François Bugeon, le monde entier et les 68 premières fois

27 Juil

Les 68 premières fois, ce sont des romans mais surtout des auteurs, des personnalités que l’on découvre, des univers que l’on apprivoise. Celui de François Bugeon est d’une humanité folle, d’une tendresse rare et il fait du bien. Il faut lire Le monde entier, puis le chérir; l’offrir ensuite. Comme une délicatesse. Et écouter François Bugeon parler de son si beau rapport à l’écriture.

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1.Écrire, à quoi ça sert ?

Sans doute, écrire est pour moi un moyen d’obtenir une reconnaissance plus complète de ce que je suis, et sans doute aussi, une façon de m’égarer dans les histoires et des personnages que j’invente.

Mais écrire me permet surtout de m’infliger l’acte technique de la recherche du mot juste, de la phrase qui sonne, du paragraphe qui se tient. C’est une sorte d’ascèse à bien y réfléchir, un genre de concentration méditative qui me fait penser que l’écriture elle-même ne sert à rien, qu’elle est inutile et que c’est l’engagement qui vaut.

Finalement, la seule chose qui compte est de vouloir créer, de façon acharnée. C’est cela : écrire sert à faire de moi un acharné.

2.Le meilleur compagnon de l’auteur ?

La solitude ! C’est une compagne terrible et attentionnée, posée là, derrière mon épaule.

3.Son pire ennemi ?

La satisfaction, le sentiment d’avoir dit ce qu’il fallait dire, souvent amplifié par l’adhésion du lecteur. C’est pour cela, je suppose, que pas mal de ceux qui écrivent se refusent à faire lire leur production : ils savent où se tient le danger.

4.Une manie d’écriture ?

Trouver en vitesse autre chose à faire. Surtout ne pas commencer à écrire, il y a toujours une bonne raison de ne pas s’y mettre.

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5.De quoi l’écriture doit-elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. » )

Écrire, créer, ça sauve les enfants qui ont été oubliés dans les allées des grands magasins, perdus dans les rues de la ville, et qui chercheront à jamais une silhouette rassurante dans la foule.

6.Comment construit-on un roman ? Son point de départ : Un plan, un message à faire passer, une obsession ?

Je crois qu’il faut juste obéir, aux personnages, dont la psychologie se précise page après page, et à leurs actions dont les conséquences sont pour la plupart indiscernables. On peut toujours faire un plan, mais c’est un peu comme vouloir cartographier la surface de l’océan, on ne voit que les parallèles et les méridiens alors que tout se passe sous la surface.

7.Combien de textes proposés avant ce premier roman publié ?

Quatre. Quatre en trente ans. C’est peu finalement.

8.Quelle sensation éprouve t on lorsqu’on a son premier roman, publié entre les mains ?

On est heureux de voir son travail ainsi reconnu, on a autant peur d’être lu par le public qu’on en a envie, et on est terrifié à l’idée d’écrire un nouveau roman. Tous ces sentiments en même temps. Alors on se sert un deuxième whisky.

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9.Définissez-vous par :

– une œuvre d’art : les Outrenoirs de Soulages.

– un mot : L’autre

– une première fois : Le samedi matin, en sixième, notre professeur de Français nous lisait des passages de livres. Ce jour-là, c’était « L’Enfant de la haute mer » de Jules Supervielle… Alors, on pouvait donc écrire des choses comme celle-ci ! C’était possible !

10.Citez trois ouvrages fondateurs

L’herbe de Claude Simon

Le fusil de chasse de Yasushi Inoue

Regain de Jean Giono

11.Le dernier roman qui vous a étonné

L’œuvre au noir de Marguerite Yourcenar

 

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5 Réponses to “François Bugeon, le monde entier et les 68 premières fois”

  1. Martine 27 juillet 2016 à 11:14 #

    Magnifique! Le charme agit encore et toujours! Très bel entretien qui nous fait découvrir un auteur singulier et très talentueux! Merci Charlotte pour tes mots posés sur les siens! Merci François Bugeon pour ce bonheur de lecture que vous m’avez offert!

  2. malecturotheque 27 juillet 2016 à 23:40 #

    Je viens de voir « Genius », un film sur Thomas Wolfe, et à un moment, ils parlent justement de la solitude de l’auteur. Forcément, cet échange fait un peu écho 🙂
    Échange que j’ai d’ailleurs apprécié ! Merci pour cette découverte, je ne connaissais pas François Bugeon.

  3. adèle 28 juillet 2016 à 23:04 #

    Les réponses de l’homme sont à la mesure du roman : éclairantes, dans une époque de noirceur, où nous nous sentons tous comme des enfants perdus. Merci.

  4. eimelle 13 août 2016 à 18:31 #

    je viens de finir son roman, de belles réponses, bien en accord avec la lecture!

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