Ressources inhumaines et Après le silence, deux premiers romans en apnée dans le monde du travail

29 Sep

Le traitement du travail en littérature est une de mes obsessions (déjà traitée dans l’ivre de lire), les romans qui en traitent son rares, et ceux qui parviennent à en saisir les multiples facettes sans tomber dans le récit documentaire ou une diatribe anti patron, anti capitaliste, anti société, anti tout le sont davantage.

En cette rentrée, Luc Blanvillain parvient à cerner, avec justesse et talent, l’ambition et ce que l’on croit pouvoir atteindre par le travail avec son excellent Nos âmes seules (dans mon top 5 des 68 premiers romans de cette rentrée).

Deux autres auteurs se sont saisis de la question et ont livré deux premiers romans qu’il faut découvrir (parce que le ton est nouveau, l’écriture une réussite et le sujet sortant un peu des sentiers battus… et tout simplement parce qu’ils sont bons et qu’ils cognent, forts et justes) !

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Ressources inhumaines, Frédéric Viguier

Ressources inhumaines, choix du titre hasardeux et il aurait pu être tout autre. Ne pas s’y arrêter et plonger dans ce roman glacial.

Le monde de l’hypermarché, la hiérarchie aux multiples étages factices, la passerelle coursive pour surveiller, les petits chefs qui, se croyant détenteur d’un pouvoir pourtant absurde, font tomber l’autre ; on pourrait être dans le registre de l’enfermement, de camps de travail où tout le monde est surveillé et exploité. Le tout est aseptisé et presque futuriste, on a l’impression de plonger dans un décor de science fiction, où tout est immaculé, où les humains ont des teints cireux, et des manteaux noirs, où l’humanité a déserté faute de combattants.

L’Autre, Elle, Le chef, plus de prénoms quand on ne s’intéresse qu’à un corps en mouvement, quand on estime que chacun est interchangeable, quand on ne prend l’homme que comme matière première.

La question de la déshumanisation, de ce que l’on accepte de subir pour un salaire qui ne permet aucun loisir, de ce que le travail peut engendrer comme perversion et pathologies quand il est traité loin de toute considération humaniste.

Un premier roman maitrisé, intéressant et dérangeant. A découvrir!

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Après le silence, Didier Castino

Comme on parle de gueule au cinéma, on pourrait en dire autant de ce roman, c’est une gueule, une vraie personnalité, une écriture peu commune, rien de singulier ou de facile.

Didier Castino s’empare de l’Usine, celle qui fait partie de la famille, celle qui nourrit une ville, qui décide des humeurs du père, celle par lequel le fils débutera sa vie d’adulte, en boulot d’été., celle qui prend toute la place pendant les repas, qui guide une vie.

L’usine qui semble d’un autre temps et qui pourtant continue d’exister, avec une hiérarchie établie, des tâches répétitives que les robots n’ont pas encore réussi à accomplir. Pour toucher un SMIC ou guère plus. Mais une école dans laquelle on apprend à ne pas se plaindre, parce que les charges, parce que les gosses. Parce que pas le choix.

Jusqu’au jour où elle deviendra meurtrière, elle est celle qui broiera le père comme une fatalité. Accident de travail.

Le choix de Didier Castino est de prendre la forme du monologue du père mort, comme une lettre adressé à son plus jeune fils, comme un testament inventé, celui qui contient les hontes et les émotions, les petites choses qui font une vie. Et parce que la colère n’est jamais loin, l’importance donnée, quoi qu’on en dise, au statut social, à la transmission et à ce que l’on doit porter sur ses épaules dès la naissance.

Ce roman est cabossé, coléreux et déroutant. Ce roman est bouillant et vivant.

Une gueule, je vous dis.

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Une Réponse to “Ressources inhumaines et Après le silence, deux premiers romans en apnée dans le monde du travail”

  1. jostein59 30 septembre 2015 à 06:43 #

    Pour ce projet, je n’ai pas encore lu ce titre ni Nos âmes seules et je pense que cela va manquer pour mon classement

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