Les oubliés – Dernier tour en 2015

13 Jan

Avant d’explorer la rentrée de janvier qui s’annonce de haute volée (déjà quelques lectures et toutes très intéressantes, avec (déjà!) des romans coups de cœur) , retour sur quelques livres lus en 2015 et qui n’ont pas fait l’objet d’un article, faute de temps notamment.

Sans titre

Quand le diable sortit de la salle de bain, Sophie Divry

« Les autres sont tout ce que nous pourrions être, nos possibles plus encore que nos semblables. »

« Je n’avais qu’un peu de pain en guise de pique nique, mais une envie substantielle de sortir de mon studio, et le goût d’écrire, espérant que ce travail m’apporterait un jour quelque chose, le plaisir, la reconnaissance, l’amour, l’argent, la culture, l’utilité sociale bref, tout ce qui peut rendre la vie supportable. »

Un roman incontournable, pour la fraicheur de Sophie Divry, pour son humour décapant qui ne se défait pas d’une profondeur intacte, d’une émotion palpable. Une langue comme il en existe peu, faisant bouger les lignes et les habitudes. Un roman qui vous fait passer par une large palette de sensations. Difficile de le chroniquer tant il est original. A découvrir impérativement!

Echapper, Lionel Duroy

« Peut-être. pour revenir dans le sale de la vie, ne pas lui laisser croire cette bêtise qu’il existerait des êtres remarquables inaccessibles à la peur, à la lâcheté, au compromis. »

« Nous sommes là pour vivre, c’est la seule chose à laquelle nous ne devons pas échapper. Et pour vivre, nous avons tous les droits. »

Des petites voix familières me poussaient à découvrir l’œuvre de Lionel Duroy, chose faite avec Echapper. Et la rencontre fut belle. Là encore, il n’écrit pas comme tout le monde, parvient à créer une sorte de temps suspendu, d’apesanteur, pendant lequel on suit ses écrits, son histoire. C’est lent et doux. C’est tout, c’est nous, c’est l’intime. Sophie en parle tellement bien.

 

Un séjour en France, chronique d’une immersion, Bérangère Lepetit

« Il y a une vie à construire, un pavillon à acheter quand c’est possible, le crédit qui va avec. Il faut rembourser, on est piégé, il faut rester. Pas le temps de s’inventer une autre vie. Pas la possibilité de prendre du champ quelques jours, quelques semaines pour chercher autre chose. Avec le temps, avec le rythme de l’usine, plus trop d’énergie. »

« Le rôle du territoire, du milieu familial et de la classe sociale dans la construction des identités m’a toujours intéressée. La force et la détermination qui poussent certains, pour exister, à s’affranchir de leurs origines. parfois en douceur, de manière naturelle, évidente. Parfois aussi dans la douleur, la brutalité. »

« Il va sans dire qu’on ne tire pas sous n’importe quel prétexte sur la ligne de vie. A aucun moment, d’ailleurs, je n’oserai la tirer et je ne verrai l’un de mes collègues le faire. Tirer sur cette ligne, c’est reconnaître qu’on n’y arrive pas. Pire, c’est communiquer son échec à tous les autres, à l’ensemble de l’atelier. »

C’est un récit, une immersion d’une journaliste dans l’usine Doux en Bretagne. De son aventure, elle en fait un récit qui se lit comme un roman, l’écriture est travaillée et belle, le ressenti intact. Les images sont fortes, loin de celles que l’on sert habituellement. A la hauteur du livre de Florence Aubenas, le quai de Ouistreham auquel on ne peut que penser. Une lecture marquante sur le monde du travail, sur les invisibles qui font le monde, sur les oubliés. A lire, à ne pas oublier et à méditer!

Ma chronique sur France Bleu!

J’ai envie de tout, Sylvie Perez

Pour des raisons personnelles, ce roman m’appelait. Sylvie Perez réussit un exercice d’équilibriste, faire un roman plein de vie, joyeux, fou, vivant et vibrant en traitant de l’une des maladies chroniques les plus terrifiantes et terrassantes. Le pari n’était pas facile, il est relevé avec brio dans un roman comme un journal intime, où tout se mêle, comme une vie où l’on prend tout comme ça vient, parfois sans structure. Une énergie de vie, un appel à avancer toujours et à profiter surtout. Bravo!

L’intérêt de l’enfant, Ian Mc Ewan

« Elle était égoïste, jamais contente, froidement ambitieuse. Se consacrait  la poursuite de ses objectifs, refusait de voir sa carrière comme une source de gratification, avait privé d’existence deux ou trois individus doués et chaleureux. « 

 » L’intérêt d’un enfant, son bien-être, tenait au lien social. Aucun adolescent n’est une île. Elle croyait que ses responsabilités s’arrêtaient aux murs de la salle d’audience. Mais comment auraient-elles pu s’arrêter là? « 

Après le sublime Sur la plage de Chesil, qui dissèque avec une vérité et une justesse inégalables la rencontre sensuelle et charnelle d’un couple, McEwan revient avec un roman de la même trempe en proie au question sur la justice et sur ses exécutants, sur le pouvoir d’une juge pour enfant, sur l’impact de nos décisions sur la vie des autres. Une élégance inégalable, une classe indétrônable. McEwan est l’un des plus grands romanciers contemporains, c’est une évidence.

La chronique France Bleu par la meilleure des libraires, la mienne, Marie Adélaide de la librairie Doucet

Fable d’amour, Antonio Moresco

 » Comment c’est possible que les mots ne vaillent rien, que les gestes ne vaillent rien? Comment c’est possible que les mots, les gestes, les projets, les promesses disparaissent d’un moment à l’autre comme neige au soleil? Comment une personne peut tout à coup devenir quelqu’un d’autre? « 

« Mais, s’il ne faut pas croire les mots, si les mots ne sont rien, ne valent rien, alors pourquoi les gens parlent et parlent…? Mais alors ne vaut il pas mieux ne plus les prononcer, ne plus les écrire? « 

Tout est dans le titre, il semble difficile d’y ajouter quelque chose, tant ce livre est un petit monde, une fable dans tout ce qu’elle a d’essentiel et de beauté. Ce roman est une petite musique dans une langue, au demeurant très simple, comme les contes, où tout semble si réel et si irréel, … Chez un autre, tout pourrait sonner faux, Antonio Moresco parvient à trouver l’équilibre, à tenir la note. Un enchantement.

 

Et si vous voulez rester dans le monde des contes, plongez vous avec délectation et douceur dans Leurs contes de Perrault. Un collectif d’auteurs (Cécile Coulon, Manuel Candré, Emmanuel Pagano et tant d’autres) revisite Cendrillon, le petit Poucet ou Barbe Bleue avec malice et talent. Caroline vous donnera aussi envie de vous y plonger! N’hésitez pas à aller écouter ma chronique France Bleu, pour plus de détails!

9782714469045

 

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2 Réponses to “Les oubliés – Dernier tour en 2015”

  1. Goran 13 janvier 2016 à 14:44 #

    Belle liste…

  2. Sophie Adriansen 13 janvier 2016 à 15:43 #

    Duroy ❤
    Une évidence….

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