Si on parlait écriture et premières fois avec Stéphanie Dupays ?

25 Oct

Stéphanie Dupays a publié en janvier dernier son premier roman, Brillante aux éditions Mercure de France, un roman passionnant, grinçant et habilement mené sur le monde du travail et la déchéance qu’il peut entraîner, sur l’addiction finalement aux codes imposés par la société pour ce travail, au cœur de nos vies désormais.

Elle revient sur l’écriture de ce roman, sur la première fois et sur ses lectures marquantes.

Stéphanie Dupays sera présente à la soirée organisée en décembre par les 68 premières fois, pour fêter cette (si délicieuse) cuvée 2016!

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Ecrire, à quoi ça sert ?

A montrer le réel, et la condition de l’homme (ou de la femme) au travail en est une dimension importante.

A donner une forme à des questionnements, des obsessions.

Il y a aussi une jouissance à trouver l’expression juste et à saisir en mots l’impression fuyante. Mais si j’attache un soin particulier (voire obsessionnel) à la précision du style, au rythme et à la façon dont sonne le texte, je ne suis pas très « l’art pour l’art ».

Le meilleur compagnon de l’auteur ?

L’esprit critique.

Son pire ennemi ?

L’à-quoi-bonisme.

Une manie d’écriture ?

Elaguer.

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De quoi l’écriture doit-elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. » )

 Je ne partage pas cette mystique du salut par l’écriture, même si dans le cas d’histoires traumatiques, la mise en récit peut aider : si elle ne fait pas disparaître la souffrance on en est moins altéré. Mais ceci ne relève pas nécessairement de la littérature. Et à dire vrai, je pense que c’est moins l’écrire ou le dire qui sauve que le fait d’être réellement écouté, compris et entend.

Je n’écris pas au bord du gouffre, ou « au fond du trou » ; il faut à l’inverse aller plutôt bien pour écrire car il faut un élan, un désir. Bien sûr l’écriture a un effet refuge, mais la lecture avec un bol de thé fumant aussi tout en étant plus agréable.

 Comment construit-on un roman ? Son point de départ : Un plan, un message à faire passer, une obsession ?

Au départ, il faut un choc, une colère, un sentiment suffisamment fort pour vous pousser à vous enfermer devant votre ordinateur quand tant de choses ou d’êtres vous attirent ailleurs : tous les livres pas encore lus, les films à voir, les cafés avec des amis… Il faut qu’une parole, une situation, un sentiment fasse effraction, remue quelque chose, pousse à penser et donne envie de construire une histoire pour déplier ce choc premier. A l’origine de « Brillante » par exemple, il y a eu une sensibilité à la violence du monde du travail. Ecrire est un moyen de mettre au jour cette violence sociale et de lui rendre quelques coups. A partir de là, pour moi ce 1er roman s’est construit dans le chaos. Je ne savais pas bien comment m’y prendre. « Ca » s’est fait un peu à mon insu, du moins il y a une part non maîtrisée et non prévue qui surgit dans le travail.

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Combien de textes proposés avant ce premier roman publié ?

Aucun.

Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

J’ai eu le livre entre les mains pour la première fois début décembre 2015 (il est sorti en janvier 2016), j’étais anesthésiée par plusieurs événements personnels et collectifs (un deuil, le choc du 13 novembre…). Entre le moment où j’ai rendu le manuscrit en septembre et celui où j’ai vu pour la première fois mon livre, le monde dans lequel je vivais avait irrémédiablement changé. Ce livre semblait irréel. C’est plutôt quand j’ai entendu lire à haute voix « Brillante » pour la première fois lors de la soirée de lancement fin janvier à Paris que j’ai été pleinement heureuse et rassurée sur la qualité du texte, et que, paradoxalement, la réalité du livre en tant qu’objet m’est apparue.

Définissez-vous par :

            – une œuvre d’art : La sonate Arpeggione de Schubert : il y a quelque chose d’érotique dans la façon dont le piano et le violoncelle se poursuivent, se répondent, se fuient…

            – un mot : insatiable (si je peux me permettre l’emprunt) ;

            – une première fois : la première rencontre avec des lecteurs.

Citez trois ouvrages fondateurs

« Le cercle fermé » de Jonathan Coe pour sa capacité à s’emparer de l’histoire récente (les années Blair), sans équivalent français ;

« Voyage au bout de la nuit » de Céline, pour le style ;

« Les liaisons dangereuses » de Choderlos de Laclos pour la mécanique implacable.

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Le dernier roman qui vous a étonné

J’ai retrouvé par hasard cet été au fond de la bibliothèque de mes parents un Sagan dans une vieille édition de club de lecture « Les merveilleux nuages » et j’avais oublié que c’était si bien. Sous une apparence de légèreté, d’extrême fluidité, on y trouve une grande acuité psychologique. Ca m’a donné envie de lire ou relire toute son œuvre.

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