Si on parlait écriture et premières fois avec Alexandra Fritz ?

9 Sep

Branques est un coup de cœur, de rein, de vie, de tripes, un roman qui sera dans mon panthéon, par sa folie et son urgence, par sa faculté à sonder le monde et l’intime.

Alexandra Fritz a accepté de répondre à mes questions, avec une passion absolue. Je me tais, ces mots sont plus importants.

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1.Ecrire, à quoi ça sert ?

J’ai toujours pensé en inversé : vivre, à quoi ça sert sinon à écrire ? et j’ai fini par comprendre qu’il fallait d’abord accepter l’un pour parvenir à l’autre.

2.Le meilleur compagnon de l’auteur ?

L’humilité. Apprendre qu’il faut faire et refaire ce qui n’atteint personne ou au contraire ce qui sonne évident. C’est là qu’il y a un os, donc un intérêt.

3.Son pire ennemi ?

Il sont nombreux et fonctionnent en recto / verso : futilité / esprit de sérieux, entertainment / didactisme, clichotage / enfumage, mauvaise foi / naïveté, sans oublier flemme / envie pressante… Il est question d’équilibre et de passion comme dans tout travail humain.

4.Une manie d’écriture ?

L’étymologie.

5.De quoi l’écriture doit-elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. » )

Tout est dans la question : si la littérature « doit » quelque chose, alors c’est un acte plus fort qu’une simple distraction, et le premier pas vers la forme est lancé. Si elle « peut » seulement, je crains le rôle mineur, le choix hasardeux qui ne sauvera rien du tout. Pour moi la littérature doit sauver du « méchant », du « fat », comme on disait dans une langue déjà ancienne. Elle doit sauver du médiocre, puisqu’elle le peut.

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6.Comment construit-on un roman ? Son point de départ : Un plan, un message à faire passer, une obsession ?

Le point de départ est le désir encore informe de dire, de laisser trace, sous cette forme plutôt qu’une autre, d’être un marqueur de son espèce à une époque, de témoigner de la capacité de création propre aux humains. Ce que j’admire par exemple chez les architectes, c’est de bâtir avec du concret, de la matière, car j’en suis foutrement incapable. Je choisis alors l’écriture comme construction artistique destinée à durer, à traverser les époques autant qu’un monument. L’écriture c’est une obsession à témoigner des obsessions constitutives du genre humain.

7.Combien de textes proposés avant ce premier roman publié ?

Je dirais 3 sortes de romans, une dizaine de nouvelles, quelques lots de formes poétiques, de courts monologues de théâtre. Tous refusés. Cela fait vingt ans que j’y travaille et rien n’est gagné.

8.Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

N’avoir pas vécu pour rien.

9.Définissez-vous par :

– une œuvre d’art : le film Much ado about nothing, tiré de la comédie de Shakespeare, réalisé par Kenneth Brannagh,

– un mot : poiesis

– une première fois : la première lettre non-négative d’un éditeur. En quelques lignes, Charles Dantzig cristallisait tous mes efforts en un immense espoir.

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10.Citez trois ouvrages fondateurs

L’Écume des jours, Boris Vian

En attendant Godot, Samuel Beckett

N’importe quel San-Antonio

11.Le dernier roman qui vous a étonné

Viviane Elisabeth Fauville de Julia Deck (Minuit)

 

 

 

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2 Réponses to “Si on parlait écriture et premières fois avec Alexandra Fritz ?”

Trackbacks/Pingbacks

  1. De ce pas – Caroline Broué – 68 PREMIERES FOIS - 26 octobre 2016

    […] « En lisant ce premier roman, il m’a semblé voir une chorégraphie contemporaine tant la construction et la narration jouent avec les composantes essentielles de la danse. L’histoire peut en sembler banale si l’on s’en tient à son squelette : un couple, Marjorie et Paul, elle danseuse-étoile, lui photographe, qui après s’être aimés passionnément laissent les douleurs refoulées de l’enfance envahir leur « potentialité de vie ». Mais à ce squelette, Caroline Broué vient délicatement ajouter la chair, le coeur, les muscles et le sang pour offrir au lecteur un roman d’une grâce aérienne qui combine ce que la danse met en jeu : espace – temps – mouvement – corps. Espaces géographique et intérieur dans lesquels s’inscrivent les déplacements des personnages, de Phnom Penh à Montaren, petit village d’Ardèche, de l’Afrique du Sud à New-York, mais aussi l’évolution de leurs relations et de leur présence au monde. Tin à Phnom Penh avec ses parents devient Marjorie à Paris avec Paul. Jérôme s’approprie les mots et donc la vie de quelqu’un d’autre. Paul délaisse son meilleur ami avant de revenir vers lui. Rapprochement-éloignement, fusion-séparation, isolement-attachement dessinent des courbes et des trajectoires où chacun « naît, meurt, puis renaît, chute, va de l’avant, tombe et se relève ». Les rebonds temporels ajoutent encore à « l’électricité des échanges et des existences qui se croisent ». Ce temps qui n’a pas fait tomber dans l’oubli la disparition d’un père ou sa déchéance et qui, brutalement, ramène à la conscience tous les dénis, tous les compromis, ceux que Marjorie et Paul ont voulu oublier mais qui reviennent en force au moment où ils deviennent parents à leur tour. Que vont-ils transmettre à Eléna leur fille si eux-mêmes ne sont pas en paix avec leur propre histoire, avec leur propre famille ? De ce « sans », de ce « pas », Justine, la vieille amie de Marjorie a su faire une pleine existence, une existence sans peur et qui ne craint pas de détruire pour mieux construire. Un très, très joli roman qui mérite que l’on s’y attarde et qui apporte « la douceur dans la violence du monde » – Merlieux l’enchanteur (Sophie) Et quelques chroniques sur les blogs des lecteurs : Annie :http://tlivrestarts.over-blog.com/2016/04/de-ce-pas-de-caroline-broue-2.html Sabine :http://lecarrejaune.canalblog.com/archives/2016/04/27/33729433.html Virginie :http://www.leslecturesdumouton.com/archives/2016/08/21/34212661.html Nicole :http://www.motspourmots.fr/2016/03/de-ce-pas-caroline-broue.html Joëlle : http://leslivresdejoelle.blogspot.fr/2016/06/de-ce-pas-de-caroline-broue.html Ainsi que l’interview d’Alexandra Fritz sur le blog de Charlotte : https://insatiablecharlotte.wordpress.com/2016/09/09/si-on-parlait-ecriture-et-premieres-fois-avec-a… […]

  2. Branques – Alexandra Fritz – 68 PREMIERES FOIS - 14 novembre 2016

    […] « Déséquilibre Sur le fil. J’ai tout de suite senti que mon entrée dans ce monde de l’HP était sensible, émouvante, et dérangeante. J’ai aimé l’écriture à fleur de peau et de neurone, vraie et attachante, l’enfermement était bien transcrit, pesant, inutile, infini. Puis j’ai perdu le fil de l’émotion, les errements et hallucinations des uns et des autres ne m’ont pas intéressée vraiment, je suis repartie vers la porte de sortie, continuant à les regarder vivre et attendre un difficile progrès et une presque impossible issue. Je reste légèrement bouleversée, donc sur le fil, et je réintègre la réalité un peu folle de la vie de dehors. » – Martine Magnin Et quelques chroniques sur les blogs des lecteurs : TlivresTarts : http://tlivrestarts.over-blog.com/2016/09/branques-d-alexandra-fritz.html Bénédicte : https://lectures2benedicte.com/2016/08/06/alexandra-fritz-branques/ Eimelle : http://lecture-spectacle.blogspot.fr/2016/07/branques-de-alexandra-fritz.html Albertine :http://albertine22.canalblog.com/archives/2016/04/20/33673582.html Charlotte : https://insatiablecharlotte.wordpress.com/2016/09/07/branques-alexandra-fritz/ Ainsi que l’interview d’Alexandra Fritz sur le blog de Charlotte : https://insatiablecharlotte.wordpress.com/2016/09/09/si-on-parlait-ecriture-et-premieres-fois-avec-a… […]

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