Confidences d’écrivain, Jessica L. Nelson

25 Août

Jessica L. Nelson m’impressionne dans sa capacité à suivre et animer une foule de projets passionnants et avec une seule envie: que le livre vive. Conseiller littéraire (et chroniqueuse, mais quand on a lu Tandis que je me dénude, on peine à lui accoler ce vocable) pour l’émission de Michel Field sur TF1, co-fondatrice de la maison d’édition des Saints Pères, membre permanent du jury de La closerie des lilas (et j’en oublie sans doute).

Mais surtout Jessica L. Nelson écrit, et son roman paru mi août chez Belfond, Tandis que je me dénude, donne à réfléchir sur l’importance que notre société donne à l’image et au paraître, le tout avec une construction audacieuse et une écriture soignée. A découvrir dans cette rentrée foisonnante, en attendant écoutez là parler livres, ça fait du bien!

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1.Ecrire, à quoi ça sert ?

A comprendre. J’écris parce que j’ai des obsessions. Réfléchir, composer, raturer, recommencer cent, deux cents fois, ou plus, me permet de m’approcher du sujet en question, de mieux le cerner, de le creuser, de le faire mien, de le maîtriser… En fait non, je crois qu’on écrit pour maîtriser, plus que pour comprendre ! Et pour s’évader, si je devais donner une deuxième raison. Ecrire, c’est partir loin, c’est assumer l’égoïsme de l’humanité, le nôtre, avec comme excuse d’être au cœur d’un processus créatif…

2.Le meilleur compagnon de l’auteur ?

Cahier d’écolier à spirales et stylo bien baveux. Je ne suis pour ma part jamais parvenue à écrire un livre sans être passée par une phase de gribouillages manuscrits, puis une autre phase (toujours à la main, pas d’ordi à ce stade) où l’on jette et peaufine le plan, les personnages… Même si l’inspiration bouscule ensuite toutes les idées que l’on pensait avoir fixées définitivement sur le papier du carnet. Et puis il y a les compagnons intangibles : l’angoisse, les fragilités, les joies.

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3.Son pire ennemi ?

L’attente d’une reconnaissance et du succès.

4.Une manie d’écriture ?

La nuit, quand les gens dorment et que les esprits rôdent.

5.Que pensez-vous de cette phrase de James Salter : « Si vous écrivez, vous devez être prêt à vous détester vous-même, à être dégoûté de vous-même à la fin d’une journée que vous avez passé à écrire. Tant de temps pour un tel résultat! Tout ça pour ça! » (Extrait d’une interview parue dans Lire, n°429, octobre 2014)

Je suis partiellement d’accord. Il faudrait pouvoir être très lucide sur la qualité de ce que l’on écrit, se juger sévèrement, accepter les critiques, être en mesure de jeter, remballer son égo. Mais se détester et être dégoûté de soi, non ! Je n’ai jamais pensé qu’une journée d’écriture soldée par zéro paragraphe à conserver était une journée ratée… Disons qu’on fait ses gammes ! Et qu’il faut être patient.

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6.De quoi l’écriture doit-elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras « Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. »)

Du désenchantement.

7.Définissez-vous par :

– une œuvre d’art : Le Sang d’un poète, de Cocteau.

– un mot : besogneuse !

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8.Quel est votre rapport à la lecture ? Lit-on pour écrire ?

Je ne peux pas vivre sans lire, mais je ne lis pas pour écrire. Et je pourrais sans doute vivre sans écrire !

9.Citez trois ouvrages fondateurs.

Solal d’Albert Cohen

Léviathan de Paul Auster

Libre et légère d’Edith Wharton

10.Le dernier roman qui vous a étonnée.

Le nouveau roman de Sorj Chalandon, Profession du père (Grasset). J’aime beaucoup l’œuvre de cet écrivain, mais compte tenu du sujet (un enfant confronté à la violence mythomane de son père), je ne m’attendais pas à être à ce point embarquée et touchée.

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11.Quelle est votre quête ultime (ou absolue) en tant qu’auteur ?

Pouvoir en lire une page au hasard dix ans après l’avoir écrit, sans rougir, et en me disant que j’en reconnais la maternité !

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4 Réponses to “Confidences d’écrivain, Jessica L. Nelson”

  1. Quaidesproses 25 août 2015 à 11:41 #

    C’est une jolie interview. J’ai commandé son livre chez mon libraire, j’ai hâte de l’avoir (Tandis que je me dénude).
    « Profession du père » est dans WL, j’avais un peu peur de l’acheter, mais elle vient de me convaincre.

    • insatiablecharlotte 26 août 2015 à 14:10 #

      Je n’ai pas encore lu Chalandon mais il promet d’être grandiose (fan déjà de l’auteur) et tu reviendras me donner ton avis sur Tandis que je me dénude!

  2. Ameth 25 août 2015 à 22:12 #

    J’ai beaucoup aimé cet article ! j’aime bien ce genre d’ITW à travers lesquelles on perçoit l’auteur en tant qu’être humain créateur/artiste et non pas que en tant qu’écrivain …
    Je rajoute ce livre à ma liste Goodreads !

    • insatiablecharlotte 26 août 2015 à 14:10 #

      J’aime beaucoup découvrir les inspirations et le processus créatif, et quand les auteurs acceptent de se livrer, c’est un grand plaisir! Un roman à lire oui!

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