Dis, Lisa Liautaud, c’est quoi un éditeur ?

27 Jan

Les 68 premières fois ont fait rejaillir mes questions sur le métier d’éditeur, sur ce que l’on attend d’un premier roman, sur ce lien si particulier entre l’auteur et son éditeur. J’avais déjà commencé cette série avec Stéphane Million notamment. J’ai donc interrogé l’une des éditrices les plus prometteuses et dont j’affectionne particulièrement les choix éditoriaux, Lisa Liautaud chez Plon, éditrice notamment du dernier roman de Sigolène Vinson et du premier roman adulte de Luc Blanvillain. Des merveilles. 

Crédit photo: JLiautaud

Crédit photo: JLiautaud

  1. Qu’est-ce qu’être éditeur ?

Etre un couteau suisse… enfin, marseillo-corse, en ce qui me concerne ! Des lames et des outils au service des autres.

  1. Pourquoi vouloir devenir éditeur ? Quelques mots sur votre parcours ?

Ce serait sans doute un peu facile, mais je pourrais dire : on ne naît pas éditeur, on le devient… Je ne viens pas du tout du sérail : je suis née et j’ai grandi à Marseille, plongée dans les livres mais loin de Saint-Germain-des-Prés. Je suis arrivée à Paris en khâgne pour faire une option Arts plastiques (et aller voir des concerts et des expos), je n’ai pas eu le concours de Normale Sup (trop de concerts, trop d’expos, trop de lecture ?) et j’ai choisi, après de longs atermoiements (Arts ? Lettres ? Arts ? Lettres ?), de poursuivre des études de Lettres modernes jusqu’à préparer le concours de l’agrégation… et à ne pas le passer. Je ne voulais pas enseigner, j’avais dit non aux arts plastiques, ma guitare prenait la poussière. Restait le fil rouge : les livres. J’avais été libraire pendant mes étés d’étudiante, je connaissais un peu l’aval. Quid de l’amont ? J’ai eu la chance de trouver un stage chez Plon, celle d’y être embauchée très vite, j’y suis restée 5 ans comme assistante d’édition, en fiction et non-fiction, dans le domaine français. Je ne connaissais ni le milieu, ni le métier d’éditeur, j’ai appris et me suis passionnée sur le tas. Ensuite, j’ai eu l’opportunité, grâce à un auteur avec qui j’avais travaillé, d’intégrer la Fondation Jean-Jaurès, une fondation politique reconnue d’utilité publique (en français : un laboratoire d’idées à la croisée des chemins entre monde politique, universitaire et société civile). Je suis arrivée pour mes compétences d’éditrice, je m’y suis finalement occupée de la communication (événementiel, relations presse, com visuelle, com web, stratégie et rédaction…). Nouveau pari, nouvelle lame à mon couteau. Mais les livres me manquaient, la fiction me manquait… Et l’été dernier, nouveau timing parfait : j’ai fait mon retour chez Plon, avec une mission qui coïncidait parfaitement avec mon parcours (couteau suisse toujours) et mon envie, reconstruire une identité littéraire dans cette belle maison. Beau défi, non ?

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  1. Trois mots pour définir la relation auteur- éditeur 

Confiance. Conscience. Connaissance.

  1. Quelle est la place de l’éditeur dans le travail de réécriture-relecture du manuscrit ?

Tout dépend de l’auteur ! De l’éditeur, aussi. Certains manuscrits sont métamorphosés entre la première et la dernière version (parfois, la 5e ou la 6e). D’autres ne changent presque pas d’une virgule – mais c’est souvent parce que de nombreuses discussions ont précédé, accompagné, réorienté l’écriture en cours de route. Certains auteurs ont besoin de sollicitude, d’autres de solitude. Il faut savoir discerner la juste distance, s’adapter à chaque personnalité, à chaque fonctionnement. Rassurer, mettre des garde-fous et garder le cap pour atteindre un objectif, toujours : emmener le texte, quel qu’ait été le processus, à son meilleur. C’est peut-être l’un de mes plus grands bonheurs d’éditrice : sentir chez un auteur la joie d’avoir progressé, d’être satisfait de la dernière version de son texte et convaincu de sa valeur.

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  1. Trois qualités essentielles pour qu’un premier roman soit publiable :

C’est encore une réponse très personnelle, et facilitée par notre décision chez Plon d’avoir des lignes éditoriales très claires : roman historique (http://www.plon.fr/catalogue/theme/histoire-et-romans-historiques) / littérature résolument contemporaine (http://www.rentree-litteraire-plon.fr/) / collection Miroir (http://www.plon.fr/catalogue/collection/miroir).

Donc 1 : coller à l’une de nos lignes éditoriales. Je sais, ça ressemble à la rengaine des lettres de refus, mais c’est pour moi une marque d’honnêteté : il me semble essentiel pour un éditeur de savoir si sa maison sera capable de défendre un texte ou s’il sera mieux défendu ailleurs.

2 : bien sûr, réunir toutes les qualités d’un bon roman ; c’est là que jouent la compétence et l’expérience : ce texte coche-t-il toutes les cases, sur la forme, sur le fond, la mécanique narrative est-elle bien huilée, les personnages incarnés, etc. On n’égrènera pas ces nombreux critères ici… mais dans les faits, cette étape de sélection est très rapide.

3 : me toucher, m’enthousiasmer. C’est essentiel, aussi, et assez évident : je me battrai mieux pour un texte que j’adore. Ça a été le cas du texte de Luc Blanvillain, que vous avez aimé aussi, Charlotte, et ce sera le cas des premiers romans que je publierai l’an prochain. La qualité de ces textes, le talent de leurs auteurs et la nécessité de les publier, j’en suis convaincue. Reste à en convaincre les lecteurs !

  1. Le petit truc en plus qu’il faut pour être le manuscrit choisi parmi les centaines reçus ?

N’avoir que des trucs en plus  ?

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  1. Le livre que vous auriez rêvé d’éditer :

Je rêve beaucoup, mais surtout aux livres que je vais éditer. La liste serait trop longue, et très éclectique. Je préfère me tourner vers l’avenir et vers les prochaines pépites que je vais découvrir.

  1. L’auteur que vous éditeriez les yeux fermés :

J’ai toujours les yeux grands ouverts.

J’aurais bien dit Romain Gary, mais c’est un peu tard…

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  1. L’avenir du livre, vous l’imaginez comment ?

Je crois qu’on est dans un moment de bouleversement global, social, politique, intellectuel, qui va bien au-delà de l’économie du livre, des habitudes culturelles, des horizons d’attente du public. J’ai du mal à imaginer, à visualiser où nous allons. C’est d’ailleurs très précisément pour ça que je publie les romans que je publie : pour poser des questions sur le présent et inventer un peu l’avenir.

Merci infiniment Lisa pour la sincérité et la fraîcheur! Belle et longue route à vous!

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Une Réponse to “Dis, Lisa Liautaud, c’est quoi un éditeur ?”

  1. Caroline Doudet (L'Irrégulière) 28 janvier 2016 à 10:16 #

    Très beau parcours ! Merci pour cet entretien !

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