Confidences d’écrivain, Fanny Saintenoy

3 Mai

Les notes de la mousson est un roman dense et palpitant, doux et piquant, un roman que l’on voudrait faire découvrir au plus grand nombre. Avant de partir voyager dans les rues de Pondichéry, découvrez un peu plus le rapport à l’écriture de la pétillante et très attachante Fanny Saintenoy !

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1.Ecrire, à quoi ça sert ?

Ça ne sert à rien et ça sert à tout en même temps … ça sert à donner de l’émotion, de l’évasion, parfois de la consolation et des rêveries aux lecteurs. Ça sert à fixer, maintenir avec un petit souffle de vie des gens, des choses, des endroits, réels ou imaginaires qui auraient disparu sans les mots.

2.Le meilleur compagnon de l’auteur ?

Pour moi, le demi sommeil (là où l’écriture se met en place), le clavier, une tasse de thé, un chat si possible, un endroit qu’on aime et parfois un auteur en face qui travaille de concert.

3.Son pire ennemi ? 

La peur, la peur du vide et surtout celle de s’y mettre, de s’y « coller », la peur de se lancer, comme un vertige au bord d’une falaise. C’est la peur de produire une page médiocre, plate, sans émotion et sans musique … c’est une peur qui peut vous faire tourner autour de la page pendant des jours. On cherche 182 excellentes excuses de ne pas s’y confronter avec une mauvaise foi de haut vol …

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4.Une manie d’écriture ?

Non pas vraiment, à part relire avant, comme pour s’échauffer, toujours relire, et à haute voix.

5.Que pensez-vous de cette phrase de James Salter : « Si vous écrivez, vous devez être prêt à vous détester vous-même, à être dégouté de vous-même à la fin d’une journée que vous avez passé à écrire. Tant de temps pour un tel résultat! Tout ça pour ça!. » (Extrait d’une interview parue dans Lire, n°429, octobre 2014)

Je la comprends entièrement,  malheureusement, cela revient à cette peur évoquée plus haut. On peut se détester d’être insatisfait de ce qu’on a produit et surtout,  plus que soi je trouve, il arrive souvent qu’on déteste le texte. Parce qu’on est obsédé,  possédé,  torturé par lui et parfois,  à force d’y replonger ou de le relire pour la centième fois,  on atteint un état de dégoût voire de nausée très pénible. Il faut donc savoir le laisser un peu reposer,  s’en détacher par moments,  pour essayer de l’aimer à nouveau sinon c’est trop difficile. Heureusement il y a aussi des moments d’émotion, de satisfaction, c’est rare mais heureusement ça arrive.

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6.De quoi l’écriture doit-elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. »)

L’écriture sauve du vide, du néant, de la platitude de la vie comme d’autres choses, d’autres arts, d’autres passions. Et en effet quand on a une écriture en chemin dans la cervelle on est jamais seul, c’est à la fois une torture et une plénitude. Disons que si on devait être enfermé … cela pourrait nous sauver parce que ça remplace une vie, c’est une forme de vie parallèle. En tout cas, à moins d’un lavage de cerveau ou d’électrochocs, c’est une des seules choses dont personne ne peut vous déposséder.

7.Définissez-vous par:

– une œuvre d’art : une photographie floue par exemple de mon amie Claudie Rocard Laperrousaz, un tableau de Rina Banerjee, une statue de Camille Claudel, une musique de Tord Gustavsen …

Enfin disons, plus humblement, j’aimerais être ça.

un mot : la rêverie

Claudel - Petite Chatelaine

8.Quel est votre rapport à la lecture ? Lit-on pour écrire ?

Non je ne lis pas pour écrire et je reste une lectrice basique depuis que j’écris et que j suis publiée. En revanche quand on écrit, on est nourri de toutes ses lectures, elles se déposent comme des alluvions. Elles ressortent parfois au coin d’une idée, d’une phrase, d’une envie de clin d’œil.

Il m’arrive parfois en finissant un livre de me demander si j’aurais fait comme ça, si j’assumerais ce livre ; ça arrive rarement c’est comme un petit effet miroir.

9.Citez trois ouvrages fondateurs

(Par exemple, il y en a beaucoup d‘autres)

« Voyage au bout de la nuit ». Céline

« Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur ». Harper Lee

« Montedidio ». Erri de Luca

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10.Le dernier roman qui vous a étonné

(et fait rire, beaucoup)

« Je tremble ô Matador » de Pedro Lemebel

11.Quelle est votre quête ultime (ou absolue) en tant qu’auteur ?

Une quête ultime et absolue très simple, avoir de quoi, en tête et en énergie, et surtout le courage de continuer à écrire des livres, publiés ou pas, (publiés si possible !).

 

 

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2 Réponses to “Confidences d’écrivain, Fanny Saintenoy”

  1. doume 3 mai 2015 à 17:46 #

    Je ne me lasse pas de ces interviews, de ces réponses qui ont du sens pour moi.
    « A la fois une torture et une plénitude », c’est tout-à-fait cela que je ressens, même si je ne suis que « écrivant » (selon la formule de Zaffran / Winckler).
    Merci Charlotte 🙂

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  1. Votre valise de livres | L'insatiable - 16 juillet 2015

    […] Les notes de la mousson de Fanny Saintenoy […]

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