Eroica, Pierre Ducrozet. Furieusement magnifique.

29 Juin

Jean Michel Basquiat, ou celui que l’on a voulu faire rentrer dans les cases, du jeune génie rebelle fou, du black aux pieds nus, emporté par la drogue en pleine ascension.  Ce constat là est le commun, celui qui résume trop facilement une vie, sans en saisir sa singularité et ses vicissitudes, sans en comprendre les aspérités. Pierre Ducrozet ne cède rien à la facilité et s’attaque à la face cachée, au  génie torturé mais capable de rire, à l’amoureux désespérément seul, à celui en quête de vérité, à cette vie fugace mais vécue, à cette attitude face au monde.

9782246857471-X_0

Loin de la biographie sans sueur, Pierre Ducrozet s’empare pleinement de Basquiat dans sa fougue romanesque, dans cette auto destruction qui n’est qu’une manière de faire avec le réel de cet hyper sensible que chaque courant d’air déracine.

De cet enfant devenu star, de celui qui voulait être un héros, qui a connu le succès de son vivant, l’auteur en fait un être vibrant et vivant, attachant autant qu’agaçant parfois, nous embarquant avec eux dans le tourbillon de ces années folles où l’on croise Madonna et Bowie, Andy Warhol et Keith Haring.

La vie de Jean Michel Basquiat ne suffit pas à relever le pari de la fureur, la plume de Pierre Ducrozet y est pour beaucoup, il y a de la fièvre et de l’urgence dans le rythme et le phrasé, il y a la fureur de l’instant, la place entière donnée à un nouveau monde en création. Il y a la nécessité à vivre quand la vie écorche et rogne, la fuite à trouver dans la culture. Tout apprendre, regarder les maîtres et désapprendre pour devenir soi, pour produire un art jamais égalé.

On danse avec les rois de New York, cette ville à aucune autre semblable, dans sa capacité à créer l’homme, à donner à vivre et à croire que changer le monde est à portée de mains. New York en ébullition, comme une personne à part entière qui insuffle une énergie hors normes, comme une révolution de l’art et de ses artistes. New York et son aura.

Roman à la puissance rare, totalement frénétique et brûlante.

Fiévreux et éblouissant.

A bout de souffle.

Et si Pierre Ducrozet dit de Basquiat qu’il a « une langue faite d’une profusion de signes, d’une architecture complexe, d’un trait enfantin et brutal, d’une poésie radicale, d’une absence totale de compromis avec le canon », alors il est un peu Basquiat lui aussi.

tumblr_lhdthm48Lc1qct9kxo1_1280

Extraits

« Les gens passent derrière lui et reconnaissent, aux formes grossières, aux dreads, un enfant terrible ; s’ils s’arrêtaient, sils verraient qu’il reformule tout ce qu’ils ont pu voir jusqu’à présent. »

« Il n’y a absolument rien entre lui et le réel, pas la moindre protection. »

« Il y a un vide dans le cœur de l’homme que rien ne vient combler. Il y a de la place dedans. Il faut combler alors en mettant des choses, beaucoup, sinon le vent s’en charge. »

« Personne ne s’étonnera s’il finit par se confondre avec l’une de ses propres toiles et redevient une fiction.

A l’intérieur, un garçon crie qu’il veut sortir. »

 

Pour le son, cliquez sur le logo!

images

Advertisements

6 Réponses to “Eroica, Pierre Ducrozet. Furieusement magnifique.”

  1. sabine 29 juin 2015 à 16:32 #

    toi quand tu veux me convaincre.. tu sais t’y prendre 🙂

  2. Mokamilla 29 juin 2015 à 16:47 #

    Mon amoureux est fasciné par Basquiat. Merci pour l’idée de cadeau.

  3. jostein59 30 juin 2015 à 06:49 #

    Je ne connaissais pas cet artiste. Je trouve qu’il y a en ce moment énormément de livres sur la vie d’artistes écorchés entre génie et drogue ( Fairyland, La divine chanson, Low down…)

  4. Victoire de Changy 30 juin 2015 à 08:56 #

    Ah oui tu sais convaincre, demoiselle !

Trackbacks/Pingbacks

  1. Votre valise de livres | L'insatiable - 16 juillet 2015

    […] Eroica de Pierre Ducrozet […]

  2. Vincent qu’on assassine, Marianne Jaeglé | L'insatiable - 12 juillet 2016

    […] la littérature s’empare de la peinture, la réussite est souvent au rendez-vous , le sublime Eroica de Pierre Ducrozet (un roman magistral sur Basquiat !), Gaëlle Josse et le si délicat l’ombre de nos nuits ou […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :