Confidences d’écrivain, Elsa Flageul

3 Avr

Parfois je me prends à regarder ma bibliothèque, plonger, avec tendresse, dans mes souvenirs de lecture, certains sont tenaces; le roman Les araignées du soir d’Elsa Flageul en fait partie. Violette surtout , comme une amie que l’on a un peu perdue de vue. C’est peu dire que j’attends le prochain roman d’Elsa avec impatience. En attendant, elle a accepté de répondre, avec une infinie délicatesse et gentillesse (tout elle!) à mes questions.

Crédit photo: Astrid Di Crollalanza

Crédit photo: Astrid Di Crollalanza

1.Ecrire, à quoi ça sert ?

Ecrire est une autre façon de parler. Ecrire pour dire. Les mots sont là pour dire ce qui serait englouti par le silence sinon, par la profonde obscurité de ce que nous sommes, chacun, à l’intérieur. Ecrire illumine de l’intérieur, réveille, rend présent au monde, sans angélisme, écrire remue aussi ce qui est moche, sale, nauséabond et qui pourtant nous constitue tous un peu, je crois.

2.Le meilleur compagnon de l’auteur ?

Le travail. La concentration. Et en ce qui me concerne, le silence et la solitude également. Et puis il faut aussi lâcher prise, se laisser aller, s’ouvrir, ne pas avoir peur d’être nu. Le courage aussi, donc.

3.Son pire ennemi ?

La flemme. Et la peur.

9782260020394

4.Une manie d’écriture ?

Je relis toujours ce que j’ai fait la veille, le corrige alors que je devrais plutôt me jeter tout de suite dans l’inconnu ! D’une manière générale, je passe mon temps à revenir et revenir et encore revenir sur ce que j’ai écrit, c’est sans fin. Plus trivialement, je ne peux pas écrire sans boire du thé, avec le lit défait, de la vaisselle dans l’évier ou toute autre forme de désordre dans un périmètre proche. Ecrire me rend obsessionnelle !

5.Que pensez vous de cette phrase de James Salter : « Si vous écrivez, vous devez être prêt à vous détester vous-même, à être dégouté de vous-même à la fin d’une journée que vous avez passé à écrire. Tant de temps pour un tel résultat! Tout ça pour ça!. » (Extrait d’une interview parue dans Lire, n°429, octobre 2014)

Elle est d’une immense justesse. C’est exactement ça. Ecrire est vraiment un travail de longue haleine, cela demande beaucoup d’endurance car c’est un processus lent, laborieux, on écrit, on efface, on corrige, combien de réécritures pour un seul manuscrit, c’est vertigineux. Et puis il y a ces périodes, nécessaires, toujours nécessaires mais tellement désagréables, où l’on écrit mal, où l’on ne trouve pas la porte d’entrée de son propre manuscrit, où l’on essaye des choses qui ne fonctionnent pas, où l’on se sent nul et où l’on s’ennuie… Où l’on se dégoûte effectivement et où plus rien n’a de sens. Il n’y a rien de pire que ces moments-là et pourtant ils ont toujours leur utilité, à la fin. Et surtout, quand ils sont passés, ils laissent place à des moments de grande fluidité, de liberté, de plaisir intense d’écrire.

L’écriture a quelque chose d’anachronique. Tout ce qui agite le monde d’aujourd’hui n’y a pas sa place : la rapidité, l’immédiateté, la rentabilité. Ce qui rend la vie d’écrivain palpitante et extrêmement étrange, tout de même.

elsa

6.De quoi l’écriture doit elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. » )

Du silence.

7.Définissez vous par :

– une œuvre d’art

« Intérieur avec jeune femme vue de dos » de Vilhelm Hammershoi

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– un mot

 Chaos calme

(Un, c’est trop cruel !)

8.Quel est votre rapport à la lecture ? Lit on pour écrire ?

Je lis beaucoup parce que j’adore ça, d’abord parce que j’adore ça. Lire calme, recentre, rassasie, nous rassemble et nous extrait de nous-même dans le même mouvement.

Mais quand je suis en période d’écriture (ce qui est très fréquent), la lecture fait résonner le texte qui est en train de s’écrire et qui n’attend qu’à être enrichi, accompagné par d’autres auteurs, d’autres univers, d’autres langues. Ces références ne sont pas directes, elles nourrissent le texte de l’intérieur, elles l’irriguent.

Je sais qu’un livre est bon quand il me donne envie d’écrire le mien.

9.Citez trois ouvrages fondateurs

 Passion simple d’Annie Ernaux

Le livre des illusions de Paul Auster

Le fusil de chasse de Yasushi Inoué

10.Le dernier roman qui vous a étonné

Comment j’ai mangé mon estomac de Jacques A. Bertrand, auteur génial.

11.Quelle est votre quête ultime (ou absolue) en tant qu’auteur ?

Lâcher prise

 9782260018391

 

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