Prenez le temps.

8 Juin

J’ai arrêté les billets d’humeur, pourtant n’est-ce pas pour cela aussi que l’on vient sur un blog, parce que l’on ne se contente pas de donner son avis sur un livre mais que l’on montre  la personne qui se cache derrière, ce n’est pas juste un catalogue d’avis ou de critiques, c’est une vie, des émotions partagées.

Il fallait que je vous parle de mon obsession du moment, qui cependant n’est pas nouvelle.

Le livre est devenu un objet de consommation, ce n’est pas un mot grossier, pas de honte à avoir, la société est consumériste, il est heureux que le livre ne soit pas resté en marge (pour revoir le modèle de la société et faire notre révolution, rdv dans un prochain billet, là n’est pas le propos du jour).

Mais un livre n’est pas qu’un objet de consommation, il ne change pas au même rythme qu’un appareil défectueux, par ce qu’il procure, par l’importance qu’il tient, par son pouvoir de changer les choses et les êtres, sa capacité à aider à survivre dans un monde que l’on regarde de biais (il sera difficile de tenir des propos similaires avec un aspirateur, même si je ne suis pas contre le progrès dans ce domaine non plus!)

Des livres sortent par centaines, que dis-je milliers, tous les ans, il est heureux d’avoir le choix, que tous les goûts puissent un jour trouver satisfaction. Parfois, pourtant je m’interroge, sur ce besoin de nouveautés toujours, sur l’impossibilité pour le milieu du livre (une pensée pour les libraires qui sont les premiers maillons de cette chaîne ; le trio auteur-éditeur-libraire ou les indispensables) de laisser la place aux nouveaux.

Evidemment qu’il est palpitant de lire en avant-première ou de se projeter sur le livre d’un auteur adoré, que la rentrée littéraire a cette réminiscence de l’odeur des cahiers neufs et que je serai la première à exploser mon budget livre fin août (budget explosé tous les mois). Il ne s’agit pas de tout jeter, de se mettre vent debout contre le reste du monde, c’est juste une envie de mettre le monde sur pause de temps en temps, de prendre le temps à un livre de tomber entre les mains de ceux qui lui permettront de trouver un public, le temps aux lecteurs de rencontrer sa couverture sur les rayons.

Il y a les prix pour cela, pour faire durer un temps,  par ce fait, heureuse de voir la route du roman de Fanny Chiarello ou de Valérie Zenatti s’illuminer, mais il y a les autres qui le méritent tout autant et qui ont besoin de lecteurs pour exister.

Prendre le temps un instant de revenir sur les lectures qui nous construisent, s’arrêter quelques secondes dans cette quête folle.

Avant de lorgner sur les romans de septembre (et Dieu sait que certains me tentent), prenez le temps de découvrir les romans de cet échantillon (il s’agit des livres qui ont marqué mes derniers mois), ceux là ou tant d’autres qu’il me reste encore à découvrir.

(Il pourra certes être avancé que les plus grands devenus classiques ont rarement connu le succès de leur vivant. Vraiment, c’est censé rassurer?)

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 Prenez le temps et on en discute après, car c’est à cela aussi que sert un blog, à partager!

PS: Un excellent article sur le même thème avec une interview du fondateur des éditions TRISTRAM qui publie notamment le roman INDISPENSABLE de Célia Lévi, les insoumises!

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10 Réponses to “Prenez le temps.”

  1. L'épicière 8 juin 2015 à 16:47 #

    Je ne cours pas non plus après la nouveauté à tout prix, d’ailleurs, je suis la rentrée littéraire essentiellement parce que professionnellement il le faut, pas parce que j’ai envie d’avoir le dernier livre à la mode. Je préfère de loin prendre un livre qu’on m’a conseillé, ou d’un éditeur que je ne connais pas pour découvrir autre chose.
    Il y a un très bel article à ce sujet sur VICE http://www.vice.com/fr/read/fin-de-la-lecture-en-france-203 .

    • insatiablecharlotte 8 juin 2015 à 16:50 #

      Merci pour l’article, je voulais le mettre en lien au moment de la rédaction de mon billet et j’ai oublié, je le mets donc! Ma réaction n’était pas vis à vis des lecteurs, mais plutôt du monde des professionnels du livre aussi, avec cette nécessité de voir demain et ne pas se contenter d’aujourd’hui, c’est normal mais parfois c’est triste.

  2. les Livres de George 8 juin 2015 à 18:59 #

    Je me faisais ce type de réflexion ces derniers temps en recevant les SP qui, chez moi s’accumulent et cette pression de lire vite des romans reçus ainsi. Or je suis une lectrice lente donc j’ai énormément de retard, parfois je culpabilise vis-à-vis des maisons d’édition et puis je me dis tant pis, ou tant mieux finalement si je fais un billet sur un livre paru l’an dernier voire depuis plus longtemps, je me dis que, alors qu’une rentrée littéraire en chasse une autre, mon billet permettra peut-être de redonner envie de lire ce roman. Le blog comme tu le dis doit aussi « servir » à cela.

    • insatiablecharlotte 8 juin 2015 à 22:45 #

      Si le blog doit servir à quelque chose George, c’est à cela selon moi. Ne pas être dans le même temps, ouvrir à d’autres livres. Merci de ton passage ici, ça me fait drôlement plaisir!

      • les Livres de George 9 juin 2015 à 20:09 #

        Oui je ne suis pas très présente mais là, quand les sujets m’interpellent ! donc merci à toi !

  3. adèle 8 juin 2015 à 22:48 #

    Je trouve cela encore pire dans le domaine de la chanson.

    Moi j’aime bien lire des livres déjà anciens, récemment j’ai lu « la promesse de l’aube » de Romain Gary. Une merveille !
    Le genre de truc qui me fait dire  » pourquoi j’essaie d’écrire, quand certains sont capables de pareils textes ?! ».

    Je suis souvent déçue par les best-sellers qui emballent tout le monde, comme « le fakir », par exemple.

    • les Livres de George 9 juin 2015 à 20:10 #

      Ahhhh le fakir !!! grosse déception pour moi aussi !

      • doume 14 juin 2015 à 15:14 #

        Ce qui m’énerve le plus, ce sont les auteurs qui font de la retape à tout-va.
        Vouloir se faire connaitre, c’est bien normal, mais pour certains tous les moyens sont bons, réseaux sociaux avec communication virale, écumage des salons du livre, tournée de dédicaces … De vrais commerciaux ! Et ça marche !

  4. DF 26 juin 2015 à 09:54 #

    Je découvre votre blog…

    Je ne suis pas forcément dans l’éloge de la lenteur, lisant plutôt vite… mais je rejoins l’idée qu’un blog n’a pas à coller à l’actu. Il me paraît même parfois piquant de ressortir des bouquins d’il y a très longtemps: le plus vieux que j’aie chroniqué sur mon blog remonte aux années 1880, jamais réédité depuis…

    C’est quelque chose qu’un journal, par exemple, ne peut pas faire. Et c’est là que le blog devient complémentaire de la presse (ou des conseils du libraire, sans doute proches de l’actu et ne couvrant qu’une partie de ce qui s’écrit et se lit), en faisant revivre des livres oubliés ou méconnus.

    P.-S.: concernant la sélection en fin de billet, j’ai beaucoup aimé le roman de Carole Fives. D’elle, je recommande aussi « Quand nous serons heureux », son recueil de nouvelles, plus direct et corrosif.

  5. estellecalim 8 juin 2016 à 15:34 #

    C’est vrai qu’il y a quand même un petit frisson à lire ces romans qui ne sont pas encore sortis à la fin du mois d’aout (et aussi à les lire avant que tout le monde en ait dit des tas de trucs qui pourraient influencer notre avis 😉 ) mais il ne faut pas oublier ceux qui sont sortis il y a si peu de temps et disparaissent déjà des linéaires des librairies.
    J’avais beaucoup aimé moi aussi les notes de la mousson et j’ai regretté de ne pas entendre parler davantage d’Animarex, un très beau roman également.

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