te tenir à d’autres mains qu’aux miennes, c’est cela aussi t’aider à grandir. Parce qu’il y a dans ce monde des gens exceptionnels qui t’aideront à devenir toi, qui te pousseront vers le meilleur, les autres, laisse les en chemin.

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Image tirée de la superbe BD L’adoption.

Dans ces temps troublés, il y a eu, aussi, des rencontres touchantes et émouvantes, des gens que j’admire et qui ont posé leurs regards bienveillants et tendres sur moi, des obsessions que j’ai réussi à faire taire, mettre un point là où la virgule restait en suspens. Il y a des sourires qui sont venus égayer nos routes, des amitiés qui se renforcent, et ces compagnons de route, fidèles et puissants, que sont les livres. Il y en a eu des bouleversants, ce Jupe et pantalon qu’un jour je mettrai dans tes mains pour que tu comprennes peut être, ces mijaurées que je te ferai lire rapidement pour que la trouves cette seconde autre, celle qui partagera tout, les fous rires et les messes basses, loin de mes oreilles trop protectrices. J’ai conservé certains passages du Jardin des plantes de Sophie, tant j’ai trouvé que le ton était juste sur la maternité et qu’elle t’aidera à comprendre celle que je suis. Et puis je t’ouvrirai au monde, dans sa violence, avec Tropique de la violence ou en te montrant que l’on peut être idéaliste et drôle avec une certaine Marguerite. Et pour t’aider à comprendre, et à te sentir libre, tu pourras découvrir les mots étoilés de Sophie et les sentiments violents tellement bien décrits par Madeline.  Et tant de premières fois marquantes, ta vie en est remplie à chaque instant, la mienne est devenue dense par elles, des premières fois humanistes et terriblement touchantes avec des Chevalier et des minuscules origamis, des premières fois drôles et crépitantes où le livre se cache et où l’humour aide à vivre, d’autres plus intimistes, mais toutes auront été uniques, par l’histoire et par la personne qui se cache derrière. Tu le sais déjà, je t’ai raconté cette aventure humaine et collective, cette aventure faite avec ces gens qu’il y encore peu je n’osais aborder, comme des mythes trop hauts et grands pour moi. Je ne sais pas de quoi les livres sauvent, je ne sais pas s’ils sauvent, je sais juste qu’ils sont une composante essentielle, que la culture t’aidera à voir la beauté du monde, à comprendre sa dureté. Je sais qu’ils seront une oxygène, que tu aimeras les toucher, tu aimes déjà les sentir, te voir à chaque nouveau livre approcher ton nez, le respirer, relever la tête et trouver que ça sent bon, tu as déjà compris qu’ils étaient vivants.

Pour 2017, on ne va rien se promettre, les promesses sont toujours trop belles et si difficiles à tenir.

On va juste continuer à se tenir chaud par grands froids, à se raconter des histoires, et à rire. On continuera à danser à en perdre la tête, à faire voler les ballons et à chasser les peurs, les tiennes, les miennes. On va grandir et ce sera bien, ce sera dur, mais ce sera bien. Parce que tu seras là.

Ce sera une année de bouleversement, joyeux cette fois, avec ce petit être qui doit arriver, t’obligeant à des sacrifices, des jalousies et des sentiments qu’encore tu n’as pas expérimentés, tu dois être terrifiée, je le suis tout autant ; mais ce sera un ami pour la vie. Tu pourras lui raconter les histoires que tu aimes tant, le bercer au son du facétieux Coco ou de touchant Anatole, lui apprendre que bleu et jaune devienne vert quand on les mélange, que la chèvre est biscornue, et que parfois les chiens sont bleus. Tu lui murmuras que les ballons peuvent s’envoler mais qu’ils brillent comme des lunes, lui donner la recette pour faire s’envoler léger, léger ce gros chagrin, lui montrer les bêtises de Boris et lui chanter les comptines. Tu verras, ce sera doux. Cette bulle qui t’entoure, on va la faire grandir, un jour elle claquera, mais ce jour-là, tu seras armée, parée, avec tes fondations, tes livres comme des bouées et ton sourire, comme rempart.

Et cette bulle, on va l’agrandir, on va aller retrouver ceux qu’on aime, celui que tu attends depuis de longs mois, on va rappeler aux gens qu’on aime qu’on les aime, leur dire combien on est heureux qu’il fasse partie de nos vies, sur du papier ou en vrai, de loin ou juste à côté. On va leur souhaiter mille belles choses, en sachant qu’ils n’échapperont pas aux sombres, mais leur rappeler qu’on sera là pour les aider à tenir debout.

Et puis surtout leur murmurer que c’est à nous de construire le monde, on ne pas le sauver ce monde triste et gris, mais rien ne nous empêche d’en construire un autre.

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On va y arriver, chaque jour, car tant que ta main tiendra la mienne, rien ne sera impossible.

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3 Réponses to “Murmures à Adèle (2016-2017)”

  1. Arriudarre 22 décembre 2016 à 17:38 #

    Un texte magnifique , elle a Bien de La chance La belle Adèle d’avoir une maman si douce et talentueuse … que de beaux rêves vous bercent

    • pascal manoukian 5 janvier 2017 à 13:52 #

      Je découvre ta belle écriture et j’en profite pour te souhaiter tout le bonheur du monde.
      Pascal

  2. noukette 23 décembre 2016 à 00:37 #

    Magnifique… ❤

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