Confidences d’écrivain, Gilles Leroy

5 Mar

Gilles Leroy a signé en cette rentrée d’hiver  un hymne à l’amour maternel, un roman d’une infinie tendresse, porté toujours par son écriture solaire et délicate, Le monde selon Billy Boy. Pour mon plus grand plaisir, il a accepté de répondre à mes questions sur l’écriture, qu’il en soit vivement remercié.

Crédit photo:Stéphane Haskell

Crédit photo:Stéphane Haskell

1.Ecrire, à quoi ça sert ?

A vivre plus intensément.

2.Le meilleur compagnon de l’auteur ?

Son chien ou son chat. A moins que ce ne soit son chauffage central. J’ai très vite froid quand j’écris, comme si la température de mon corps chutait.

3.Son pire ennemi ?

Tout ce qui parle.

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4.Une manie d’écriture ?

Les parenthèses. Parfois même, des parenthèses à l’intérieur de parenthèses, comme des poupées gigognes. Mais j’essaie de m’en défaire.

5.Que pensez-vous de cette phrase de James Salter : « Si vous écrivez, vous devez être prêt à vous détester vous-même, à être dégouté de vous-même à la fin d’une journée que vous avez passé à écrire. Tant de temps pour un tel résultat! Tout ça pour ça!. » (Extrait d’une interview parue dans Lire, n°429, octobre 2014)

Je comprends car je connais, bien sûr, ces moments de déception. Mais je ne vais pas jusqu’à la détestation, et encore moins jusqu’au dégoût de moi-même. Je sais que l’écriture n’est pas un fleuve égal au débit continu : il y a les périodes d’eau dormante, voire les moments à sec, puis il y a les grands débordements, la folle énergie des cataractes.

Ce que je ne comprends pas, en fait, c’est cette idée de la journée de travail d’un écrivain. L’écriture ne finit pas sous prétexte qu’on quitte son clavier ou son bureau. Elle se poursuit le soir, la nuit, où qu’on aille, où qu’on soit. Elle continue pendant le sommeil, souvent. Il n’y a pas de fin de journée pour moi,  il n’y a que des fins de livres.

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6.De quoi l’écriture doit-elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. »)

Je ne sais pas. Je ne crois pas à une vertu messianique ou cathartique ou thérapeutique de l’écriture. L’écriture est pour moi une aventure solaire et mystérieuse, qui dépasse de loin le souci qu’on peut avoir de soi-même, sa santé comme son salut.

7.Définissez-vous par :

            – une œuvre d’art : « Pallas Athénée ou Alexandre » de Rembrandt

            – un mot : réenchantement

Pallas_Athena_or,_Armoured_Figure_by_Rembrandt_Harmensz__van_Rijn

8.Quel est votre rapport à la lecture ? Lit-on pour écrire ?

J’ai beaucoup lu, dès que j’ai su déchiffrer les mots. A cinq ans, vous vous en doutez, je n’avais pas d’autre intention que d’y prendre du plaisir. Mais j’ai vite senti que la lecture me procurait autre chose que je ne nommais pas et qui était au-delà du plaisir. Insensiblement, elle faisait naître ce désir d’écrire que je ne me suis avoué que plus tard, vers onze, douze ans.

9.Citez trois ouvrages fondateurs

Le Rouge et le Noir, Illusions perdues, le théâtre complet de Racine.

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10.Le dernier roman qui vous a étonné

Blonde, de Joyce Carol Oates.

11.Quelle est votre quête ultime (ou absolue) en tant qu’auteur ?

La vitalité –  fût-elle une vitalité désespérée, pour reprendre l’expression de Pasolini.

 

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