Julie Estève

3 Nov

En lisant Moro Sphinx, on est dérouté par l’avidité de ce roman, par cette écriture si claquante, qui lape les mots pour les recracher dans ce qu’ils ont de plus forts, pour donner corps à une obsession, à cette jeune femme en quête d’amour, en quête de tout finalement, en perdition dans un monde trop grand, trop codé, dont on voudrait aisément la mettre en marge.

En lisant Moro Sphinx, on se dit surtout que l’on est face à un nouveau talent, une écriture singulière que Julie Estève manie avec brio dès son premier roman. Parce que l’histoire est ciselée, la maitrise parfaite, le trait assuré, et cette fièvre qui instille tout le roman, comme on mettrait en scène une addiction pour que tous les sens soient en alerte.

En lisant Moro Sphinx, on sait que l’on se souviendra de la moiteur, de l’odeur et de ce bruit de grincement qu’il provoque parfois, on se souvient d’une émotion, d’une ambiance, d’un monde recréé des mois après sa lecture.

Julie Estève a accepté de répondre avec autant de ferveur et de fièvre aux questions des premières fois et nous fera l’honneur de sa présence le vendredi 9 décembre prochain à la soirée parisienne des 68 premières fois.

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Ecrire, à quoi ça sert ?

À arracher à sa nuit un langage qui dort. À le sortir du silence, des oubliettes. Écrire, c’est descendre à la cave, regarder ce que l’on a accumulé, planqué, mis sous clé, et accepter de mettre ça dehors, de jeter ses obsessions au grand air, dans la musique des mots. J’écris peut-être pour vider les lieux, faire une place à l’oubli. J’écris sans doute pour ne plus avoir peur.

Le meilleur compagnon de l’auteur ?

Ils sont toute une bande qui se chamaille, la solitude cherchant le bruit du monde et la liberté à faire taire les doutes. Et aussi : du café, beaucoup de café, et des boules quies.

Son pire ennemi ?

Les portes qui ne ferment pas.

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Une manie d’écriture ?

Une réécriture obsessive. Impossible de laisser derrière moi des phrases mal aimées, des phrases que je juge moches, molles, mièvres. Je revois le texte en permanence, je le relis, des centaines de fois, comme une dingue, et j’avance, vraiment, en petites foulées.

De quoi l’écriture doit-elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. » )

L’écriture ne sauve de rien, et personne mais elle retient tout ce qui peut disparaître, fixe ce qui est déjà perdu.

Comment construit-on un roman ? Son point de départ : Un plan, un message à faire passer, une obsession ?

Je n’en ai aucune idée. J’ai imaginé mon premier roman comme un looping, un boomerang, sans plan, à l’instinct, avec tout un tas d’obsessions, très concentrée sur la phrase. Une phrase qui suit le bruit des talons de Lola sur les trottoirs. Une phrase qui donnerait le tempo et une tension au texte. J’ai construit ce livre sur le rythme, la cadence du personnage, en essayant de tenir la note.

Combien de textes proposés avant ce premier roman publié ?

Un seul, Moro-sphinx, envoyé par la poste. Manuel Carcassonne, le directeur de chez Stock, m’a appelée un lundi de décembre, vers onze heures. Il m’a fait retravailler le texte, il m’a fait confiance. Être dans cette maison, avec cette équipe, est une joie immense.

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Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

Tenir entre ses mains quelque chose qui ne vous appartient plus.

Définissez-vous par :

une œuvre d’art : quelque part entre Les masques (Giorgio di Chirico), Milky Way (Peter Doig), La nuit (Claude Lévêque), et les Spirit girls de Marnie Weber.

un mot : encore

une première fois : Me jeter dans la mer est toujours une première fois

Citez trois ouvrages fondateurs

L’Ombilic des limbes, Artaud

La Vie devant soi, Ajar

Voyage au bout de la nuit, Céline

Peste & Choléra, Deville (il n’est pas fondateur mais quelle aventure avec la langue !)

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Le dernier roman qui vous a étonné

Il fait partie des 68 premières fois ! Le Grand marin de Catherine Poulain.

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Une Réponse to “Julie Estève”

  1. eimelle 11 novembre 2016 à 19:06 #

    que j’aime ces interviews! MErci!

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