Une photo, quelques mots

27 Juil

L’atelier de Leiloona sur Bric à Book fête ses quatre ans, je me devais de participer. Parce que ce rendez vous m’a permis d’oser montrer ce que j’écrivais, parce qu’il m’a emmené sur des chemins que je n’imaginais, parce qu’il est un exercice excitant. Merci Leiloona pour ce rendez vous  créé et pour cette énergie déployée, merci de nous offrir des photos toujours magnifiques mais diverses, qui transportent dans des univers éclectiques.

 

Crédit photo: Marion Pluss

Crédit photo: Marion Pluss

Je venais de déposer sur ta table de chevet ton livre fétiche à la couverture limée à force d’être lu, t’avais embrassé trop fort comme toujours en murmurant les mots du soir, notre rituel depuis ta naissance.

Tu n’avais pas entendu les escaliers craqués, tu devinais que j’étais dans ma chambre.

J’entendis le froissement de ta couette, ton pied droit puis le second qui reprenait contact avec le sol. Tu es resté un moment dans cette position, puisais tu la force de te lever dans ton doudou ou avais tu peur de ma réaction et d’un « retourne te coucher » qui te ferait couler les larmes ?

Tu as fait les quelques pas qui séparent ton lit de la porte et tu l’as entrouverte. Tu m’as vue, allongée sur le dos, un livre à la main. J’entendais ton souffle et ton hésitation, un regard suffit à te donner l’approbation, tu courus jusqu’à moi, grimpais sur le lit et vins poser ta tête blonde contre mon épaule. Doucement, tu as tendu le bras et a commencé à caresser mon ventre.

« J’ai peur, Maman. J’ai peur que tu ne m’aimes plus, que tu l’aimes plus que moi, que tu ne me trouves plus intéressant, j’ai peur que tu sois trop fatiguée, qu’il prenne toute la place et que je n’existe plus. Tu vas me dire que tu m’aimeras pareil, mais tu le promets ? Et tu sais, aussi j’ai peur de ne pas l’aimer. »

Au ton que tu employais, ces mots tournaient en toi depuis un moment déjà, peut être depuis ce moment où mon ventre avait pris forme, ou tu avais compris que ce n’était pas qu’une idée, que la réalité avait pris corps.

« Tu le sais que je t’aimerai toujours, cherche bien et tu trouveras cette certitude en toi. Il sera différent, il ne sera pas toi, tu seras toujours unique. Unique même à deux.

Mais surtout, tu l’aimeras démesurément, tu seras prêt à tout pour lui, tu verras, tu voudras qu’il soit bien toujours, tu détesteras celui qui lui fera un croche pied dans la cour, tu le jalouseras parfois, c’est inévitable. Même les jours d’agacement, tu l’aimeras. Il ne prendra pas ta place, il sera un cœur de plus pour toi, quelqu’un à aimer sans raison, juste parce que c’est lui. Tu voudras lui faire découvrir le monde et ses trésors.

Un jour, tu lui prendras la main, tu l’emmèneras vers l’avant et tu oublieras que tu avais peur de ne pas l’aimer. Tu ne te retourneras plus pour trouver mon regard, tu sauras que dans ta main se trouve l’évidence, la précieuse évidence d’être grand frère. »

 

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8 Réponses to “Une photo, quelques mots”

  1. Leiloona 27 juillet 2015 à 09:42 #

    Un très joli texte sur le désarroi des enfants qui ne deviennent plus « uniques ». Je l’ai vécu, et je peux te dire que je m’identifie très bien dans ce petit texte … La jalousie, oui, forcément, avec l’amour inconditionnel pour celui qui restera mon petit frère (même s’il fait près de 2 mètres …) 🙂

    Merci de croquer aussi bien les émotions. Tu reviendras écrire, hein, dis ? 🙂

  2. Albertine 27 juillet 2015 à 11:14 #

    Tu retranscris très justement les interrogations d’un futur grand frère ! Je me souviens du premier bain de ma deuxième fille à la maternité. La sage-femme avait accepté que sa grande sœur de deux ans et demi, y participe : un moment de découverte magique.

  3. Ludo 27 juillet 2015 à 15:54 #

    Ah, l’angoisse de l’aîné, un thème qui me parle et que tu décris tres tres bien, tout en finesse et émotions!

  4. Anne-Véronique 27 juillet 2015 à 17:12 #

    Merci pour ton texte Charlotte. Moi j’étais dans la situation de la petite dernière (avec ma sœur qui me bouchait le nez quand je dormais pour voir combien de temps je pouvais rester sans respirer… mais sinon je vais bien 🙂 ) Ici, tu rends vraiment bien le désarroi du petit qui ne veut pas perdre sa place dans le cœur de sa maman. Très jolie texte ! merci

  5. Nimentrix (@nimentrix) 27 juillet 2015 à 17:42 #

    De la difficulté a-mère d’être 2 et de partager l’unique maman. Joli texte et beau msg final.

  6. nath 27 juillet 2015 à 18:25 #

    c’est un sentiment bien compréhensible, un petit tout seul qui a eu l’exclusivité de ses parents. Parfois mon grand recherche cette période où nous étions juste trois …

  7. nady 31 juillet 2015 à 12:48 #

    Si toutes les mamans pouvaient dire de telles belles paroles à leur aîné(e), les psy auraient moins à faire avec les petits frères ou petites soeurs !! Merveilleux texte ! 😉

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  1. Prendre un adulte par la main Ecriture | Bric à Book - 27 juillet 2015

    […] Insatiable Charlotte […]

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