Le français, Julien Suaudeau

27 Nov

Lu en octobre, chroniqué sur France Bleu Maine le 2 novembre, j’avais écrit la chronique du roman Le français de Julien Suaudeau avant le 13 novembre. Elle devait être publiée le lundi 16, sombre présage. J’ai reculé, besoin de douceur, impossible de publier ça avant. Aujourd’hui, en relisant mes mots, je crois qu’ils sont encore plus omniprésents, que le besoin de comprendre, d’ouvrir les yeux sans hurler aux loups est nécessaire, prendre le temps de réfléchir, ne pas se jeter dans les théories trop faciles, les critiques sans fondements, quand on ne connaît que ce que l’on veut bien nous en dire.

Alors, je ne changerai rien à la chronique écrite avant ce 13 novembre, mais après Charlie avec toujours cette question obsédante du point de basculement de jeunes gens nés en France, qui ont essuyé les bancs des écoles françaises et qui un jour décident du pire. Comprendre. Prendre le temps, c’est ce qu’offre la littérature.

9782221187708

Les journaux en regorgent, avec un traitement plus ou moins rapide, plus ou moins sensationnel ; les politiques s’en emparent pour gouverner par la peur ( je vous conseille la lecture de l’excellent essai Gouverner par la peur, écrit notamment le regretté Bernard Maris) : ces jeunes français qui partent agrandir les troupes des terroristes syriens.

Un roman est d’un autre souffle, prend le temps là où d’autres n’ont qu’un ou deux feuillets, ne se veut pas détenteur d’une vérité, veut juste raconter une histoire. Juste raconter une histoire ? Non, éveiller les consciences, ouvrir les yeux, prendre le temps de comprendre, de chercher la faille. Saisir la vie au plus près de la vérité, montrer la banalité du mal, la proximité du pire.

Julien Suaudeau y parvient avec un roman percutant, dans l’écriture et dans le fond. Tous ne sont pas capables de s’imprégner de ces histoires et d’en sortir un grand roman ,Julien Suaudeau a ce talent.

On sent la dérive lente, inévitable, vers non pas un fanatisme (la religion n’est qu’un prétexte), mais vers un autre avenir, quand on n’a pas de repères, pas de valeur, la mort n’est rien, l’autre n’est rien. On respire mal pendant la lecture de ce texte, tant on sent la respiration saccadée du narrateur, tant on ressent la perdition et la déshumanisation.

Ce n’est pas une leçon, on n’en ressort pas rempli de certitudes ou de belles idées, on en ressort secoué, avec des questions toujours plus présentes. On en ressort aussi avec la certitude d’avoir affaire à un grand écrivain.

Cliquez sur le logo pour la chronique radio

Cliquez sur le logo pour la chronique radio

Extraits

« La religion, c’est le grand secret de chacun et c’est aussi un masque. C’est la vie qu’il faut casser; la vie qui nous écrase et qui ne nous laisse pas respirer. « 

« Il n’y avait plus rien à part la vie qui s’en allait, l’espérance d’un enfant désarmé devant la fin du monde. »

Publicités

Une Réponse to “Le français, Julien Suaudeau”

  1. Mad 27 novembre 2015 à 18:17 #

    Certainement pas pour tout de suite mais tu m’as donné envie.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :