Courir après les ombres, Sigolène Vinson

22 Sep

Je crois que quand on aime, on est plus exigeant. On ne se contente pas du facile, on veut l’excellence. Et quand on l’a, le bonheur est encore plus grand.

sigolène

Quand j’ai reçu le roman de Sigolène Vinson, je l’ai trouvé beau. La couverture, le toucher, le grammage. J’ai admiré l’objet, lu la première page et je l’ai refermé. Il m’a suivi pendant trois mois, dans tous mes sacs, toujours à portée de mains. Parce qu’il me donnait l’impression de ne jamais être seule, d’avoir toujours en secours une bouée. Parce que Sigolène est l’auteur d’un de ces livres dont on peut dire qu’ils changent une vie, elle a su par ses mots décrire mes doutes profonds, parce qu’elle aussi a quitté une robe trop lourde pour elle, comme si son livre m’autorisait à vivre. Alors, à chaque fois que je la retrouve, l’émotion est singulière, tant je sais que son appréhension du monde et des êtres m’émeut. Avec le Caillou, elle était venue cueillir l’intime, la difficulté parfois d’être au monde.

Avec Courir après les ombres, elle va plus loin, parvient à lier le petit et l’immense, le personnel et l’universel, l’être dans le monde. Si on a lu son premier roman (et oui c’est un roman. Pour en lire 68 depuis quelques temps, je défie quiconque de considérer que ce texte n’est pas un roman ou alors bon nombre devrait être débaptisé), on sait que ce roman est Sigolène intrinsèquement (enfin dans ce qu’elle donne à voir), dans ce qu’elle porte en elle, ce qu’on lui laisse en héritage cette terre africaine qu’elle chérit tant.

Ce roman est multiple, il n’est pas que rêveur, il est les deux pieds ancrés dans le sable, il n’est pas une ode à l’Afrique contre les méchants occidentaux, il est comme ce monde, un peu à la dérive, mais surtout contrasté et chamarré, en quête de sens. Jamais l’auteur ne juge les choix des êtres, s’en désole tout au plus, pas de leçon de morale ou de vérités assénées, mais un cri dans la nuit, un espoir de pouvoir rattraper son ombre, comme un enfant qui tente d’appréhender ce qui le suit, sans comprendre qu’il est insaisissable. Courir après ses propres ombres, ses renoncements et ce que l’on croit cacher, que l’on veut taire et qui pourtant nous constitue, ce pourquoi on est au monde.

Sigolène Vinson nous fait naviguer vers les côtes d’Afrique que l’Occident regarde avec suffisance et intérêt- financier et dépotoire. Dans ce combat, un homme Paul Deville, incarnant la figure capitaliste autant que l’amoureux de poésie, en quête de sens, comme chercher l’impossible pour ne pas avoir à ouvrir les yeux trop grands.

Ce roman a un souffle sombre, peut être la langeur humide de ces climats qui harassent les corps. Il se lit par vagues, comme celles emportant gros chalutier et barque de fortune, lent et vaporeux, pour ensuite vous ramener sur le rivage d’un coup sec. C’est cela l’écriture de Sigolène Vinson, un mélange singulier de mélancolie et de colère, de rage et de douceur.

Dans ce roman, il y a le monde, une façon de voir le monde, ma façon de voir le monde, celle de ceux qui ne supportent pas l’indifférence et la course folle, ceux qui croient encore que la poésie peut changer les choses.

Et tant que ce monde offrira de la si belle littérature, loin de l’aseptisé et du stéréotypé, alors je me dirai que ça vaut la peine.

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3 Réponses to “Courir après les ombres, Sigolène Vinson”

  1. jostein59 24 septembre 2015 à 06:58 #

    Une auteure qu’il le faut découvrir. J’ai déjà raté Le caillou qui a fait couler beaucoup d’encre. Je note les deux titres pour plus tard.

  2. noukette 2 octobre 2015 à 20:48 #

    J’avais aimé Le caillou, vraiment… Mais celui là… je ne sais pas, j’hésite…

    • insatiablecharlotte 16 octobre 2015 à 10:06 #

      Il ne faut pas hésiter Noukette. C’est un roman original, avec une langue nouvelle, un sujet qui n’est pas traité à longueur de romans, avec des personnages très attachants et troublants!

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