Les 68 premières fois racontées à ma fille

13 Déc

Adèle,

Il est tellement plus facile de passer par toi pour parler émotions, le destinataire n’est pas encore en capacité de recevoir le texte, la pudeur est moins virulente, la timidité aussi.

Tu m’as demandée où j’étais vendredi, pourquoi j’étais partie avec Madie et Eglantine. J’ai eu du mal à te répondre, t’expliquant que j’avais rencontré des gens qui aiment les livres, les écrivent et les lisent. Ce à quoi tu as répondu, « moi aussi j’aime les livres ». Quoi de mieux que d’entendre cela pour boucler la valse des émotions de ces deux jours, loin de toi mais où tu étais d’une telle présence.

Parce que tu es la cause et la source de tout cela, je ne sais pas comment tu réagiras à cela, comment tu assumeras d’avoir « sauvé » ta mère, point de dragon à terrasser, mais tu as donné un coup dans l’armure et dans les chaînes, tu es arrivée sans défense, te demandant ce qu’était ce monde, et au moment où tu ouvrais tes yeux, les miens s’éveillaient. Fini les boules au ventre et les interdits que l’on se pose, fini les larmes le matin et la non envie tenace, se lever, bouger, agir, et faire de chaque matin un nouveau défi. Quand tu auras compris qu’il est impossible de sauver le monde, tu te libéreras, en disant que rendre ta vie plus belle est déjà un bel objectif.

S’il fallait que je résume mon vendredi, je te dirai qu’il était hors du temps, mais qu’il n’appartient qu’à nous de le faire vivre chaque jour, qu’il n’y avait que chaleur et bienveillance, que les regards parlent tant, et qu’ils réchauffent.

Je te dirai aussi que j’ai eu du mal à croire que tout cela m’était adressée, hésitant à me retourner à chaque compliment me demandant à qui il était destiné, qui était cette Charlotte dont on me parlait.

68

Si tu doutes un jour de la beauté de l’humain, viens tirer ma manche et demande moi de te raconter encore ; parce que ce souvenir restera toujours, comme celui de l’instant où les barrières n’existaient pas, où il n’y avait qu’une envie commune d’être ensemble, de parler de l’essentiel ; parce que les livres sont cet essentiel, tu le sais déjà, tu le comprendras vite, qu’ils sont un refuge et une ouverture au monde, qu’ils te portent autant qu’ils te bouleversent, qu’ils sont ce qui doit être défendu coûte que coûte et que les gens qui les écrivent sont incroyables, ils se pensent ordinaires, ils ne savent pas qu’ils sont magiciens, qu’ils parviennent à nous faire tenir debout dans l’ombre et que savoir saisir l’humain par les mots est un talent rare, et précieux tellement.

Tout est possible, Adèle, sitôt qu’on le fait avec sincérité et passion ; n’attends rien et reçois tout, elle doit être là la leçon, j’essaie de me l’appliquer, même si aujourd’hui encore, je me demande ce que j’ai fait pour mériter autant d’attentions.

Entoure toi des gens qui te poussent vers le haut, oublie les jaloux et les aigris, ceux qui veulent leurs noms en gros sur l’affiche, ceux qui blesseront ta candeur et tes convictions, ils n’en valent pas la peine, fais fi de ceux qui te diront naïve, mièvre ou trop tendre, les bisounours existent, ils n’ont pas forcément de nuages sur le ventre, mais des étoiles dans les yeux (c’est comme cela qu’on les reconnaît ; ils existent, je les ai croisé vendredi, et qu’ils étaient beaux, qu’ils étaient doux, que leurs mots étaient si bouleversants, leurs regards chavirent ceux qui les croisent. J’ai cette chance de connaître des êtres d’exceptions, il suffit de laisser la porte ouverte, de ne pas vouloir se verrouiller derrière la crainte ou la peur.

Je te souhaite de rencontrer des Eglantine, Nicole et Sabine ou Amélie qui te suivront au bout du rêve (voire du monde) et à qui tu pourras adjoindre le mot amies, des Sigolène, Erwan, Sandra, Sophie, Delphine ou Elsa, qui, sans que tu comprennes pourquoi, t’accorderont une confiance qui profondément te touchera et te nourrira. Je te souhaite de pouvoir croiser des François, Jean Marc ou Pascal (qui t’offriront des mots que tu ne pensais destinés qu’aux autres), des Maelle, Stéphanie ou Loulou qui par leurs présences et leurs assurances t’impressionneront , des Julie ou Rachel (qui sauront te montrer que les belles émotions peuvent s’exprimer par des larmes et des sourires à décrocher les étoiles), une Colombe (qui  pourrait t’apprendre le frisbee et à croquer la vie) ou une Anne (avec qui tu pourras partager une aventure intense et unique), des Gilles, Julie, Lenka ou  Elisa dont le regard te troublera encore longtemps. ; et qui un temps poseront leurs regards sur toi, de ces moments qui même fugaces nourrissent un cœur.

Je te souhaite d’avoir la chance de croiser la route de gens que tu admireras tant et qui pourtant seront d’une humilité folle.

Je te souhaite d’avoir mille mercis à donner, des tonnes de bises à échanger, et des souvenirs si précieux à conserver.

Je te souhaite de partager ces moments avec d’autres dingues, que tu ne connais pas intimement et qui pourtant te donnent l’impression de parler le même langage, d’avoir l’essentiel en commun (Des Claire, Florence, Geneviève, Dominique ou Annie, des Philippe, Anne, Isabelle ou Henri Charles, pour ne citer qu’eux mais en pensant à tant d’autres).

Vendredi, Adèle, c’était un moment rare, qui encore ce matin donne du rose aux joues et de la légèreté dans les chaussures ; mais tu dois le voir ce nuage rose qui flotte au-dessus de moi.

Mais si, évidemment que tu le vois, alors ce nuage on va le chouchouter, on va le faire grandir, pour que jamais il ne nous quitte.

Allez viens, on va lire, rire, vivre.

(Vendredi 9 décembre, se tenait la soirée de clôture de la saison 2016 des 68 premières fois, dans les locaux de Babelio, en présence de treize auteurs, plus de quarante lecteurs, des invités prestigieux et notre partenaire Page).

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11 Réponses to “Les 68 premières fois racontées à ma fille”

  1. Tiben 13 décembre 2016 à 14:12 #

    Si vrai, si touchant, si émouvant… Bravo et Merci Charlotte!

  2. monpetitchapitre 13 décembre 2016 à 15:23 #

    Quel beau billet Charlotte, il résume tellement ce (ces) moment (s). Je suis encore très émue, entre autres, de notre conversation sur les 68 premières fois en milieu carcéral. En plus d’avoir passé une soirée exceptionnelle, j’ai reçu une belle leçon de vie. Encore merci.

  3. Nicole G 13 décembre 2016 à 15:31 #

    Merci Charlotte.

  4. jostein59 13 décembre 2016 à 20:51 #

    Un Billet sincère et émouvant. Adèle a un très beau modèle.

  5. saxaoul 13 décembre 2016 à 21:19 #

    Quel texte émouvant !

  6. framboise 13 décembre 2016 à 23:05 #

    Ohhhhh merci ❤

  7. Isabelle Dumont-Dayot 13 décembre 2016 à 23:23 #

    Je suis emue aux larmes, Charlotte. Tout est dit. Il y a des mots que j’ai prononcés à mes enfants, d’autres à mes élèves, certains à mes parents et la plupart aux merveilleuses personnes que j’ai eu la chance de rencontrer. Merci pour avoir écrit ces mots et pour ce que tu as créé et concrétisé: vendredi soir était un condensé de ma vision de la vie et du monde.

  8. Martine 14 décembre 2016 à 08:48 #

    Tu as le don de m’émouvoir tellement quand tu t’adresses ainsi à Adèle! C’était si beau, si vrai, si riche! MERCI chère Charlotte!

  9. r1 19 décembre 2016 à 18:50 #

    Plein de bisous et bravo pour ce texte: c’est toi la magicienne!

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