Confidences d’écrivain, Fanny Chiarello

22 Mai

Une faiblesse de Carlotta Delmont avait déjà révélé une plume affirmée, affinée et musicale. Une recherche de nouveautés, d’originalité tant dans la forme que dans le fond. Le nouveau roman de Fanny Chiarello, Dans son propre rôle, offre un grand roman classique, non par manque d’originalité mais par virtuosité de l’écriture, de ces grands écrivains qui donnent à ressentir les scènes comme si le lecteur dansait au milieu de ses personnages, de ces œuvres qui demeureront parce que le propos est fort et la forme majestueuse.

Il est mon coup de cœur dans la dernière sélection du prix Orange du livre, celui que je voudrais tant voir briller à la remise du prix le 3 juin, alors faites moi confiance, lisez évidemment ce roman et surtout d’ici la fin du mois, votez sur Lecteurs.com.

1_prix-orange-du-livre-2015-les-cinq-finalistes

Besoin d’être convaincue? Lisez l’interview de Fanny Chiarello et son rapport à l’écriture ne pourra que vous faire succomber!

003256433

1.Ecrire, à quoi ça sert ?

On dit souvent qu’écrire, c’est organiser le chaos. Je suis assez d’accord. Je dirais plus prosaïquement que c’est toiletter le réel, chacun à sa convenance, quitte à couper beaucoup.

2.Le meilleur compagnon de l’auteur ?

En ce qui me concerne, ce sont mes pieds. Ils sont les plus grands activateurs de fiction en ma possession : qu’ils m’emmènent marcher, courir ou pédaler, je rentre toujours chez moi avec plus d’idées qu’il ne m’en faut, parfois avec des paragraphes entiers.

3.Son pire ennemi ?

Le mien est assurément le ménage. Il faut une sacrée discipline pour rester à son bureau quand on dispose de son temps et que l’on travaille chez soi, mais le plus difficile est de ne pas se laisser distraire par la poussière – qui, métaphoriquement, est l’un de nos plus grands sujets.

3

4.Une manie d’écriture ?

Je relis chacune de mes phrases et chacune de mes pages à voix haute, le nombre de fois nécessaire pour obtenir la musique souhaitée.

5.Que pensez-vous de cette phrase de James Salter : « Si vous écrivez, vous devez être prêt à vous détester vous-même, à être dégouté de vous-même à la fin d’une journée que vous avez passé à écrire. Tant de temps pour un tel résultat! Tout ça pour ça!. » (Extrait d’une interview parue dans Lire, n°429, octobre 2014)

C’est amusant : en lisant cette phrase, je pensais à Duras, que vous citez justement plus bas ; Duras disait, m’a-t-on rapporté (et je l’ai cru), qu’elle pleurait et vomissait en écrivant. Pour ma part, je trouve une véritable jubilation dans l’écriture. Même quand c’est plombant, parce que c’est mon plomb et que j’ai la chance de pouvoir le fondre à ma convenance. Quelle liberté !  Par ailleurs, le peu de choses que j’apprécie chez moi réside dans certaines de mes pages – c’est cohérent : si je me trouvais mauvaise, je n’enverrais plus mes textes à des éditeurs. Je crois juste assez à ce que je fais pour m’estimer capable d’évoluer toujours.

6.De quoi l’écriture doit-elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras « Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. »)

L’écriture sauve du réel. J’ai commencé à écrire dès le plus jeune âge parce que je ne me sentais pas capable de vivre dans ce monde sans recourir à un filtre, sans la possibilité aussi d’exercer une forme de pouvoir sur ce qui m’était proposé, en l’occurrence le pouvoir de remodeler.

1

7.Définissez-vous par :

une œuvre d’art

Ce serait sans doute une toile de Raoul Dufy. Peu importe laquelle, je m’intéresse toujours plus à la manière qu’à la matière. Mais pas une nature morte (je m’intéresse quand même aussi à la matière…)

un mot

Obsession (la configuration de mon esprit).

La grille, Raoul Dufy 1930 - Huile sur toile, 130x160 cm

La grille, Raoul Dufy 1930 – Huile sur toile, 130×160 cm

8.Quel est votre rapport à la lecture ? Lit-on pour écrire ?

Je lis pour me faire des amis. Stewart O’Nan l’ignore mais il est mon ami, au même titre que Carson Mc Cullers, Richard Brautigan ou encore John Dos Passos. Patrick Varetz, lui, le sait : il est doublement mon ami… Je ne pense pas que l’on doive lire pour écrire. Je conseille toujours aux jeunes aspirants écrivains que je rencontre de lire énormément, mais aussi de trouver leur propre voix, de débarrasser leurs phrases de tout automatisme, qu’il soit suggéré par le langage courant ou par le style des autres ; ça requiert beaucoup de travail et une grande vigilance. Par ailleurs, l’idée même de lire pour écrire m’évoque spontanément une forme de cannibalisme.

9.Citez trois ouvrages fondateurs

Manhattan Transfer de John Dos Passos (1925). Le Bruit et la fureur de William Faulkner (1929). Un général sudiste de Big Sur de Richard Brautigan (1964).

10.Le dernier roman qui vous a étonnée

Je choisis de donner à « étonnée » le sens de « étourdie sous l’effet d’une commotion » plutôt que de « fortement surprise » (je copie-colle ici Lexilogos). Et j’hésite entre Epépé de Ferenc Karinthy et Petite vie de Patrick Varetz (tout juste paru chez P.O.L), soit deux chocs de force égale, quoique de nature différente.

2

11.Quelle est votre quête ultime (ou absolue) en tant qu’auteur ?

Ne jamais céder à la facilité, refuser les techniques. Ma phobie de l’ennui est le principal garant de mon exigence. J’attends de chaque livre qu’il me permette d’expérimenter de nouvelles choses. Parfois c’est assez manifeste, comme dans le cas de mon précédent roman, Une faiblesse de Carlotta Delmont, qui fait coexister plusieurs types d’écrits a priori non romanesques. Parfois ce n’est pas spectaculaire du tout : Dans son propre rôle a été pour moi l’occasion d’un rodéo avec la troisième personne ; la plupart des lecteurs ne doivent pas envisager que ça puisse être une affaire compliquée de dire « elle » (même deux fois « elle ») que « je », mais pour moi ce fut une aventure à part entière. Disons que ma quête absolue est une succession de micro quêtes relatives…

 

Advertisements

Une Réponse to “Confidences d’écrivain, Fanny Chiarello”

Trackbacks/Pingbacks

  1. Dans son propre rôle, Fanny Chiarello | Bric à Book - 21 juin 2015

    […] l’origine de cette lecture, il y a le billet coup de coeur de Charlotte qui a eu la chance d’interviewer l’auteur : « L’écriture sauve du réel. […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :