Jupe et pantalon, Julie Moulin

30 Mar

L’épuisement professionnel commence à investir la littérature, en ce qu’elle joue son rôle d’observateur de la société; Jennifer Murzeau et son si juste Il bouge encore ou Stéphanie Dupays dans le très réussi Brillante ont offert des romans marquants. Julie Moulin s’attaque à ce sujet avec un angle détonnant et une originalité folle, pour finalement mettre au jour l’évidence, celui de l’effondrement du corps, en dépit de la volonté de l’esprit de tenir.

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Marguerite et Mirabelle, les jambes. Boris et Brice, les bras. Babette les fesses, Camile le cerveau. Ce sont eux, les narrateurs, eux qui comptent le rythme fou de la mère, épouse et cadre modèle ; les pressions, le timing à tenir, et toujours l’exigence d’être parfaite, de tenir la corde, ne pas faillir, être la plus belle, la meilleure, la plus aimante, la plus discrète, la plus… jusqu’à l’étouffement, l’effondrement qui guette chaque superwoman, non chaque femme.

Le postulat est osé, le défi relevé. Jamais on ne se lasse de ces narrateurs, allant jusqu’à étudier notre propres jeux de jambes, s’amusant des mouvements des mains, mais surtout menant l’inquisition sur nos ressentis, et donnant au corps une once d’attentions.

Et au moment où l’angle choisi pourrait rendre le roman seulement  loufoque, Julie Moulin surprend son lecteur en changeant de ton et de rythme, et en lui donnant une profondeur, en saisissant nos fragilités et en les secouant, pour finir par vous cueillir les larmes aux yeux. Julie Moulin parvient à saisir avec justesse et pudeur le moment de basculement, sans sombrer dans l’introspection, mais par le langage du corps, offrant à celui que l’on écoute si peu une si belle tribune.

Avec ce premier roman, Julie Moulin entre en littérature par la grande porte, parvenant à offrir une palette d’émotions à son lecteur , qui une fois le livre refermé se demande ce qu’il vient de vivre ; puis la seconde suivante, quand sort le prochain ?

Indéniablement l’un de mes coups de cœur en cette rentrée, et un titre qui fera bientôt parti de la nouvelle aventure des 68 premiers romans, tant il mérite d’être lu et défendu.

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Extrait:

« J’ai tellement compté sur le regard des autres, j’ai cru que ma valeur se mesurait à la hauteur de leur reconnaissance. Toi, tu ne me voyais pas même plus. Les miroirs sont déformants. Tu as la chance de pouvoir t’exprimer dans ce que tu fais, Paul. Tu vis quand tu dessines. Moi, je ne suis qu’un matériau remplaçable et qui s’use vite ; je lutte pour convaincre le monde de mon utilité. Tu puises du sens dans ton travail, je m’épuise dans le mien. »

 

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4 Réponses to “Jupe et pantalon, Julie Moulin”

  1. Caroline Doudet (L'Irrégulière) 31 mars 2016 à 10:17 #

    Un premier roman très réussi, en effet !

  2. Leiloona 2 avril 2016 à 15:36 #

    Moins apprécié que toi, mais assez ébahie face à un tel procédé narratif : osé pour un premier roman ! 🙂 (le thème en revanche ne m’a que trop parlé …)

Trackbacks/Pingbacks

  1. Si on parlait écriture et premières fois avec Julie Moulin? (68 premières fois, Jupe et pantalon) | L'insatiable - 23 août 2016

    […] Il y a dans la sélection des 68 premières fois, des romans que j’affectionne particulièrement, celui de Julie Moulin en fait partie, il a été pour moi un coup de cœur, un roman que je garde en tête même après une centaine de premiers romans lus, parce qu’il a un ton, parce qu’il y a un nouveau talent. Parce que ce roman a su venir me parler, me toucher, de manière inattendue par sa forme. On rit, on pleure dans ce roman, on vit les émotions, on regarde ses jambes et on sent son corps, tant de choses dans un livre me direz vous, eh bien oui et c’est dans Jupe et Pantalon. […]

  2. Murmures à Adèle (2016-2017) | L'insatiable - 22 décembre 2016

    […] compagnons de route, fidèles et puissants, que sont les livres. Il y en a eu des bouleversants, ce Jupe et pantalon qu’un jour je mettrai dans tes mains pour que tu comprennes peut être, ces mijaurées que je te […]

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