Confidences d’écrivain, Anne Sophie Brasme

12 Fév

 

Anne Sophie Brasme a été une rencontre inoubliable pour moi, tant dans la lecture de son premier roman à 17 ans, que lors d’une rencontre organisée par la FNAC de Nancy. Et puis, un jour de 2014, j’ai su qu’elle sortait un troisième roman (le second a été particulier pour moi, un peu trop proche de l’univers de Nothomb pour que je succombe totalement), et j’ai retrouvé sa plume avec bonheur dans Notre vie antérieure.

Je suis très heureuse et je dois l’avouer émue de publier son interview aujourd’hui.

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1.Ecrire, à quoi ça sert ?

A donner un sens à la vie. La mettre en perspective, l’acérer, la sublimer. Parfois j’ai l’impression que ce n’est pas la vie qui m’inspire dans l’écriture, mais l’inverse.

2.Le meilleur compagnon de l’auteur ?

Du temps à soi. Ne serait-ce que pour laisser sa pensée vagabonder. Cela peut paraître évident, mais depuis que j’enseigne, et surtout depuis la naissance de ma fille, je suis toujours à sa recherche. Je le trouve sur la route quand je pars travailler (deux heures de trajet quotidien). C’est à peu près le seul moment de la journée où je peux m’enfermer dans mon univers. Cela va se compliquer quand je devrai réellement me mettre au travail…

3.Son pire ennemi ?

Internet ! Je ne parle même pas de Facebook, cela fait deux ans que j’ai supprimé mon compte. Un vrai parasite quand on écrit sur ordinateur…

4.Une manie d’écriture ?

Depuis toujours, j’adore les cahiers. J’en achète régulièrement, même si je ne les remplis pas tout de suite. J’aime bien contempler leur couverture, les pages encore blanches. Je suis un peu maniaque avec ça : dès que je commence à écrire dessus, la moindre rature me dérange. Quand j’étais petite, j’arrachais les pages et je ne me retrouvais qu’avec des cahiers vides.

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5.Que pensez vous de cette phrase de James Salter : « Si vous écrivez, vous devez être prêt à vous détester vous-même, à être dégouté de vous-même à la fin d’une journée que vous avez passé à écrire. Tant de temps pour un tel résultat! Tout ça pour ça!. » (Extrait d’une interview parue dans Lire, n°429, octobre 2014)

Je ne connaissais pas cette phrase, mais je la trouve très déculpabilisante ! Merci James Salter ! Je partage tout à fait cette vision, loin de l’image du romancier qui noircit une dizaine de pages tous les jours. C’est ce que fait l’héroïne de mon nouveau roman, une écrivaine très disciplinée, qui ne gâche jamais aucune de ses journées. La réalité est tout autre, en tout cas pour moi : je procrastine beaucoup, je ne suis jamais satisfaite.

6.De quoi l’écriture doit elle sauver ? (Référence à un extrait d’Ecrire de Marguerite Duras« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. » )

A l’époque de Respire, mon premier roman, j’ai souvent pensé que l’écriture m’avait sauvée de pas mal de choses : la solitude, l’ennui, l’angoisse, la médiocrité. Et peut-être aussi – qui sait ? – la folie.

Aujourd’hui j’ai un rapport plus mesuré à l’écriture. Je me sens aussi plus forte, plus confiante face à la vie, et je sais que j’ai d’autres armes que l’écriture. Celle-ci n’a pas à me sauver de quoi que ce soit. Je lui donne un rôle beaucoup moins « vital » qu’auparavant.

7.Définissez vous par :

– une œuvre d’art : La Tristesse du Roi de Matisse. Pour son paradoxe entre le titre du tableau et son apparente allégresse.

– un mot : « promesses ». Au sens de possibles, de prémices.

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8.Quel est votre rapport à la lecture ? Lit on pour écrire ?

Je ne suis pas une grande consommatrice de lectures, par paresse peut-être, mais aussi par goût. Maintenant que je connais mes classiques (quoique…), je suis assez exigeante avec mes nouvelles lectures. Je m’ennuie assez facilement, j’aime être happée rapidement dans le récit. C’est plutôt embêtant, parce que cela me fait passer à côté de beaucoup de choses…

Je ne sais pas si on lit pour écrire, mais je suis convaincue qu’on ne peut écrire sans avoir lu, sans avoir reçu plusieurs « chocs » de lecture (cf. plus bas) qui nourrissent votre imaginaire et font de vous un écrivain.

 

9.Citez trois ouvrages fondateurs

Les Vagues de Virginia Woolf, et la plupart de ses romans (Mrs Dalloway, La Chambre de Jacob, La Promenade au Phare). J’ai découvert Virginia Woolf à la fac, et depuis je la relis régulièrement, tous les deux ou trois ans. J’ai toujours des choses à découvrir dans ses livres, c’est inépuisable. Et puis, c’est devenu une sorte de pèlerinage, un moment de retrouvailles.

L’Etranger de Camus, lu à quinze ans, et qui a été pour moi un vrai choc littéraire. Même si à l’époque j’étais passée à côté de beaucoup de choses, j’ai été éblouie par la force de son écriture. C’est ce qui m’a donné l’impulsion d’écrire Respire, mon premier roman.

– Une anthologie de poésies reçue quand je devais avoir neuf ou dix ans (il me semble que ça s’intitule Mon Premier Livre de poésies). C’est dans ce livre que j’ai découvert « Le Dormeur du Val » de Rimbaud, « L’Albatros » de Baudelaire, ou encore « Pour faire le portrait d’un oiseau » de Prévert. Mon père me lisait parfois ces poèmes à voix haute, j’étais fascinée par la beauté des mots. Cela doit être mon « choc littéraire » le plus ancien.

10.Le dernier roman qui vous a étonné

La Porte des Enfers de Laurent Gaudé, que j’ai d’ailleurs fait lire à mes élèves de 1ère L. C’est une magnifique réécriture du mythe des Enfers, poignante et haletante.

11.Quelle est votre quête ultime (ou absolue) en tant qu’auteur ?

J’aimerais écrire un grand roman sur le bonheur. Sans que cela fasse « tarte » ni que cela se finisse mal. Je crois que j’ai du boulot…

 

 

 

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